COLLECTION D'AUTEURS ETRANGERS CONTEMPORAINS HISTOIRE — MORALE — ECONOMIE POLITIQUE Avec les hommages de l'auteur LA GRANDE INDUSTRIE SCHULZE GAVERNITZ GUILLAUMIN ET Cie, ÉDITEURS LA GRANDE INDUSTRIE OUVRAGES DU MÊME AUTEUR : 1° Zum Socialen-Frieden. — Leipzig, 1890. 2° Thomas Carlyle’s Welt und Gesellschafts. Anschauung Dresde. 3° Der Nationalismus in Russland und seine wirthschaftlichen Træger. 4° Der Grossbetrieb (la Grande Industrie). DIJON. — IMPRIMERIE DARANTIERE COLLECTION D’AUTEURS ÉTRANGERS CONTEMPORAINS LA GRANDE INDUSTRIE SON ROLE ÉCONOMIQUE & SOCIAL ÉTUDIÉ DANS L’INDUSTRIE COTONNIÈRE PAR SCHULZE-GÄVERNITZ PROFESSEUR A L’UNIVERSITÉ DE FRIBOURG EN BRISGAU Traduit avec l’autorisation de l’auteur Préface de Georges GUÉROULT PARIS GUILLAUMIN ET Cie ÉDITEURS DU JOURNAL DES ÉCONOMISTES RUE RICHELIEU, 14 1896 .;V :^-~V >p ,r r r 'Z* V fïZVij asg-so&d MESURES EMPLOYÉES DANS LE COURS DE L’OUVRAGE a. MESURES DE LONGUEUR 1 écheveau (hank), longueur 840 yards ou 768 mètres. 1 yard = 91 m 439 = 3 pieds anglais = 36 pouces anglais. b. MESURES DE CAPACITÉ 1 quart = 1/4 gallon = 1 litre 13. c. POIDS 1 cwt. = 50 k 8. 1 quarter = 12 k 7. 1 livre = 0 k 453. d. MONNAIES 1 shelling = 12 pence = 1 f,26. 1 livre st. = 25 f,22. e. CLASSIFICATION DES FILS I. — ANGLAISE Le numéro du fil veut dire le nombre d’écheveaux à la livre anglaise. Exemple : N° 40, signifie 40 écheveaux à la livre anglaise. II. — FRANÇAISE (métrique) Les numéros métriques (en France et en Alsace) doivent être multipliés par 1,18 pour être traduits en n°s anglais; les n°s anglais doivent être multipliés par 0,8477, pour être traduits en mesures métriques. PREFACE Contrairement au préjugé couramment reçu, la grande industrie améliore la situation de l’ouvrier et tend à égaliser les conditions. M. de Schulze-Gävernitz le dit et le démontre avec un grand luxe de preuves ; mais il ne s’en tient pas là. Il fait voir, il fait toucher du doigt, pour ainsi dire, comment et pourquoi ce préjugé a pu s’établir, et ce n’est pas là le côté le moins original, le moins instructif de son intéressant ouvrage. Résumons rapidement son argumentation. Tout le monde connaît le fameux chapitre d'Adam Smith sur les avantages de la division du travail ; tout le monde se rappelle ces ouvriers occupés chacun, et pendant toute leur vie, à fabriquer la dix-septième partie d’une épingle. Ces gens sont déjà très malheureux, physiquement et moralement. Dans ce travail presque purement manuel, leur intelligence s’atrophie et se dégrade ; ils exécutent leur besogne machinalement. Un progrès nouveau surgit. Un homme de génie, un Arkwright, un Jacquart quelconque, subdivise encore les dix-sept VIII PRÉFACE opérations décrites par Adam Smith ; il confie à une machine le soin d’exécuter toutes celles où l’intelligence, la réflexion, l’initiative, n’ont décidément plus la moindre part. Une partie des ouvriers est congédiée; les autres restent chargés d’une besogne encore plus ingrate que par le passé, abrutissante s’il en fut, et touchent un salaire très faible. En effet, ce travail, encore plus machinal que le précédent, n’exige aucun apprentissage préalable, aucune dextérité particulière ; il est de ceux que le premier venu peut exécuter. Mal payés, mal traités, sans espoir d’améliorer leur sort, ces ouvriers sont paresseux, ivrognes, et ne travaillent que sous l’aiguillon de la plus dure nécessité. Là-dessus arrive un économiste, Ricardo, par exemple, qui étudie la situation. Il constate que le salaire de l’ouvrier se réduit au minimum strictement nécessaire pour vivre, et il n’a pas de peine à établir que cette loi, cette « loi d’airain » , enchaîne l’ homme à une condition pire que celle des esclaves. Sa démonstration devient classique, et John-Stuart Mill lui-même déclare que tout, même le communisme, vaut mieux qu’une pareille organisation sociale. D’autres philanthropes prennent feu à leur tour, s'indignent et rêvent de refaire la société chacun à leur manière. Marx s’attaque au capital, les saint-simoniens demandent l’abolition de l’héritage. D’autre part les socialistes « chrétiens » veulent revenir au moyen âge, à ses corporations fermées, à ses mille compartiments où chacun devait fata- PRÉFACE IX lement naître, vivre et mourir sans espoir de changer. Les divisions s'accentuent, les discussions s’aigrissent, les haines s’attisent. Cependant, l’évolution industrielle poursuit sa marche. La machine, se compliquant de plus en plus, supprime, aussi de plus en plus l’ouvrier enchaîné à un travail purement machinal. Mais, précisément parce que cette machine est plus compliquée, elle réclame, des ouvriers qui la gouvernent, des qualités spéciales d’attention, de soin, d’intelligence, un sentiment de haute responsabilité. Ces ouvriers passent dans une catégorie supérieure; ils ne travaillent plus de leurs bras, presque plus de leurs doigts, beaucoup plus de leur cerveau. Mieux payés, ils prennent conscience de leur dignité d’homme; ils se conduisent mieux, mais ils sont aussi plus tiers et repoussent les familiarités protectrices de l'ancien patronat ; ils veulent traiter d’égal à égal avec leurs « employeurs », comme le font les gens qui ont affaire ensemble, et dont les intérêts peuvent être en harmonie ou en discordance. Ce n’est pas tout. La machine se distingue du travail manuel, non par la perfection, mais par une capacité de production cent fois, mille fois supérieure. Pour en tirer tout le parti possible, il faut donc développer la consommation dans des proportions inconnues jusque-là, c’est-à-dire abaisser le prix de revient de façon à pénétrer dans les couches inférieures, plus étendues, de la pyramide sociale ; imaginer une organisation commerciale plus efficace X PRÉFACE pour aller chercher des clients nouveaux au besoin jusqu’au bout du monde. L’ouvrier moderne, l’ouvrier de la grande industrie, mieux payé qu’autrefois, ayant plus de besoins, pouvant mieux y satisfaire, figure en rang très honorable parmi ces consommateurs nouveaux. Grâce aux combinaisons de la mutualité, de là coopération, il améliore sa condition et s’élève au niveau de la classe moyenne. L’ouvrier cotonnier du Lancashire habite avec sa famille une maison saine et spacieuse ; ses filles apprennent le piano ; il est assuré sur la vie, contre la maladie, les accidents, le chômage. Sur son budget annuel figure une somme destinée aux « voyages et excursions de vacances ». 11 est infiniment plus à l’aise que bon nombre d’employés. Grâce à la collaboration de la machine, aux perfectionnements de l’industrie, il gagne plus sur un produit qui se vend meilleur marché. Mais, dira-t-on, c’est là du rêve, de la fantaisie, ou, tout au moins, un résultat particulier du tempérament, des qualités spéciales de l’ouvrier anglais, de la nature de l’industrie prise pour exemple. Eh ! bien ! non ! M. de Schulze- Gävernitz, pour sa thèse, afait choix de l’industrie du coton, parce que c’est, en quelque sorte, le type le plus âgé, l'alma mater, de la grande industrie. Il établit, pièces en main, qu’en 1830, il y a soixante ans, les ouvriers cotonniers du Lancashire, aujourd’hui si prospères, étaient exactement dans la condition où les ont vus et décrits PRÉFACE XI Ricardo, John-Stuart Mill, Marx, Mme Gaskell, etc. Leur sort s’est amélioré dans la proportion même où l’outillage et l’organisation commerciale de l’industrie cotonnière se sont perfectionnés. Et il en est de même de l'industrie du fer, de la construction des navires, etc. Comme complément de preuves, M. de Schulze-Gävernitz retrouve, en Allemagne, une industrie cotonnière dans une situation correspondant à celle de l’industrie cotonnière anglaise en 1830, et, corrélativement, une population ouvrière en proie aux mêmes misères que celles décrites par les économistes et philanthropes anglais de cette époque. La démonstration, présentée avec une dialectique magistrale, est donc complète. En attribuant à la grande industrie, par un post hoc ergo propter hoc, les souffrances de l’ouvrier du commencement du siècle, économistes et socialistes se sont trompés, non sur la réalité, mais sur la cause de ces souffrances, uniquement imputables à la transition d’une condition inférieure à une condition supérieure. C’est comme si, au moment où les chemins de fer, remplaçant les diligences, ont mis sur le pavé un certain nombre de cochers et de postillons, on avait fait à la locomotive un crime de la misère de ces pauvres gens, misère d’ailleurs temporaire, puisqu’aujourd’hui le seul camionnage des voies ferrées emploie, dans des conditions bien plus avantageuses pour eux, cent fois, mille fois, cent mille fois peut-être plus d’hommes que les antiques pata- ches. XII PRÉFACE L’erreur des Ricardo, des Mill, des Marx est d’avoir pris une situation provisoire désastreuse pour une situation définitive. Aujourd’hui que cette situation s’est profondément modifiée, il est inadmissible de s’en tenir à leurs théories surannées. Il y a seulement trente ans, la démonstration si rigoureuse, si substantielle, si gründlich, de M. de Schulze-Gävernitz aurait paru péremptoire et sans réplique. D’instinct alors nous trouvions tout naturel de travailler et de souffrir pour nos enfants, même sans espoir de rémunération personnelle, comme nos pères avaient souffert et travaillé pour nous. Aujourd’hui il se rencontrera des philosophes pessimistes pour dire qu’en matière d’organisation sociale, évolution n’a nullement le sens de justification. Qu’importe aux générations écrasées des époques antérieures que les générations suivantes se soient organisé, sur leurs cadavres, une existence plus heureuse ? Comment admettre, d’autre part, que l’individu nouveau-né, nouveau venu, souffre des fautes et des erreurs de ses pères, fautes dont il est complètement innocent? Il faut répondre à cette double question, qui est toute la question sociale. Si, comme l’admettent la plupart des pessimistes, consciemment ou non, l’individu est tout à fait indépendant, arrivant de je ne sais d’où, franc et quitte de toute obligation envers qui que ce soit, rien n’est plus injuste, en effet, que de le faire souffrir de fautes et de crimes qu’il n’a point commis, mais PREFACE XIII rien n’est plus injuste aussi que de réclamer pour lui une part quelconque dans les bienfaits de cette civilisation édifiée par ses devanciers. Quant aux générations qui, dans le passé, ont été sacrifiées ou se sont sacrifiées pour nous faire une existence meilleure, si l’on n’admet pas que, sous une forme ou sous une autre, elles ont la conscience et la jouissance des résultats obtenus, il y a là une incontestable injustice. Je trouve même qu’à cet égard on ne va pas assez loin. Il est injuste que Copernic et Képler n’aient pu connaître la loi de Newton ; que Bach n’ait pu entendre et admirer Beethoven. Tout progrès, resté ignoré de ceux qui ont contribué à le réaliser, constitue une injustice évidente. Et, en stricte équité, on devrait proscrire toute amélioration, toute découverte. Il n’y aurait plus alors, en bonne logique, qu’à se remettre à quatre pattes, sur le conseil de Voltaire, et à se nourrir de glands. Le seul caractère, en effet, qui distingue réellement l’homme de l’animal, c’est précisément la faculté de bénéficier du travail des générations antérieures. L’hypothèse est donc aussi absurde qu’injuste. Auguste Comte a dit que, dans l’Humanité, il y a plu s de morts que de vivants. Ne pourrait-on agrandir encore la portée de cette belle parole en disant que, dans ce que nous appelons, un peu abusivement peut-être, l'individu, il y a aussi plus de morts que de vivant? Dès lors il est naturel, il est légitime, il est juste que ces morts soient rémunérés suivant leurs mérites respectifs. Il est juste que le vivant XIV PRÉFACE qui, sans avoir encore rien fait, profite du bien et souffre du mal qu’ils ont pu faire, continue l’œuvre de ses ancêtres en la prenant avec ses charges et bénéfices, au point où ils l’ont laissée. Et il semblerait juste aussi que ces morts, associés à ce vivant dont ils suivent la condition, puissent à leur tour avoir conscience des résultats obtenus. Hypothèse ! je n’y contredis pas, mais, hypothèse pour hypothèse, je préfère celle qui m’apparaît à la fois comme plus rationnelle et plus consolante. J’ajoute qu’en fait —et ce n’est pas là une petite présomption de vérité — le genre humain a toujours agi comme si, dirait Newton, chaque homme, en venant au monde, représentait ses devanciers dans leurs créances actives et passives sur la Société. Georges Guéroult. INTRODUCTION Dans quelle mesure le progrès économique est-il lié au progrès des classes ouvrières? Quelle est l’influence du bien-être plus ou moins grand des masses sur le développement de la puissance économique d’une nation ? Ces questions sont depuis longtemps l’objet de controverses. Au milieu de la diversité des opinions émises à ce sujet, on peut cependant constater une évolution régulière des idées : la première manière de voir n’eut au début qu’un petit nombre d’adversaires ; plus tard, elle fut généralement rejetée par la science, et l’avis opposé presque généralement admis, tandis que l’opinion primitive n’était plus soutenue et défendue que par peu de gens, en particulier par des praticiens appartenant à des pays et à des industries restés en arrière du progrès économique. Le sujet du débat se présente, aux différentes époques, sous un aspect différent. Aussi longtemps que les salaires 1 2 LA GRANDE INDUSTRIE se maintinrent habituellement fixes, les oscillations du prix des céréales furent, pour le genre de vie des classes ouvrières, un élément décisif. On en vint donc à se demander si l’élévation ou l’abaissement du prix des moyens d’existence était nécessaire pour le développement économique d’un peuple ; et à cela se joignait, en Angleterre, la question de savoir si l’Etat devait ou non maintenir élevé le prix des denrées par des mesures législatives, en particulier par des primes d’exportation sur les céréales. Depuis que dans notre siècle, au contraire, les salaires ont cessé d’être maintenus à un taux fixe par la coutume et la loi, on a posé la question de savoir si l’on devait considérer comme un avantage économique pour un pays l’abaissement des salaires ou bien leur élévation, et si le progrès économique (et l’on entend par là, aujourd’hui principalement, le développement de la grande industrie) avait pour résultat une augmentation ou bien une diminution du bien-être des classes qui travaillent pour elle. 1. — L’histoire du débat remonte, comme celle de tant d’enseignements de l’économie politique, à ce grand observateur qui mérite, entre tous, d’être appelé le Père de l’économie politique : Sir William Petty. Dans son Arithmétique politique, publiée à Londres en 1691, Petty défend les impôts sur les denrées, qui augmentent la richesse d’un pays. En dehors de cette considération que l’élévation du prix des denrées empêche les hommes d'employer leur argent à se procurer des jouissances éphémères, il cite, comme preuve de son opinion, une expérience faite par des maîtres tisserands qui occupaient des ouvriers. Quand le blé est bon marché, il doit en INTRODUCTION 3 résulter naturellement, d’après lui, que le travail est cher. Car les ouvriers sont si débauchés qu’ils ne pensent qu’à boire et à manger. Il en conclut qu’une bonne récolte serait un malheur pour le peuple, si le gouvernement ne prenait soin de maintenir élevé le prix du blé. C’est tout particulièrement à l’Irlande, selon Petty, que ce raisonnement s’applique. Là, en effet, surtout depuis l’importation de la pomme de terre, « cette racine qui tient lieu de pain », la vie des masses était si facile que deux heures de travail par jour suffisaient pour satisfaire à tous les besoins ordinaires. Pour secouer la paresse du peuple irlandais, un lourd système d’impôts serait nécessaire. Dans un autre ouvrage encore, Petty réclame une augmentation de la difficulté des moyens d’existence du peuple dans l’intérêt du progrès économique. La durée du travail était alors de douze heures par jour en y comprenant une interruption de deux heures au milieu de la journée, soit dix heures de travail effectif, et l’on faisait d’habitude trois repas par jour. Petty demande que le repos de midi soit abrégé d’une demi-heure et qu’on jeûne le vendredi. Par ce moyen, le peuple anglais devait devenir plus riche et les revenus de l’Etat devaient augmenter. La manière de voir de Petty fut partagée par les écrivains les plus éminents de son temps. Ainsi sir William Temple recommande, pour accroître le travail en Irlande, l’établissement, dans ce pays, d’impôts sur les denrées. Dans un pays fertile, d’après lui, l’industrie n’est pas d’habitude florissante, parce que le bas prix des denrées permet à l’ouvrier de suspendre le travail, et, par conséquent, d’en faire élever le prix. 4 LA grandi; industrie Petty, ainsi que Temple, invoquaient, comme on le faisait autrefois dans bien des cas, l’exemple et l’enseignement des Hollandais. De Witt, en effet, demande déjà des impôts élevés, en même temps qu’une loi sévère sur la mendicité et une diminution obligatoire des salaires, pour obtenir le développement de l’esprit d’invention, l’application au travail et la tempérance. Cette manière de voir se trouve établie dans le plus grand détail, dans l’ouvrage de John Houghton (a Collection of lellers for the amelioration of Husbandry and Trade, Second Volume. London 1683. Nr. 6. June 16 th. 1683, pg. 174). A la suite de plusieurs mauvaises récoltes, le prix du blé s’était alors considérablement élevé. Dans ce fait, pense Houghton, il ne faut voir en aucune façon une chose fâcheuse, mais bien plutôt un avantage au point de vue économique. Si le prix du blé avait été plus bas, les pauvres eussent moins travaillé, parce qu’ils auraient pu, avec moins de travail, gagner ce qui est nécessaire à leur entretien. Cela résulte d’un fait général d’expérience psychologique. La noblesse de campagne, au lieu de travailler, dissipe la plus grande partie de son temps dans toutes sortes de distractions et de sports, parce qu’elle possède pour des années de quoi boire, manger et s’entretenir ; mais que l’un de ces nobles tombe dans une mauvaise situation de fortune, il s’efforcera aussitôt de trouver quelque emploi public et du travail. Le marchand enrichi suspend son travail, lorsqu’il a réussi à se faire admettre dans la noblesse terrienne. Le petit artisan, au contraire, qui ne pourrait jamais espérer avoir le droit de regarder comme son bien une fortune de dix livres, s’efforcera à peine de se INTRODUCTION ü procurer dix sh. à la fois; s’il pouvait, en trois jours, gagner assez pour mener son genre de vie habituel tout le reste de la semaine, il ne travaillerait pas les quatre autres jours. Il en est de même de l’ouvrier, qui ne travaille pas plus qu’il n’est nécessaire pour subvenir uniquement à son entretien. Des exemples en ont été fournis par les brodeurs et les fabricants de bas ; dès que leurs salaires étaient élevés, on les voyait au travail rarement le lundi et le mardi, et à peine même le mercredi et le jeudi. Ils préféraient passer ces journées à la brasserie dans des débauches vulgaires. L’élévation des salaires et le bas prix des denrées ont le même effet pour la plupart des ouvriers qui travaillent dans les différents métiers. Au contraire, on ne travaille jamais autant qu’aux époques où tout est cher; rien ne stimule davantage la recherche d’appareils utiles et économisant le travail ; rien ne rend davantage les ouvriers des « serviteurs soumis ». Mais la concurrence entre les ouvriers a, elle-même, pour résultat l’abaissement des salaires. Si on les abandonne à eux-mêmes, les faits s’enchaînent et se reproduisent périodiquement comme suivant un cycle. Le bas prix des denrées engendre la paresse, celle-ci la rareté et la cherté des produits, qui ont elles- mêmes pour résultat l’application au travail et l’abondance. Si, au contraire, par de sages mesures, le gouvernement pouvait maintenir élevé, d’une façon durable, le prix des moyens d’existence, il en résulterait forcément une application durable au travail, et on obtiendrait en même temps un surcroît de production qui fournirait l’occasion de conquérir les marchés étrangers. Il s’ensuit, dit Ilôughton, qu’il est du devoir du roi (i LA GRANDE INDUSTRIE de maintenir élevé le prix du blé par le rétablissement des primes d’exportation. II. — Contre lui s’élèvent déjà, au siècle dernier, les défenseurs du bon marché des denrées, en particulier les adversaires d’une élévation artificielle des prix. Le premier qui ait soutenu cette manière de voir est, à ma connaissance, Josiah Child, en 1693. Il attaque l’habitude de maintenir les salaires à un taux fixe, qui serait dans l’intérêt des salaires peu élevés. Cela eût été possible, d’après lui, aussi longtemps que l’Angleterre n’était pas un pays industriel. A présent, l’abaissement des salaires amènerait forcément, au contraire, l’émigration des ouvriers les plus habiles vers des pays plus rémunérateurs, comme, par le fait, de nombreux marins anglais ont passé en Hollande. Jacob Vanderlint plaide la même cause avec plus de détail dans son ouvrage intitulé « Money answers ail things » Londres, 1734. Cet écrivain se place déjà à un double point de vue, qu’ont depuis constamment fait valoir les partisans de l’élévation des salaires et de l’abaissement du prix des denrées. En premier lieu, et il insiste sur ce point, il faut pour le développement de l’industrie une population capable de consommer. Il s’élève contre les écrivains qui combattaient autrefois l’augmentation des besoins du peuple en la traitant de luxe. Ce n’est pas à cela qu’il faut attribuer le dépérissement de l’industrie, mais plutôt au dénûment de la grande masse des consommateurs. En outre Vanderlint fait remarquer en passant que l’augmentation des salaires est un stimulant pour les ouvriers. A cet auteur se joignent PostlethwaitetNathaniel Foster INTRODUCTION / pour défendre la même thèse. Postlethwait part du même point de vue que Vanderlint, et en premier lieu de la consommation. Là où se trouvent beaucoup de pauvres, le débit local est faible. Le luxe ne peut en aucune façon remplacer le nombre des consommateurs ; il en résulte qu’une grande inégalité dans les fortunes est contraire aux intérêts industriels d’un pays. A ce point de vue, des salaires élevés et des denrées à vil prix sont désirables. Cette dernière condition a de plus pour résultat l’accroissement de la population, et par suite l’augmentation de la quantité de travail effectué. En outre, un deuxième point de vue est à considérer : la paresse des ouvriers ne réside pas dans un défaut inné chez eux, mais plutôt dans l’absence d’encouragement au travail ; pour les faire travailler davantage, il faudrait mettre devant leurs yeux la perspective d’une amélioration de leur situation. C’est ainsi que Postlethwait préconise la concession aux travailleurs de plaisirs coûtant peu. Des considérations analogues sont développées par Foster, qui s’inspire visiblement de Mirabeau, Rousseau et autres auteurs semblables. Il leur emprunte un jugement de la question plutôt au point de vue des ouvriers. L’opinion que le prix élevé des denrées et l’abaissement des salaires sont à souhaiter au point de vue économique, est, d’après lui, « une doctrine dont les gens cupides se sont emparés avec empressement et qu’ils ont développée, dans leur intérêt particulier ». Les hommes ne croient rien plus facilement qu’un mensonge qui leur rapporte quelque avantage. Pour réfuter cette erreur, il se réfère à l’expérience psychologique, qui a montré qu’en effet l’indigence pousse à l’activité, mais seulement l’indigence 8 LA GRANDE INDUSTRIE dont l’activité peut triompher. Il en est tout autrement, si l’effort n’est pas certain d’obtenir un résultat. Un homme qui, à mesure qu’il travaillerait davantage, serait soumis à plus d’impôts, travaillerait aussi peu que possible; c’est un fait d'expérience. Foster en appelle pour cela avant tout, d’accord avec Mirabeau, aux paysans serfs du continent. Mais il en serait de même de l’ouvrier anglais, si par des mesures de l’autorité, soit fixation des salaires, soit renchérissement des denrées, le bénéfice d’un surcroît de travail lui était enlevé. Une semblable politique conduirait nécessairement, sinon à un soulèvement, du moins à une indifférence et à une apathie générales. L’auteur combat cette thèse qu’en présence de salaires élevés et de denrées bon marché, on travaille moins que dans le cas contraire ; il est vrai qu’une subite élévation des salaires pourrait amener dans un cas particulier une diminution de travail; en général cependant l’ouvrier travaillerait avec d’autant plus d’énergie et de goût, que sa condition pourrait en devenir meilleure. La même opinion est défendue par J. Anderson, mais d’une manière peu claire, et sans preuve suffisante. D’ailleurs les auteurs du siècle dernier que l’on vient de citer, et qui plaident la cause des ouvriers sont inférieurs aux défenseurs de l’avis opposé en ce sens qu’ils apportent, beaucoup moins qu’eux, des preuves matérielles et se bornent le plus souvent à des développements généraux. Une exception doit être faite pour Josiah Tucker, qui discute le problème uniquement d’après les enseignements de l’expérience, et qui en arrive ainsi à défendre les salaires élevés. II démontre que c’est justement dans le pays où les salaires sont élevés et les capitaux INTRODUCTION 9 abondants, que sont fabriqués les produits qui demandent beaucoup de travail, tandis que les pays peu cultivés, et où les salaires sont faibles, tirent leur force des marchandises à la production desquelles la nature a plus de part que le travail de l’homme. Tucker cite, à l’appui de son dire, une série d’exemples. L’Ecosse produit du bois, l’Angleterre le froment qui demande plus de travail; certaines parties du sud de l’Angleterre les plantes potagères qui exigent encore plus de travail bien que les salaires agricoles soient les plus élevés dans ces dernières contrées, et plus forts en Angleterre qu’en Ecosse. La corne, la laine, les peaux proviennent des pays où les salaires sont bas; leur mise en œuvre se fait là où les salaires sont élevés. Cependant le travail n’a dans le premier cas qu’une faible part, dans le deuxième une part considérable à leur production. La Hollande, qui ne produit pas une planche, et où les salaires sont élevés, se distingue dans la construction des navires. En dehors de la richesse plus grande en capitaux, Tucker met ces faits sur le compte de cette circonstance que, par suite d’une plus grande division du travail, des ouvrages exigeant plus de science et d’habileté peuvent être produits. Payer un ouvrier habile 2 sh. 6 d. par jour peut être plus avantageux que d’occuper un mauvais ouvrier à 6d. L’élévation des salaires dans un pays riche aurait en outre pour effet d’attirer les ouvriers habiles d’un pays donnant des salaires moins forts. L’élévation des salaires n’est donc d’après lui en aucune façon un inconvénient économique pour un peuple, mais bien plutôt l’indice d’un degré de développement très élevé. III. —Les auteurs que Ton vient de citer ne représentent 10 LA GRANDE INDUSTRIE pourtant en aucune façon jusqu’à Adam Smith l’opinion dominante. Ils provoquèrent au contraire une violente opposition. Contre Postlethwait furent dirigés de nombreux écrits anonymes, tels que les « Essays on Trade and Commerce », Londres, 1770 et. « Considérations on Taxes », Londres, 1765. La plus élémentaire connaissance des hommes, y est- il dit, enseigne que les ouvriers anglais travaillent juste ce qu’il faut pour vivre. L’élévation des prix peut donc seule les obliger à un travail soutenu. Lorsque les prix baissent, la durée du travail diminue, et cependant on travaille d’une manière moins assidue que si les prix sont élevés et la durée du travail plus longue, parce que dans ce dernier cas les ouvriers sont obligés de s’efforcer de satisfaire leur patron. L’ouvrier français fournit plus de travail, bien qu’il ne mange pas de viande et ne boive pas de bière, ce que l’ouvrier anglais regarde comme un droit de naissance. Ce dernier serait le plus paresseux du monde. Pour le rendre meilleur, l’essentiel serait d’élever le prix des denrées par des mesures légales, de telle sorte qu’en six jours d’un travail soutenu, il ne puisse plus gagner que juste ce qui est nécessaire à son entretien. En outre, l’auteur réclame la fixation des salaires et de la durée du travail par les pouvoirs publics ; ainsi il demande d’une manière précise un salaire normal et une journée de travail normale, mais dans un but opposé à celui dans lequel sont faites aujourd’hui ces réclamations : il veut un salaire maximum qui ne serait jamais dépassé, et une durée de travail minimum au- dessous de laquelle on n’aurait pas le droit de descendre (14 heures en y comprenant les repos). INTRODUCTION H Le même point de vue est développé par A. Young, qui combat également l’opinion contraire. Ses voyages lui ont appris que les marchands et les fabricants de Manchester aiment mieux voir le blé cher que bon marché ; et que l’industrie du drap dépérissait à cause du bon marché excessif des céréales. Lui aussi demande, de lapart des pouvoirs publics,un renchérissement des moyens d’existence et un abaissement des salaires pour activer le commerce et l’industrie de l’Angleterre. Young, d’accord avec les auteurs anonymes cités plus haut, se distingue d’IIoughton et des auteurs plus anciens en ce sens que, lui aussi, voit dans un accroissement des besoins de l’ouvrier un encouragement à fournir un travail plus considérable. Les auteurs nommés en dernier lieu combattent cette opinion : une augmentation de bien-être pour l’ouvrier serait, d’après eux, impossible; et une élévation des salaires au-dessus de ce qui est nécessaire à l’entretien de l’existence ne ferait qu’augmenter la consommation de la bière, et rendre plus fréquents l’ivresse et les maux de tête tout en diminuant le travail. En conséquence, ces auteurs veulent que les pouvoirs publics n’accordent à l’ouvrier que le minimum de bien-être possible. Benjamin Franklin lui-même a soutenu cette thèse dans ses « Observations Concerning the increase of Mankind », mais il l’a plus tard abandonnée pour adopter l’opinion contraire. Adam Smith combat les auteurs qu’on vient de nommer au cliap. 8 de son ouvrage principal. Il professe que l’élévation des salaires et le bas prix du blé sont l’indice d’une augmentation de l’application au tra- 12 LA GRANDE INDUSTRIE vail. Un homme bien nourri travaille mieux qu’un homme mal nourri; un homme de bonne humeur mieux qu’un homme contrarié; celui qui est bien portant, mieux que celui qu’accablent les maladies. L’opinion contraire repose, d’après lui, sur ce fait que, dans les années chères, les ouvrieis sont plus dociles et plus soumis, mais nullement capables de fournir plus de travail que dans les années où tout est bon marché. Adam Smith s’appuie en cela sur les assertions de Mes- sance, receveur des tailles de l’élection de Saint-Etienne, dans les Recherches sur la population des Généralités d’Auvergne, de Lyon, de Rouen, Paris, 1766. —Les passages qui s’y rapportent se trouvent aux pages 287 à 292, et 305 à 308. Messance combat cette opinion, que l’ouvrier travaille juste ce qu’il faut pour son entretien, et, ce résultat obtenu, succombe à la paresse. Il croit plutôt que l’ouvrier travaille plus que pour apaiser sa faim, dans le but de satisfaire des besoins plus élevés; qu’il achète les produits de l’Industrie, et emploie son argent à améliorer sa demeure et son ménage. Dans les années où le blé est à vil prix, on constate en particulier plus de vêtements achetés, et par conséquent un plus grand nombre de métiers sont montés, que dans les mauvaises années. C'est à l’abaissement du prix du blé et à l’augmentation des salaires qu’il faut en première ligne attribuer la prospérité de l’industrie française au siècle dernier, aussi bien que le développement de l’élevage du bétail, de l’horticulture et de la culture de la vigne dont les produits commençaient seulement alors à trouver des consommateurs. Ainsi les agriculteurs eux-mêmes n’auraient nullement souffert de la dépréciation du blé. De INTRODUCTION 13 même que Poslletliwait, Messance part, lui aussi, en premier lieu, du point de vue de l’augmentation de la consommation, bien qu’il indique aussi le zèle et la puissance du travail comme conséquence de l’abaissement du prix du blé et de l’élévation des salaires. L’industrie de la laine à Elbeuf, celle de la soie et de la toile à Rouen lui fournissent des preuves. Messance reproduit une série de tableaux qu’il avait à sa disposition comme receveur des Tailles; de ces tableaux il ressort en effet, pour la période de 1740 à 1763, que les années où le blé était cher ont été pour la plupart des années de médiocre production et inversement, et que, en tous cas, les années les plus chères présentent le chiffre de production le moins élevé, les moins chères le plus élevé. V.—Cependant la doctrine d’Adam Smith fut loin de se répandre tout de suite. Au contraire, le système de salaire de llicardo, presque généralement adopté, était en contradiction avec elle. Ricardo convient expressément, il est vrai, que le minimum de bien-être, auquel, d’après lui, l’ouvrier est réduit, dépend du genre de vie déterminé par les usages. Pourtant, dans ses développements ultérieurs de même que dans les écrits de ses partisans, celte limite imposée par les usages et susceptible d’ètre étendue, s’efface derrière le strict nécessaire à l’existence, déterminé exclusivement par les lois physiologiques. La prospérité économique d’un pays, c’est-à-dire, si on se place au point de vue de l’économie privée comme Ricardo, le bénéfice du patron réside dans l’abaissement des salaires. Il en résulte que les pays où les salaires sont bas auraient l’avantage sur ceux où les salaires sont élevés ; dans ces derniers 14 LA GRANDE INDUSTRIE il faudrait employer le capital aux ouvrages qui exigent moins de travail dans le pays même ; c’est un retour à la théorie de Tucker. D’après Ricardo le développement de la grande industrie, qu’il a déjà sous les yeux, ne dénote pas visiblement comme conséquence immédiate un progrès social; la situation économique d’un peuple a beau progresser et la richesse augmenter, l’ouvrier n’en demeure pas moins réduit au strict nécessaire. — Ce que Young présente comme une nécessité pratique, est pour Ricardo une loi de la nature. Tandis que Ricardo lui-même se tient sur le terrain de l’intérêt du capital, sa théorie des salaires est devenue le point de départ de tous les mouvements qui combattent par principe le développement économique actuel, fondé sur le privilège et la propriété, point de départ commun aux socialistes radicaux et réactionnaires. Pour ces deux partis, c’est une vérité incontestable que, par suite de l’état économique existant, l’ouvrier ne peut s’élever, et est au contraire enchaîné sans remède au strict minimum nécessaire à l’existence. Une réforme complète des bases sur lesquelles repose l’ordre de choses actuel, l’abolition de la liberté et de la propriété, pourrait seule porter leur salut aux classes ouvrières. Cette révolution serait facilitée par cette circonstance que, dans le système économique actuel, l’abîme se creuse chaque jour davantage entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien. Les expropriés finiraient par exproprier les expropriateurs. La théorie des salaires de Ricardo est, de la manière la plus évidente, la base des manifestes communistes dans lesquels Marx et Engels ont commencé à formuler le programme de la démocratie sociale du continent. Ils y ex- INTRODUCTION l.'i posent, dans le langage le plus expressif, cette thèse que c’est la grande industrie moderne, et en particulier la machine, qui opprime d’une façon irrésistible l’ouvrier. « Le travail du prolétaire a, par suite des progrès de la mécanique et de la division du travail, perdu tout caractère personnel et en même temps tout attrait pour l’ouvrier. Les dépenses de l’ouvrier se réduisent par conséquent presque aux denrées dont il a besoin pour son entretien et pour perpétuer sa race. La valeur d’une marchandise, et par conséquent aussi du travail, est égale au prix de revient. Le salaire s’abaisse dans la mesure même où la situation du travail devientmoins florissante.» « L’ouvrier moderne, au lieu de s’élever avec le progrès de l’industrie, s’enfonce toujours plus profondément dans les limites restreintes de sa propre classe. » Cette théorie, que Karl Marx a exposée sans réserve dans son ouvrage : le Capital, a trouvé dans Lassalle un éloquent défenseur. « Pour vous, Messieurs, s’écriait-il aux ouvriers, toujours le besoin, pour la part de l’entrepreneur, toujours tout ce que produit le travail en plus de ce qui est nécessaire. » Lassalle n’admet pas le progrès social comme conséquence du progrès économique, de là ses railleries pour les associations ouvrières anglaises, qu’il regarde comme « une tentative infructueuse de la marchandise travail pour avilir l’humanité ». Toute semblable est la doctrine du socialisme réactionnaire, en ce qui concerne les effets du système économique moderne sur la condition de l’ouvrier .Représentée en Angleterre par les romans de jeunesse de Disraeli et par la haute Eglise anglicane contemporaine, elle a trouvé ses défenseurs les plus fervents en Allemagne. Dans les nombren- IG LA GRANDE INDUSTRIE ses livraisons de la Revue de Berlin et dans les annales de Glaser, ce parti a développé, il y a 50 ou GO ans, un programme politico-social que Wagcner a résumé en 1855 dans son « Projet pour un programme de Droit ». Ce parti qui d’un côté remonte à l’état mercantile sous Frédéric le Grand et Frédéric Guillaume I er , est devenu d’un autre côté plus tard le point de départ du socialisme d’Etat. De l’ensemble de ces publications découle cette pensée fondamentale, que l’ordre social moderne fondé sur la liberté et la propriété, et en particulier la grande industrie qui s’est élevée sur ces bases, oppriment l’ouvrier sans espoir de salut. Bien loin d’entraîner en même temps un progrès social, le progrès économique devient au contraire un abandon des « Principes de 1789 » et considère comme salutaire un retour aux anciennes corporations ouvrières avec la fixation des salaires par l’Etat. C'est ainsi que Lavergne-Peguilhen rend le système économique actuel responsable de l’opposition irréconciliable entre le capital et le travail. Il pèse sur l'ouvrier plus que la féodalité du moyen âge et même que l’esclavage. De môme Hermann Wagener traite l’état économique d’aujourd’hui de « lutte de désolation et d’anéantissement qui ne peut amener partout qu’au complet asservissement social et politique des plus faibles, des esclaves sans maîtres d’à-présent ». La bourgeoisie invite l’ouvrier àla lutte « comme un paralytique à une course » et sous le prétexte dérisoire de la liberté du travail, elle l’a exclu de l’industrie par la supériorité de ses ressources. La liberté du travail ne signifie rien autre pour l’ouvrier que la faculté de choisir le métier où il préfère souffrir la faim. Oui, la grande industrie a besoin du INTRODUCTION 17 paupérisme, afin que le prix du travail ne monte pas au- dessus du prix de revient des produits. Le système industriel moderne et ses défenseurs auraient donc le plus grand intérêt à empêcher les progrès de l’ouvrier. La même chose est répétée par le professeur Glaser, intimement lié d’opinion avec les auteurs précédents. « Aucun homme connaissant vraiment les principes de l’économie politique ne prétendra qu’en présence de l’état actuel de la production dans les Etats de l’Europe, la condition de l’ouvrier puisse s’élever par ses propres forces au-dessus de sa situation présente. » Pour lui, l’Angleterre, qui est le pays le plus avancé au point de vue économique, se trouve par le fait même dans la plus déplorable situation sociale, — c’est le pays de la misère des masses, juste à la veille d’une Révolution. A ces fondateurs du socialisme d’Etat actuel se rattachent des auteurs catholiques comme Jœrg, Ketteler et autres. L’impossibilité d’un progrès de l’ouvrier par suite de l’ordre économique actuel est pour eux un axiome, sur lequel ils fondent leurs réclamations socialistes plus ou moins avancées. VI. — Cette doctrine, tout comme celle du socialisme radical, repose sur cette considération fondamentale commune, que le progrès économique enchaîne l’ouvrier en le réduisant au strict minimum nécessaire pour vivre, et que sur ce terrain une amélioration de sa situation, en particulier un accroissement de salaire, est chose impossible. Cette opinion, qui n’est autre chose qu’une exagération de la théorie des salaires de Ricardo, a été abandonnée par les écrivains plus modernes ; l’école dite de Manchester,aussi bien que l’école historique,reconnaissent 18 la grandi; industrie la possibilité et même la nécessité d’une élévation de la condition de l’ouvrier, de même que d’un accroissement progressif des salaires, justement à cause et comme conséquence du progrès économique. Ainsi Maccullocli ne considère en aucune façon les salaires élevés de l’Amérique, de l’Angleterre et de la Hollande, comme un désavantage au point de vue économique sur les salaires plus faibles de l’Irlande, de la Pologne et de l’Inde. Cette différence est largement compensée par une application plus grande au travail et une production plus considérable. Senior dit la même chose ; malgré la faiblesse des salaires, le prix du travail est plus élevé en France qu’en Angleterre. Rau et Roscher sont du même avis ; ce dernier fournit des preuves tirées d’une foule d’observations des plus intéressantes, faites dans tous les pays. Nous nous trouvons maintenant en présence d’un revirement semblable de la théorie relative à la durée du travail. Tandis que l’on avait considéré autrefois l’utilisation la plus longue possible des machines comme désirable, et toute réduction de la durée du travail comme une perte, on reconnut universellement plus tard les avantages économiques d’une réduction insensible du temps de travail. On connaît surtout le changement qu’ont subi, dans ce sens, les idées de Senior. Tandis que dans ses lettres sur les Factory acts, en 1837, il avait déclaré que la réduction de la journée du travail de dix à douze heures ruinerait l’industrie du coton, attendu que c’étaitjustement dans les deux dernières heures que se réalisait le bénéfice du patron, il rétracta, en 1863, au congrès des sciences sociales d’Edimbourg, INTRODUCTION 1!) cette théorie erronée, et préconisa l’extension de la loi de dix heures à une série d’autres industries. Les idées de Macaulay effectuèrent la même volte-face. D’abord adversaire des Factory acts il prit plus tard brillamment la parole pour la défense de la loi de dix heures. Il termina son discours par ces paroles mémorables, souvent citées depuis: « Si jamais nous sommes contraints d’abandonner le premier rang- parmi les peuples commerçants, nous ne le céderons pas à une race de nains dégénérés, mais à quelque peuple puissant et se distinguant par les qualités du corps et de l’esprit » — faisant allusion en cela à la trop longue durée de travail de quelques fabriques allemandes, et aux conséquences d’un mauvais recrutement dans certains districts industriels allemands. Les économistes allemands se rallient aux anglais. Ainsi, par exemple, l’abréviation de la journée de travail n’implique nullement toujours, d’après Emminghaus, une infériorité au point de vue économique ; on voit fréquemment, au contraire, la quantité de travail produit se maintenir au même niveau à la suite d’une réduction de la durée de travail. Si, avec une journée de travail plus courte, le salaire total pour une pièce s’élevait au même prix, cela devrait être considéré justement comme un avantage pour le patron. Le coup le plus terrible à la théorie de Ricardo fut porté par Brentano, en premier lieu, dans ses « Corporations d’ouvriers d’à présent ». La théorie des salaires de Ricardo devint alors insoutenable, même pour ceux de ses anciens partisans dont les intérêts lui étaient intimement liés. Après que déjà Fr. Lange eut admis celte 20 LA GRANDE INDUSTRIE manière de voir dans la préface d’une nouvelle édition de son ouvrage : « la Question Ouvrière », ce n’était plus qu’une question de temps pour que la démocratie sociale allemande reconnût le progrès scientifique. C’est ce qui arriva au congrès de Halle, en 1890, où la loi d’airain sur les salaires fut déclarée fausse et, comme telle, rayée de la liste des arguments socialistes. En particulier, Brentano partage l’opinion exposée plus haut, qu’une élévation des salaires et une réduction de la journée de travail sont des mesures qui, si on les applique petit à petit, et si on les fait servir à l’élévation du niveau de la condition de l’ouvrier, se justifient au point de vue économique par le surcroît de production qu’elles occasionnent. Par dessus tout, dans ses écrits comme dans ses conférences, Brentano a constamment exprimé sa conviction que l’élévation des classes ouvrières, par le développement continu du système économique actuel, marche de conserve avec le progrès économique, et en est même la conséquence naturelle — doctrine qui doit être la base de toutes les revendications sociales pacifiques. Il me faut ici constater, avec reconnaissance, tout ce que le présent travail doit à l’auteur que je viens de nommer. L’exemple de Brentano est suivi par Herkner dans son ouvrage plein de mérite : « La réforme sociale considérée comme conséquence du progrès économique, Leipzig, 1891 ». Herkner professe expressément l’utilité de tous les efforts dirigés dans le but de l’élévation des classes ouvrières et, en particulier, de mesures législatives, même pour le développement de la puissancce économique. INTRODUCTION 21 VII. —Consultons maintenant les praticiens. Parmi eux ne règne nullement la même conformité de vues que parmi les théoriciens actuels. D’un côté sont les Anglais et les Américains, de l’autre la plupart des Allemands. Parmi les premiers, le plus connu est Brassey, qui, dans son ouvrage « Work and Wages » a rassemblé les observations de son père, le plus grand constructeur de chemins de fer du monde. J’ai discuté les conclusions de Brassey autre part : « Il n’est pas vrai, d’après lui, que l’élévation des salaires en Angleterre dénote une infériorité économique ; bien plus, le prix d’une quantité déterminée de travail ne serait nullement plus élevé en Angleterre, et se trouverait, tout au contraire, nettement plus bas que dans le reste de l’Europe, où la condition de l’ouvrier est bien plus misérable. » De même, Lowthian Bell, métallurgiste anglais distingué, déclare dans son ouvrage « Manufacture of Iron and Steel » que le gain hebdomadaire des ouvriers employés aux hauts-fourneaux anglais est considérablement plus élevé que sur le continent, bien que le montant du salaire payé, pour une somme de fer brut, soit plus faible dans le Cleveland qu’en Allemagne. Il en est de même, selon Schœnhof, de la production du fer brut en Amérique comparée à celle d’Europe. D’une manière générale, les deux Américains Edward Atkinson et J. Schœnhof défendent de la manière la plus catégorique le point de vue de Brassey — tous deux sont des hommes d’affaires ; Atkinson pratique l’industrie du coton dans le Massachussets. Tous deux déclarent que le progrès économique qui est aujourd’hui le passage de la petite à la grande industrie, du travail ma- 22 LA GRANDE INDUSTRIE nuel à la machine, entraîne nécessairement avec lui une élévation progressive de la condition de l’ouvrier. Les salaires hebdomadaires élevés, que présentent les pays les plus avancés au point de vue économique, ne seraient nullement pour eux un désavantage dans la lutte des nations. Ils ne seraient plutôt rien autre chose qu’un indice du progrès technique de la situation industrielle, en particulier de la victoire de la grande industrie sur des formes d’industrie surannées. Malgré l’élévation des salaires hebdomadaires, par suite de l’emploi de meilleures machines et d’un rendement plus considérable du travail, les frais de main-d’œuvre pour la plupart des objets, surtout pour ceux produits par la grande industrie, seraient plus faibles en Amérique que dans les industries rivales d’Europe. Tout autre est la manière de voir d’un grand nombre de praticiens allemands. En particulier, l’augmentation de salaires imprévue et importante, qui s’est produite il y a 60 ans, n’a, de l’avis de beaucoup de praticiens, répondu à aucune espèce de progrès économique. Au contraire, l’opinion que ces augmentations de salaires avaient amené un affaiblissement de l’industrie allemande en face de l’étranger et une diminution de l’exportation, fut soutenue de bien des manières aussi bien dans la presse qu’à la tribune du Reichstag. Bien loin d’avoir toujours été accompagnée d’un accroissement de production correspondant, l’élévation des salaires aurait bien plutôt amené, la plupart du temps, une diminution du rendement du travail. Cette opinion fut défendue, par exemple, par le ministre du commerce de Prusse dans un rescrit du 28 mars 1876, aux directeurs du départe- INTRODUCTION 23 ment des mines. La même idée se trouve exprimée dans le mémoire, paru en 1875, de la société des industriels du fer et de l’acier, et dans les enquêtes du gouvernement sur l’industrie métallurgique aussi bien que sur celle du coton et delà toile en 1878, et cela avec une énergie particulière de la part des maîtres de forge allemands et de quelques filateurs. Comme moyen d’augmenter la production du travail, le rescrit cité plus haut recommande l’abaissement du taux du travail à la pièce, ce qui donnerait l’impulsion la plus efficace au travail — doctrine semblable aux conseils de A. Young et des écrivains du siècle dernier cités à côté de lui. Mais si nous nous adressons aux agriculteurs de l’Allemagne orientale, la théorie de la relation contraire entre l’élévation des salaires et l’accroissement de production rencontre parmi eux peu de contradicteurs. Nous avons donc à signaler une contradiction entre l’ancienne et la nouvelle théorie, de même qu’entre les praticiens des différents pays. Est-il possible d’admettre que d’un des deux côtés soit toute la vérité, et de l’autre toute l’erreur? Une telle supposition est rendue inacceptable par la foule des faits que chacun des deux partis fournit comme preuve à l’appui de son opinion. On doit plutôt expliquer cette contradiction en la regardant comme l’expression d’une évolution naturelle. Il faut admettre que la théorie soutenue depuis Sir William Petty jusqu’à A. Young correspond à un degré de développement ancien, celle des économistes modernes à un degré de développement plus avancé. Si l’on doutait de l’exactitude d’une pareille solution du différend, on sera convaincu par ce fait qu’un des partisans les plus déci- 21 LA GRANDE INDUSTRIE «lés de la théorie nouvelle avoue l'impossibilité de l’appliquer aux Indes. Dans l’Inde, dit Brassey contrairement à ce qui se passe en Angleterre, on a fait la remarque qu’une élévation des salaires fait baisser la production. Si, toutefois, le changement d’opinion repose sur un changement dans les faits, ce dernier changement doit remonter à la dernière révolution économique générale qui distingue la vie économique d’aujourd’hui de celle du siècle passé. En quoi consiste-t-elle ? D’un système d’industries particulières, indépendantes, placées sous le régime de l’autorité et de la naissance, sortit, avec le développement de la concurrence, une industrie internationale formant un tout solidaire par la division du travail et l’échange. Ce changement détermina, d’une part, un changement des procédés de fabrication (sur les ruines des petits métiers d’autrefois s’éleva la grande industrie moderne), puis une certaine révolution psychologique (il se forma de nouvelles manières de voir, et avec elles de nouveaux hommes, de nouveaux types de patrons et d’ouvriers). A mesure que cette évolution s’accomplit, la théorie se modifie d’une manière correspondante. La théorie primitive se rapporte partout à des relations réglées par l'habitude ; à mesure que les relations dépouillent leur caractère routinier et entrent dans l’économie générale, la théorie commence à chanceler. C’est seulement à mesure que la révolution économique s’est accomplie, (pie la nouvelle doctrine a fini par être reconnue vraie, avec la victoire de la grande industrie sur les anciens modes d’exploitation, d’abord par les théoriciens, puis par les praticiens des pays, dans lesquels la révolution INTRODUCTION 2o économique est terminée. Dans les pays où la situation est encore transitoire, beaucoup de praticiens persistent dans les anciennes idées. On pourrait suivre celte évolution dans les branches les plus importantes de l’industrie. On montrerait comment cette évolution économique est l’indice d’abord d’un progrès technique, puis d’un progrès social et comment l’élévation de la classe ouvrière la suit pas à pas. Rien ne serait plus propre à combattre ce pessimisme social, qui pense que le développement économique moderne conduit à une rupture sociale, ou à un problème qui ne peut être résolu que par la poudre et le plomb. Parmi les grandes industries, il en est deux qui conviennent particulièrement à cette démonstration : l’industrie du fer et l’industrie du coton. Toutes deux sont répandues dans le monde entier, et produisent partout des objets semblables ou du moins analogues. Les produits de ces deux industries sont mesurables et comparables avec les mesures de longueur ou de poids. Enfin toutes deux sont les industries principales pour les pays industriels les plus importants du monde. Mais l’industrie du coton a un avantage sur celle du fer. Chez elle la machine est arrivée à dominer depuis un siècle, et la tâche de l’homme s’est de plus en plus bornée à la surveillance de la machine. Il en est autrement de l’industrie du fer; ce sont seulement les procédés de Bessemer et de Siemens qui ont placé chez elle la force mécanique au premier rang, tandis qu’avec les puddleurs disparaît aujourd’hui ce type de l’ouvrier habile et aux muscles puissants. Mais c’est surtout l’industrie du coton anglaise, celle de toutes les grandes 2G LA GRANDE INDUSTRIE industries modernes qui possède la plus longue histoire, qui se prête le mieux à la recherche des tendances économiques et sociales du système économique moderne. Nous chercherons, dans l’histoire de l’industrie du coton en Angleterre, les traits qui peuvent être relevés comme caractères généraux de la forme actuelle de la grande industrie. Si donc je prie de nouveau le lecteur de me suivre en Angleterre, c’est dans le même but, dans lequel autrefois sir William Petty et autres Anglais de la même époque ont étudié la Hollande afin de contribuer à fonder la grandeur de leur propre pays. CHAPITRE I er LE DEVELOPPEMENT I)E LA GRANDE INDUSTRIE DU COTON EN ANGLETERRE I Origine du système de la fabrique L’Inde, le berceau de l’activité industrielle, est aussi la patrie de l’industrie du coton. Déjà Alexandre le Grand trouva les Indiens vêtus de costumes de coton. Les tissus indiens furent, dès la plus haute antiquité, importés en Europe comme articles de luxe. Les Arabes, en même temps que beaucoup de métiers et d’arts, apportèrent aussi en Europe l’industrie du coton. Partout où ils pénétraient, ils cultivaient toujours le cotonnier ; et c’est surtout sur toutes les rives de la Méditerranée 28 LA grandi; industrie que cette culture prospérait. L'Espagne et la Sicile filaient et tissaient le coton aux xi° et xn e siècles. Plus tard, lorsque le centre de gravité du monde économique se porta vers le nord de l’Europe, l’industrie du coton suivit le mouvement ; les Flandres et les villes allemandes en devinrent le siège. L’Angleterre, autrefois réduite exclusivement à l’agriculture et à ses produits, n’était pas un terrain favorable à une industrie de luxe, comme l’était à cette époque l’industrie du coton ; cette dernière supposait un pays de commerce et des consommateurs enrichis par le commerce. Venise était le marché de coton du monde, c’était le Liverpool d’alors, Anvers le siège de sa fabrication, le Manchester d’alors. Comme pareille chose arrivait fréquemment, ce furent des émigrants étrangers qui établirent la base de l’industrie du coton en Angleterre : c’étaient des réfugiés qui, après la destruction d’Anvers par le duc d’Albe, en 1585, cherchaient un asile en Angleterre. Beaucoup d’entre eux s’étaient établis à Manchester et à Bolton, qui étaient alors le siège du tissage de la laine. Les tisseurs étrangers étaient surtout attirés vers Manchester par la permission qu’on y avait d’abattre dans les forêts du Collège, situées près de la ville, autant de bois qu’on voulait pour bâtir ou pour brûler — c’est l’indice de conditions économiques bien différentes des nôtres. C’est depuis cette époque qu’il est fait mention de l’importation du coton en Angleterre. Mais, l’usage du coton était encore bien insignifiant à la fin du siècle ; cela ressort de ce fait que, dans la loi des pauvres d’Elisabeth, les travaux les plus divers, en particulier le filage du lin, du chanvre et de la laine sont recomman- LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 29 dés comme occupation dans les maisons de correction, mais il n’est fait aucune mention du coton. Le déplacement des voies commerciales du monde, joint à des événements politiques, fut ce qui força l'Allemagne et les Flandres à s’effacer devant la Hollande et plus tard devant l’Angleterre. C’est aussi ce principe qui explique la prospérité de l’industrie anglaise du coton ; déjà Lewis Roberts fait mention dans son ouvrage paru en 1641 « Treasure of Traffic » de l’industrie du coton de Manchester comme d’un métier prospère. Daniel de Foe trouve dans son ouvrage « Tour through the wliole Island of Great Britain » en 1727, la ville de Manchester dans un état de développement étonnant. En peu d’années sa population aurait doublé. Ce fait serait dû avant tout à la prospérité extraordinaire de l’industrie du coton dans les quarante dernières années. Les procédés de fabrication étaient à cette époque, d’après Guest, les suivants. La trame du tissu était eu fd de lin, qui était apporté le plus souvent d’Allemagne. Le coton n’était pas encore assez solide pour cet usage. La duitc était en fil de coton qui était filé par les paysans des environs de Manchester. Le tisserand était un artisan indépendant ; il achetait le fil et portait les tissus au marché de Manchester. A mesure que l’industrie se mit à produire non seulement pour les besoins locaux, mais aussi pour un débit éloigné, et qu’avec la concurrence la tendance à l’abaissement des prix de revient fit des progrès, le maître tisserand indépendant disparut en face de l’ouvrier mercenaire, qui reçut du marchand fabricant les fils à tisser. Le marchand répandait à l’origine lui-même ses tissus, en les emportant à travers le 30 IA GRANDE INDUSTRIE pays sur le clos de chevaux de bât. Pendant longtemps le marchand et le tisserand furent ainsi associés. Mais à mesure que le marchand devint fabricant, il commença à faire assurer le débit par des voyageurs de commerce et des livres d’échantillons. Guest place cette évolution aux environs de 1740. Mais en présence de l’extension du débit, ce mode de vente ne suffit plus. Du fabricant, qui de Manchester émigra dans les villages environnants, se sépara le marchand auquel le fabricant vend maintenant ses produits. Ainsi se sont séparés l’ouvrier, le fabricant et le marchand, ces trois fonctions distinctes qui, encore aujourd’hui, caractérisent l’industrie. Mais malgré cet essor industriel, l’industrie du coton de l’Angleterre avait à compter avec un concurrent supérieur. Comme aujourd’hui le continent européen et l’Amérique vis-à-vis de l’Angleterre, de même alors l’Angleterre vis-à-vis de l’industrie indienne du coton était réduite à des fils et à des tissus grossiers. II faut remarquer l’influence capitale qu’eut sur son développement ultérieur ce fait que l’industrie anglaise du coton était déjà exposée à la concurrence internationale, alors que le mauvais état des chemins sur le continent rendait cette concurrence encore à peine sensible. L’Inde était encore au siècle passé vis-à-vis de l’Europe un pays d’industrie, qui échangeait principalement des produits industriels, en particulier des tissus de coton et de soie contre des produits naturels, surtout des métaux. Déjà en 1708, de Foe déplore l’importation de tissus de coton indiens en Angleterre. Il est, d’après lui, devenu généralement de mode, pour les dames, de porter du ca- LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE :u licot et de la mousseline, après que la reine les a précédées dans cette voie; ce sont non seulement les vêtements, mais encore les draps de lit et les rideaux qu’on a l’habitude de faire en étoffes exotiques. Les doléances de de Foe sont d’autant plus dignes de remarque qu’elles tombent à une époque où la loi défendant l’entrée des calicots indiens imprimés était déjà en vigueur (1700). Constamment des plaintes semblables se reproduisent, disant que la dépravation de la nature de la femme ruine l’industrie nationale par la manie d’un accoutrement exotique. Le siècle entier soutint d’un bout à l’autre la concurrence indienne dans toute son âpreté, et c’est ce que démontre l’exemple suivant. En l’année 1775, une a association patriotique fut fondée à Edimbourg dans le but de combattre la mode des vêtements en coton de l’Inde ». On résolut de boycotter tous les hommes qui entretiendraient un commerce avec des dames portant des étoffes de coton ; et à cette occasion, il est dit que l’usage d’étoffes indiennes est général — au moins dans les couches aisées de la société. Bien que les plaintes citées plus haut sur l’usage d’étoffes de coton aient été élevées avant tout dans l’intérêt des industries anglaises de la laine et de la toile — ces dernières étaient encore les plus importantes, — cependant il va de soi que la pression de la concurrence indienne atteignit en première ligne l’industrie anglaise du coton. L’évolution qui s’accomplit dans les dix années suivantes est caractérisée par une requête de marchands indiens en 1831. Les pétitionnaires se plaignent que dans l’Inde les produits du pays sont supplantés par les produits anglais, et réclament, sans toutefois en attendre : v 2 LA grande industrie beaucoup de secours, l’abolition des droits d’entrée en Angleterre, afin que les deux pays soient du moins traités sur le même pied. Dans l’intervalle se place le passage à la machine et au système moderne delà fabrique. En 1760, dit Baines, les outils étaient aussi simples en Angleterre que dans l’Inde ; à partir de ce moment les inventions se succèdent rapidement. C’est dans les dix dernières années du siècle dernier que furent déjà filés en Angleterre les premiers fils de mousseline — jusqu’alors le monopole de l’Inde. — A cette époque s’accomplit l’évolution considérable qui transforma d’abord l’industrie du coton, et la plaça à la tète du développement industriel et social de l’Angleterre, évolution qui s’opéra d’abord dans le Lan- cashire, puis dans toute l’Angleterre, pour gagner de là l’Europe occidentale, et bouleverser les relations économiques du monde entier. Elle a fait naître de nouvelles classes, d’abord la société bourgeoise, qui devient la première dans l’Etat à la place de l'antique noblesse foncière ; ensuite la classe des ouvriers qui tend toujours à s’élever. Mais dans la mesure même où un peuple s’approprie cette évolution et fait reposer sa production sur la machine, il devance d’autant au point de vue de la puissance économique les autres nations du monde. De quelles causes est sortie cette évolution ? Marx, qui expose le développement de la machine d’une manière lumineuse, n’a là-dessus aucune réponse. Peut-être est-ce parce que les machines ont été inventées, ou parce que la physique était assez avancée pour faire ces inventions? Brentano a déjà montré combien erronée serait une pa- LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 33 reille réponse. Il a fait ressortir que ce ne sont nullement des savants, mais au contraire des hommes appartenant aux carrières les plus différentes, et surtout vivant de la vie industrielle, qui ont fait les inventions répondant aux besoins du jour. — Cartwrigtht seul était un ecclésiastique. Une autre preuve du contraire est que déjà depuis des siècles des machines semblables ont été employées isolément sans avoir alors aucune portée économique. — L’application de la vapeur à l’élévation des fardeaux est vieille de plusieurs siècles. Pierre le Grand a employé pour l’irrigation de ses jardins une machine à vapeur d’après un modèle hollandais. Le moyen de réunir une quantité de broches avec des bobines sur un même châssis, et de faire tourner mécaniquement les bobines comme les broches, fut introduit dans le Derby par Thomas Lombe comme une disposition de la filature de soie italienne avant qu’il fût question de machines dans l’industrie du coton. Ce qu’on appelle le rouet saxon, vieille invention allemande, le modèle du rouet Throstle qui vient après, rendait déjà possible la plus grande partie des opérations du filage, à savoir la torsion et l’enroulement du fil, mécaniquement sans l’intervention de la main de l’homme ; la fileuse avait uniquement à enlever le fil avec la main. Ce rouet depuis longtemps employé en Allemagne était pour le filage du lin, — mais on ne songea pas à combiner cette disposition avec le système italien qui en principe paraît avoir été semblable. Jean Beckmann raconte dans le premier volume de ses recherches sur l’histoire des inventions, et Marx dans Capital est d’accord avec lui sauf pour la date, que, déjà vers 1379, le tissage mécanique avait été découvert à Dantzig. 3 34 LA GRANDE INDUSTRIE Ce ne sont donc pas des raisons techniques qui produisirent l’évolution économique vers la fin du siècle dernier ; ce fut bien plutôt le concours d’une série de circonstances économiques qui conduisit aux progrès techniques ; des inventions faites depuis longtemps ou du moins à moitié réalisées, mais jusqu’alors sans effet au point de vue économique, furent appliquées seulement alors à l’industrie moderne. Ce n’est point ici le lieu de développer cette base économique de l’évolution industrielle, parce que cette tâche réclamerait des recherches spéciales. Qu’il suffise plutôt d’indiquer l’idée fondamentale de ce développement. I. — Comme on l’a remarqué plus haut, la société du moyen âge consiste dans un ensemble d’exploitations particulières indépendantes, qui ne sont reliées entre elles que dans une faible mesure par l’échange. Les biens qui reviennent à l’exploitation isolée sont déterminés par la coutume et le droit, en particulier par la condition dans laquelle est né le chef de l’exploitation. L’élément révolutionnaire dans la société du moyen âge, c’est le marchand, un étranger dans le pays, traité à l’origine en ennemi. En face du monde agraire du moyen âge, il représente une façon de penser nouvelle et moderne. — Tandis que là les destinées de la vie sont fixées par la coutume et le droit, il est animé du désir du gain le plus grand possible — c’est le premier « self-made-man » au sens actuel du mot. Le commerce apporte la richesse. Pour le favoriser, il faut créer un code spécial à son usage. Tandis que le droit pour le reste est le droit civil, il est créé pour les LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 35 relations commerciales un droit affranchi des considérations de personnes, un « jus gentium » en opposition avec le « jus civile », un droit commun en opposition avec les droits civils des Saxons, des Français, etc... Les deux points de développement indiqués de l’histoire du droit romain, de même que du droit allemand, reposent, tout le monde le reconnaît, sur l’avènement de l’élément marchand. Partout où il arrive à dominer, il amène toujours des rapports de droit qui sont opposés à ceux existant jusqu’alors ; au lieu de la sujétion, l’indépendance de la propriété ; au lieu de la sujétion des personnes, la liberté individuelle. Mais pendant longtemps l’influence de l’élément commerçant a été faible et limitée à certains centres commerciaux, à quelques marchés et à quelques villes. La difficulté des relations, le mauvais état des routes, l’incertitude du droit, les droits d’entrée, les droits d’entrepôt, etc. — limitent le commerce à un petit nombre d’objets de prix ; relativement à la grande masse des marchandises usuelles, la concurrence est pendant longtemps encore insensible. L’état de la production et des prix repose sur le droit et l’usage ; la manière même dont les particuliers participant à la production se partagent entre eux le produit, est également déterminée par l’autorité. Dans la mesure où la concurrence, et avec elle les idées mercantiles se sont emparées du commerce, les anciennes Guildes cèdent devant la liberté de l’industrie, et ce développement de la production, qui conduit à la machine et à la grande industrie, s’accomplit. Cette évolution s’opère, déterminée par certaines causes, d’abord au siècle précédent en Angleterre, et préci- LA GRANDE INDUSTRIE 36 sèment en premier lieu dans l’industrie du coton. L’avènement de la nouvelle époque fut, là comme autrefois en Europe amené par la monarchie la plus mercantile, qui, pour payer ses fonctionnaires et ses soldats, avait besoin d’argent, et pour cela favorisait le commerce. L’Angleterre était au siècle dernier le premier pays de commerce de l’Europe ; l’esprit de commerce pénétra même dans les relations agricoles, de là vient le changement caractéristique des rentes de fermage ordinaires en ce qu’on appelle les rack-rents ; la production industrielle fut saisie encore davantage de cette fièvre du gain le plus grand possible. Mais par suite de ce progrès du commerce, l’industrie aussi marcha dans une autre voie sous l’influence de la concurrence. La situation maritime de l’Angleterre, le nombre de ses ports, les circonstances favorables à la navigation du flux et du reflux attiraient le commerce, tandis que la difficulté des relations commerciales sur le continent maintenait encore pendant longtemps des monopoles industriels. Mais au premier rang s’éleva, sous l’influence de la concurrence, comme on l’a vu plus haut, l’industrie du coton. Avec la concurrence apparut l’effort tendant à l’abaissement des prix de revient, effort qui conduisait à la production en grand et à l’emploi de machines économisant le travail. « Le trafic fut le véhicule extérieur, le commerce l’âme intérieure, qui donna l’impulsion à la grande industrie. » ' IL — Les conditions que suppose le commerce, liberté personnelle et sécurité de la propriété, étaient réalisées au siècle dernier en Angleterre, comme dans tout pays de commerce, plus que dans les Etats pour la plupart encore LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 37 agricoles du continent européen. Liberté et propriété étaient aussi les conditions nécessaires au développement de la grande industrie moderne. D’un autre côté, soi- disant dans l’intérêt de la subsistance du peuple, la force de la police d’Etat a empêché l’avcnement de la machine. De même la haine des masses pour les inventions a poursuivi partout les inventeurs. Les premiers fabricants anglais eux-mêmes l’ont éprouvé ; leurs ateliers furent détruits, leur vie menacée. Kay, l’inventeur de la navette volante (1733), dut quitter son pays natal ; les inventeurs qui suivirent furent obligés pour la plupart de chercher fortune dans d’autres comtés, particulièrement dans le Nottingham, après que, dans le Lancashire, le siège de l’industrie textile, leurs ateliers eurent été détruits et leur vie menacée, témoins Hargreaves et Arkwright ; le vieux Peel s’est même trouvé personnellement en danger de mort. On le voit, la protection de la justice ne donnait encore en Angleterre qu’une sécurité tout juste suffisante pour que les inventions pussent être réalisées, au milieu de difficultés et de dangers considérables. III. — 'L’essor industriel ne pouvait s’accomplir que sur un terrain affranchi d’une législation industrielle au sens antique du mot. L’industrie du coton sur le continent possédait une pareille législation. Il suffit de lire la description que Bein donne de l’industrie du Voigtland pour voir que, dans de pareilles conditions, des inventions ne pouvaient pas prendre naissance. Là, tout était réglé. Le filage se faisait sous la surveillance de l’Etat et les fils étaient recueillis par des fonctionnaires. Le droit de tisser était rattaché aux attributions des membres de 38 LA GRANDE INDUSTRIE la corporation ; le mode de production était fixé dans le plus grand détail ; des inspecteurs de l’Etat exerçaient un contrôle. Des défauts dans le tissu étaient frappés de peines. De même le droit de transport des tissus de coton était rattaché aux attributions de membre de la corporation des marchands ; le titre d’entrepreneur d’industrie avait presque l’importance d’une fonction publique. Indépendamment d’autres conditions, il fallait subir un examen rigoureux. Le débit même était soumis à des règles étroites ; pendant longtemps les prix furent maintenus fixes, et il y avait même un prix de vente maximum fixé par l’autorité supérieure. Le débitant était tenu d’acheter au tisserand sa marchandise, moyennant quoi un monopole lui était garanti pour la vente. Dans de pareilles conditions, il était impossible de songer à l’emploi de machines. Non seulement la production était réglée par les prescriptions de l’Etat, et toute infraction était soumise à une peine, mais, ce qui est plus important, toute espèce de stimulant vers le progrès technique faisait défaut, puisque tout individu possédant une situation légalement reconnue dans l’industrie, tisserand ou débitant, était assuré d’une existence facile à cause de l’ordre de choses établi, et que toute impulsion manquait pour les recherches d’améliorations techniques. De plus, le développement du mode d’industrie moderne aurait été en contradiction avec l’esprit même de cet ordre de choses, qui poursuivait comme but l’égale répartition des richesses et cherchait à empêcher l’enrichissement d’un petit nombre, qui est lié inévitablement au système de fabrique moderne. Ce fut seulement la concurrence avec les produits des ma- LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 39 chines anglaises qui renversa cet ordre de choses sur le continent. Une réglementation semblable gouvernait l’industrie anglaise de la laine. Dans le Lancashire, il y avait des inspecteurs à Manchester, Rochdale, Blackburn et Bury. Josiah Child donne, dans son New Discourse ofTrade London, 1693, p. 130, un aperçu du droit commercial, déjà combattu par lui, qui réglait l’industrie de la laine. D’après lui, l’espèce et la qualité du drap étaient exactement prescrites par l’autorité supérieure, afin de produire un « loyal cloth ». Les défauts étaient relevés par des inspecteurs; même, il était réglé jusqu’à la longueur que devait atteindre une pièce de drap déterminée. Le drap trouvé conforme aux ordonnances était marqué du cachet de l’autorité; toute violation des prescriptions établies était punie. En outre, la loi réglait le nombre des ouvriers et des métiers qu’un tisserand devait employer, et fixait ainsi, comme la loi allemande mentionnée plus haut, une limite à la production dans l’intérêt de l’égalité des richesses. L’auteur, cité plus haut, réclame au contraire que l’inspection obligatoire soit transformée en inspection facultative ; chacun pourrait fabriquer du drap à sa convenance, mais les draps constitués et éprouvés suivant les règles pourraient seuls recevoir le cachet de l’état et sortir ainsi à l’étranger « sous la garantie officielle de VAngleterre ». Par contre, Child est pour le maintien de longueurs déterminées, du contrôle par le gouvernement de tous les draps destinés à l’exportation. Ainsi, même un réformateur résolu demande simplement que l’ancienne méthode soit renfermée dans les limites mêmes, 40 l-A GRANDE INDUSTRIE où elle se trouva peu à peu réduite au siècle dernier par l’émigration de l’industrie vers le continent. Tandis que l’industrie de la laine ne s’affranchissait ainsi que peu à peu des entraves de l’ancien droit commercial, l’industrie du coton était un métier nouveau apporté dans le pays par le commerce, et que l’État traitait avec défaveur par rapport à l’ancienne industrie. Tandis que la première était stimulée par tous les moyens (on connaît la disposition, d’après laquelle aucun mort ne pouvait être enseveli sans avoir une chemise de laine) l’industrie du coton était accablée par des droits d’entrée (abolis seulement par Sir Robert Peel, après une suppression passagère (1787-98), par l’interdiction des indiennes imprimées, remplacée plus tard par de lourds impôts de consommation (ces derniers abolis seulement en 1831). Malgré cela ce n’était pas l’industrie de la laine, mais celle du coton dont le développement merveilleux devait faire la grandeur de l’Angleterre. Elle jouissait en effet d’un avantage sur l’industrie de la laine : celui de pouvoir se développer sans entraves sur le terrain des idées modernes. Sur les bases de la propriété et de la liberté, l’esprit de commerce créa la première industrie moderne. Ce n’était pas un mal que la fibre tendre, qui en formait la base, fût un produit des tropiques éloignés. Le commerce l’avait tout d’abord importée, et elle lui était redevable de l’affranchissement d’une réglementation des temps passés, qui enserrait ses deux soeurs indigènes, les fibres de la laine et du lin. Le mouvement s’empara d’abord de la filature, parce que la demande des fils avait déjà de beaucoup dépassé l’offre. Il n’était pas possible de songer à des machines pour LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 4 I tisser avant que le filage mécanique fournît du fil en quantité correspondante. La première fabrique fondée sur le système moderne fut la filature d’Arkwright à Nottingham (1768.) Les époques suivantes sont à relever pour l’histoire de l’industrie du coton dans les dix premières années : 1° exclusion des tissus indiens. En 1772 furent fabriquées en Angleterre les premières indiennes imprimées tout entières en coton ; en 1822 fut exporté vers l’Inde le premier tissu twist. 2o La mode du coton, aussi bien dans les classes aisées que chez les ouvriers. La futaine, espèce de velours de coton, fut pendant longtemps le vêtement de l’ouvrier anglais. — 3° Envahissement du continent par les fils et les tissus anglais. En 1792 les fils anglais firent pour la première fois leur apparition en grande quantité sur le marché de Leipzig. — 4° Guerre de Napoléon, qui empêcha l’avénement d’une industrie continentale, et, par suite de l’immense extension de la contrebande, nuisit à peine à l’industrie anglaise du coton. — 5° Accumulation rapide de grandes fortunes entre les mains des premières familles de fabricants. Dans les vingt premières années, il n’y eut, à l’exception peut-être de la période de 1812 à 1814, aucune mauvaise année pour les affaires. Déjà en 1801, sur 18 millions d’exportation totale, les marchandises de coton montaient à 7 millions. C’est avec raison que Macculloch pouvait dire que l’accroissement rapide de l’industrie du coton avait donné à l’Angleterre la puissance et la richesse nécessaires pour soutenir victorieusement la lutte contre la France. Mais ce brillant développement économique avait un 42 LA GRANDE INDUSTRIE revers qui n’était rien moins que réjouissant. On sait que l’Angleterre, dans les dix premières années de ce siècle, possédait un parti ouvrier socialiste révolutionnaire qui dépassait en force et en danger tous les mouvements ultérieurs analogues du continent. Cette tendance, qui conduisait à une violente prise de possession de l’autorité publique par les ouvriers, avait son siège principal chez les ouvriers de la grande industrie naissante. Déjà le grand teinturier Ure est forcé de convenir que nulle part au monde n’existaient d’aussi mauvais rapports entre patrons et ouvriers, que dans les grandes industries anglaises — fait intéressant, si on le compare aux rapports existant actuellement en Europe. A Manchester eut lieu, en 1819, le carnage de Peterloo, occasionné par une charge de cavalerie dans une foule d’ouvriers qui ne s’étaient pas dispersés à la lecture du Riot Act. — Suivit un attentat sur le premier ministre, auquel répondit une loi d’exception, connue sous le nom de « bill Castelreagh », avec des restrictions considérables apportées à la liberté de réunion et à la liberté de la presse. C’est à Ilyde, un des asiles de la filature et le siège d’une des plus anciennes familles de fabricants, que, dans une assemblée nocturne, en 1838, les ouvriers répondirent par des feux de salve à la question de leurs meneurs, leur demandant s’ils étaient prêts. A Glasgow régnait un terrorisme qui allait jusqu’au meurtre. Houldsworth et d’autres patrons se refusèrent, à plusieurs reprises, à faire devant les commissions d’enquête des révélations sur les réunions d’ouvriers et autres choses semblables, parce qu’ils avaient à craindre pour leur sécurité personnelle. LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 43 Sans aller plus loin dans l’étude de ce mouvement, il nous faut apprendre à connaître ses causes économiques. A la fin du siècle dernier, d’après le témoignage du fabricant Houldsworth, la pomme de terre et la farine d’avoine formaient le fond de la nourriture de l’ouvrier ; de temps en temps, le hareng servait d’assaisonnement. L’usage de la viande était presque inconnu; il s’établit seulement à mesure que les machines s’accroissant exigèrent un filateur nourri de viande, qui, d’Angleterre, pénétra en Ecosse. La grande majorité des ouvriers était au contraire réduite au minimum nécessaire à l’existence. Un tisserand ne recevait pas plus de 5 à 12 sli. par semaine, et le salaire moyen de tous, y compris les fila- teurs, ne s’élevait pas à plus de 10 sh. D’un autre côté, il résulte des prix de 1839, qu’en ne considérant que le minimum indispensable comme vêtements et nourriture pour une famille composée du mari, de la femme et de trois enfants, la dépense par semaine devait s’élever à 34 sh. 1/2. Si l’on admet que le mari et la femme étaient employés dans l’industrie du coton avec un salaire moyen, ils auraient gagné ensemble 20 sh. Il y aurait donc eu un déficit de 14 sh. auquel on ne pouvait remédier que par l’insuffisance de la nourriture, ou par des dettes, oubienpar les deux ensemble. « Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que nous ayons alors entendu parler de Chartisme », ajoute l’homme qui connaissait le plus à fond l’industrie anglaise du coton. Les livres bleus contiennent de nombreuses preuves qu’on eut recours aux deux genres d’expédients. Depuis 25 ans, raconte, en 1834, un témoin de Stockpart, ville qui était habitée exclusivement par des ouvriers en coton, 44 LA GRANDE INDUSTRIE le nombre des prêteurs sur gages a quadruplé, l’exploitation de chacun d’eux a triplé. Un quart de la population de la ville engageait régulièrement le lundi son mobilier et presque tous ses vêtements, pour les retirer tous les deux dans la mesure du possible le samedi après le paiement des salaires. Le même témoin fait connaître que les ouvriers faisaient presque tous leurs achats à crédit, et étaient forcés, à cause de leur solvabilité douteuse, de payer tout plus de 50 0/0 plus cher que les acheteurs au comptant. De plus amples détails sont inutiles ; par contre, il faut rappeler qu’alors derrière les ouvriers de fabriques, il y avait encore la grande masse des industriels en chambre, et qu’aussi en Angleterre la question de la misère des tisseurs en chambre semblait défier toutes les tentatives faites pour la résoudre. Cette situation fut justement l’objet d’enquêtes nombreuses et importantes. Elles sont pleines d’analogies frappantes avec la situation de notre industrie en chambre, et ont été réunies avec beaucoup de jugement dans les archives de Braun. Cet apogée dans le développement de l’industrie en chambre, alors que l’ouvrier est encore propriétaire des moyens de production, était depuis longtemps dépassé. Dans les trente dernières années, les tisserands n’étaient pour la plupart encore que locataires des métiers à lisser ou débiteurs encore d’une grande partie de leur prix, et par conséquent complètement à la discrétion d’entrepreneurs indigents (1). (1) Comité des tisserands à main de 1835 (3,375). « Souventil arrivait au patron de dire aux tisserands qui cherchaient du travail : « Nous n'avons pas d’ouvrage à faire; si nous vous en donnons, c’est au nom LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 4-0 La cause fondamentale de leur chute n’est pourtant pas en première ligne l’adoption du métier mécanique. Déjà en 1808, eut lieu une enquête sur l’état précaire des tisserands, et cependant en 1813, il n’y avait encore dans le Lancashire que 2,400 métiers mécaniques contre 200,000 métiers à la main. Ce fut bien plutôt l’entrée de l’industrie du coton sur le marché universel qui détruisit une situation, reposant sur le monopole et la mode. En particulier Guest, dans son Histoire de la Manufacture du coton (conclusion), a assurément raison, lorsqu’il attribue la décadence du tisserand anglais à l’immense exportation du fil vers le continent combinée avec le prix inférieur des denrées du continent; le tisserand du continent accablait ainsi le tisserand anglais par sa condition de vie plus facile. En poids moyen de marchandises, le tisserand gagnait par semaine à Bolton : Do 1797 à 1804, 26 sh. 8 d., soit le prix de 100 liv. de farine de froment. ou de 142 — d'avoine. De 1 804 à 1811,20 sh .... .79 — froment. ou 115 — d'avoine. De 1811 à 1818, 14 sh. 7 d , soitle prix de 60 liv. do farine de froment ou de 79 — d'avoine. Do 1818 à 1825, 8 sh. 9 il., soit le prix de 48 liv. de farine de froment ou de 64 — d’avoine. Do 1825 à 1832, 6 sh. 4 d., soit le prix de 38 liv. de farine de froment ou de 48 — d’avoine. L’étoffe en question n’était alors pas encore produite par le métier mécanique ; elle offrait donc un salaire de de Dieu ; nous préférerions le laisser non fait ; mais si vous le prenez ce sera pour 1 sh. de moins ». Mais le tisserand, poussé par la faim, pense : mieux vaut une seule pomme de terre que rien du tout, etc. » 46 LA GRANDE INDUSTRIE beaucoup plus favorable que la production d’indiennes imprimées. On trouve même des salaires de 2 à 3 sh. par semaine. D’après les livres bleus, la pomme de terre et la farine d’avoine étaient la nourriture presque exclusive des tisserands. Un budget, cité dans le livre bleu, relatif au ménage d’un homme, qui se trouvait dans une situation relativement meilleure, parce qu’il possédait son propre métier à tisser, montre que le dimanche seulement, pour une famille de quatre personnes, on mangeait une demi- livre de viande, tandis que le reste de la semaine on se contentait d’une nourriture encore plus frugale. Cela rappelle les rapports établis par Rechenberg et Schlieben pour les tisseurs à la main dans la province de Zittau. En effet, on aurait pu appliquer également à la population de tisserands du nord de l’Angleterre les conclusions de Rechenberg, disant qu’il ne serait, souvent en général, rien resté pour les parents, si les enfants avaient eu autant à manger que doit l’exiger la physiologie pour la constitution d’une race saine. Une démarche chancelante, des joues creuses sont regardées par des observateurs d’alors comme caractéristiques de l’ouvrier anglais. La durée moyenne du travail comportait de 14 à 16 heures. Les enfants commençaient à tisser à 9 ans, après avoir été déjà auparavant mis au dévidoir. Oue dans de pareilles conditions, les ouvriers d’alors n’aient pas constitué des acheteurs pour l’industrie, cela se conçoit facilement. Ce que les livres bleus contiennent dans ce sens rappelle, de la façon la plus frappante, les récits rapportés par Herkner sur les budgets d’ouvriers allemands. LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 47 Voici ce que dit ce tisserand dont nous rapportions plus haut le budget relativement avantageux : « Au point de vue des vêtements, je fais comme je peux. Parfois, J’en ai quelques-uns, parfois très peu. Je loue un habit et un gilet pour venir devant la commission. Des meubles, jamais de ma vie je n’en ai acheté. Ma femme est aussi mal pourvue de vêtements que moi. Des ustensiles de cuisine, jamais je n’en ai acheté depuis que je suis né. » Des sacs de coton bourrés de paille servaient de lits, et des caisses à thé tenaient lieu de chaises. Il est à remarquer que les tisseurs en chambre, malgré leur misère, jouirent pendant longtemps de la faveur de beaucoup de patrons. Ainsi, par exemple, sir Robert Peel les a opposés comme de loyaux sujets aux ouvriers de fabrique. Comme les bases économiques de leur existence ne se sont soustraites que tard à la domination de l’usage, il en a été de même du monde d’idées qui l’accompagnent. Mais sous la pression de l’élévation du prix des céréales et de l’abaissement des salaires, l’évolution s’accomplit là aussi depuis la guerre. A la place de sentiments de soumission à l’égard des autorités établies, s’élevèrent le désespoir et la haine — haine de l’Etat et de l’Eglise. Les livres bleus accusent les tisseurs en chambre d’athéisme et de manque de loyalisme. Déjà leur classe fut largement impliquée dans la collision de Peterloo en 1819. Ils tombèrent alors dans les mains des meneurs du Chartisme, et « ils auraient salué avec joie ce mouvement, parce qu’il ne pouvait leur apporter qu’une amélioration de leur condition ». Des conditions semblables avaient provoqué chez les ouvriers de fabrique comme chez les industriels en cham- 48 LA GRANDE INDUSTRIE bre des courants d’idées semblables. Mais, si l’évolution économique fit progresser les premiers, elle ne produisit pour les industriels en chambre qu’une décadence irrémédiable. Les moyens par lesquels on pensait pouvoir leur venir en aide, par exemple la fixation des salaires par l’autorité supérieure, et autres mesures analogues, avaient manqué leur but. En particulier, on réclamait le retour à l’ancien droit commercial, en faisant allusion à son renouvellement pour l’industrie de la soie par les règlements de Spitalfields. On alla même jusqu’à réclamer un impôt sur les machines, imitant en cela les manières du parlement d’ouvriers de Francfort, qui, par l’interdiction du système de fabrique, prétendait pouvoir retenir le monde dans les anciens errements. Mais aucune loi ne pouvait faire reculer l’évolution économique qui avait englobé le tisseur en chambre du Lancashire dans le mouvement économique universel. C’était la concurrence internationale qui, à la place de fonctionnaires, fixait les salaires et les profits. L’industrie anglaise de la soie pouvait s’y soustraire, sans d’ailleurs trouver à cela aucun avantage; mais cela était impossible à l’industrie des tissus de coton, qui, plus que toute autre industrie, était intéressée à l’exportation. Dans les dix premières années du siècle, l’Angleterre se trouva donc dans un état de crise sociale de l’espèce la plus grave, dont on rendit en général responsable le système de fabrique. De là contre ses fondateurs, les « sanglants Mill-lords » des attaques venant de tous côtés. Les ouvriers étaient unanimes à accuser le « roi vapeur » de les avoir chassés de l’ancienne et sereine LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE 4 !) Angleterre. Ils avaient juré d’en tirer vengeance. Ils le tenaient pour la cause principale du bouleversement qui renversait toute chose existante; mais,sous sa domination d’airain, le peuple était poussé toujours davantage au désespoir; il finirait bien par le renverser comme tous les gouvernements du monde. On ne pensait pas très différemment dans les résidences seigneuriales du Sud, que « n’avait pas encore souillées le souffle de l’Industrie ». Le système de fabrique était considéré comme aussi opposé au Christianisme que l’obscurité à la lumière; il était rendu responsable de tous les inconvénients tant sociaux qu’économiques, et en particulier « même des invectives dirigées contre les lois sur les grains ». Quelle fut la réponse des fabricants de Manchester à de pareilles attaques venues de droite et de gauche? La voici : ce n’est pas le système d’industrie qu’il faut accuser de la misère du pays, mais au contraire justement cette circonstance que ce système n’est encore qu’à moitié établi. C’est sur la base de la liberté de la propriété et du contrat, de la concurrence et de l’échange, qu’il s’est développé; il développe à son tour sur ces bases les caractères de la grande industrie, et l’affranchit de l’oppression d’une législation agraire intéressée. — Sans entrer ici dans la justification de cette manière de voir, nous examinerons bientôt comment ces deux faits se produisirent. 4 L’Industrie du coton sous l’influence de la concurrence internationale. Les progrès inouïs de l’industrie aboutirent vers 1830 à une crise, du moins de l’avis des entrepreneurs, dont les profits subissent à cette époque une baisse considérable. La longue crise d’affaires qui a duré pendant la troisième décade et au commencement de la quatrième, dénote, à côté d’une série de mauvaises récoltes , des causes essentiellement économiques. Grâce aux livres bleus , pleins de détails , ,et aux œuvres de Haines et d’Ure, nous sommes en mesure de donner de l’état de l’industrie à cette époque un tableau précis — bien plus complet que pour son développement dans les premières décades. C’est assez explicable; tant que tout va bien, l’homme ne se demande pas pourquoi ni comment. Mais de même que d’après l’exprcs- LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 51 sion de Socrate, la mort est la muse inspiratrice de la philosophie, de même, sur le terrain économique, la crise fait réfléchir la foule, et lui fait examiner les conditions de son existence. C’est pour ce motif que nous trouvons, dans cette période de dix ans, une série de recherches approfondies de l’État — « d’enquêtes dans un but d’apaisement. » Comme elles furent entreprises d’après la méthode autrefois usitée en Angleterre, avec une grande publicité, au moyen de témoins de toutes les parties intéressées et contradictoirement, elles forment, malgré leur but éphémère, aujourd’hui la mine la plus précieuse, de longtemps encore inépuisable, pour la science économique. A. — Jetons d’abord un coup d’œil sur la filature, dans laquelle le mode d’exploitation moderne eut, dans le passé, l’histoire la plus longue. Des chiffres qui ne sont pas suspects indiquent une baisse frappante des profits. Prix d’une livre de fil n° 40. Prix du coton nécessaire à sa fabrication (18 onces). 1784 1797 1812 1822 1832 [ lOsh.lld. 2 sh. 7 sh. 6 d. 3 sh. 4 d. 2sd.6d. 1 sh.6 d. 1 sh.4 3/4 d. 9 d. 0M1 J 1/4 7 J 1/4 Reste pour les frais et les bénéfices. 8 sh.11 d. 4 sh. 2 d. 1 sh. 7 3/4 d. 4 d. Comment expliquer ce phénomène ? L’industrie anglai- LA GRANDE INDUSTRIE ? i ■ -i'if mi 1)2 se du coton fut, plus tôt que d’autres métiers, affranchie de la domination de l’autorité et de l’usage. Il en résulte que la tendance vers la diminution des frais de production avait suscité l’emploi de machines. Mais les heureux possesseurs des machines, qui dépouillaient le filateur en chambre de son débit limité ou mal garanti, étaient de leur côté en situation de monopole vis-à-vis du reste du monde. Un signe de cette situation se trouve dans les fortunes accumulées dans un temps fabuleusement court, par les Arkwright, les Peel et autres ; la preuve en est dans la conquête rapide et irrésistible des marchés de Leipzig ou de Francfort. La situation de monopole de l’Angleterre se prolongea à cause de la guerre en Europe, qui se transporta aussi dans les Etats-Unis. — Cependant les pays en question étaient alors les marchés des marchandises de coton anglaises. Aussi les contemporains s’aperçurent-ils de cette situation ; ainsi Ure parle d’un « monopole tacite » que l’Angleterre aurait possédé pendant la guerre. Cela changea après la fin de la guerre ; partout s’éleva une filature nationale, soit sous la protection de droits, comme en France, soit aussi sans cette protection, comme en Suisse. La Suisse principalement devint bientôt une rivale très redoutable pour Manchester, non seulement sur ses propres marchés, mais encore sur d’autres marchés du continent et des côtes delà Méditerranée ; elle était favorisée en cela par des chutes d’eau et un climat relativement humide. La Suisse semble aussi être arrivée la première en possession d’un travail de fabrique quelque peu savant. Ainsi Ure, remarque qu’en Suisse, la population préfère souvent le travail de fabrique à l’industrie en cham- x LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 5 3 bre, révolution difficile à accomplir, mais à cause de cela d’autant plus importante dans les habitudes du peuple. L’Alsace, comme la Suisse, jouissait d’avantages analogues. Il s’y trouvait déjà vers 1830, bien qu’en des points isolés, des filatures qui, comme nombre de broches, étaient comparables aux filatures anglaises, par exemple celle de Naegeli à Mulhouse avec 80,000 broches, et celle de Schlumberger et Bourcart à Guebwiller avec 54,000 broches. En particulier on y était supérieur aux Anglais pour les connaissances chimiques, et pour l’impression de dessins sur mousseline. On doit aussi regarder comme un signe certain de force industrielle, qu’une Société industrielle pétitionne en faveur de l’établissement d’une loi sur les fabriques et que le président de la chambre de commerce, Jean Dollfus, intervienne pour la modération des tarifs. Dans sa déposition devant l’enquête commerciale de 1834, et dans sa réponse à certaines attaques dirigées contre cette déposition en 1835, il déclare, ayant en mains des comptes exacts des frais deproduction, que les fils, de qualitégrossière, ne reviennent pas plus cher en Alsace, mais plutôt meilleur marché qu’en Angleterre. « Il s’ensuit que la France, tout bien considéré, possède sur l’Angleterre un avantage qui doit grandir, dans la mesure même où les taxes sur la matière brute et les machines sont limitées.. » L’Amérique possédait un autre avantage, le bon marché de la matière première. Cet avantage rendait possible de faire concurrence avec succès à l’Angleterre pour les tissus de coton, même sur certains marchés étrangers, par exemple la Chine, le Chili, le Brésil. Ainsi, en 1834, 54 LA GRANDE INDUSTRIE l’importation en Chine de calicots américains s’élevait à 134.000 pièces, celle de calicots anglais seulement à 75.000 — rapport qui s’est depuis largement modifié à l’avantage de l’Angleterre. « Les continents d’Europe et d’Amérique, dit Ure en 1836, possédaient jusqu’à quelque temps après la paix de 1814, des fabriques en si faible proportion, qu’ils ne pouvaient pas en général être considérés comme des concurrents sur le marché universel. Mais aujourd’hui ils emploient 750,000 balles de coton, ce qui représente environ les 3/4 de notre consommation, et sont devenus des rivaux dangereux sur beaucoup de marchés qui, jusqu’ici, nous appartenaient exclusivement. » La portée économique des faits cités plus haut n’est autre que celle de l’envahissement du domaine de la grande industrie antérieure par la concurrence internationale. Cela est vrai aussi pour les pays possédant des droits de protection élevés, même pour la France, qui maintint l’interdiction contre les marchandises de coton anglaises, même après le blocus continental. Car il ne faut pas négliger l’importance économique de la contrebande alors si florissante. On connaît pourtant les masses énormes de fil anglais qui arrivèrent sur le continent pendant et après le blocus continental. Ainsi Ure, qui devait le savoir, déclare que les filatures de Reichen- berg, à la frontière saxonne, n’étaient autres que des établissements pour dévider du fil anglais, et que les filatures de Lombardie n’avaient pas d’autre but que de masquer l’importation de fil anglais. La somme, à laquelle s’élevait le prix du fil entré en France en contrebande, est évaluée à 15 ou 20 millions de francs par an. LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 55 — Pour l’importance de la contrebande, nous trouvons chez Beiu, Industrie du Voigtland, une série d’exemples, (pages 88-91). — Le commerce du Yoigtlandsouffre, par exemple, de la longue durée des pluies, parce que les chemins de contrebande vers la Russie sont rendus impraticables. Mais la concurrence internationale force l'Angleterre à l’abaissement des frais de production. Cette tendance, que la grande industrie avait provoquée, la pousse maintenant en avant vers un développement plus complet ; elle est contrainte de subir les conséquences de sa propre nature. A la grande industrie la plus ancienne, à la fdature, se rattachent encore alors des débris des caractères de la petite industrie, comme des morceaux de coque restent collés à l’œuf. La chute de ces caractères, pour ainsi dire le dépouillement de l’œuf, est l’histoire de l’industrie anglaise du coton, qui développe les caractères de la grande industrie dans la mesure même où elle a à lutter pour la domination du marché universel. A ce point de vue, apparaît clairement l’immense quantité de jugements erronés des livres bleus. On comprend les plaintes des fabricants et les souffrances des ouvriers : état de transition de la grande industrie passant d’une existence à moitié établie à son plein développement. Mais en même temps apparaissent aussi les mouvements socialistes révolutionnaires des troisième et quatrième décades. Si toutefois la situation économique est réellement la base de la situation sociale, on peut appliquer aussi à cette dernière le même jugement : état de transition, maladies du premier âge de la grande industrie. Voyons maintenant quel fut l’effet de la concurrence LA GRANDE INDUSTRIE 51 » internationale, comment agit la tendance vers un abaissement des frais de production d’abord sur la filature. Cette tendance produisit un jour la concentration de l’industrie dans le voisinage de Manchester. Oue ce développement s’accomplit sous la pression de l’extension du marché universel, cela résulte de ce que la filature était à l’origine beaucoup moins concentrée qu’aujour- d’hui. La fdature à rouleaux, le pas le plus important vers l’industrie mécanique moderne, était un appareil pour l’extraction mécanique du coton déjà filé; ce travail qui, jusqu’alors était effectué à la main, était obtenu par l’emploi du métal. Ainsi fut filé à Birmingham, vers le milieu du siècle précédent, le premier fil obtenu « sans travail à la main ». Les premières grandes fabriques furent installées à Nottingham et les marchands de Manchester cherchèrent à les boycotter. L’Ecosse, patrie de Piobert Owen, fut à l’origine un des sièges principaux de la filature. Même en Irlande, l’industrie du coton, bien qu’aujourd’hui disparue, était autrefois assez étendue. L’intérêt d’une production à vil prix exigeait la concentration. Les a\ r antages en étaient évidents; ainsi la possibilité d’éviter des ateliers de réparations dispendieux et des réserves d’approvisionnements pour des machines particulières, dont ne pouvait se passer la fabrique établie isolément. Partout s’établirent dans les centres de l’industrie du coton, à côté des filatures, les ateliers de machines correspondants. Le Lancashire devint en même* temps un des centres principaux de la construction de machines. La concentration locale rendit en outre possible une classe d’ouvriers formés intelligemment pour le travail et très habiles. LA CONCURRENCE INTERNATIONALE B7 Mais certains avantages naturels firent, de la partie méridionale du comté de Lancashire, le premier centre de la grande industrie. Partant de là, elle conquit l’Angleterre, et môme le monde. Au nord et à l’est, le territoire considéré, plus petit que le Voigtland saxon, est borné de collines qui, vers Todmorden et Rochdale, atteignent une élévation considérable et sont coupées par de profondes vallées. Arrètantlasécheressedesventsd’est, elles forcent les nuages venant de l’ouest à tomber en pluie. Le pays est peu propre à l’agriculture, aussi déjà de bonne heure, les habitants s’adonnèrent-ils à l’industrie en chambre, en particulier au tissage de la laine. Partout des ruisseaux et des rivières se précipitent de ces collines vers la mer qui n’est pas loin. Ils fournissent la première force motrice pour l’établissement des machines. Sous les prairies repose, facile à atteindre par l’homme, le minerai dont l’existence permet le remplacement de l’eau par la vapeur comme force motrice : le charbon. Un de ces cours d’eau, la Mersey, s’élargit à son embouchure par l’irruption des flots de l’Atlantique en formant un des meilleurs ports du monde. Aussitôt que le pays posséda quelque chose pour l’échange, il s’éleva forcément là un centre de commerce universel : Liverpool. Mais le pays doit encore un avantage plus important à la proximité de la mer : les vents humides de l’Océan qui viennent se condenser en pluie contre les collines. Le degré d’humidité de l’air sur ces hauteurs est en moyenne de 10 0/0 seulement au-dessous de l’état de saturation. Cette humidité devait plus tard rendre possible d’y filer le coton jusqu’à une finesse qu’il est impossible d’atteindre autre part sans des faux frais considérables. S8 LA GRANDE INDUSTRIE Combien cet avantage du climat entre en considération, c’est ce que montre celte circonstance que la filature recherche de plus en plus le penchant de ces collines où les pluies sont les plus fortes, ainsi en particulier Oldliam à la place de Manchester. Cette concentration locale est un des traits les plus caractéristiques de la grande industrie. Elle tend vers un état, dans lequel chaque province, chaque pays fabrique les produits auxquels les conditions naturelles sont le plus propices — à une division internationale du travail. Lorsque l’industrie, d’abord plus ou moins répandue dans toute l’étendue du pays, vient à se centraliser, ce mouvement doit présager la décadence des affaires pour les établissements isolés, et mal situés. Ainsi s’expliquent par exemple les doléances des filateurs écossais dans les livres bleus. A côté de la concentration que l’on vient de décrire s’en place une semblable dans l’intérieur de l’industrie considérée en elle-même. Jusque-là, à part quelques grandes exceptions, les filatures n’avaient qu’un petit nombre de broches, souvent pas plus de 1000. Elles s’établissaient justement là où se trouvait l’eau nécessaire comme force motrice. Les propriétaires de ces chutes d’eau filaient, moyennant un salaire, pour le marchand, qui fournissait le coton et retirait le fil, ainsi qu’on peut le voir dans de petites filatures situées sur le bord de cours d’eau dans l’Oberland saxon. La pression du marché universel rendit alors ces industries- là impossibles en Angleterre. En face d’eux s’élevèrent des exploitations plus considérables. Dans le mode d’exploitation moderne, en effet, un capital double rend LA CONCURRENCE INTERNATIONALE lit) possible une production bien plus que double. D’abord, pour un nombre double de broches, les frais d’installation, tels que prix des bâtiments, des fondations, du terrain, des machines, etc., ne sont pas doublés. Il en est de môme d’une partie des frais d’entretien, par exemple, la vapeur, l’éclairage, la surveillance, etc. Fondées uniquement sur l’emploi de la vapeur, ces grandes industries cherchèrent librement l’endroit le plus favorable à leur établissement, en particulier le voisinage de leur semblable. Ainsi se formèrent ces régions industrielles où le travail est appliqué exclusivement à l’emploi du coton. A côté de la concentration de l’industrie, la tendance vers une diminution des frais de production conduisit à des progrès techniques dans un sens plus restreint. Ces progrès se portèrent dans différentes directions. On apprit en premier lieu à utiliser mieux qu’auparavant la matière brute ; à faire avec des cotons de qualité inférieure un fil aussi bon à l’aide d’un travail de préparation perfectionné ; à diminuer les pertes provenant du filage, et à travailler même les déchets pour en faire un fil médiocre. Malgré cela, la proportion pour cent des pertes était encore très élevée comparée à ce qu’elle est aujourd’hui. Mais les progrès les plus importants résidèrent dans la substitution de l’action du capital à celle du travail et dans l’accroissement de la production du travail. Ces deux évolutions sont tellement solidaires l’une de l’autre qu’en ce qui concerne le surcroît de production, on ne peut pas dire pour quelle part l’un ou l’autre facteur entre en ligne de compte. A l’origine, les machines 60 LA GRANDE INDUSTRIE étaient petites et occupaient une grande quantité d’ouvriers mal payés et insuffisamment nourris, mais cependant d’un entretien coûteux à cause de leur grand nombre. Mais lorsqu’on dut commencer à combattre pour la possession du marché universel, cette pression conduisit forcément à l’extension constante des machines. Le nombre des broches montées sur un même ourdissoir fut multiplié, la vitesse de rotation des broches augmentée, les dimensions de la mule accrues. Pour ce travail, des enfants n’étaient plus suffisants ; on employa des hommes faits, qui, par un genre de vie plus relevé, durent se mettre à la hauteur des exigences croissantes des machines. Malgré cela, on peut faire une distinction abstraite entre les deux évolutions, les progrès de la technique et les modifications provoquées par elle dans le travail. La nécessité d’un abaissement des frais de production exigeait un accroissement de la quantité produite. Ce dernier résultat devait être obtenu d’une double manière au moyen de la machine à filer. Il le fut en premier lieu par l’accroissement de production de chaque broche prise isolément ; et ensuite par un système perfectionné de cardage et de préparation. De même par les perfectionnements de la machine à filer, même malgré une plus grande vitesse de rotation, la perte de temps due aux ruptures de fil fut diminuée. D’après Ure et Kennedy, c’est justement dans les années qui nous occupent en ce moment que la production de la broche s’accrut considérablement;pour le filn°40, de 2 écheveaux par jour en 1820, elle monta jusqu’à 8 écheveaux en 1830. En 1834, le rendement journalier LA CONCURRENCE INTERNATIONALE (il îles broches s’élevait, il est vrai avec les machines les plus perfectionnées alors encore peu répandues, de 3 éche- veaux 3/4 à 4 écheveaux 1/8. Cette dernière augmentation était due à l’introduction du self-actor inventé par Roberts en 1830. Comme le retour du chariot de la mule était obtenu mécaniquement, on arrivait en môme temps à l’enroulement du fil formé avec moins de chances de ruptures et dans un temps plus court. En outre la force mécanique, supérieure à la force humaine par sa régularité et sa résistance à la fatigue, fournissait des fils plus solides et mieux appropriés au tissage. Ce fut seulement lorsque le tisserand reçut des duites filées avec le self-actor qu’on put songer à une augmentation de la vitesse de rotation, jusqu’alors faible, du métier à tisser. Par l’installation du self-actor, la demande de la force musculaire disparut, mais ce ne fut pas, comme on le pensait lors de cette installation, la ruine de l’ouvrier filateur adulte, parce que la surveillance de machines, toujours plus compliquées, ne pouvait s’exercer uniquement avec l’aide de jeunes ouvriers. Si par l’installation du self-actor la production d’une broche isolée fut augmentée environ de 15 à 20 0/0, on augmenta aussi d’un autre côté le nombre des broches par ourdissoir. En 1779,les ouvriersbrisèrent les machines à filer,qui contenaient plus de vingtbroches ; les métiers hydrauliques avec lesquels Arkvvright fonda le système de fabrique, ne présentent, d’après les descriptions qu’en donne Ure, pas plus de huit broches ; môme la combinaison géniale des deux machines imaginée par Crompton, la mule, n’avait pas plus de vingt à trente broches. Bientôt pourtant le nombre des broches fut augmenté ; ainsi il y avait déjà 62 LA GRANDE INDUSTRIE en 1780, bien qu’exceptionnellement, des mules de quatre cents broches. Au temps où Baines et Ure écrivaient, les machines de quatre cents à six cents broches se rencontraient couramment, et tous les deux décrivent déjà des machines de 1000 à 1100 broches. Parallèlement à cette augmentation du nombre de broches marche non pas un accroissement, mais bien plutôt une diminution des forces de travail. -3 £ ECHEVEAUX FILES rn ii" FRAIS COURANTS | S par broche du même travail O £ en 1 jour pour 1 livre de ül dans l’Inde 1812 1830 1812 1830 •40 2 2,75 1 sh. 7 d. 1/2 3 sh. 4 d. 80 1,5 2 2 2 2 d. 1 sh. 7 1/2 6 10 1/2 d. 100 1,4 1,8 2 10 2 2 1/2 11 11 150 1 1,33 6 6 4 H 25 200 0,75 0,90 16 8 11 6 44 7 La conséquence du développement que nous venons de décrire fut une augmentation extraordinaire de la production. Comme les frais d’exploitation n’augmentaient pas dans la même proportion, ils se répartirent sur une plus grande quantité de produits. On put, en particulier, entreprendre un abaissement durable des salaires à la pièce. Les frais du travail pour une quantité donnée furent en décroissance constante avec les progrès de la technique. Quel effet eut cette évolution technique sur l’ouvrier? On peut tout d’abord établir que, malgré une dépréciation constante du travail, les salaires hebdomadaires des ou- LA CONCURRENCE INTERNATIONALE ()3 vriers allèrent en augmentant. Ce mouvement fut d’abord masqué par l’abaissement du prix des moyens d’existence. Mais il est certainement juste d’évaluer le revenu des ouvriers, non pas tant d’après sa valeur nominale que d’après sa puissance d’achat par rapport aux principales denrées. A ce point de vue, il s’est aussi produit alors, à côté d’une dépréciation du travail, une élévation des bénéfices de l’ouvrier — évolution qui fait partie des propriétés les plus caractéristiques du progrès de la grande industrie. Houldsworth donne à ce propos devant le comité des manufactures l’intéressante statistique qui suit : PBOttüCTIOS hebdomadaire da iilateur DURÉE da truail SALAIRES PAR SEMAINE ÉQUIVALENT f poids (Ht.) (benrfs) SILilRK TOTAL * retrancher pour les aides bénéfice Del do lileur en I:t de f-ii-ino de froment en Ht. de viande 1801 180 12 74-80 60 sh. 27 sh. 32 sh. 6d. 117 621/2 — 200 9 — G7 6 cl. 31 36 G 124 73 1814 180 18 74 72 27 6 d. 44 6 175 67 — 210 13 1/2 — 90 30 60 239 90 1833 no 22 1/2 60 54 8 21 33 8 210 G7 — 200 19 65 3 22 6 42 9 267 85 Les fils de numéro élevé cités plus haut étaient alors à peine fabriqués sur le continent, parce qu’on n’y possédait pas les ouvriers habiles nécessaires pour cela. En dehors de l’Angleterre ils étaient encore uniquement fabriqués par les filateurs à la main de l’Inde, dont l’habileté avait fait jusqu’alors l’admiration de l’Europe. Ces mousselines de l’Inde les plus fines portaient le nom de « tissus aériens » ; elles étaient extraordinairement chères, car l’emploi de fils de numéros jusqu’à 240 n’était pas rare dans la grandi: industrie «4 leur fabrication. Mais si l’ouvricre indienne qui fabriquait ces fils de la plus grande finesse, qu’on n’avait pas pu obtenir jusque-là en Occident, recevait environ 9 d. par semaine, tandis que le filateur anglais gagnait 40 ou 50 fois autant, ce dernier ruina pourtant cette antique industrie qui périssait à cause de la cherté d’un travail, qui, comme le montre le tableau de la page 57, était environ quatre fois aussi cher qu’en Angleterre. Mais un phénomène analogue se produisit aussi à l’intérieur de l’Angleterre, alors que l’industrie faisait les progrès les plus grands, là où les salaires à la pièce étaient le plus bas, en même temps que le bénéfice hebdomadaire et la condition de vie de filateurs étaient le plus élevés. Ainsi s’éleva alors Manchester au-dessus de Glasgow, qui, malgré des salaires hebdomadaires extrêmement bas, payait des salaires à la pièce plus considérables. C’est un fait, dont on peut trouver partout des preuves, qu’avec le développement de la grande industrie une diminution constante des salaires à la pièce est accompagnée d’une constante augmentation du revenu de l’ouvrier. Sur quoi repose ce phénomène ? Pour le comprendre, il nous faut le concevoir comme une suite de cette ancienne évolution qui a élevé un jour le travail de l’état de servitude à celui de liberté. L’ouvrier asservi, qui fournit du travail sous l’empire d’une contrainte étrangère, est enchaîné au minimum nécessaire à l’existence ; le maître ne dépense, comme on pense bien, rien de plus que ce qui est juste nécessaire à l’entretien et à la propagation du travail. On peut regarder comme un fait établi que c’est le progrès économique qui a émancipé l’ouvrier. On ne met entre les mains des esclaves que LA CONCURRENCE INTERNATIONALE Go les instruments les plus grossiers. Le progrès économique réclame, de la part de l’ouvrier, un intérêt croissant pour le travail dans le but d’une amélioration et d’une augmentation de la production du travail, et ces dernières ne sont possibles que sur le terrain de la liberté. Ainsi l’artisan libre naît du manœuvre soumis à l’origine à l’intérêt de son maître, de même que la ville s’élève sur les ruines du château du moyen âge. Mais cette évolution est tout particulièrement manifeste sur le terrain de l’agriculture, parce qu’elle appartient seulement à notre siècle et au précédent. La nécessité d’une exploitation intensive détermine forcément l’institution du journalier libre, dont le travail, quoique plus cher en apparence, revient pourtant meilleur marché à cause de l’accroissement extraordinaire de production. Dans le commerce du moyen âge, le travail professionnel avait de bonne heure conquis la liberté et procurait non seulement une existence aisée, mais encore des honneurs et une situation considérée au sein de la société. Mais la base de cette grandeur était incertaine ; elle reposait sur le monopole et sur des règlements de droit. Elle s’effondra avec l’avènement du marché universel et de la concurrence internationale. L’abaissement des frais de production devient maintenant le principe fondamental de l’industrie. Le commerce fut en outre séparé de la grande industrie, dont la forme primitive fut l’industrie en chambre, et dont la réalisation complète amena le système de fabrication moderne. Mais l’ouvrier déchut brusquement de sa grandeur première sous la pression du marché universel naissant. Sa loi d’existence fut de nouveau le minimum nécessaire à la vie, au-dessus duquel il LA GRANDE INDUSTRIE (>fi paraissait s’être un jour définitivement élevé par son affranchissement. La durée du travail, limitée par la coutume ou par la loi, en été à 12 heures y compris le repos de midi, et en hiver jusqu’à la tombée de la nuit, fut étendue jusqu’aux dernières limites possibles. On peut suivre cette évolution de la manière la plus nette en Angleterre. Jusqu’à notre siècle, la condition de vie de l’ouvrier, la mesure de son travail, de même que son salaire, étaient fixés par l’autorité. S’il gagnait assez par un travail de trois jours pour mener sa vie habituelle pendant six, il ne travaillait pas les trois autres. C’est pour cela que les marchands de Manchester disaient à A. Young qu’ils préféraient voir les denrées à un prix élevé plutôt que bas ; car la première circonstance seule forçait les ouvriers au travail. Ce principe de l’existence, fondé sur l’usage, tomba avec l’apparition du système d’industrie moderne. Des fermiers ruinés et des industriels en chambre, des enfants pauvres, des soldats licenciés, en un mot les plus pauvres parmi les pauvres, furent placés près des machines nouvellement inventées; il est reconnu que c’est seulement en obéissant à la plus extrême nécessité que les ouvriers se résignaient au travail de fabrique, dont la règle et la discipline de fer leur paraissaient pires que la misère affranchie de toute loi de l’industriel en chambre. Ce n’est que par les plus faibles salaires qu’on pouvait contraindre ces éléments à un travail régulier. Les progrès de celte oppression rencontrèrent d’autant moins d’obstacle, que ces premiers ouvriers de la grande industrie venaient justement seulement d’être arrachés à leur condition de vie habituelle, tandis que leurs patrons LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 67 avaient déjà réalisé le type de l’homme moderne. La force de cette première génération de grands industriels anglais résidait précisément dans ce fait, qu’ils appliquaient sans arrière-pensée le principe d’économie. Ce principe qui dit : satisfais tes besoins en dépensant le moins possible, produis avec les frais de production les plus bas possibles, avait une telle valeur à leurs yeux, que le chœur des économistes nationaux, qui formait le cortège de ce drame, le proclamait comme la loi éternelle de l’existence humaine. On a parlé des « esclaves blancs » que le système de fabrication moderne a produits. C’est là plus qu’une manière de parler. Car, malgré des différences apparentes, la situation de ce prolétariat créé par la grande industrie ressemble au fond à celle de l’esclave, par ce fait qu’il paraît enchaîné d’une manière désespérée au minimum nécessaire à l’existence, et que tout intérêt de l’ouvrier pour son travail fait défaut. Des observateurs contemporains en ont déduit la loi d’airain sur les salaires. Ils n’avaient devant les yeux, comme nous le voyons aujourd’hui, que cet échelon, qui correspond au passage de la petite à la grande industrie, et qui ne se prolonge que là où ce passage est retardé. La grande industrie au contraire, qui ne consiste plus uniquement dans la possession d’un monopole en face du commerce marchant à sa ruine, avait besoin, dans le but d’un abaissement des frais de production, d’une élévation du travail semblable à celle qui a conduit un jour de l’asservissement à la liberté. Ce prolétariat ouvrier, dont la situation rappelle l’asservissement, est affranchi par la grande industrie naissante. m 11 : , \\ 68 LA GRANDE INDUSTRIE II ressort déjà de cela que ce premier travail de fabrique ne revenait assurément pas bon marché. De même que plus tard partout où on introduisit le système de fabrique, on eut alors en Angleterre à lutter contre l’irrégularité du travail. Un juge compétent rapporte, à la fin du siècle, qu’il était impossible de retenir les filateurs à un travail régulier. « Il leur arrivait fréquemment de passer deux ou trois jours de la semaine à ne rien faire et à boire, et de faire attendre dans les cabarets les enfants qui travaillaient sous leurs ordres, jusqu’à ce qu’ils se décidassent à retourner au travail. Alors ils pouvaient quelquefois travailler d’arrache-pied d’une manière désespérée, jour et nuit, pour payer leurs comptes de cabaret et gagner de nouveau de l’argent pour leurs débauches (1). «Cette description rappelle ce que rapportent aujourd’hui les livres bleus sur les filatures de l’Inde, grands établissements industriels avec les machines les plus nouvelles. Malgré toute espèce de discipline, il est impossible d’empêcher que les ouvriers ne suspendent leur travail, ne mangent sans aucune mesure dans l’intervalle et n’aillent se reposer. On est par suite obligé d’avoir un nombre d’ouvriers tels que ceux qui travaillent remplacent ceux qui ne travaillent pas ; on permet, sous cette réserve, aux hommes de sortir et de fumer pendant leur temps de travail, aux femmes d’allaiter leurs enfants, aux ouvriers de s’absenter souvent pendant des semaines, pour aller dans leur pays labourer leur champ, etc. C’est pourquoi il n’y a pas de longs chômages pendant lesquels la machine est arrêtée, ni de di- (1) Ure, Manufacture du coton, II, 448. LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 69 manches libres, ou seulement un par mois, pour nettoyer les machines, et la durée du travail s’élève de 12 à 14 heures. Même dans le Lancashire, où la production du travail est aujourd’hui le plus élevée, on a éprouvé autrefois la même chose. Combien les machines étaient encore peu acclimatées dans les mœurs populaires c’est ce que montre l’attitude réservée, souvent même hostile de la plupart des auteurs contre lesquels Ure prend résolument le parti du progrès. C’est ainsi qu’un médecin connu de Manchester déplore la condition des ouvriers : « Pendant que la machine travaille, les gens sont forcés de travailler. Des hommes, des femmes et des enfants sont soumis au joug du fer et de la vapeur. La machine animale — fragile dans les meilleures conditions, sujette à mille sources de souffrances, changeante à chaque instant — est enchaînée à la machine de fer, qui ne connaît ni douleur ni fatigue. » Il faut noter ici la façon dont la machine est accusée d’inhumanité, et dont l’exactitude presque mathématique qu’elle exige du travail, apparaît comme une tyrannie insupportable. Parmi tous les mouvements ouvriers des dix premières années du siècle se dresse la haine des masses pour les machines. Mais, insensiblement, des transformations dans un sens, puis dans un autre sortirent des bases du progrès économique. Ce fut vers la trentième année du siècle que la concurrence internationale pénétra dans le domaine de la grande industrie la plus ancienne. Si l’Angleterre voulait triompher, il lui fallait réduire les frais de production. Comment était-ce possible ? Ce n’était plus par l’oppression des ouvriers ; car ces derniers se trouvaient 70 LA GRANDE INDUSTRIE réduits au minimum nécessaire à l’existence. Le seul moyen de remporter la victoire économique consistait donc dans un perfectionnement de la technique, en même temps que dans la diminution du nombre d’ouvriers employés par rapport à la production. Ces deux principes conduisaient à un constant abaissement des salaires à la pièce, ce qui était une arme décisive dans la lutte de la concurrence, et, d’un autre côté, conduisait à une augmentation du gain hebdomadaire des ouvriers. De même qu’on ne pouvait pas mettre entre les mains des esclaves des instruments meilleurs, de même il était impossible de confier à un prolétariat ouvrier misérable les machines toujours plus compliquées et de valeur plus élevée ; pour accroître la vitesse de rotation des broches, pour augmenter le nombre des broches à surveiller, pour diminuer le nombre des ouvriers nécessaires à une filature d’une importance donnée, on avait besoin d’un ouvrier d’une condition plus élevée. De même des services sans mesure du manant sortirent des services mesurés et, de ces derniers, la liberté, l’esclave exerçant un métier fut remplacé par l’artisan soumis à l’impôt et libre, le valet du maître devint le membre de la corporation ; le valet s’éleva, mais le maître en eut plus que jusque-là. Ainsi le besoin économique éleva aussi l’ouvrier de la grande industrie. A cette évolution répondit du côté de l’ouvrier une transformation psychologique analogue à celle qui avait produit l’entrepreneur moderne. Tandis que l’homme du moyen âge demeure dans la condition où il est né — et que ses besoins sont fixés par l’autorité, état qui s’est longtemps conservé dans les couches inférieures de la LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 71 société — l’homme moderne s’éveille dans le travail de la grande industrie. Alors que l’esprit d’entreprise du patron s’empare du monde entier, « insatiable » au point de vue de l’ordre social antérieur, on voit aussi tomber pour l’ouvrier les obstacles à l’effort économique. Ses besoins, jusque-là limités d’une manière conforme à l’usage, s’étendent à l’ensemble des conquêtes de la civilisation. Ce qu’il gagne en plus de ce que réclame strictement son existence, il l’emploie à améliorer sa condition. Pour satisfaire à ses prétentions croissantes, il augmente sa puissance de travail. Aussi reste-t-il soumis, lui le dernier, à la loi du gain le plus grand possible, qui s’était emparée d’abord du marchand, puis de l’entrepreneur industriel et avait produit la société moderne. Le meilleur ouvrier du monde est aussi aujourd’hui celui dont les besoins sont le plus élevés ; ainsi l’ouvrier en coton de Lowell et de Fall River l’emporte sur tous ses confrères en puissance de travail, mais aussi par l’étendue de ses besoins. Sans doute, cette évolution dans la trentième année du siècle n’était encore qu’à son début en Angleterre. Mais que ce type ultérieur de l’ouvrier fût alors en voie de formation, c’est ce que prouvent des détails circonstanciés des livres bleus. Il entra dans le monde comme le métier à filer mécanique du Lancashire. Renvoyons par exemple au témoignage d’un certain Edwin Rose qui travailla un certain temps vers la vingtième ou la trentième année du siècle dans une filature de Mulhouse. Dans cette dernière ville il fallait d’après lui au moins le double des forces de travail nécessaires dans le Lancashire. Le travail était par suite plus cher malgré le 72 LA GRANDE INDUSTRIE taux inférieur des salaires. A Mulhouse, il fallait la plupart du temps pour les bas numéros trois personnes pour 200 fils, en Angleterre, elles suffisaient pour 600 ou 800. Sans doute, d’après Ure, le nombre des broches montées sur le même métier semble justement en Alsace s’être élevé rapidement ; malgré cela la production restait faible. Le rendement par jour de 800 broches était en Angleterre pour du fil n° 40 de 66 livres, en France de 48 livres. De nombreuses déclarations faites par des entrepreneurs devant le comité d’enquête aussi bien que devant la commission « on artisans and machinery », il ressort que les fabricants intelligents regardaient déjà la possession du travail le meilleur, comme le principal élément de supériorité en face de la concurrence continentale. « Un filateur en Angleterre produit deux fois autant qu’un Français. Ce dernier se lève à quatre heures et travaille jusqu’à dix heures du soir. Mais nos filateurs font en six heures ce que les autres font en dix. » Dans le même sens sont établies les déclarations d’ouvriers ; par exemple elles disent que malgré la réduction de la durée, le travail est maintenant beaucoup plus fatigant qu’autrefois ; on se plaint que quelques ouvriers soient dévorés de l’ambition de produire plus qu’il n’est raisonnable pour la nature humaine. Le même témoin de Stockport rapporte que ces ouvriers manifestaient en même temps des besoins jusqu’alors inconnus, par exemple qu’au lieu d’aller au cabaret, ils se plongeaient dans les livres et fréquentaient les écoles — phénomènes autrefois encore tout à fait exceptionnels. Cela n’était possible que dans une ville où, comme à Stockport, on LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 73 filait depuis deux générations, et où tout particulièrement un grand nombre d’enfants pauvres avaient été amenés pour le travail de fabrique. Car rien ne favorise autant le développement de l’homme moderne, qu’une transplantation forcée ou volontaire sur un sol étranger. Un nouveau type d’hommes vint au jour alors dans le Lancashire : celui de l’ouvrier d’industrie né et élevé pour la machine. Il est le dernier résultat du mode d’industrie moderne et remonte à plusieurs générations. Mais il ne s’est développé aussi alors que dans des circonstances favorables, par exemple avant tout sur le terrain des grandes industries florissantes de l’Angleterre et de l’Amérique, et pourtant de sa possession dépend dans une large mesure la puissance économique d’une nation. Comme homme de l’avenir, il ne trouve dans le passé pas de semblable. Ce n’est pas la force corporelle qui le distingue; car les forces motrices nécessaires, la machine les fournit. Mais il ne ressemble pas non plus au virtuose de ce travail connu sous le nom de la Manufacture, qui, par suite d’une division du travail étendue, exécutait quelques tours de main à la perfection. La machine opératrice fournit un travail plus parfait, et envahit de plus en plus le domaine de ce qu’on appelle le travail « mécanique ». Affranchissant l’homme du réseau de la division du travail toujours poussée plus loin, la machine idéale exige uniquement de la surveillance. L’augmentation de ses dimensions et de sa vitesse, l’accroissement de sa puissance de production et de sa complication réclament, en revanche, de l’ouvrier une tension d’esprit constamment augmentée, une possession complète des pensées de la technique incorporées 74 LA GRANDE INDUSTRIE en elle. L’homme qui la sert devait être un enfant du siècle de la science physique. Aussi le mode de production moderne tend-il à une concentration d’une production du travail égale ou plus élevée dans un temps plus court; il est plus avantageux d’épuiser la puissance du travail en neuf heures qu’en onze. L’ouvrier moderne, tel que l’a mûri la grande industrie anglaise et américaine, forme le contraste le plus extrême avec cet artisan qui, à cause d’un monopole effectif ou légal, « fait attendre ses clients ». Cette évolution fut sans doute accélérée par des circonstances sociales en Angleterre ; ainsi en particulier par la limitation du travail des enfants et par la réduction du temps de travail, que réalisèrent les lois sur les fabriques. De même entrent en cause les associations d’ouvriers et leurs luttes contre les patrons. Ainsi, par exemple, il est établi de la façon la plus indubitable que le Self-Actor inventé par Roberts en 1830 fut imaginé pour lutter contre les filateurs, et que son emploi se généralisa d’abord par suite d’une grève. A ce point de vue, les agitations sociales d’alors, celles des Tories philanthropes aussi bien que celles des ouvriers aspirant à s’élever, commencent seulement à obtenir la confirmation d’une nécessité économique. Toutes deux ont contribué à pousser en avant le développement technique. Cette opinion se trouve exceptionnellement exprimée dans la Revue d’Edimbourg de juillet 1835. « Si avec la découverte des métiers à filer, y est-il dit, les salaires étaient restés les mêmes,etsi les coalitions et les révoltesd’ouvriers étaient restées inconnues, nous pouvons prétendre sans exagération que l’industrie n’aurait pas fait la moitié des LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 75 progrès qu’elle a accomplis. » Mais l’évolution économique a été le premier facteur, en appelant à la vie la grande industrie et surtout la machine. Ainsi, à côté de causes sociales, ce fut aussi alors la pression du marché universel, qui conduisit en Angleterre à des progrès techniques et en même temps à l’élévation du travail. Ce qui précède montre la fdalure du coton dans un état de transition caractéristique. La possibilité légale et effective de la concurrence avait provoqué l’avénement de l’élément machine, mais ce dernier même ne pouvait développer les tendances innées en lui, que dans la mesure où, avec l’apparition de la concurrence internationale, les filateurs anglais se verraient obligés de cesser de maintenirdesprixde monopole. C’estl’histoireindustrielle du xix° siècle principalement, qui se trouve représentée ici dans un cadre étroit. Tous les traits caractéristiques de la grande industrie moderne se montrent en germe : concentration tant géographique que technique du capital, substitution de l’action du capital à celle de la matière brute et du travail, augmentation de la production du travail, élévation de la condition de l’ouvrier. La situation du tissage du coton avait atteint un degré de développement beaucoup moins avancé, et il faisait justement les premiers pas vers la grande industrie. Jusqu’alors les patrons (manufacturiers) avaient acheté les fils filés à la. machine, et les avaient donnés à des tisseurs en chambre. Dans les premières années qui suivirent l’invention des machines à filer, qui permettaient aux filateurs anglais de maintenir des prix de monopole aux dépens de leurs clients du continent, les affaires des tisserands anglais furent forcément florissantes. Une 76 LA GRANDE INDUSTRIE (•norme affluence d’hommes se produisit alors dans le tissage à la main, dont les salaires à la fin du siècle dernier étaient 'élevés. Alors se développa, à côté du tissage en chambre proprement dit, la manufacture. Des capitalistes bâtirent des ateliers spéciaux, pour y occuper environ de 20 à 30 tisserands moyennant salaire, en même temps que les travaux préparatoires étaient exécutés par des enfants et des vieillards dans le même établissement. De tous côtés dans le Lancashire, mais surtout à Boston, on voit encore aujourd’hui ces ateliers maintenant abandonnés (weaving shops). Tout cela changea avec la fin de la guerre et le commencement de la concurrence internationale. Cependant le changement ne s’accomplit pas par un passage brusque au métier mécanique, mais bien plutôt parce fait que des marchands riches en capitaux installèrent des filatures, ou que des filateurs devinrent en même temps marchands. Ce dernier cas fut en particulier fréquent, lorsque l’insécurité croissante du paiement des petits commerçants détermina les filateurs à exploiter eux-mêmes leurs fils. Ce furent eux qui retirèrent alors de nombreux bénéfices de ce qu’on appelle l’élasticité de l’industrie en chambre, en faisant tisser ou vendant les fils suivant les circonstances. Les plus riches en capitaux parmi eux commencèrent à bâtir aussi peu à peu à côté de leurs filatures des salles pour métiers mécaniques. Les premiers possesseurs de métiers mécaniques firent, comme les premiers filateurs, des bénéfices gigantesques ; avec la vulgarisation du tissage mécanique, les prix, de même que les bénéfices, baissèrent rapidement. Pour un morceau de calicot de qualité moyenne par exemple LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 77 large de 28 pouces et pesant 5 livres 1/2, les frais de production et le bénéfice montaient ensemble encore en 1829 à 5 sli, en 1833 ils n’étaient plus que de 3 sh. C’est seulement depuis 1820 que le métier mécanique fit des progrès plus considérables. Malgré cela il y avait encore en 1830 environ 230,000 métiers à la main contre 30,000 à 80,000 métiers mécaniques. II est vrai aussi que le remplacement du travail par la machine s’accomplit dans le métier mécanique à tisser beaucoup plus lentement que dans la filature. Aussi longtemps que le collage de la chaîne pendant le tissage dut être fait à la main, l’emploi du métier mécanique fut à peine un avantage. Il n’en fut autrement qu’avec l’invention des machines à coller. Alors le tissage put avoir lieu sans ruptures et un tisserand put servir deux métiers. Nulle part alors un plus grand nombre de métiers ne paraît avoir employé qu’un seul tisserand. L’augmentation de la production provoquée par le métier mécanique ne fut pas non plus par trop considérable ; deux métiers mécaniques livraient par semaine, en 1823,7 pièces, en 1826, 12 pièces de shirting, pareil à celui dont un tisseur à la main aurait produit deux pièces dans le même temps. Du reste le métier mécanique n’était alors employé que pour la plus faible partie de tous les tissus, uniquement pour des marchandises communes et sans apprêt. En 1822 seulement fut délivré à Roberts un brevet pour un métier mécanique à six tiges, destiné à fabriquer des tissus analogues à des croisés, et pendant les dix années qui suivirent on expérimenta encore des mécanismes pour l’élévation et l’abaissement de plusieurs tiges dans le but de fabriquer des modèles delà plus grande simplicité avec le métier mécanique. 78 LA GRANDE INDUSTRIE La cause de ces progrès plus lents ne réside sûrement pas dans la difficulté plus grande des problèmes techniques à résoudre, mais dans ce fait que la pression du marché universel et la nécessité d’inventions nouvelles ne se fit sentir sur ce terrain qu’à une époque des plus tardives. Conformément à ce qui précède, nous trouvons, dans les livres bleus, que tous les fabricants sont d’avis que le métier à la main ne peut être jamais remplacé par le métier mécanique ; mais plutôt que le nombre des tisserands en chambre doit forcément augmenter constamment avec l’extension du commerce anglais ; ce qui en effet était le cas jusqu’alors — et pourtant le Français Jacquart avait déjà, en 1812, inventé le dispositif qui porte son nom et qui, adapté au métier mécanique, devait permettre de fabriquer mécaniquement les modèles les plus artistiques. La fabrication de semblables marchandises exigeait alors une quantité considérable de forces de travail; le lecteur, qui annonçait à haute voix les points figurés d’après le patron, c’est-à-dire la carte d’échantillons ; puis un autre ouvrier qui d’après cette indication attachait les cordons au bout desquels pendaient les tiges avec les griffes destinées à tendre ; et enfin, pour tisser, le petit gamin qui pendant le tissage était occupé à élever les tiges ainsi attachées ; là aussi se produit donc une extraordinaire substitution du capital au travail. L’organisation commerciale d’alors de l’industrie du coton présente une analogie particulière avec la situation que l’on vient de décrire. De meme que la grande industrie moderne se développe dans le domaine de la filature, de même le marché de la matière première est déjà le marché du monde le plus en progrès, et la technique du 1 LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 7Î) commerce universel se perfectionne par lui. 11 jouit déjà dans la troisième décade d’une division du travail largement développée. Par contre, comme le tissage, opération plus proche du consommateur, était encore en retard au point de vue technique, il en est de même aussi du commerce, intermédiaire entre le fabricant et le consommateur. Les causes de ces phénomènes sont aussi semblables. De même que la grande industrie dans le tissage supposait son existence préalable dans la filature, de même l’industrie du coton, dans son ensemble, supposait l’organisation générale du marché du coton. Le placement de capitaux énormes dans de grandes industries n’était pas possible avant qu’on fût assuré de l’afflux régulier de la matière première et qu’un marché organisé diminuât déjà les dangers d’oscillations de prix exagérées. Mais la possibilité d’un pareil marché résidait dans ce fait qu’ici seulement se rencontraient des gens habitués à calculer en marchands. Il en était autrement sous le rapport du consommateur. Aussi longtemps que le fabricant anglais, comme représentant de la grande industrie la plus ancienne, se trouva vis-à-vis de son client dans une sorte de situation de monopole, le perfectionnement d’une organisation du débit largement développée ne fut pas nécessaire. Elle survint à mesure que ces avantages se perdirent, et que ce fut la supériorité économique seule qui assura à l’industrie anglaise son débit. A l’exploitation de chaque industrie, depuis l’achat de la matière première jusqu’à la vente de l’objet fabriqué, sont liés une foule de dangers d’espèces les plus variées, — dangers qui cependant, par une connaissance particu- 80 LA. GRANDE INDUSTRIE lière des conditions relatives à chaque phase de la fabrication, peuvent être diminués dans une mesure extraordinaire. De là une division du travail, autant que possible de manière que, pour chaque risque qu’entraîne la direction d'un groupe d’opérations formant un tout, un organe particulier soit créé. C’était déjà dans la troisième décade le cas pour le marché du coton dans la mesure la plus grande. D’un côté, il y avait ici un négociant chargé de l’importation, qui résidait à Liverpool. Son rôle était de se mettre en rapport avec le marché américain —c’était,en raison des conditions difficiles de commerce et de communications de l’époque, un risque tel, qu’au début, il n’introduisait pas le coton pour son propre compte, mais pour le compte du négociant américain moyennant une commission. Mais déjà dans la première moitié du siècle, à la place du négociant importateur, s’établit l’importateur véritable, qui introduisait le coton à ses propres risques. Vis-à-vis de lui était le commerçant indigène qui, ordinairement, vendait le coton au filateur contre un long crédit ; il résidait généralement à Manchester. Sa tâche consistait à s’occuper des conditions industrielles particulières, relatives par exemple aux demandes à attendre, à la solvabilité des filateurs, etc. Plus les rapports particuliers se compliquaient, moins l’importateur et le commerçant étaient en situation d’entrer en relations directement — ce qui eût exigé, de chacun d’eux, la connaissance particulière des domaines de l’autre. De là la formation de deux rouages intermédiaires, les courtiers d’achat et de vente, dont chacun servait uniquement les intérêts de son commettant. Les LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 81 rapports de ces différentes classes de commerce reposaient sur un code de droit non écrit. Aucun importateur ne pouvait, assure Ellison, essayer de négocier directement avec un courtier d’achat ; celui-ci l’aurait renvoyé au courtier de vente. Le courtier d’achat ne pouvait pas davantage conclure des affaires directement avec l’importateur. L’importateur comme le marchand avaient coutume d’avoir un ou plusieurs courtiers, qui faisaient, en permanence, leurs affaires. Tandis que, du côté de la matière première, s’était déjà introduite une extrême division du travail, elle faisait défaut complètement du côté du débit. Il manquait encore ce personnage, aujourd’hui si important, du négociant d’exportation, qui décharge le fabricant de la connaissance des marchés étrangers, de la solvabilité des acheteurs étrangers ou indigènes, etc. Le fabricant négociait encore directement avec le détaillant de son pays ou avec l’importateur étranger ; les moyens dont il disposait pour cela étaient le voyageur de commerce et l’agent. Le fabricant recherchait le client de son pays par un voyageur de commerce. Richard Cobden fit ce métier dans sa jeunesse. Le continent européen en était aussi pourvu. En outre, sur les places les plus importantes du continent, les fabricants anglais vendaient par l’entremise d’agents établis à poste fixe. Il en était autrement du commerce avec l’Inde, la Chine et l’Amérique du Sud. Par suite de l’éloignement considérable et de la lenteur des relations à cette époque, ce commerce était exposé aux plus grands risques'. A l’origine, le capitaine affrétait son navire pour son propre compte, aussi longtemps que le commerce ne fut pas, à 11 82 LA GRANDE INDUSTRIE cause de privilèges, entre les mains d’employés; les Indes Orientales furent ouvertes seulement en 1815. Dans les deuxième et troisième décades, ce navigateur aventureux a disparu. Le fabricant transportait à ses risques et périls l’excédant de sa production. Le marchand, qui l’assistait, n’était en réalité qu’un commissionnaire qui s’occupait du transport, et avançait d’habitude la moitié de la valeur de l’envoi. A l’arrivée, les marchandises étaient vendues le plus souvent aux enchères par des maisons de commission indigènes ou anglaises. Dans les conditions les plus favorables, le fabricant anglais pouvait attendre son paiement 18 ou 19 mois après le départ des marchandises, soit sous forme de charge de retour en indigo, café, thé, etc., soit en lettres de change, souvent de nature douteuse. C’est de cette manière que se faisaient les 19 20 du commerce maritime, dans lequel l’envoi sur commande jouait un faible rôle. Nous trouvons donc, à l’égard du débit, le fabricant supportant seul le poids de tous les risques. Au lieu de se borner exclusivement au développement intérieur de son industrie, il devait examiner les mouvements politiques et économiques du monde entier, en particulier le cours du change alors déjà très variable aux Indes. Le marché national, prépondérant au siècle précédent, était encore d’une grande importance. Marché national Exportation de marchandises de colon 220,739 L. d'apres Posllelhwayl 17GG 379,241 L. 1819-21 13,044,000 1829-31 13,351,000 15,740,000 d'après Ellison 18,074,000 LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 83 On voit combien prédominait déjà au début de la troisième décade l’intérêt de l’exportation. C’est sur cette base que reposait l’attitude prise par les fabricants du Lan- cashire contre les lois céréales. Ce mouvement ne saurait être ici passé sous silence, d’abord parce qu’il était une conséquence du développement de la grande industrie, aussitôt que l’intérêt de l’exportation devint prépondérant, ensuite parce que son issue confirma le caractère de l’industrie anglaise du coton en tant qu’industrie d’exportation. D’abord l’immense accroissement de l’exportation des marchandises de coton fut, dans les décades suivantes, la base du perfectionnement ultérieur de la forme de la grande industrie, et de l’organisation commerciale correspondante dans l’étude de laquelle nous entrerons plus loin. La ligue contre les droits sur les céréales fut un mouvement capitaliste, provenant des fabricants de coton et de la chambre de commerce de Manchester, après qu’en 1820 une tentative des marchands de Londres était restée sans résultat. A leur tête se trouvent le filateur et tisserand John Bright et l’imprimeur sur calicot Richard Gobden. Déjà les sommes élevées, qui furent dépensées pour l’agitation, et qui montèrent à 10 millions de marcs, y compris la rétribution princière de Cobden pour ses services, sont la preuve du caractère capitaliste du mouvement. La cause immédiate du mouvement fut le ralentissement des affaires pendant les années 1839 à 1843. En 1842, 10 % des fabriques de coton étaient réduites au silence. Les fabricants, dit Cobden d’une manière expressive, avaient mis une partie de leur capital dans le mouvement d’agitation pour sauver le reste. 84 LA GRANDE INDUSTRIE Les ouvriers, qui étaient jusqu’alors les adversaires les plus ardents des droits sur les céréales, se détournèrent du mouvement, aussitôt qu’il fut passé entre les mains des patrons. Maintes fois ils dispersèrent des assemblées de la ligue, si bien que Martineau croit qu’ils ont marché la main dans la main avec les partisans des droits sur les grains, ce qui est assurément inexact: avec leurs vues bornées, ils se tournèrent contre leurs adversaires les plus proches. Nous n’avons pas ici à pénétrer plus avant dans l’étude du mouvement qui est universellement connu sous le nom de Cobden. Il est au contraire nécessaire d’exposer les causes intimes, qui poussèrent l’industrie anglaise du coton sur le terrain de la lutte politique. Il faut les distinguer des arguments produits, qui dominent le plus souvent dans les discours. Les fabricants du Lancashire défendirent, dans une campagne coûteuse et longue contre les droits sur les grains, en première ligne les intérêts de l’exportation. L’exportation, d’après eux, n’est rendue possible que par l’importation, tandis que le payement au comptant entre exploitations de pays différents joue un rôle extrêmement faible. Si une nation était payée en argent comptant pour son exportation, la provision de métal précieux devrait chez elle s’élever rapidement au-dessus du niveau habituel, et cet état se traduirait par une augmentation des prix, une importation plus facile et une exportation plus difficile. L’abaissement du taux de l’argent et l’écoulement des effets au comptant en seraient la conséquence forcée. L’équilibre dans les provisions de métal précieux du monde entier devrait ainsi s’établir de lui-même. LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 85 En réalité l’expérience apprend qu’une semblable situation peut sans doute se présenter, mais non pas cependant au delà d’une limite assez faible. Un petit nombre de millions d’argent comptant, retirés ou ajoutés à la provision de métal précieux d’un pays, produisent déjà une élévation ou un abaissement du taux de l’argent, qui suffisent pour amener le résultat contraire et par suite l’équilibre. Le marché de l’argent principalement est déjà sensible à des fluctuations, qui ne peuvent entrer en ligne de compte avec les sommes gigantesques de l’échange international des biens. L’ensemble du métal précieux d’une nation, qui sert uniquement à l’ornementation et à des buts industriels, ne saurait suffire pour payer l’importation même pendant une seule année. Ainsi en 1880, par exemple, l’ensemble du métal précieux renfermé dans les caisses de l’Angleterre était environ de 140 millions de L., tandis que l’importation s’éleva au-dessus de 400 millions de L. Partant de ce point de vue, les fabricants de coton du Lancashire prétendaient qu’il revenait au même de soumettre leurs fils et leurs tissus à un droit d’exportation, ou bien l’entrée des marchandises reçues en échange à un droit d’importation. Comme l’Angleterre suffisait à satisfaire ses besoins industriels, la grande masse de l’importation ne pouvait consister qu’en produits naturels; mais des objets naturels plus chers et appartenant au luxe ne seraient achetés, que si les besoins au point de vue de la nourriture étaient satisfaits; c’est pourquoi les céréales constituaient, d’après eux, la part la plus importante des marchandises fournies par les nations étrangères et non industrielles en échange des produits de l’industrie an- 86 LA GRANDE INDUSTRIE glaise cotonnière ou autre. Ainsi la prudence commandait de laisser entrer en franchise les produits d’échange des nations agricoles, si on ne voulait pas amener leur passage prématuré au système industriel. Que l’intérêt du commerce fût décisif, c’est ce qu’établit déjà le premier mémoire de R. Cobden, dans lequel il effleure cette question. La suppression des droits sur les grains serait le moyen d’entreprendre, dans des conditions plus favorables, la lutte sur le marché universel, et de battre les concurrents qui s’élevaient de tous côtés. « Entraver l’importation des grains dans un pays d’industrie ne revient à rien moins qu’à tuer le nerf vital de son commerce extérieur. » L’industrie a à supporter les charges énormes de la dette d’Etat provenant de la guerre et les charges de la défense tant du pays que des colonies ; que l’agriculture devienne plus capable dans l’avenir de supporter ces charges publiques constamment croissantes, c’est en dehors de toute vraisemblance; il s’ensuit que l’industrie est à fortifier dans l’intérêt général du pays. On a plus rarement mentionné ce point de vue plus large que la liberté de l’importation et, avec elle, l’avilissement du prix des denrées devaient forcément diminuer les frais de production de l’industrie, peut-être parce que beaucoup de fabricants à vues assez étroites présentaient cet avantage sous la forme impopulaire d’un abaissement des salaires. Que la question ait été considérée aussi sous cet aspect, c’est ce que prouvent les écrits d’Ure et de Cobden. Ure s’arrête fréquemment sur l’avantage que possède le continent dans la moins grande cherté des vivres. En LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 87 janvier 1836, le prix d’un quart de froment était, d’après lui, à Hambourg-, Amsterdam, Anvers et Stettin de 11. 8 sh. 1 d., tandis qu’il était à Londres de 2 livres 4 shillings 6 deniers. Un rapport analogue existait entre l’Angleterre et l’Amérique du Nord. Mais Ure non plus n’arrive pas à une idée juste de l’influence du prix des denrées sur les frais de production de l’industrie. Son regard s’attache en première ligne à la possibilité d’un abaissement des salaires. Si en Angleterre le montant des salaires suffit tout juste pour assurer à l’ouvrier une existence nécessiteuse, ces salaires ne pourraient jamais être réduits. Là au contraire où, avec le salaire payé, on peut acheter beaucoup plus que le strict nécessaire, là existerait la possibilité d’une réduction des salaires. Ainsi le taux peu élevé des salaires sur le continent serait fondé sur le bas prix des denrées. Les fabricants du Lancashire avaient sans doute raison lorsqu’ils pensaient que le bon marché des denrées présageait aussi un prix peu élevé du travail ; ils se trompaient pourtant en ce sens qu’ils confondaient le bas prix du travail avec l’abaissement des salaires. Le bas prix du travail n’équivaut à l’abaissement des salaires que dans cette période initiale du développement de la grande industrie, dans laquelle l’ouvrier ne produit pas plus qu’il n’est nécessaire pour la satisfaction de ses besoins d’existence. Si elle coûte peu, il s’ensuit en effet la possibilité de réduire les salaires, et c’est l’unique moyen de rendre le travail bon marché. Il en est autrement là où, de ce prolétariat de fabrique étendu, a surgi l’ouvrier moderne. Les fabricants anglais savaient pourtant parfaitement bien que leur filateur travaillait à meilleur 88 LA GRANDE INDUSTRIE compte, bien qu’il fût peut-être le seul ouvrier en Angleterre qui touchât un salaire plus élevé que l’ouvrier du continent, si on l’évalue en vivres. Pour cet ouvrier moderne, l’abaissement du prix des vivres produit une élévation des salaires, mais celle-ci est employée à l’amélioration de sa condition. — Une nourriture plus substantielle, en particulier, l’usage de froment et de viande, qui se produisit après la suppression des droits sur les grains à l’ouvrier anglais, a assurément plus contribué que toute autre chose à atteindre à cette capacité de production du travail, le véritable « skilled labour », qui aujourd’hui, dans la lutte internationale, fait la force de l’Angleterre. Jusqu’à la suppression des droits sur les grains, les salaires anglais furent sans doute plus élevés en valeur absolue que ceux du continent, mais non en capacité d’achat vis-à-vis des denrées, ce qui importe seulement. En dernier lieu, Ure appelle l’attention sur ce fait que l’hostilité entre patrons et ouvriers, qui était si nuisible à la capacité de concurrence de l’Angleterre, remontait pour une bonne part aux droits sur les grains. En effet, les témoignages des ouvriers consignés dans les livres bleus montrent combien les droits sur les grains leur apparaissaient comme « une loi des riches », destinée à maintenir les ouvriers dans leur condition opprimée — source inépuisable de haine contre l’Etat et la société. Les fabricants non plus n’avaient pas tort de penser que l’abolition des droits devait rendre les rapports entre le capital et le travail plus pacifiques; il est vrai que cela ne se produisit pas comme ils se l’imaginaient. Car les Chartistes trompèrent celle espérance aussitôt qu’ils LA CONCURRENCE INTERNATIONALE 89 résistèrent à la ligue. Mais, par la suppression des droits sur les grains, fut franchi un échelon du développement industriel, qui fit passer ces classes politico-révolutionnaires à l’état de représentants du passé. Des industriels en chambre et des artisans en décadence en avaient été la base, en même temps que ce prolétariat de fabrique sans avenir, créé tout d’abord par la grande industrie. En ouvrant la voie au développement de la grande industrie, la victoire de Cobden hâtait non seulement le progrès économique, mais aussi le progrès social. Cet ouvrier de la grande industrie, tel qu’il venait d’être produit, devenait un trop grand personnage pour se livrer à une agitation politico-révolutionnaire, qui n’avait été rien autre chose que l’indice d’une extrême faiblesse. Par suite du développement technique et à cause de l’augmentation du rendement du travail, l’ouvrier s’éleva dans la société existante au niveau de la classe moyenne. La victoire de la ligue était l’expression de ce fait que la société bourgeoise, alors la première dans l’Etat au point de vue économique, conquérait aussi cette place au point de vue politique. L’état de transition antérieur est caractérisé par ce fait que le représentant et le défenseur de la grande propriété territoriale, sir Robert Peel, était lui-même un rejeton d’une des plus anciennes familles de fabricants du Lancashire. D’uu autre côté, il faut cependant reconnaître que la manière dont fut gâtée la victoire, remportée par la suppression des droits au lieu de leur utilisation dans un but compensateur, reposait exclusivement sur la constellation politico-commerciale d’alors. On espérait que les autres nations de l’Europe suivraient d’elles-mêmes l’exemple en abolissant les -J O 90 LA GRANDE INDUSTRIE droits. Alors précisément s’ouvrirent pour l’industrie du coton ces immenses marchés de l’Orient, l’Inde et la Chine, qu’on dominait alors au point de vue politique ou politico-commercial, et où ce point de vue delà compensation n’entrait pas en ligne de compte. CHAPITRE II ETAT ACTUEL DE L'INDUSTRIE ANGLAISE DU COTON COMPARÉE AVEC SON ETAT DANS LA TROISIÈME DÉCADE ET AVEC L’ÉTAT PRÉSENT DE L’INDUSTRIE ALLEMANDE DU COTON Dans le demi-siccle, qui s’est écoulé depuis 1830, l’Angleterre devient « l’officine du monde. » « Là où ne se trouve pas de commerce anglais, il n’y a généralement aucun commerce » — dit le rapport du secrétaire d’Etat américain. Une série de grandes industries anglaises réussissent à se mettre en possession des marchés neutres du monde. L’exportation anglaise quadruple et quintuple depuis 1840. De toutes les industries, celle du coton est au premier rang, et son exportation est à peu près le triple de celle de l’industrie métallurgique. Nous établissons ci-dessous par des chiffres les progrès et l’état actuel de l’industrie du coton. 92 LA GRANDE INDUSTRIE 1831 1830 1883 It BROCHES MÉTIERS MÉCANIQUES MÉTIERS A MAIN 10,000,000 28,000,000 43,000,000 80,000 298,847 560,955 220,000 (Quelques millieu) (Quelques reniâmes) Environ un tiers de l’exportation totale de l’Angleterre appartient à l’industrie du coton, et une fraction à peu près égale du peuple anglais se nourrit des vivres importés en échange de marchandises de coton. L’industrie anglaise du coton est aujourd’hui, en meme temps que la grande industrie la plus ancienne, celle qui présente les caractères les plus essentiels du genre d’industrie moderne tant sous le rapport économique que sous le rapport social. Mais elle ne doit être cependant considérée que comme un terme de l’économie nationale, reposant sur la grande industrie et sur le commerce universel. De même que l’industrie florissante du coton fonda la suprématie commerciale et la puissance capitaliste de l’Angleterre, ainsi elle est elle-même fécondée aujourd’hui par la vie économique largement développée qui l’environne. Nous pensons ici en première ligne à l’organisation commerciale de Manchester et de Liverpool, au développement de la construction de machines en Angleterre, etc. La pression du marché universel fut l’élément déterminant. Elle força à l’abaissement progressif du prix des objets fabriqués en colon. Avec cela, une diminution ■J COMPARAISON DE l’ïNDUSTRIE DU COTON, ETC. 93 constante des frais de production fut le trait saillant de l’évolution dans son ensemble. Gela résulte des chiffres suivants : Prix d'une livre de fil 40 3 . Prix du coton (18 onces) . . 1779 1S30 18G0 1882 Janvier 1892 16 sh. 2 lsll.2 2;2d. 7 3/4 11 1/2(1. 6 7/8 10 1/2 d. 6 7/8 7 3/4 d. 4 7/8 Différence de prix. 14 sh. 6 3/4 d. 4 5/8(1. 3 3/8d. 2 7/8 d. ! 11 en est de même pour les numéros plus fins ; une livre du n° 100% qui en 1830 coûtait encore 3 sh. 4 1/2 d., était vendue en janvier 1892 jusqu’à 16 d. 1/8. Dans les années 1880 à 188S, qui ne furent nullement mauvaises pour les filateurs, la différence entre le coton etle fil ne s’élevait en moyenne par livre qu’à 3 sh. 11 /1G d., tandis que dans la troisième décade le double (par exemple en 1830, pourlc n° 40% 6 sh. 3/4d.J n’était pas considéré comme rémunérateur. Il en est de même du tissage, bien que la comparaison entre le prix du fil et celui du tissu, à cause de l’alourdissement considérable et variable de beaucoup de tissus surchargés d’éléments étrangers et pour beaucoup d’autres motifs, soit plus difficile. En tout cas on peut encore ici, sans craindre de se tromper, admettre une réduction des frais de production d’au moins la moitié. 94 LA GRANDE INDUSTRIE La possibilité de cette diminution de prix réside dans cette circonstance que, sous la pression du marché universel, ces germes d’une grande industrie, définis plus haut, se sont pleinement développés. I Centralisation et division du travail dans l’industrie Marschall renvoie, clans un passage de son dernier ouvrage, à la relation cjui existe entre l’économie nationale et les sciences naturelles. Ces dernières auraient, d’après lui, emprunté à des économistes la notion de la lutte pour l’existence, mais elles s’acquitteraient aujourd’hui de leur dette, en faisant profiter l’économie nationale de leurs enseignements sur les lois du développement organique. Marschall pense vraisemblablement ici à la théorie de l’évolution d’Herbert Spencer, qui, appliquée sur le terrain social et économique, présente de frappantes analogies. Chaque évolution consiste d’après cela en première ligne dans la formation de centres de développement isolés par la concentration de la matière ; c’est en pre- 96 LA GRANDE INDUSTRIE rnière ligne l’histoire d’une quantité qui croît et se détermine de plus en plus par rapport à ce qui l’entoure : en un mot une intégration. A côté de cela, c’est l’histoire d’une différenciation intérieure croissante. L’uniformité de structure disparaît devant le perfectionnement des parties qui se développent d’clles-mêmes dans une mesure croissante, et reçoivent des fonctions toujours plus différentes à remplir. Mais à mesure que les parties se distinguent les unes des autres, leur dépendance réciproque s’accroît. L’une ne peut subsister sans l’autre; un changement d’une partie modifie le tout ; une perturbation d’une partie dérange le tout : on a donc une différentiation. Il en est ainsi pour les phénomènes physiologiques, aussi bien que pour les phénomènes sociaux. Ainsi progresse l’évolution depuis les êtres les plus petits, de l’ordre le moins élevé, jusqu’aux formes puissantes du monde animal supérieur, depuis le protoplasma, peu distinctdes éléments extérieurs, jusqu’à l’être intégral, solidement constitué en soi et nettement distinct des éléments extérieurs. Tandis que dans les échelons inférieurs de l’évolution, la structure intime est uniforme, il s’établit une différence toujours plus grande des parties ; à la place d’une agglomération de cellules de même forme prennent naissance des organismes compliqués. A l’origine chaque partie remplit toutes les fonctions ; ainsi la cellule primitive subvient à la fois à la nourriture et à la reproduction. Plus tard un organe spécial est formé pour chaque fonction. Ainsi augmente la dépendance réciproque des parties l’une par rapport à l’autre, par exemple celle du cœur vis-à-vis du système nerveux, et de l’en- CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 97 semble vis-à-vis des parties. On peut diviser à volonté les organismes inférieurs, ils continuent à vivre. La destruction d’un des organes d’un organisme supérieur nuit à tous les autres organes, et peut même tuer l’organisme tout entier. De même l’évolution économique est, avant tout, l’histoire d’une grandeur croissante et d’une séparation progressive des éléments environnants. D’abord la petite industrie est répartie sur tout le pays ; en regard, on peut lui opposer les industries gigantesques modernes qui se localisent géographiquement. Ici aussi on retrouve la même division progressive du travail. Tandis qu’à l’origine tous les métiers sont réunis dans une même exploitation — la ferme suffisait elle- même à son entretien, ainsi que la commune du temps passé — peu à peu l’agriculture se détache de l’industrie textile, celle-ci de la préparation des métaux, etc. Mais en même temps s’accroît la dépendance réciproque des exploitations particulières. L’exploitation isolée des temps primitifs peut être sans inconvénient séparée de l’exploitation semblable ; l’exploitation, reposant sur la division du travail et l’échange, périt si on rompt ses liens avec l’ensemble, ou bien elle retourne à la forme d’exploitation primitive. Il en est de même quand on ne considère qu’une seule profession, par exemple l’industrie textile. A l’origine la structure intime en est uniforme ; chacune des petites exploitations produit les matières premières, les façonne et les emploie ; même là où plus tard survient l’échange, le petit industriel est producteur et marchand tout à la fois. En face de lui s’élève l’industrie moderne, dans la- 98 LA GRANDE INDUSTRIE quelle toutes ces fonctions sont distinctes, production et consommation, domaine industriel et domaine commercial. Il se forme un marché spécial pour la matière brute, un autre pour les marchandises fabriquées ; ces deux marchés sont séparés par la fabrication. Ces trois termes sont reliés par des termes intermédiaires. De même, dans l’intérieur de la fabrication, se produit une division progressive du travail ; il revient moins cher de produire 1000 objets du type A que 500 du type A et 500 du type B. Mais là aussi la division progressive du travail entraîne une dépendance croissante des métiers particuliers entre eux. Une perturbation du marché de la matière brute exerce son action nuisible sur la fabrication et le débit ; la stagnation du débit nuit aux deux termes qui précèdent. L’industrie passe de plus en plus de l’état de somme d’organismes isolés répandus sur tout le pays, mais semblables entre eux, à celui d’organisme complet, composé d’unités d’espèces différentes, concentrées géographiquement et dépendant les unes des autres. Aucune industrie n’est plus propre à prouver l’exactitude de ces idées d’Herbert Spencer que l’industrie anglaise du coton. Ici surtout entre en ligne de compte la concentration de l’industrie et la division du travail qui se développe avec elle. Le Lancashire, ou plutôt la petite partie méridionale du comté, dont la surface n’est pas supérieure à 25 milles anglais carrés, devient le siège exclusif de cette industrie universelle qui à l’origine n’était nullement ainsi concentrée. L’industrie irlandaise, qui autrefois ne, njan- quait pas d’importance, a cessé d’exister ; l’Ecosse, qui était autrefois en concurrence avec le Lancashire, est ré- CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 99 duite à quelques spécialités. La population de l’Angleterre a triplé depuis le commencement du siècle, celle du Lancashire a sextuplé ; celle de quelques centres d’industrie, par exemple Oldham, y est devenue vingt lois plus forte. De même que le Lancashire est aujourd’hui le siège de l’industrie, ainsi Liverpool est le marché pour les cotons, Manchester pour les fils et les tissus. Mais, parallèlement à la réunion de l’industrie en un même lieu, marche la concentration des métiers. D’après des sources officielles il y avait en Angleterre : en 1850 pour une labi'ique 10,850 broches Mais ces chiffres sont loin de correspondre à la situation réelle ; on y a compris des exploitations isolées, entrant à peine en ligne de compte pour l’industrie, et qui encore aujourd’hui,d’après l’ancienne méthode,réunissent la filature et le tissage. Si l’on ne considère que les fabriques, qui faisaient exclusivement de la filature ou du tissage, elles comprenaient, déjà en 1878, réellement24,738 broches et 305 métiers mécaniques par fabrique. Ces chiffres croissent d’une tout autre manière si l’on considère les véritables sièges de l’industrie. D’après une communication personnelle de M. Samuel Andrew, secrétaire des maîtres filateurs d’Oldham,le nombre des broches dansson district s’élève en moyenne de GO,000 à 65,000 ; pour les filatures montées par actions il est déjà vers 1885 1885 185G 1885 15,227 — 155 métiers mécaniques. 213 100 LA GRANDE INDUSTRIE de 63,342 broches. Il y a même des filatures ayant jusqu’à 185,000 broches. Une communication également personnelle de M. Rawlinson, secrétaire des fabriques de tissage réunies du nord du Lancashire, me fournit les indications suivantes. D’après cette pièce le nombre moyen de métiers mécaniques pour une fabrique de tissage est de 600, le nombre le plus élevé de métiers réunis dans un même bâtiment est de 2.200, celui des métiers appartenant à un même établissement de 4.500. Le chiffre le plus bas est de 110 à 130, sans doute pour ce motif que, pour une pareille exploitation, l’entrepreneur n’a besoin que d’un contremaître, qu’il serait toujours obligé de payer, même si les métiers à tisser étaient moins nombreux. Exceptionnellement, il existe à Burnley une fabrique de 60 métiers ; là, l’entrepreneur est un ancien ouvrier et en même temps son propre contremaître. Il faut ici mettre en lumière une circonstance, qui a contribué à la concentration de l’industrie : c’est l’extension du système d’affaires montées en actions. Ce système paraît particulièrement approprié à la filature, dont l’exploitation est uniforme et le débit constant. Dans la filature c’est aujourd’hui l’exploitation par actions qui a le pas sur tout autre système. AOldham plus de 80 0/0 des broches appartiennent à des sociétés par actions. II est unanimement reconnu que cette évolution, qui s’accomplit depuis 1870, a amené une concentration extraordinaire du capital. C’est ainsi que l’homme qui connaissait le plus à fond l’industrie anglaise du coton, M. Andrew pouvait dire devantla Commission royale « on CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 101 dépréssion of Trade » : « Le système d’affaires montées par actions a fait beaucoup de bien au pays. Il prit naissance chez nous à une époque où l’abaissement des frais de production était une question vitale dans l’industrie du coton. Les intérêts privés ne marchaient pas tout à fait de front avec les besoins de l’époque ; alors s’établirent les exploitations montées en actions, et elles s’emparèrent de la conduite des affaires, qu’elles n’abandonnèrent pas depuis. » A une autre place, il fait ressortir combien l’énorme centralisation du capital garantit à ces sociétés la possession de la technique la plus avancée. Le système des actions semble moins approprié au tissage, parce que cette industrie exige qu’on suive les fluctuations de la mode et du marché, en particulier le tissage de marchandises confectionnées pour le marché européen. Dans cette dernière branche, il est désirable que l’entrepreneur se tienne au courant du marché et soit doublé d’un artiste. Au contraire, la régularité des habitudes orientales garantit, à la plus grande partie du tissage du coton du Lancashire, l’avantage d’une industrie toujours égale à elle-même. Si le goût européen change après des mois et des années, le goût indien change seulement après des siècles, et même des milliers d’années. On dit d’après cela avec raison dans le Lancashire qu’on est aussi sûr que l’Inde demande, bon an mal an, des étoffes de coton déterminées -, qu’on est sûr que la nation anglaise consomme annuellement une quantité déterminée de froment. Dans le tissage, le système des actions est, pour le motif indiqué, moins répandu et en tous cas limité à l’industrie d’entrepôts pour les marchés d’Orient. Cepen- 102 LA GRANDE INDUSTRIE dant d’après une communication deM. R.awlinson,10 0/0 environ du tissage de son district est monté en actions. Cette concentration de l’industrie n’est estimée à sa valeur que si on prend en considération la division du travail qu’elle seule a rendue possible. Cette dernière, développée vers -1830 uniquement pour le marché de la matière brute, s’est depuis étendue sur l’ensemble de l’industrie du coton, de la fabrication aussi bien que du marché des fils et des tissus. Suivons le chemin parcouru par le coton depuis l’importateur jusqu’au marchand exportateur. Le marché du coton, déjà largement développé dans la troisième décade, tomba depuis sous l’influence des moyens de transactions modernes — c’est-à-dire de l’application des machines au commerce. Dans son développement ultérieur, soumis à cette condition, il a été surtout typique pour la technique du commerce universel. Le premier de ces événements fut l’ouverture du chemin de fer de Manchester à Liverpool. Jusque-là le filateur achetait surtout au négociant de Manchester, ou dans son magasin, ou sur la présentation d’échantillons. Maintenant Liverpool et Manchester sont devenus comme une même ville. Le filateur pouvait aller chez le courtier de Liverpool aussi bien que chez le négociant de Manchester, et choisir sur place ce dont il avait besoin. En même temps les moyens de payer du filateur s’étaient suffisamment accrus pour pouvoir renoncer à une concession de crédit de la part du négociant. Depuis cette époque les filateurs commencèrent donc à acheter directement au courtier à Liverpool ; l’ancien commissionnaire disparut peu à peu complètement. CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 103 Un événement semblable, d’une portée beaucoup plus décisive, fut la pose du câble transatlantique (1866), et la formation, qui suivit, d’un réseau de lignes télégraphiques enveloppant la terre entière. Liverpool fut dès lors plus rapproché du continent américain, qu’il ne l’avait été jusque-là de la ville voisine de Manchester. Avec cela disparut la nécessité d’une classe particulière de gens d’affaires dont le métier spécial avait été la connaissance du marché de la matière brute. Dans le même sens agirent l’ouverture du canal de Suez et la construction des chemins de fer indiens. Alors qu’en partie les courtiers devenaient eux-mômes importateurs et qu’en partie les importateurs vendaient sous l’influence de la fréquentation du courtier, il se fit une fusion des deux classes. Cette évolution, après des luttes violentes entre la Cotton Brokers Association et le Liverpool Cotton Exchange, fondé, au contraire, par des importateurs, aboutit à la fondation de la Liverpool Cotton Association embrassant les deux branches (1881). Ainsia réellement disparu l’ancienne différence, bien que les maisons anciennes, montées avec de forts capitaux, vendent encore par l’intermédiaire de courtiers, contrairement aux négociants plus jeunes, qui sont à la fois courtiers et marchands. De même que la technique moderne rejette de côté l’ouvrier ne comprenant qu’une fonction déterminée, de même elle rejette aussi le marchand qui ne règne que sur un marché isolé ; elle mélange les marchés. Il n’est donc resté eomme types isolés que l’importateur et le filateur, et entre eux deux le courtier d’achat. Le courtier d’achat conserve sa raison d’être en tant qu’il eàt supérieur au filateur, qui n’est pas marchand, 104 LA GRANDE INDUSTRIE dans la connaissance du marché. La présence du courtier permet au fabricant de concentrer son attention sur les progrès à l’intérieur de l’industrie, et de s’occuper aussi peu que possible des rapports commerciaux. Mais les rapports entre filaleur et courtier s’étaient modifiés au désavantage du filateur, dans la mesure où avait disparu la classe qui jusque-là tenait en échec les courtiers d’achat. Aussi longtemps que les courtiers de vente leur tinrent tète, la séparation fut rigoureusement maintenue entre eux par ces contraintes sociales dont le commerce dispose plus que tout autre état, séparation d’après laquelle les courtiers de vente travaillaient uniquement pour les importateurs, les courtiers d’achat poulies filateurs. Ces derniers avaient donc eu à leur disposition une classe de gens dont les intérêts étaient garantis par les leurs, et qui passèrent du côté de l’acheteur. Avec l’entrée du courtier de vente dans la classe des importateurs, rien n’empêchait plus les courtiers d’achat de vendre les cotons à leur propre compte, ou de faire en même temps des affaires comme courtiers de vente pour des importateurs. Au lieu d’acheter au plus bas prix possible, leur intérêt devint alors souvent de vendre le plus cher possible. Il était donc nécessaire de trouver un moyen de forcer le courtier à reprendre les intérêts du filateur. Cela était si bien possible, qu’une partie des filateurs se syndiqua et fit remplir les fontions de courtier à des agents payés pour cela. Cela se fit par la fondation de la Cotton Buying Company, société par actions formée à l’origine par la réunion de vingt à trente filatures montées en actions. CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 105 Son but est l’achat de cotons sur le marché de Liverpool, où les membres ont à payer les droits habituels de courtage ; l’excédent des recettes sur les dépenses est à la fin de l’année distribué comme dividendes. Cette société se heurta à l’origine à la plus vive résistance des courtiers. Elle ne put tenir que par une habile utilisation de l’antagonisme, non encore éteint, entre les courtiers et les importateurs, alors que la nouvelle société se ligua avec ces derniers contre les courtiers. Depuis, la société s'est frayé un chemin, sous la direction de Samuel Andrew plusieurs fois cité, le porte-parole de la grande association des propriétaires de filatures. Quoiqu’elle ne comprenne qu’une partie du nombre total des broches du Lancashire, elle a pourtant déterminé les courtiers à servir plus que jusqu’alors les intérêts des filateurs — de même que les associations de consommateurs faisaient baisser les profits exagérés des marchands au détail. Déjà aussi la possibilité d’une extension des affaires de laBuying Company en Amérique exerce une influence analogue sur les importateurs. Correspondant à l’évolution décrite plus haut, l’augmentation de prix subie par les cotons dans leur passage par le marché de Liverpool est devenue depuis 1830 toujours plus faible. Le coton renchérissait alors, même lorsque l’ancien négociant eut disparu, encore de 3 1/2 °/ 0 ; 2 1/2 0 / o revenaient à l’importateur, 1/2 °/ 0 aux deux courtiers. Aujourd’hui Liverpool ne demande plus que 1 0 / o à 1/2 °/ 0 pour l’importateur, 1/2 °/ 0 pour le courtier d’achat— bénéfice qui n’est pas trop élevé pour les avantages que le marché de Liverpool procure aux filateurs anglais. Si le marché montre, en comparaison de la troisième 106 LA GRANDE INDUSTRIE décade, une simplification du personnel commerçant, ce fait repose sur la diminution des risques sous l’influence du perfectionnement des communications, qui rapprochent les pays du monde entre eux. Mais à côté des relations il y avait une autre cause qui diminuait les dangers des affaires : ce sont les progrès de la technique du commerce lui-même, en particulier l’institution des affaires à terme. Elle affaiblissait tellement les risques de l’importation, ainsi qu’EI- lison le fait expressément ressortir, qu’une classe de marchands d’importation vivant exclusivement de ces risques et se tenant en relations avec le marché seulement par le courtier, devenait inutile. Ce qui est avant tout certain, c’est que l’avènement des affaires à terme s’opposa par contre, depuis 1860, à des fluctuations de prix par trop marquées. L’intelligence humaine réussit dans une mesure croissante, à prévoir le manque et l’excès d’abondance, et à compenser leurs effets par la spéculation. On arriva ainsi à obtenir, pour les matières premières les plus importantes pour la consommation de l’homme, une égalité de prix inconnue jusqu’alors. Mais abstraction faite de ce résultat, les affaires à terme servent directement à l’importateur comme garantie de ses risques. S’il achète à un prix avantageux des cotons dans le pays de production, il peut en même temps vendre ce stock à Liver- pool pour le terme, auquel il est à prévoir que les cotons arriveront effectivement ; en face d’une baisse ultérieure des prix du coton et d’une perte sur l’affaire effective, il peut alors se dédommager par les bénéfices d’une spéculation sur les affaires avenir; en présence d’une hausse des prix, il peut compenser la perte provenant de la spé- / CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 107 culation par le gain réalisé sur les marchandises effectives. Il est ainsi placé dans la même situation que si les prix n’avaient pas changé depuis la conclusion de l’affaire. Ainsi, à côté du développement des relations commerciales, les progrès de la technique commerciale conduisirent à une simplification de cette division du travail, comme le montrent les années de la troisième décade. D’un autre côté, cette évolution appela à l’existence de nouvelles organisations du commerce. En première ligne vient ici la fondation en 1876 de la « Cotton clearing- house », par laquelle le « Clearing-System » fut appliqué pour la première fois au commerce des produits, puis la fondation en 1882 de la « Seulement association » dans le but d’assurer le payement final des différences résultant d’affaires à terme, enfin la fondation de la « Cotton Bank » pour faciliter les paiements. Sans entrer plus avant dans l’étude de ces fondations, il suffit ici de rappeler que, depuis 1830 , la constitution du marché du coton, déjà alors composé de quatre termes, est devenue aujourd’hui encore plus compliquée. Les résultats de cette évolution furent une compensation des fluctuations excessives des prix et un abaissement du prix de la matière brute de l’industrie du coton. Cette liaison étendue des chaînons constituant le marché fut suivie par une liaison analogue dans l’intérieur de l’industrie, liaison dont on peut à peine trouver des traces dans la troisième décade. Avant tout le tissage et la filature se sont séparés. Seules, des maisons, dont l’origine remonte à l’ancien temps, font marcher de front ces deux industries; les établissements nouveaux sont consacrés à 108 LA GRANDE INDUSTRIE l’une ou à l’autre et adaptés aux conditions les plus favorables à chacune. On gagne à cela l’avantage de ne plus avoir besoin de représentants également ferrés sur les deux parties. En même temps le tissage s’est aussi séparé topographiquement de la filature; tandis que cette dernière entoure Manchester dans un arc de cercle rapproché, le tissage décrit au nord un demi-cercle éloigné; celle-là recherche les penchants des collines descendant vers la plaine, celle-ci les vallées découpées dans la région des collines. Mais la division du travail a fait des progrès plus étendus. Oldham est le siège principal de la grande industrie des entrepôts, qui produit les fils de numéros moyens. Rien qu’en cet endroitbourdonnent onze millions de broches. Le district d’Oldham empiète sur Ash- ton, Middleton et les localités situées au sud de Manchester. Bolton, Chorley et Preston, qui entourent le centre commercial au nord, filent au contraire les fils de numéros inférieurs qui forment pour l’Angleterre un monopole reposant sur des avantages climatériques. La masse principale du tissage s’avance vers les villes situées au nord de cette région, en particulier Blackburn et Burn- ley, en empiétant sur Todmorden et Rochdale. Burnley fait les indiennes imprimées vulgaires, Blackburn habille l’Inde et la Chine (tissus dits Dhoohes, T-cloth). Preston fabrique des indiennes unies plus fines, pour les marchés du pays et du continent. Les localités situées près de Manchester, et servant en première ligne à la filature font en outre généralement leur spécialité de tissus plus compliqués; ainsi Oldham fait des velours de coton, Bolton des tissus confectionnés, Ashton et Glossop des indiennes imprimées de première qualité ; la zone de Colne comprise CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 109 entre la précédente et le district septentrional du tissage fabrique les marchandises bariolées ordinaires. A Manchester au contraire, centre de l’industrie, la manufacture tend de plus en plus à disparaître; les fabriques qui s’y trouvent sont, pour la plupart, de date ancienne et ont encore un intérêt historique comme berceaux primitifs de la grande industrie. Manchester devient toujours davantage le siège exclusif du commerce d’exportation. Encore il y a trente ans, les emballages pour l’exportation se faisaient dans la zone de tissage du nord, aujourd’hui ils se font à Manchester, souvent dans les caves sous les hautes maisons industrielles, qui s’enfoncent fréquemment de plusieurs étages sous terre, et dans lesquelles les balles de fils et de tissus sont amenées à l’aide de machines à vapeur et de presses hydrauliques à la moitié de leur volume. La valeur constamment croissante du terrain chasse l’industrie de la ville commerçante. Mais les faubourgs de Manchester eux- mêmes sont abandonnés par l’industrie; on allègue universellement comme motif qu’on ne peut trouver que dans les endroits exclusivement consacrés à l’industrie une population d’ouvriers très habile et dignes d’une confiance absolue. Marsden confirme l’importance de l’existence de ces régions de fabrication exclusives, qui, situées dans le voisinage du centre commercial, réunissent les avantages de la centralisation avec ceux de la décentralisation. « On peut facilement calculer qu’il serait plus avantageux d’établir une fabrique dans une contrée où on trouve des ouvriers instruits, et qui est voisine du marché, même quand on devrait payer le prix complet des bâtiments 110 LA GRANDE INDUSTRIE et des machines, que de recevoir en présent la même fabrique dans un endroit qui ne possède pas ces avantages. » La division du travail, qui existe entre les régions industrielles, se poursuit entre les exploitations isolées. L’industriel isolé fabrique aujourd’hui un petit nombre de spécialités. Les grandes filatures d’Oldham et de Boston ne filent plus par exemple, bon an mal an, qu’un seul numéro ou très peu de numéros différents. De même, beaucoup de fabriques du nord du Lancashire ne font qu’une espèce de tissus courants. Cette division étendue du travail n’est rendue possible (jue par la sûreté du débit, que garantit l’organisation du commerce de Manchester. Ce dernier aussi a utilisé dans une large mesure les principes de la centralisation et de la division du travail. Le point capital ici est que l’industriel ne cherche plus lui-même les clients; le négociant en gros ou l’exportateur servent d’intermédiaires entre eux. Nous avons suivi plus haut le coton jusqu’à son achat par le filateur au moyen du courtier. Un réseau de chemins de fer et de canaux fournit les moyens de transport de la matière brute, depuis le marché jusqu’aux centres de production. Tandis que les anciennes filatures étaient presque toujours situées au bord des canaux, et que les cotons étaient portés directement du bateau dans la salle des mélanges, les nouvelles filatures sont plus fréquemment réduites au transport par voies ferrées, souvent par des embranchements avec les lignes principales. L’ouverture du canal maritime qui se trouve en cons- CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 111 truction annonce encore une augmentation de la facilité des relations; déjà aujourd’hui, dans le voisinage de Manchester, on peut voir creusés ces docks puissants, qui ne demandent plus que d’être reliés avec la mer pour recevoir directement, au centre même du siège de l’industrie, la matière brute venant du pays de production. Une agitation de dix années en paroles et en écrits soutenue parles industriels aussi bien que par les ouvriers, a précédé cette œuvre gigantesque. On a établi le 30 juillet 1883 les droits d’expropriation, pour lesquels l’approbation du Parlement eut à prévoir la fixation d’un tarif maximum. Après cela, le prix du transport de Liverpool à Oldham, qui était jusque-là aussi coûteux que de Bombay à Liverpool, sera diminué au moins d’1/3. Comme le filaleur achète la matière première, la plupart du temps au comptant ou à courte échéance, son intérêt est de vendre son fil dans le temps le plus court possible. Il en résulte que le temps pendant lequel le coton est en fabrique est réduit à une durée toujours plus courte, qui va même jusqu’à quelques jours. Il ne faut aussi tenir en magasin que le moins de coton possible. Le filatcur anglais va d’ordinaire tous les huitjours à Liverpool, pour y acheter ce dont il a besoin pour une semaine, de même qu’il vend son fil à la bourse de Manchester d’une à deux fois par semaine. Les pertes d’intérêt disparaissent ainsi, et le capital nécessaire à l’exploitation devient moindre. Ce n’est qu’en présence de prix du coton exceptionnellement avantageux qu’il constitue un approvisionnement. Cette évolution des conditions de paiement a un autre avantage pour le filateur anglais; comme les cours de la Bourse des fils suit ordinairement les prix H2 LA GRANDE INDUSTRIE du coton, il souffre d’autant moins des fluctuations de prix du coton que l’achat de la matière première et la vente du fil se font à des époques plus rapprochées. Cette marche de la production suppose l’existence de la Bourse de Manchester, qui fixe les prix du fil pour le monde entier. Le filateur n’a pas à chercher ses clients ; il peut, au contraire, tous les jours convertir ses produits en argent comptant. Les fdateurs vendent en partie eux-mêmes, en partie en se servant d’agents. Le paiement au comptant ou à courte échéance domine. Les acheteurs sont le tisserand ou l’exportateur. L’agent reçoit pour son entremise une simple commission, et dans ce cas, il communique au filateur le nom de l’acheteur, et le filateur supporte tous les risques. La situation est analogue lorsque l’agent a des appointements fixes. Il arrive cependant plus fréquemment aujourd’hui que l’agent entreprend « del credere », auquel cas, moyennant une provision élevée, il supporte tous les risques et se présente réellement lui-même comme acheteur, alors que souvent le filateur ignore même le nom de la * troisième partie. Dans ce cas, l’agent paye comptant le filateur dans l’espace de quinze jours. Donc ici aussi constitution d’un organe spécial pour un risque spécial. De même que les fils, les tissus communs, qui constituent la grande industrie du Lancashire, sont, d’une façon prépondérante, produits par le fabricant à son propre compte, et vendus par le courtier aux prix de la Bourse. Ici aussi la commission « del credere » et le paiement au comptant (3 — 7 jours après livraison) sont les procédés qui dominent. Ces courtiers jouent précisément sur le terrain du tissage un grand rôle, en CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 113 fournissant fréquemment des avances avant l’échéance des paiements, aussitôt après la réception des marchandises, et d’un autre côté en prenant soin de procurer au tisserand une occupation constan te, et lui faisant connaître les changements survenus dans les demandes. Il en est autrement pour les tissus façonnés, qui ne sont pas des articles de Bourse. Ils sont exécutés sur la commande du marchand en gros. De même l’imprimeur imprime le plus souvent sur commande ; il comble seulement les lacunes de la production par un travail à son propre compte. Tous les produits de l’industrie du coton, fils, tissus* étoffes imprimées, finissent par se réunir entre les mains du marchand en gros, Ce dernier est aujourd’hui un des personnages les plus importants de l’industrie tout entière. Mais il est devenu acheteur par lui-même, et la charge des risques est passée sur lui. C’est le cas, même si le client étranger choisit en personne chez le fabricant, alors que l’affaire est cependant conclue dans les règles avec le marchand d’exportation, qui offre au fabricant une garantie pour un paiement prompt et sûr. Ainsi le fabricant est déchargé du souci de juger les clients et d’avoir égard aux modes étrangères, à la situation des affaires et aux variations des cours du monde entier. Un petit nombre de maisons seulement, surtout celles dont l’origine remonte à une époque éloignée, ont continué à exporter à leurs risques et périls, et la possibilité d’agir ainsi maintient le gain des marchands dans des limites modérées. Si le prix moyen de l’exportation du fil anglais est aujourd’hui de 4 d. par livre plus élevé que le cours moyen de la Bourse à Manchester, ce n’est pas 8 114 LA GRANDE INDUSTRIE un dédommagement trop élevé pour les risques à supporter, l’emballage et l’empaquetage. Mais les négociants en gros de Manchester eux-mêmes ne vendent nullement aux marchands au détail, mais au contraire, en dehors des affaires en gros qu’ils traitent dans le pays, à des maisons d’importation étrangères. Ces dernières ont aux Indes, en Chine et en Afrique très fréquemment, des représentants anglais, qui activent de toutes leurs forces la diffusion des produits de l’industrie anglaise. L’industrie anglaise du coton joint donc aujourd’hui une centralisation extrême à une extrême division du travail, tant au point de vue technique qu’au point de vue commercial. En face d’elle, l’industrie allemande se trouve àun degré de développement, qui rappelle l’état del’Angle- terre vers 1830. Il est vrai qu’il faut aussi lui reconnaître une certaine division du travail au point de vue géographique. La filature et le tissage allemands des indiennes communes a son siège dans le sud, principalement en Alsace, dans le duché de Bade et en Souabe. Elle a besoin d’un tarif de protection contre l’Angleterre et ne dessert que l’intérieur du pays. En face d’elle les maisons d’exportation du nord de l’Allemagne,qui ont des métiers perfectionnés et fabriquent des tissus riches, se tiennent surtout sur les bords du Rhin et en Saxe. Mais, au nord comme au sud, l’industrie est répandue sur une vaste étendue et manque de centre commercial. Aussi, pour l’importance de chaque industrie en particulier, l’Allemagne est inférieure à l’Angleterre. D’après l’enquête faite en 1878 sur l’industrie du coton et du lin, le nombre moyen des broches s’est élevé de 1839 à 1877 de 15,000 à 21,000. La moyenne donnée pour le tissage CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL H 5 en 1877 comporte 287 métiers par établissement. Mais ces données concernent uniquement les établissements qui ont fourni des indications à la commission, c’est-à- dire surtout les maisons importantes, prises en considération au point de vue économique, tandis que celles qui ne sont pas entrées en ligne de compte abaisseraient considérablement cette moyenne. Malheureusement aucun dénombrement des broches et des métiers à tisser n’a été entrepris en Allemagne. Nous ne pouvons donc compter pour le moment que sur les informations d’origine privée. Voici, d’après M. Rieger, des chiffres concernant le nombre des broches et des métiers en Allemagne. Sur 877 maisons, 748 seulement ont donné des détails : DISTRICTS BROCHES , METIERS totaux par filaluro totaux par tlwaj* Alsace - Lorraine. 1,187,738 28,280 27,110 467 Baden . 402,088 19,148 11,966 307 Wurtemberg et Hohenzollern. 499,492 19,980 11,865 237 Saxe. 741,246 16,450 19,403 185 Silésie. 74,600 6,782 5,630 268 Province du Rhin elWestphalie 1,052,048 13,663 24,987 209 Reste de l’Allemagne du Nord. 265,032 26,503 7,619 169 Palatinat rhénan. 98,570 19,714 1,623 203 Bavière. 1,075,735 44,822 19,745 420 TOTAUX. . . . 5,396,549 20,756 129,983 2,465 Ces totaux sont généralement trop faibles et le chiffre moyen trop faible, plusieurs maisons, et probablement les plus petites, n’ayant pas donné de renseignements. 116 LA GRANDE INDUSTRIE La statistique officielle allemande pour 1882 accuse une certaine extension des petites industries textiles, mais la comparaison est impossible pour l’Angleterre. Il y est dit que, par fdature, il n’y a pas plus de dix personnes. Il ne faut pas oublier que parmi ces petites filatures, celles qui font du fil de pêche, de la bourre ou des mèches de bougies sont comprises. En Angleterre, au contraire, suivant M. Drage, secrétaire de la Labour- Commission, à présent il n’y a pas autant de filatures affectées au fil de pêche qu’il y a vingt ans. Ces opérations sont exécutées ou dans la filature avant la vente du fil, ou dans les tissages après la vente. Le tissage présente, à un degré beaucou plus élevé que la filature, le caractère de la petite industrie. Mais comme les étoffes de coton, puis de laine, puis mélangées sont fabriquées avec les mêmes métiers, la distinction est impossible. Dans l’ensemble de l’industrie textile allemande, il y avait encore, en 1882, 42 0/0 de tous les ouvriers employés dans de petits établissements (établissements comprenant moins de 5 personnes), 38 0/0 dans la grande industrie proprement dite (établissements de plus de 50 personnes). Le rapport entre l’industrie en chambre et l’exploitation en fabrique dans les trois branches principales de l’industrie textile est indiqué dans le tableau suivant : > Dans les fabriques. Dans la petite industrie. Préparation de la matière à filer, Filature.103,750 28,391 Tissage. 171,095 178,060 Broderie, tissage, fabrication de dentelles. 23,077 68,248 Total . . 297,922 274,699 CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 117 Losch remarque, à propos de ces chiffres, que l’ensemble de la production des personnes en question, une fois obtenu par la voie de la grande industrie, exigerait un nombre beaucoup moindre d’ouvriers, et rendrait possible un accroissement du bien-être de chaque ouvrier en particulier et une augmentation de la puissance de concurrence de l’industrie allemande. En elîet, ces chiffres comprennent la masse parmi les tisseurs en chambre allemands en proie à la plus grande misère, dont la disparition n’est à attendre que de la disparition de l’industrie en chambre elle-même. Les avantages qui reviennent à l’industrie anglaise à cause de sa plus grande centralisation sont de différentes sortes et décisifs. D’abord l’Angleterre est prépondérante sur le marché du coton. Que l’Allemagne se soit affranchie de Liverpool et achète directement dans le pays de production, c’est là, il est vrai, un progrès ; car le fila- teur étranger avait à payer à Liverpool constamment 3 1/2 0/0 déplus que l’Anglais, d’après l’enquête faite (Protocole, p. 389). Mais en même temps tous les désavantages résultant de l’absence de division du travail atteignent le filateur allemand. Au lieu d’acheter tous les huit jours, il lui faut acheter pour des mois. En dehors des pertes d’intérêts qu’il subit, il est englobé dans les fluctuations du marché du coton et contraint de se livrer à la spéculation. Il n’est que trop souvent la victime d’envois mauvais, non conformes à l’échantillon. De la situation si désavantageuse du filateur allemand isolé, on doit conclure que la « Cotton Buying Company », qui comprend plusieurs millions de broches, n’ose plus aujourd’hui, ce que le filateur allemand isolé est obligé de 118 LA GRANDE INDUSTRIE faire, acheter elle-même dans le pays de production, tant lui semblent grands les avantages du marché de Liverpool, où le coton égyptien lui-même est la plupart du temps moins cher qu’à Marseille. Quelques-uns de ces inconvénients ont disparu par l’établissement d’un marché du coton à Brême ; il a surgi d’un accord entre les associations de filateurs allemands et les importateurs de Brême en 1886. Ce marché du coton est appelé à exercer une excellente influence sur les affaires dans l’avenir. Quatre représentants de la filature de coton allemande ont pris place dans la commission. Les filateurs allemands ont cherché ainsi à diminuer autant que possible les risques de perte. Le développement du marché de Brême est d’autant plus probable qu’il y a aujourd’hui presque 12 millions de broches dans le territoire qu’il comprend, c’est-à-dire pour les filatures de l’Allemagne, de la Suisse, de l’Autriche, de la Pologne et en partie de la Belgique. Les défauts de l’éparpillement ne sont pas moindres relativement à l’exploitation proprement dite. Tandis qu’en Angleterre, le filateur et le tisserand ne produisent souvent qu’une ou deux spécialités, le fabricant allemand a des centaines de modèles. Il est ainsi obligé de transformer fréquemment ses machines et d’employer les ouvriers à un travail nouveau, ce qui entraîne non seulement une production totale plus faible et plus de frais d’exploitation, mais encore une usure plus grande. A cela se joint qu’en Allemagne la réunion de la filature et du tissage dans la même affaire est encore le procédé le plus rémunérateur — déjà pour cette raison que les difficultés du débit ne se présentent qu’une fois — exactement CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL JH) comme l’indiquent les enquêtes anglaises de 1830; aujourd’hui , au contraire, l’organisation du marché en Angleterre rend possible cette séparation préférable, au point de vue technique, entre la filature et le tissage. Enfin, sans concentration, un travail d’une puissance productive élevée est impossible, car un pareil travail suppose une occupation exclusive d’une population depuis des générations dans la même industrie. Ce n’est qu’au siège d’une industrie concentrée qu’on peut trouver le travail se poursuivant, toujours avec sécurité, tandis qu’il n’est pas rare queles fabricants allemands doivent continuer à fabriquer même avec perte, afin que les travailleurs péniblement instruits ne leur partent pas entre les mains, ce dont l’Alsace et d’autres pays fournissent des exemples (1). En particulier, les filatures du sud de l’Allemagne, isolées pour la plupart, doivent attirer toujours de nouveau à elles des ouvriers d’autres professions. A peine dressés, ils quittent souvent la fabrique pour retourner au travail des champs, au commerce ou au service domestique. Dans l’enquête allemande revient fréquemment cette plainte que peu d’ouvriers seulement pensent à consacrer leur vie au travail de fabrique. C’est dans la possession d’une population permanente d’ouvriers que réside d’après cela la grande supériorité de l’Angleterre, où ce (1) Par exemple « Protokolle, p. 3G0ct 387 » : Une usine qui veut, à un moment donné, filer des numéros fins ne peut éviter d'avoir des ouvriers en surplus, pour ne pas être prise au dépourvu quand elle revient aux gros numéros. De même Grassmann (Ausburgcr Industrie) parle d'un renouvellement fréquent du personnel tenant spécialement à l'habitude prise par les jeunes ouvriers de changer de situation au printemps. Le service militaire obligatoire a aussi une influence dé- sorganisatrice dans cet ordre d’idées. 120 LA GRANDE INDUSTRIE fréquent changement de profession est chose inconnue. Les fabricants allemands sont aussi unanimes à reconnaître que ce n’est pas le manque d’aptitudes qui rend l’ouvrier allemand moins capable de production que l’ouvrier anglais, mais plutôt le manque de tradition, comme le fait d’appartenir à une industrie décentralisée. De pareilles conditions font, dit un homme compétent et écouté, après avoir revendiqué, pour la dispersion, certains avantages au point de vue politico-social, que nous ne pouvons jamais avoir les ouvrières exercées de l’Angleterre, où le fils et les enfants des enfants se consacrent au travail de fabrique pour toute leur vie, et où le fabricant, par suite de la grande pratique, à laquelle on arrive dans le service des machines, peut se tirer d’affaire par exemple avec 3 ou 4 ouvriers pour 1000 broches, tandis qu’il nous en faut 6 à 10 pour le même nombre. L’industrie centralisée a encore un autre avantage extrêmement important; elle seule développe la construction des machines consacrées exclusivement à l’industrie du coton et à ses progrès techniques. Cela rend possible un abaissement important des frais d’installation et d’entretien vis-à-vis des établissements, qui tirent leurs machines de loin et payent d’un prix élevé des ateliers de réparation particuliers, où ils doivent souvent entretenir des mécaniciens qu’ils n’occupent pas complètement. En Angleterre, les travaux de montage comme ceux de réparation sont exécutés par des ateliers rapprochés qui offrent en même temps les garanties de la technique la plus avancée. Comme en Alsace la concentration de l’industrie est plus avancée qu’en Allemagne, cette con- CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 121 trée possède seule aussi un établissement de construction de machines exclusivement destinées au coton, qui cependant est incapable de desservir toute l’Allemagne. Ce dernier pays est réduit à prendre en première ligne des machines anglaises. Les avantages de la dispersion sont faibles par contre. Extrêmement douteux est l’avantage des salaires bas, auxquels ne correspond que trop souvent un travail mauvais et cher précisément à cause de cela. Cet avantage devient d’autant plus illusoire qu’aujourd’hui les nécessités de la vie sont moins coûteuses dans les centres com merciaux que dans des villes de province éloignées ; plus importante est la possession des chutes d’eau, sur laquelle repose principalement la dispersion de l’industrie allemande. Mais même en Allemagne s’accomplit le passage insensible à l’emploi de la vapeur. Mais la décentralisation est particulièrement désavantageuse relativement au débit. Pour cela aussi le fabricant allemand se trouve soumis aux désavantages, contre lesquels avait à lutter le fabricant anglais vers 1830. Le fabricant allemand cherche encore ses clients à l’aide de voyageurs et d’agents, et ces clients sont souvent des marchands au détail dont la solvabilité est souvent douteuse, dont le besoin de crédit est toujours certain. De là les doléances sur les mauvaises conditions de paiement en Allemagne, qui apparaissent nombreuses dans l’enquête. Les fabricants auraient de trois à quatre mois, souvent six et même douze mois à attendre leur paiement — il y aurait véritablement un « terme sans bornes », une complète anarchie dans le mode de paiement. Sir Walter Raleigh avait fait un jour le même re- 122 LA GRANDE INDUSTRIE proche aux Anglais, disant que la grandeur économique des Hollandais reposait sur le système du paiement au comptant. Les désavantages qu’on vient de dépeindre ne peuvent être détruits que par une division toujours croissante du travail. Le fabricant ne peut être en même temps commissionnaire, banquier, négociant et même détaillant ; il a besoin d’un acheteur sûr et solvable. Il est dans les meilleures conditions lorsque le débit est concentré sur un seul marché, et que le cours delà Bourse simplifie la lutte entre le client et le marchand. La recherche des clients, à l’étranger comme au dedans, le fardeau de tous les risques possibles du débit sont en tous cas une tâche assez lourde, pour réclamer toute l’énergie d’un homme. Seul le gros négociant est en état de payer le fabricant comptant ou à terme fixe, à courte échéance. Mais c’est surtout là où on s’occupe d’exportation que l’éparpillement de la vente est un obstacle. Le fabricant ne peut pas suivre les modes de l’Australie et de l’Amérique du Sud ; l’acheteur étranger ne peut pas voyager de fabrique en fabrique. Sans doute il existe aujourd’hui en Allemagne des germes de la formation de cet intermédiaire important entre le fabricant et le consommateur. En Alsace s’est conservé, depuis la domination française, un commissionnaire assurant le débit, qui forma aussi en Angleterre la transition au marchand en gros. Dans l’Allemagne du Nord, des exportateurs se présentent souvent comme acheteurs à leur compte, de même que d’un autre côté de grandes maisons du pays commencent à s’occuper de la répartition sur le marché intérieur. Ainsi l’industrie aile- CENTRALISATION ET DIVISION DU TRAVAIL 123 mande tend à cette division du travail progressive, qui ne s’est aussi développée que peu à peu en Angleterre et non sans difficultés dans les détails. Si l’on n’eût pas suivi son exemple, en particulier sur le terrain de l’organisation commerciale, la concurrrence sur des marchés ouverts eût été impossible. La comparaison avec la situation allemande montre précisément combien l’évolution anglaise, que nous avons décrite, loin d’être exceptionnelle, est au contraire bien plutôt le développement naturel d’un nouvel élément, la grande industrie, sous la pression du marché universel. Une industrie centralisée, et jouissant de la division du travail, l’emporte absolument sur le marché universel, sur une industrie dispersée. Gomme première évolution de la grande industrie, on peut d’après cela établir ces deux termes : tendance à une centralisation et à une divismi du travail (intégration et différentiation). II Prédominance croissante du capital sur la matière première et la main d’œuvre A. - FILATURE Si l’on considère la matière première, le travail et le capital, comme les plus importants facteurs de la production, on voit que les progrès de la technique dans chaque industrie se manifestent d’abord par la prédominance que le travail et le capital prennent sur le facteur-matière, comme l’a déjà prouvé J. Tucker. Et le fait se produit de différentes manières. On commence par apprendre à utiliser une matière de moindre valeur, puis à réaliser le but qu’on se propose avec une moindre quantité de matière. La filature de coton en fournit la preuve. Aujourd’hui on file des sortes nettement moins bonnes que vers 1830, en particulier des cotons hindous, tandis qu’aupa- PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 125 ravant on n’employait que des cotons américains de meilleure qualité. C’est surtout la guerre de la Sécession qui a poussé dans cette voie et a appris à traiter avec succès des fibres plus courtes. On a fait également des progrès dans l’utilisation de la matière. En 1834 le déchet atteignait encore 1/7 de la matière employée; aujourd’hui il n’est plus que de 1/10. En outre, maintenant on utilise avec succès une grande partie des déchets mélangés avec de meilleures sortes ou pour des numéros plus fins, principalement dans le Lancashire. Mais l’importance de la matière première diminue encore sous un autre rapport. On en vient de plus en plus à des combinaisons où, dans les frais de production, l’élément matière est primé par l’élément travail et l’élément capital. L’évolution a été favorisée par les particularités climatériques déjà mentionnées. Tandis que l’humidité de l’air a peu d’importance pour les gros numé - ros, elle constitue, pour les numéros fins, un avantage marqué. C’est ainsi que l’Angleterre a conservé le monopole des numéros fins, tandis que, pour les numéros plus gros, une filature locale a pu se développer soit en Europe, en Amérique, grâce à des droits protecteurs, soit, dans l’Inde ou en Chine, sur la base de certains avantages naturels. La proportion de coton brut par broche se chiffrait ainsi au commencement de 1880 : La broche]indienne utiliseparan. 111 livres (1885) — américaine .... 74 ,5 — européenne continent. 61,2 (en moyenne) dont en Autriche.88 livres 126 LA GRANDE INDUSTRIE en Allemagne.67 en France.52 en Suisse.26 en Angleterre.34,5 (1885) et 34,2 (1891 ) La différence en faveur de l’Angleterre est plus considérable encore que ne le montrent les chiffres précédents, parce que la broche anglaise produit plus dans le même temps que la plupart de ses concurrentes. Tandis que, du tableau ci-dessus, on pourrait admettre que l’Angleterre file environ deux fois aussi fin que l’Allemagne, en fait et, pour la raison qui vient d’être donnée, les numéros de section anglais sont plus du double des numéros allemands. Aujourd’hui en Angleterre ces numéros dépassent le chiffre 40, tandis que la filature indienne, la concurrente la plus sérieuse, ne peut filer avec succès des numéros supérieurs à 20. La même évolution se produit avec moins de netteté dans le domaine du tissage, car ici il entre en considération, pour une trop forte part, le pouvoir d’achat encore trop faible des peuples orientaux, que comporte la nature grossière des tissus du Lancashire. Pour les tissus fins à destination des marchés d’Europe et d’Amérique, l’habileté du décorateur, le dessin, la couleur ont trop d’influence pour que les Anglais puissent obtenir un monopole sur ce terrain. Car c’est précisément là que de tout temps le continent a eu l’avantage. Le progrès technique, qui consiste à donner plus d’importance au facteur capital qu’au facteur travail, se manifeste par l’accroissement de production correspondant à une diminution des forces employées par le travail. On l’RÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 127 peut constater les deux phénomènes d’abord dans la filature mécanique, qui tient le premier rang dans le Lan- cashire depuis l’introduction du métier à filer continu avec ailettes (Throstle). Tandis que, dans les deux systèmes de filature, le fil est tiré par des rouleaux, on sait que la particularité de la Mule, comme de la Jenny sa devancière, consiste en ce que les broches tantôt tirent, tantôt dévident le fil. Ces broches se trouvent sur un chariot qui s’éloigne et se rapproche alternativement de la partie fixe de la machine contenant les rouleaux. Pendant le premier mouvement, le fil prend un mouvement de rotation et subit un faible allongement, tandis que les rouleaux qui fournissent le fil à la broche sont eux-mêmes animés d’un mouvement de rotation. Au retour, les rouleaux restent au contraire inactifs ; aucune nouvelle quantité de fil ne peut être produite, mais le fil précédemment fabriqué est dévidé. A l’origine c’était la force de l’homme qui donnait le mouvement au chariot, aussi bien que la régulation de l’étirage (hand mule) ; aujourd’hui dans le « self actor » la machine se charge des deux opérations. Depuis trente ans le fonctionnement de chaque broche s’est beaucoup amélioré soit par le perfectionnement de la machine, soit par l’accroissement de sa vitesse. C’est depuis le milieu du siècle que le « self-actor » s’est installé en maître en Angleterre; en Allemagne, au contraire, ce n’est cjue vers 1870 qu’il a définitivement supplanté les autres machines. Le métier à main n’est aujourd’hui employé en Angleterre que très exceptionnellement pour les numéros extra-fins dont la fabrication demande une habileté particulière de l’ouvrier, et qui sont 128 LA GRANDE INDUSTRIE à peine exposés à la concurrence. Peu à peu ces métiers à main disparaissent aussi; en 1883 on estimait leur nombre à 80 couples pour tout le Lancashire. La production du self-actor est limitée par le temps pendant lequel le chariot exécute son mouvement de va- et-vient, et par la longueur du chemin qu’il parcourt. Sous ce rapport les progrès, depuis Ure, sont considérables. Les exemples qui suivent donnent une idée des vitesses usuelles. Longueur du parcours Durée du va-et-vient De même l’Angleterre présente, sur l’Allemagne, une supériorité très appréciable, bien que, précisément, sous le rapport des vitesses des machines, il y ait en Allemagne même des différences extraordinaires. Pour les fins numéros, notamment, qui ne sont que très peu filés en Allemagne (Alsace), voici des exemples qui donneront une idée des rapports de production : Bolton 60 twist longueur du parcours 60 pouc. 17.7 sec. aller et retour Alsace 60 — 60 pouc. 22 — 1836 i N° 40 s | 120 j No 40 s ( 120 58 pouces 20 secondes 60 1890 65 pouces 58 14 secondes 21 Ure, lococitato, mentionne, comme digne de remarque, un fait qui n’est possible que grâce à l’habileté supérieure du mécanicien et à l’excellence de la machine : dans une fabrique de Manchester le n° 170 était filé avec une vitesse de 60 secondes (aller et retour), xâujourd’liui j’ai vu PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 129 couramment à Bolton des cas où, pour le n° 100, encore plus fin, l’allée et le retour ne prennent pas plus de 38 secondes. Depuis 1870 seulement la vitesse des machines à filer s’est accrue de 15 0/0. La production hebdomadaire par broche ne dépend pas seulement de la vitesse et de la grandeur de la machine, mais aussi de la perte effective par rapport au rendement théorique. Ici, il faut avant tout faire entrer en considération le nombre des ruptures de fil. C’est l’adresse de l’ouvrier qui détermine en particulier le temps nécessaire pour rattacher les fils cassés, pour diminuer les bobines pleines et pour garnir les bobines vides. Mais la qualité de la matière première, la valeur des travaux préparatoires, de la machine elle-même, jouent aussi leur rôle là-dedans. Dans l’enquête allemande, un fabricant dit qu’en Angleterre les broches marchent en réalité 95 0/0 du temps réglementaire et en Wurtemberg 90 0/0 seulement bien qu’on y fasse marcher les broches 10 0/0 plus lentement. Un autre, alsacien, confirme le fait en ces ter- mes : en Angleterre on obtient de 92 à 95 0/0, et en Al- saceseulementSO 0/0 de la production théorique possible. Depuis 1830, la production hebdomadaire active qui, déjà à cette époque, était supérieure aux chiffres donnés par Karmarsch pour l’Allemagne en 1867, s’est beaucoup augmentée. Durée du Production travail hebdomadaire hebdomadaire des broche» en écheveau» 40* 60- 200* twist twist wel'lt 1812 Angleterre 74 heures 12 10,5 4,5 1830 — 69-70 16,50 15 5,4 1890 — 56 1/2 28,30 23,50 17,18 1867 Allemagne, suivant Karmarsch 76 21 18 » 9 130 LA GRANDE INDUSTRIE Dès 1834, Ure parle déjà d’une moyenne de 20 à 22,5 écheveaux 40 twist par semaine ; il y avait cependant, à cette époque, des différences plus grandes qu’aujourd’hui entre les bonnes et les mauvaises machines ; ces chiffres ne se présentent plus que dans un petit nombre des filatures qui ont adopté le self actor Roberts. Les n os 32 OIdham twist étaient produits en 18G6 à raison de 22 écheveaux par broche et par semaine ; et de 28 à partir du milieu de 1880. Ce qu’il y a de plus remarquable, dans le tableau qui précède, c’est que, non seulement la production par broche augmente mais la durée du travail diminue sensiblement. Une évolution analogue se produit dans les filatures où la rotation et le dévidage du fil, au contraire de ce qui se passe sur la Mule, s’opèrent d’une manière continue soit par une ailette tournant autour de la bobine (throstle), soit par le moyen d’un anneau horizontal environnant la bobine à une certaine distance où court une navette métallique (traveller) conduisant le fil (ring spindle). Dans ce cas la torsion du fil se fait de telle sorte que la bobine et l’ailette forcent la navette à se mouvoir dans la même direction mais avec des vitesses différentes. N° 32 twist Rotations de la broche Duree du par minute trarail hebdoru. Production hebdomadaire. •1834 (Throstle) 4,200 1891 (Ring) 9,000 65-70 heures 24 écheveaux 56 1/2 40-50 échev. Cet accroissement notable de la production par le PRÉDOMINANCE CROISSANTE I)U CAPITAL 131 throstle et le ring-spindle s’obtient au moyen de frais d’installation plus élevés, d’une force motrice supérieure. C’est donc ici le capital qui se substitue au travail. Le ring-spindle se conserve jusqu’au n° 40 s. Au-dessus elle ne pourrait remplacer la mule, au moins pour les fils de trame plus tendres. De même les machines qui servent à préparer le travail déterminent, comme les machines à filer proprement dites, un accroissement dans la puissance de production. Les progrès accomplis se manifestent, non seulement par l’accroissement de production des machines isolées, mais aussi par la réduction du nombre des ouvriers employés par machine ; ce dernier résultat peut être obtenu, soit par le progrès technique, soit par l’élévation du niveau intellectuel de l’ouvrier. Un ouvrier surveille aujourd’hui plus du double et même près du triple des machines ou outils que pouvait surveiller son père ; le nombre des machines utilisées a plus que quintuplé depuis ce temps, le nombre des ouvriers n’a pas même doublé. Au lieu de 10 millions de broches et de 80,000 métiers à tisser qu’elle avait en 1831, l’Angleterre a, aujourd’hui pour le coton, 50 millions de broches et 300,000 métiers à tisser ; par contre le nombre des ouvriers est passé de 220,134 (chiffre officiel de 1833) à 304,009 (1883). De 1836 à 1883 le nombre des broches s’est accru de 30 0 0, des métiers à tisser de 87,5 0,0; celui des ouvriers de 32,8 0/0 seulement. On peut signaler, comme étant d’une importance particulière, le décroissement du nombre d’ouvriers employés dans le filage des numéros fins. Du temps de Ure, cette opération constituait encore, à un haut degré, un art (pii 1.32 LA GRANDE INDUSTRIE demandait beaucoup de pratique et de tour de main. En 1850, il y avait encore dans les filatures de numéros tins de Houldsworth, 7,5 ouvriers pour 1000 broches ; tandis qu’en 1885, dans la même usine, on ne comptait plus que trois ouvriers pour 1000 broches. Les chiffres qui suivent montrent clairement le grand avantage que le Lancashire a retiré de cet état de choses, même comparativement au passé et actuellement dans la lutte avec ses compétiteurs. Pour 1000 broches et la machinerie accessoire il y avait vers 1880: A Bombay 25 ouvriers. Un Allemagne (1861) 20 ouvriers En Italie 13 — — (1882) 8,9 — En Alsace 9,5 — En Angleterre (1837) 7 — A Mulhouse 7,5 ■— — (1887) 3 — Suivant l’enquête, il y avait en Allemagne même les plus grandes variations. Tandis qu’à Bade et en Souabe on ne comptait que 6 ouvriers pour 1000 broches, ce chiffre, en Silésie, montait à 17,75. D’autre part, l’Inde nous montre, depuis 1874, un développement extraordinaire dont on va voir le détail. On ne peut douter que, depuis l’enquête, l’Allemagne elle-même n’ait réduit *le nombre d’ouvriers par 1000 broches. D’un grand nombre de documents que j’ai eus à ma disposition pour 1891 et 1892, je détache les chiffres qui suivent et qui se rapportent seulement aux filatures de 1 er ordre, se distinguant par la valeur de leur outillage technique. La moyenne est certainement plus élevée en Allemagne. PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 133 Suisse, pour 1000 broches . Mulhouse. Bade et Wurtemberg. Bavière. Saxe (filatures neuves et magnifiques) Vosges (vieilles filatures). 6.2 ouvriers. 5.8 — 6,2 - 6.8 — 7.2 - 8,9 — Les numéros moyens de fil pour toutes les filatures mentionnées ci-dessus varient entre 20 et 30. D’après ce tableau, les conditions les plus favorables se rencontrent dans la région sud-ouest de l’Allemagne qui possède les plus anciennes filatures et les ouvriers les plus habiles, tandis que les filatures, plus récemment installées de l’est (Bavière, Saxe, Silésie), exigent un nombre croissant, d’ouvriers pour 1000 broches. Pour montrer en détail l’économie réalisée dans le travail, j’additionne toutes les forces employées dans une nouvelle filature à Oldhain (70,000 broches, n os moyens); j’examine ensuite toutes les opérations qu’on y doit nécessairement exécuter. C’est un type moyen que nous pouvons très bien comparer avec celui dont Ure s’est occupé dans son temps, juste aussi important, plutôt un peu moins. La première opération à laquelle le coton doit être soumis est le « mélange ». Dans le cas actuel, il faut pour cela deux ouvriers adultes qui manipulent par jour 12,000 livres de coton. L’opération suivante 1’ « ouverture » consiste à séparer les fibres qui ont été serrées l’une contre l’autre dans l’emballage. A cet effet, une machine peigne le coton au moyen de roues dentées ; les impuretés les plus grosses tombent à terre. Dans la fila- 134 LA GRANDE INDUSTRIE ture en question, il n’y avait pas plus de deux femmes occupées à ce travail. Ensuite vient 1’ « écussonnage », en vue de séparer les fibres isolées les unes des autres et à faire partir les impuretés plus petites au moyen d’un van. Le coton quitte cette machine sous forme d’une sorte de large bande et est transporté ainsi à la « carde ». Il est généralement soumis deux fois à cette dernière opération. Chaque fois il est travaillé par quatre machines à écussonner — ensemble huit — conduites par deux ouvriers adultes. Vient ensuite l’opération importante du « cardage » qui, tout en débarrassant le coton des dernières impuretés, a pour résultat de rendre les fibres parallèles. Cette dernière opération est accomplie par deux cylindres agissant l’un contre l’autre, et dont les surfaces sont revêtues de pointes de fil de fer en forme de crochets. A la filature en question, il y avait environ 50 machines à carder dont chacune travaillait par semaine 800 livres de coton. Ces machines étaient conduites par sept hommes, en moyenne un homme pour sept machines. Ce nombre est plutôt un peu faible ; souvent à Oldham huit ou neuf machines sont conduites par un seul ouvrier. Le coton quitte la carde à l’état de petit ruban (sliver) qui est réuni dans des casiers tournants. Vient ensuite « l’étirage ». Les slivers provenant du cardage sont étirés sous des rouleaux compresseurs. A la filature en question, il y avait sept châssis étirant, chacun avec trois tètes et sept distributions. Chacun d’eux était gouverné par une jeune fille. Dans l’opération suivante les fils de coton sont transformés- en « rovings » puis étirés de nouveau et tordus PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 133 dans une certaine proportion. La manipulation, avant le filage final,est subdivisée en trois opérations (boudinage, intermédiaire et roving). Dans l’usine en question 7 métiers à boudiner, 13 intermédiaires et 30 (roving). Les 20 premiers métiers étaient tenus par 10 jeunes femmes et 10 enfants. Les enfants appelés backtentevs se tiennent debout derrière la machine, doivent la garnir de bobines, la nettoyer, etc. Les 30 métiers (roving) sont desservis par la jeunes femmes dont chacune gouverne 328 broches. Elles ont pour les aider 8 enfants. A Old- ham le nombre des broches dans le boudinage dépasse souvent 90, dans les intermédiaires 150 ; un rover gouverne souvent 360 broches. J’ai même noté des chiffres plus élevés, par exemple des métiers (roving) dépassant 200 broches. Tout le travail préparatoire ne demande pas plus de deux surveillants. Enfin vient le filage fin (opération finale). Dans la filature que je décris il y a, pour 30 paires de mules, avec 70000 broches, 30 filateurs et 00 «piéceurs «ainsi qu’un surveillant. Par conséquent un filateuret deux piéceurs gouvernent 2330 broches. A côté d’eux il y a un petit nombre de jeunes ouvriers occupés à apporter les bobines. Le coton filé est mis en balle par 0 emballeurs. Si cet exemple peut être donné comme un type moyen d’une grande usine moderne à Oldham, une comparaison, avec la filature du même ordre décrite par Ure, montre les énormes progrès réalisés dans l’habileté technique ainsi que dans la capacité de travail. Il y a 136 IA GRANDE INDUSTRIE suivant Ure (1) ACTUELLEMENT HOMMES FEMMES ENFANTS HOMMES FEMMES ENFANTS Pour la préparation 20 _ 27 13 2 — roving . . 58 14 — 32 18 Filage compris les surveillants . . 105 — 403 32 65 Totaux {emballeurs 131 58 444 45 34 83 non compris). - ■ — 653 ouvriers 163 ouvriers Le grand nombre d’enfants et de jeunes ouvriers, en 1830, par rapport à l’état actuel, mérite d’être signalé. A cette époque beaucoup d’entre eux avaient moins de dix ans, et pour la plupart n’étaient là que pour enlever les déchets de coton —ces pauvres petits balayeurs que lord Shaftesbury a signalés à la pitié des générations futures. Par conséquent, ces « Factory Acts » qui ont rendu le travail des enfants plus difficile, n’ont, en aucune manière, arrêté le développement de la grande industrie; contrairement à ce que lui ont fréquemment reproché ses adversaires, elle n’était intéressée en rien à l’accroissement du travail des enfants. Après avoir lu les ouvrages de Baines et de Ure, visitons tous une nouvelle filature d’Oldham, à l’épreuve du (1) Ure donne en plus 90 femmes adultes pour nettoyer et trier le coton. Mais, comme cotte manipulation, suivant lui, n'avait lieu que pour une qualité spéciale, je ne l’ai pas comprise dans la comparaison. PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 137 feu, pour voir les progrès réalisés depuis le temps où ils écrivaient (1). Nous nous trouvons dans une des issues extérieures de ces bras de polypes qui étendent la ville industrielle dans les prairies du Lancashire. Aussi loin que s’étend le regard sur les prairies, on voit cinq ou six usines à plusieurs étages, construites en briques, avec des cheminées comme des tours. Il y a certainement 40 ou 50 de ces cheminées qu’on peut compter jusqu’à ce qu’elles disparaissent à l’horizon, car les villes s’enchevêtrent l’une dans l’autre. Ajoutez à cela un ciel nuageux et cette atmosphère de vapeur qu’un Américain expert évalue à un avantage de 7 0/0 pour les n° 5 lins. Nous entrons dans l’usine en venant directement de la rue, sans passer par une cour ou un porche comme c’est l’habitude en Allemagne. Le visiteur regarde autour de lui, aussitôt qu’il est entré, et se demande : où sont les ouvriers ? Le travail humain paraît jouer un rôle moins important que dans les types précédents. Pour le mélange des sortes ainsi que pour l’ouverture des fibres, je n’ai vu qu’un seul ouvrier mâle adulte et cela dans une usine à plein travail de 08,000 broches. Même économie de travail pour les machines à carder qui sont réunies par des rails avec la chambre d’étirage, pour la manœuvre plus aisée des casiers tournants (2). (1 ) Maintenant on no fait plus que des filatures à 1 éprouve du feu pour diminuer les frais d'assurance. — Marsden’s cotton spiming (London 1888). (2) Ces doubles machines à carder représentent une grande économie de travail. Il y a cependant des filatours qui n’admettent pas que la double carde soit préférable à l’ancien système où le coton est cardé doux fois d'abord par ce qu’on appelle le briseur puis par lo finisseur. 138 LA GRANDE INDUSTRIE Tandis que, dans les chambres de carde, l’atmosphère était autrefois pleine de fibres de coton flottant dans l’air, l’introduction de cardes se nettoyant automatiquement pour économiser la main-d’œuvre, a déjà fait disparaître cet élément nuisible à la santé. Dans la préparation aussi, le progrès technique a, depuis le temps d’Ure, rendu plus complète l’utilisation du matériel possible, ainsi que le remplacement du travail manuel par le travail mécanique dans une large mesure. La régularité des « slivers » d’où dépend la qualité aussi bien que la quantité du colon fabriqué, est, par exemple, obtenue par des moyens mécaniques. Non seulement le châssis de l’é- tireuse s’arrête quand le sliver casse ou que la case où il est pris est vide, mais la tension de l’étirage est aussi augmentée ou diminuée automatiquement, dans la proportion où le sliver disparaissant file trop fin ou trop gros. Quand nous entrons dans la partie réservée au filage, nous trouvons des pièces grandes, bien éclairées, bien aérées. Elles sont assez vastes pour qu’un métier à filer de 1250 broches puisse y tenir à l’aise. Deux de ces métiers sont dirigés par un fileur avec ses deux aides, les deux piéceurs. Pour finir on nous conduit dans la machine. La chaudière est en excellent acier, à la pression de 100 livres par pouce carré, et capable de transformer en vapeur 8000 livres d’eau. Le piston fait 800 oscillations par minute au lieu de 240 qu’on faisait en 1830. Dans tout le système industriel moderne, il n’y a rien qui soit plus digne d’attention ou plus fécond en enseignements sur les tendances de notre développement PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 139 économique. D’un côté la machine à vapeur géante; de l’autre un outillage splendide qui donne les résultats les plus raffinés. Par un système d’ingénieuses transmissions la gigantesque puissance mécanique est transportée, conduite jusqu’à l’outillage qui l’utilise. Le travail humain n’a plus nulle part d’effort à faire si ce n’est pour surveiller, diriger ou alimenter la machine. Par comparaison avec le temps des métiers à main, l’ouvrage est devenu plutôt plus facile que plus rude. Pour cette raison l’énorme accroissement de la production, par rapport à autrefois, doit être regardé comme l’œuvre du génie du passé, de mille combinaisons, de mille idées, de mille expériences qui sont incorporées aux machines. Comparons le type dont nous venons de parler avec un autre type moyen qui m’a été communiqué par la Société industrielle de Mulhouse, comme représentant la filature de cette contrée. Les deux types se rattachent à la filature mécanique : Oldiiam Mulhouse Vosges Nombre de broches Ouvriers pour le Mélange — Ouverture — Cardage — Etirage Ecussonnage int. et roving. Filage Surveillants Emballeurs 70,000 32,000 30,000 2 h. 2,3 h. 4 h. et f. 7,6 h. et f 7 h. 15,5 h. 7 f. 12,6 f. 43 f. et enf.44,3 f. et jeunes o. 95 h. et ga. 87 f. — 3 4 6 12 120 ouvriers. 59 202 Total. ... 167 Ouvriers p. 1,000 broches 2,- 185,3 5,8 117 (1) 498 S,9 (1) Ce nombre se rapporte en même temps au* ouvriers qui sont engagés dans la filature comme indispensables, dans les Vosges. Manœuvres et chauffeurs non compris. 140 LA GRANDE INDUSTRIE Ces résultats montrent qu’à Oldham il faut moins d’ouvriers pour 70,000 broches qu’à Mulhouse pour 32,000. Et encore on voit par ces chiffres que Mulhouse présente, sous ce rapport, les conditions les plus favorables de toute l’Allemagne. L’état des choses est beaucoup moins satisfaisant dans les vallées des Vosges, comme le prouvent les résultats donnés ci-dessus. Il est vrai que les chiffres cités pour Oldham et Mulhouse ne se rapportent pas aux mêmes numéros de coton; la moyenne à Oldham va de 36 à 40; ceux de Mulhouse se rapportent au n° 20 (français). Mais cette circonstance ne peut entrer en compte avec la différence extraordinaire signalée. C’est ce qui résulte de la comparaison suivante entre la filature d’OIdham et une filature Suisse qui fabrique les mêmes numéros (40). La comparaison de la page 436 entre le type cité par Ure et la filature d’aujourd’hui à Oldham montre, dans la préparation aussi bien que dans le filage, la réduction la plus forte du travail manuel. Dans le premier exemple, ce résultat est dû à l’invention (en Amérique) par Wellman de la machine à carder automatique. Tandis qu’autrefois les cardes devaient être débarrassées des déchets de coton qui restaient attachés — les ouvriers s’appelaient des « strippers », — c’est la machine aujourd’hui qui fait ce travail. La carde, qui est de plus en plus employée dans le OLDHAM SUISSE Nombre d’ouvriers par 1000 broches . Préparation. Slubbing, Roving et intermédiaire. Filage proprement dit. 2,3 6,2 0,31 1,7 0,62 1,2 1,37 3,3 PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 141 Lancashire, est un perfectionnement de l’invention YVellman, ce qu’on appelle « la carde plate tournante ». Pour le filage proprement dit, l’économie de main- d’œuvre, par comparaison avec le type de Ure, résulte de la substitution du métier automatique au métier à main, aussi bien que de l’allongement du métier et de l’accroissement du nombre de broches. Au temps de Ure ce nombre variait de 400 à 600, et ce n’était qu’exceptionnelle- ment qu’on rencontrait des métiers ayant plus ue 1000 broches. Pour chacune de ces machines il y avait un fila- teur avec deux ou trois aides. A présent le fdatcur du Lancashire gouverne toujours deux machines (une paire de mules) et n’a pas plus de deux aides. Çà et là on rencontre aussi, au lieu d’un fdatcur avec deux aides, deux fdateurs adultes (ce qu’on appelle le joining System). Le nombre de broches par mule s’est tellement accru que le plus petit de ces nombres de broches est encore au-dessus de celui qu’Ure admirait comme le chef-d’œuvre de l’habileté mécanique. D’après une observation personnelle en 1891 à Oldham et à Bol ton, la moyenne du nombre de broches est d’environ 1000; en sorte que 2000 broches sont gouvernées par un filateur avec deux aides. Les plus grandes machines que j’ai pu découvrir ont de 2700 à 2800 broches par paire de mules. Quand ces broches, en si grand nombre, filent des numéros fins, le filateur a souvent trois aides; ainsi à Bolton, pour les numéros fins, avec 2800 broches et au-dessus. Pour les numéros fins à Bolton, le maximum de broches n’est pas atteint. Autant que j’ai pu voir, le nombre de 2520 broches par paire de mules n’est pas dépassé. Pour 1200 broches et 142 LA GRANDE INDUSTRIE au-dessous, ce qui n’arrive que rarement, un filateur et un aide. L’Angleterre nous montre ainsi sous ce rapport un accroissement extraordinaire de la puissance de travail par rapport à P Allemagne. Le fait est d’autant plus remarquable que les différences techniques peuvent à peine entrer en ligne de compte. Les métiers automatiques, dans les deux pays, sont certainement construits d’après des principes exactement les mêmes; un grand nombre de ceux qu’emploie l’Allemagne ont été construits en Angleterre. Tandis que, dans cette dernière contrée on peut considérer comme usuelle la proportion de 2000 broches par paire de self-actors, la moyenne, en Allemagne, est de 1300 à 1600 avec de grandes variations dans certains cas; de 1300 à 1800, c’est la moyenne donnée pour Mulhouse. En Allemagne, ce nombre de broches est gouverné par un plus grand nombre d’ouvriers qu’il n’en faut en Angleterre pour des broches plus nombreuses. A Mulhouse, 1300 broches réclament un filateur et quatre aides (deux piéceurs, deux remplisseurs) ; en Angleterre, pour 2000 broches il suffit d’un filateur et de deux aides. Dans une des plus belles filatures de Saxe, 2000 broches réclament un filateur et quatre aides tandis que, dans la plus petite usine de ce pays, il faut jusqu’à un filateur avec cinq aides pour une paire de métiers comprenant seulement 1600 broches. Mais il faut noter tout spécialement que l’ouvrier fila- leur anglais n’a pas besoin d’autant de surveillance que l’ouvrier filateur allemand. En Angleterre, de 60000 à 80000 broches, c’est-à-dire toute une filature, sont confiées à un seul surveillant (60 à 60 sh. par semaine). En PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 143 Allemagne, dans les circonstances favorables, il y a un surveillant pour 13,000 broches; et même, sous ce rapport, le sud-ouest est mieux partagé que l’est. En Angleterre, il faut un surveillant pour de 60,000 à 80,000 broches; en Alsace et dans l’Allemagne du Sud, un surveillant pour de 10,000 à 20,000 broches; en Saxe, un pour 10,000 broches ; dans une petite filature des montagnes de Saxe, on en trouve même un pour de 3000 à 4000 broches. En suite de cette évolution la production du coton par ouvrier, en Angleterre, s’est considérablement accrue depuis 1830, et le prix de la main d’œuvre pour une quantité donnée de coton a considérablement diminué. Comparons par exemple les ! chiffres donnés par Iloulds- I worth, en 1834, devant le comité des Manufactures avec ceux que j’ai trouvés en 1890 dans la filature de Bolton, ANNÉES RAPACITÉ hebdomadaire par ouvrier fileur NOMBRE d’heures par semaine PRIX de la main d’œuvre pour i,000 écheteaai SALAIRE hebdomadaire fileur POUVOIR d’achal en farine écheveaux heures pence livres 1837 3,800 72 200 42 267 1891 34,508 54 12 23 44 406 Un résultat semblable est donné par l’ordinaire N° 40 twist. Coût du filage par 1000 écheveaux en 1812 300 pence 1830 180 En Alsace par 1000 écheveaux suivant l’enquête de 1878 (43 fr. 58 1890 12 par kilog) 43 144 LA GRANDE INDUSTRIE Tandis que les chiffres qui précèdent pour les numéros très fins et moyens montrent la réduction du prix de main d’œuvre, le tableau qui suit — où figurent tous les numéros et qui est construit sur les données fournies par Ellison — peut donner une idée générale de l’évolution dont il s’agit. ANNEES PRODUCTION annuelle du colon en milliers do litres NOMBRE d'ouvriers dans les fila* lures PROTUCTlOV aoDuello do roloo par ouvrier (en livres) PRIX PB main d’œuvre par livre de colon SALAIRES ! mojens maris par ouvrier 1819-21 106,500 111,000 968 6 cl. 4 26 1.13s. 1829-31 216,500 140,000 1,546 4 2 27 6 1844-46 523,300 190,000 2.754 2 3 28 12 4859-61 910,000 248,000 3,671 2 1 32 10 1880-82 1,324,000 240,000 5,520 1 9 44 4 Spécialement, dans les 20 dernières années, un abaissement de 15 0/()du prix à la pièce, a laissé sa trace en ce sens que les ouvriers d’aujourd’hui surveillent 15 0/q de plus, dans un outillage qui va de 12 à 15 0/o plus vite. Les salaires hebdomadaires, dans la même période, se sont accrus de 8 à 10 0 /q. Incontestablement, une évolution analogue a lieu aussi en Allemagne, laquelle tend à remplacer la main d’œuvre par le capital et à élever la puissance du travail. Ce fait résulte clairement de l’accroissement considérable de salaires au commencement de 1870, et qui n’est nullement le résultat d’un accroissement correspondant dans le prix de la main d’œuvre. Par exemple, suivant l’enquête, les salaires en Alsace se sont élevés de 50 0/q de. PREDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 145 1860 à 1878; le total des salaires, néanmoins annuellement et par broche, est tombé de 4 marcs 75 à 4,65, tandis que la production annuelle par broche restait au moins égale.'0" dit qu’il en est de môme en Allemagne, bien que jusqu’ici dans l’enquête, il ne soit pas question d’un abaissement général et proportionnel du prix de la main d’œuvre comme en Angleterre ; les patrons allemands ont, au contraire, unanimement affirmé que le prix de main d’œuvre par. kilogramme de coton était moindre en Angleterre qu’en Allemagne. La preuve en est fournie par tous les tableaux qui présentent des colonnes relatives à l’époque actuelle. Il en résulte clairement l’avantage des conductions de la production.-en Angleterre, mais en même temps la preuve de ce fait qui demande à être examiné dè plus près, à savoir que là où le prix de main d’œuvre est le plus bas, les conditions du travail sont les plus favorables, la durée du. travail la plus courte, et le salaire hebdomadaire des ouvriers le plus élevé. Examinons rapidement les chiffres donnés p. 147. Les lignes let 2 contiennent la comparaison des conditions de production dans les vallées des Vosges et à Mulhouse. Nous voyons combien le niveau peu élevé du salaire hebdomadaire dans les Vosges est contrebalancé parle nombre plus grand et l’habileté moindre des ouvriers,laquelle diminue notablement le rendement théorique des métiers. Il s’ensuit que, pour filer un kilogramme de coton,il fautpayer plus de main-d’œuvre dans les Vosges qu’à Mulhouse. •La ligne .3 traite du 20 twist, n 0> qui sont probablement les plus usités en Allemagne. Il s’y trouve une comparaison entre les salaires en Bavière, en Wurtemberg 10 146 LA GRANDE INDUSTRIE et en Saxe. Le coût, relativement élevé de la main-d’œuvre dans les filatures du Wurtemberg-, s’explique par la plus grande proportion des ouvriers employés (a pour 1200 broches). La différence du salaire dans les filatures de Saxe et de Bavière est insignifiante, et contrebalancée par le prix plus haut de la surveillance en Saxe. Si nous comparons avec Oldham, nous trouvons, en dépit de la durée moindre des heures de travail (55 au lieu de 64), une fabrication hebdomadaire un peu moindre qu’en Saxe, et un peu plus grande qu’en Wurtemberg et en Bavière. En dépit de la différence très notable des salaires hebdomadaires de l’ouvrier anglais (45 sh. au lieu de 22), la différence du prix de main-d’œuvre est extrêmement faible (1 s. 8 à Oldham contre 1 s. 7 en Saxe). Mais cel avantage insignifiant est renversé si nous prenons en considération les frais de surveillance. Ceci est le plus important car, à Oldham, ces frais n’entrent généralement pas en ligne de compte parce que le seul surveillant y correspond simplement à un employé ayant, dans les filatures allemandes, une instruction professionnelle. La ligne n° 4 contient les mêmes renseignements pour le 30 twist en comparant l’Allemagne du Sud à Bolton. Dans cette dernière ville il y a moins d’ouvriers pour un plus grand nombre debroches ; nousy trouvons, malgré cela, une plus grande vitesse dans les machines, ce qui arrive à plus que compenser l’élévation plus grande des salaires hebdomadaires et la durée plus courte des heures de travail. Déjà, à part la surveillance, le prix de main- d’œuvre à Bolton par livre est moindre que dans l’Allemagne du Sud. Les résultats sent exatement les mêmes pour le 36 Hvist, ligne n° 5. PARTICULARITÉS COMPARATIVES DU FILAGE PAR LES SELF-ACTORS PREDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 147 in»irj»jns np sojiepBUiopqgq g S3HIV1VS o o ® >o •‘f co ce c»«o t^ooeee^ occoijmoo^ oio» snnnw cdco'odtC “^"(MTH“^cded'->*cdcdedcd'S'î ®o® 5 ;® csgT'?•»' 1 «i °* *5. 0 &• | SJopi?-j|96 9p . o.ired .iml « 9J[T?puuiopq9q r§ NOUDIKJOUd ® ® O ® ® en 50 IO O CO CO O ® ® O £® ® ® oï® ® Sff® O O <3* '•d i?l® o-rdooco’* O IO ® > 'M O O « »* C C» » « o 30 OIJO CO "? JO CO ClOQl'' ^ -H 03 V* ?0 f?4 O CO >C QO T ps G>7 l© JO ® OJ CO th(TJ (JJ — COCO Tfl-H —< t-hh HEURES de travail par semaine O® CO® JO JO 50 ® JO JO JO JC 30 SO lO IC O .OCJUO ® ® ® ® CC ® ® jft ® JA ® . jo ■nf co co coco ujsV- | -r- — -H TH JM-tjJNG* 1 SJ9ABJ1 II9 £ HfliaOKOl \ JOJSjO —• \ ®_jo® jo » oooo e i i TH—H—T^7 •* *+ **• JOCO eo coV-mo K0~ ■» tT JO*.* C®JOCO •®®®ÎC®®®<®®®® ®® ®®®JO a sjouAno sop s aiiarcoM Z eo co e* co «•^■^■(McoG'icoerro'Mco ci c* c» ci co co (JI --(JJtH TH -H «F- TH TH —H ^ VJ-H —• T- T-I SJOpBjjaS Bp BJIBd jcd saqoo q âp 3HHK0M ot®oi® ce o o x "M '■* çi o o © co e® oo ci •*»■ ® i— 00 r- îo ''“~®'“r>.®r>.o®®JTCO ® o co ® oo cicidd in oi “ ® ttgj rs. — eo® ao«** IM ® r- m • t-t-(N5It(?4ttt-(MG17J thA m —■ ** ** o (M CO ® *° ® *2 ^ S? ^ fl 148 LA GRANDE INDUSTRIE La ligne n° 6 est particulièrement intéressante par la comparaison des deux 40 twist de Oldliam. L’un correspond à l’ancien outillage, l’autre au nouveau.il en résulte, de la façon la plus claire, que c’est bien le progrès technique qui exige des ouvriers une capacité supérieure mais qui, en revanche, améliore leur situation. Quoique les fileurs et les aides soient mieux traités dans le second exemple que dans le premier, le prix du filage est consit dérablement moindre. Enfin on arrive exactement aux mêmes résultats pour les n os plus fins (ligne 7 et 8) qui, en Allemagne, ne sont fabriqués que très exceptionnellement. Il faut noter spécialement la différence dans les conditions de vitesse à Bolton et dans la splendide filature d’Alsace. Cette différence doit être attribuée à une moindre capacité de travail ; une vitesse plus grande ne serait pas économique en Alsace, en raison de la perte par comparaison au rendement théorique. ■ ; Résumons brièvement. En Angleterre l’ouvrier dirige à peu près deux fois autant de métiers qu’en Allemagne; les machines vont plus vite ; la différence entre le rendement réel èt le'rendement théorique est moindre. A cet égard, il faut Se mettre dans la tête qu’en Angleterre le remplissage et le dévidage des bobines prennent moins de temps, que les ruptures ont lieu moiiis souvent et que le rattachage dés fils cassés se fait plus vite. De tout cela il résulte que le prix de main-d’œuvre par livre de coton — surtout si l’on y comprend les frais de surveillance — est décidément moindre en Angleterre qu’en Allemagne. Les salaires de l’ouvrier anglais sont presque doubles de ceux de l’ouvrier allemand ; quant aux heures de PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 149 travail elles sont de un peu plus de 9 heures (I) en Angleterre contre I I h. ou i l h. 1/2 en Allemagne. TISSAGE Le tissage a fait des progrès semblables à ceux de la filature. Devant la Commission des Manufactures, en 1834, les filateurs de coton avaient avancé que le tissage à la main était en voie d’accroissement et devait s’accroître tant que le commerce britannique prendrait de l’extension. C’étaient surtout les manufacturiers de Bolton — alors le centre de l’industrie du tissage — qui s’étaient exprimés ainsi. En dépit de toutes les prédictions, au contraire, le tissage à la main, au moins pour le coton, a disparu de l’Angleterre. Non sans difficulté — parce qu’à Manchester même les plus grands marchands de tissus de coton ne savaient rien là-dessus — j’ai trouvé encore des ouvriers tisserands dans le Lancashire. Qu’il me soit permis de consacrer un mot aux derniers représentants de cette race. Si les luttes à mort du tissage à la main se prolongent tristement d’une dizaine d’années à l’autre, la mort même est comparativement plus facile. Une grande partie des faubourgs ouvriers de Bolton est formée, encore aujourd’hui, par les maisons qui, au commencement du siècle, étaient construites pour les (1) L’outillage des filatures anglaises fonctionne en général 55 heures par semaine. Le Factory Act accorde 56 h. 1/2, dont 1 h. 1/2 consacrée à nettoyer les machines. Dans l’industrie allemande il faut réduire à 65 le nombre de 66 heures, paree qu’une heure est nécessaire pour le nettoyage. 150 LA. GRANDE INDUSTRIE tisserands — de caves pour le tissage éclairées des deux côtés par une rangée ininterrompue de fenêtres ; au- dessus sont des chambres habitables auxquelles on peut accéder par des escaliers construits en dehors de la maison ; tantôt de petits logements pour les ouvriers isolés, tantôt de plus grands avec de la place pour 20 ou 30 métiers, dont la réunion dans un seul établissement avait déterminé la division du travail. Beaucoup de ces maisons ont à présent perdu leur destination primitive et sont devenues des habitations pour les ouvriers placés sous la règle de l’industrie centralisée. Mais, à l’extérieur, çà et là, isolés bien entendu, nous entendons encore le bruit des métiers à la main. Si nous descendons dans une de ces caves qui, comme nous l’avons dit, sont très bien éclairées et contiennent environ quatre métiers, nous sommes salués par des hommes et des femmes en cheveux gris. Us semblent appartenir à un autre monde, surtout si le visiteur vient de parcourir une de ces belles et gigantesques filatures de Bolton. Ici, comme partout ailleurs, le tissage à la main mourant se cramponne à une spécialité pour continuer à vivre — celle des courtepointes d’un dessin particulier et sur lesquelles sont tissés des mots, la plupart du temps des versets de la Bible. Ces dessins sont tracés par le tisserand dans la trame avec un petit crochet. Des dessins de ce genre ne pourraient être fabriqués par le tissage mécanique qu’au moyen de jacquards très compliqués et en quantités considérables. Mais ici il s’agit simplement de fournitures destinées à des gens qui tiennent encore aux anciennes modes, principalement à des consommateurs très sensiblement du même âge PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL UH que les producteurs. Pour eux ce ne serait pas la peine d’installer un outillage coûteux. Les tisserands travaillent sur une trame extrêmement grossière — environ !J0 yards à la livre — qui est tissée avec des déchets de coton. Ce système permet une production rapide, parce qu’il n’y a pas plus de 12 piqûres par pouce carré. La trame est du 12 twist. Des courtepointes semblables sont aussi tissées avec du coton de couleur — toujours des marchandises à l’ancienne mode avec un cercle très restreint d’acheteurs. Nous voyons ici, par conséquent, comment l’industrie en chambre a pu finir par se confiner dans une sphère appropriée qui se restreint de plus en plus, mais pas plus vite que ne disparaissent les tisserands eux-mêmes. La condition de ceux-ci, les derniers de leur race, est meilleure que celle de leurs parents de 1820 à 1830. Ils ont pris leur part dans les progrès de leur époque. Un pain de 4 livres, disait un de ces tisserands, coûtait 10 deniers, il y a quarante ans ; aujourd’hui il en coûte 4 seulement. Le nombre des heures de travail est encore de 12 à 14, mais avec de plus longues interruptions pour les repas. Le taux des salaires est aussi plus élevé qu’autrefois. Un tisserand reçoit 1 sh. 7 d. pour une des courtepointes ci-dessus décrites. Il peut en tisser huit par semaine, ce qui lui constitue un gain de 13 sh., dont 2 ou 3 représentent le loyer du métier, etc. Aussitôt qu’il ne s’agit pas d’une spécialité le gain tombe à 7 sh. par semaine et au-dessous. Mais ce qu’il y a de plus étonnant au point de vue des salaires, c’est que, dans les dernières années, les tisserands réussissaient même à obtenir une augmentation. Comme ces vieillards détiennent le mono- 152 LA grandi; industrie pôle de leur main-d’œuvre, la menace d’une grève était suffisante, tant qu’il se trouvait des vieilles filles pour acheter leurs produits. Ce qui est surprenant aussi c’est la corporation des tisserands en chambre qui autrefois comprenait toute la banlieue de Bolton et comptait des milliers de membres. Il y a 30 ans encore elle comprenait 1800 membres; aujourd’hui elle n’en a plus que 50. Le plus jeune des membres — il a 50 ans — est le secrétaire; avec lui, selon toute apparence, la corporation disparaîtra. La plupart des autres sont beaucoup plus âgés et leurs réponses à nos questions sur l’industrie retardent souvent de 50 ans. Si leur condition est supportable, cela tient à leur détermination proclamée avec une sorte de fanatisme, d’ètre les derniers représentants de leur métier, et de ne former aucun apprenti. Même l’opération du soufflage est exécutée, non par des enfants mais par les plus vieux. Faire ce que leurs petits enfants font dans les fabriques pour un salaire triple du leur — telle est la condition des tisseurs à la main. Si nous comparons les conditions du tissage à la main, en Allemagne, avec celles qui viennent d’être décrites, nous trouvons qu’elles étaient économiquement les mômes qu’en Angleterre A'ers 1830, au milieu des luttes à mort de l’industrie en chambre, luttes dont l’issue fatale est bien connue de l’observateur philosophe. Il y a, il est vrai, en assez grand nombre, des théories comme celles des manufacturiers de Bolton qui pensaient que le tissage à main ne disparaîtrait qu’avec le commerce anglais. Par exemple, j’ai sous les yeux, un document qui déclare le tissage à main égal et même, pour beaucoup d’articles, supé- PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 153 rieur au tissage mécanique. En tout cas, cette proposition cadre mal avec l’appel fait aux sympathies du public et la constatation delà pauvreté du tisserand. Par opposition Engel mérite une mention spéciale car, en 1855, il appelait déjà l’attention sur ce fait qu’il n’y avait qu’un seul remède à la misère des ouvriers — la substitution du travail de fabrique au travail à la main. Déjà à cette époque, Engel parlait avec un bon sens prophétique « du caractère bienfaisant de la grande industrie ». Même aujourd’hui cette expression paraîtra paradoxale à beaucoup de gens. Partout, néanmoins, où l’introduction du travail de fabrique a été possible, le tissage à la main a été mis de côté sans de grandes souffrances. Là où il existe encore, les conditions les plus favorables se présentent quand il se confine au moins dans une spécialité. Dans le cas contraire, il lutte péniblement avec la mort devant le travail de fabrique ou, s’il vit, c’est en agissant par la qualité, comme fréquemment en Silésie et quelquefois en Saxe. Le tissage mécanique, par comparaison avec le tissage à la main, implique, dans une large mesure, la substitution du capital au travail. Avec un métier mécanique un tisserand produit autant que 40 bons tisseurs à la main. Mais dans le tissage mécanique comme dans la filature, la quantité produite par métier, aussi bien que par ouvrier, s’accroît d’une manière continue. En premier lieu, il faut faire entrer en ligne de compte, depuis 1830, l’accroissement considérable de la vitesse du métier qui, maintenant, dansle Lancashire, s’est élevée dans certains cas jusqu’à 240 tours par minute. La vitesse moyenne est approximativement 154 l,A GRANDE INDUSTRIE En Angleterre en 1830 . . de80à90 tours aujourd'hui . . . 19a En Alsace.140 L’avantage de l’Angleterre sous ce rapport est donné par le tableau suivant : VITESSE APPROXIMATIVE DES MÉTIERS POUR ÉTOFFES DE COTON PUR LARGEUR ANGLETERRE TOURS PAR MINUTE SUISSE ALSACE 0,80 à 85 cent. 210 190 à 200 150 à ICO 110 115 200 ICO 170 130 140 135 140 180 150 1G0 120 125 165 170 180 120 130 110 115 Néanmoins et, comme pour la filature, le nombre des mouvements exécutés réellement par la machine, en un jour de travail, est beaucoup moindre que le produit de la multiplication des tours par le nombre de minutes. Le métier ne fonctionne pas pendant l’intégralité des heures ouvrables;il y a des temps perdus par les ruptures de fil et autres accidents. Ainsi, en Angleterre, pour une vitesse théorique de 240 tours, il n’en faut pas compter plus de 200 effectifs, soitde 16,60 0/0 de perte. Avec des vitesses plus faibles, la perte s’abaisse à 8 0/0. En revanche, on m’a donné de 20 à 30 0/0 la perte moyenne en Alsace avec les étoffes de coton pur; pour la Suisse un PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 155 peu plus encore. Ch. Grad citait, devant la commission d’enquête, un cas non exceptionnel où, avec ces étoffes et avec une vitesse de 160 tours par minute, la perle s’élevait à 34 0/0, ce qu’il n’hésitait pas à attribuer à l’insuffisance technique du personnel ouvrier. D’après ce qui précède, on voit que les métiers anglais produisent considérablement plus qué ceux du continent dans le même temps. Je ne peux donner, malheureusement, une comparaison par chiffres, comme pour la filature, parce que je n’ai pas réussi à trouver des détails sur des produits exactement semblables en Angleterre et en Allemagne — par parenthèse, un intéressant exemple de la division du travail. Si, néanmoins les métiers anglais vont 30 0/0 plus vite que les métiers allemands et perdent au moins 10 0/0 de moins, il s’ensuit qu’en dépit de la différence de 15 0/0 en moins dans la durée des heures de travail, la production hebdomadaire, loin d’être moindre, est plutôt plus grande. En dépit de cet accroissement de production par métier, le nombre des ouvriers, par rapport au nombre de machines employées est, comme pour la filature, envoie de diminution continue. Si nous prenons les données de Ure comme base de comparaison, il y avait encore, en 1820, plus d’ouvriers que de métiers ; en 1878, au contraire, il y avait plus de deux métiers par ouvrier, en comprenant tout le personnel employé au service des machines, accessoires. métiers lin 1820 un ouvrier par 1830 1878 2 . 1 156 LA GRANDE INDUSTRIE En comparaison avec l’Inde seulement. . 0, 22 — l’Alsace — ... 1,5 Nous arriverions au même résultat si nous laissions de côté les machines accessoires et si nous faisions entrer en ligne seulement le nombre de métiers que gouverne le tisseur. Tandis que du temps d’Ure, un tisseur gouvernait un métier, deux au plus, la moyenne aujourd’hui, dans le Lancashire, est de quatre métiers. Ce nombre m’est confirmé par M. E. Rawlinson, secrétaire de la grande Association des Employeurs du Lancashire-Nord. Dans cette région, il y a, en moyenne, un homme pour 3 métiers 9/10. La possibilité d’accepter la proportion moyenne de quatre métiers pour un homme m’a été confirmée aussi par M. Birtwistle, secrétaire des Tisserands Associés. Il m’écrit : la plupart de nos meilleurs tisseurs (à Black- burn et Accrington) gouvernent chacun quatre métiers, avec ou sans aides ». Et ces chiffres ne s’appliquent pas seulement aux tissus de cotou pur, mais aussi aux étoffes de fantaisie, brodés, spécialement à ce qu’on appelle dhooties, le vêtement des Hindous. Il est très fréquent à Burnley de voir six métiers par homme ; dans ce cas, le tisseur a le plus souvent un jeune aide. En Amérique la proportion du nombre de métiers par homme s’est accrue plus rapidement encore. Dans le Massachusetts, un tisseur gouverne fréquemment de 6 à 8 métiers, comme m’en informe une lettre de M. J. Howard, secrétaire des ouvriers du coton de Fall River, confirmée par M. Edward Atkinson, de Boston. Dans un tissage à Lowell, Massachusetts, il y avait PRÉDOMINANCE CROISSANTE DU CAPITAL 157 vers 1880, suivant une communication du directeur, M. Dupré : 11 tisseuses avec 5 métiers 43 tisseuses avec 7 métiers ' 232 — G — 20 — 8 — En Allemagne, mille part un tisseur ne dirige plus de deux métiers ; à Mulhouse et en Suisse, pour les étoffes unies, souvent trois. On n’y a pas été plus loin que quatre métiers pour un ouvrier adulte et un gamin. En Silésie, au point de vue de l’économie sur le salaire hebdomadaire, on a trouvé plus avantageux de se restreindre à un seul homme par métier. Pour bien faire apprécier au lecteur l’économie de main-d’œuvre qui a été obtenue en Angleterre, visitons un des hangars à tissages du Nord-Lancashire. Il renferme 602 métiers pour des calicots unis imprimés. Les métiers sont disposés au rez-de-chaussée, sur un sol dallé, la lumière venant d’en haut. Cette disposition est aujourd’hui la plus fréquemment adoptée en Angleterre, pour le tissage, parce qu’elle donne le moins de vibrations, la moindre usure des machines et le minimum de rupture des fils (1). Les pièces restantes, dépendantes de ce léger et spacieux hangar à tisser, sont petites et construites avec le souci principal de l’économie : voici la composition du personnel ouvrier : (1) Cf. B. Shaw « The Cotton Manufacture of Lancashirc »; « Commercial relations of United States » n° 12 (Washington 1881). En Amérique, ce système de construction est impossible à cause des neiges de l’hiver — autro avantage du climat anglais. Cf. la même publication n 0 23 (sept. 1882). 158 LA GRANDE INDUSTRIE travail par somaine : 16 femmes aux machines soufflantes . . . 18, à la pièce 2 ouvriers pour battre.33 t — pour calibrer (colons grossiers et blancs.40, àlajournée 5 ouvriers pour dresser (cotons de couleur et fins).40 5 femmes.36 à 16, à la pièce 180 tisseurs et tendeurs, la plupart femmes, y compris les tisseurs à 6 métiers à , . 33/6 Ils paient les tendeurs à. 6/6,àlajournée Les tisseurs à 4 métiers.24, à la pièce 6 surveillants (cos derniers reçoivent 1 /4 par livre gagnée par les ouvriers fileurs sous eux.38 Dans le magasin : 1 visiteur.33, à la journée 3 hommes de peine, à. 22, 18, 14 4 gamins, à.... .10 1 commis.38 1 homme de peine. 225 ouvriers, soit en tout par ouvrier .... 2 m. 7 Dans un tissage aussi de premier ordre à Bade et en Suisse il y a, pour le coton uni seulement 2m,1 à 2 par ouvrier, et la moyenne est beaucoup moindre. Dans les hangars que nous avons examinés, un tisseur gagne b sh. 6 d. par métier et par semaine, tandis qu’à Burnley la moyenne monte probablement à 5 sh. Le salaire hebdomadaire varie entre 22 sh. et 27 sh. Le tisseur à 6 métiers gagne 33 sh. 6, mais, là-dessus, il donne au jeune aide, qui est généralement un membre de la famille, 6 sh. 6 d. La largeur de la pièce imprimée varie généralement, à Burney, entre 32 et 46 pouces. Les cotons employés sont ceux qu’on appelle moyens, c’est- à-dire la chaîne de 18 à 45 twist, la trame de 30 à 60. La production hebdomadaire par métier est de 250 PRÉDOMINANCE CROISSANTE DD CAPFTAt m yards en moyenne et, par conséquent le coût du tissage est de 0,26 par yard, tandis qu’à Burnley il descend à 0,22. Un tisseur d’impressions semblables en Allemagne et en Suisse gagne environ 12 sh. par semaine, et, malgré cela, son travail n’est pas du tout meilleur marché. On trouve un tout autre aspect à l’un de ces hangars- tissages dans la banlieue de Manchester, — par exemple à Bolton. Là il n’y a pas deux métiers faisant la même chose. On y fabrique des serviettes, des nappes, des courte-pointes, et ce qu’on appelle des articles de fantaisie, surtout pour le marché intérieur. Néanmoins, bien que la plupart des métiers soient munis de jacquards, un tisseur gouverne en moyenne deux métiers, pour un sur le continent. A Bolton, un petit nombre seulement de tisseurs ont des tendeurs — îiO environ sur 250. Pour 500 métiers en travail qui représentent un capital considérable (un métier coûte de 5 à 150 livres), il y a 300 tisseurs et tendeurs auxquels il faut ajouter 150 ouvriers pour préparer l’ouvrage, couper les cartons jacquard, entretenir les magasins, ce qui est rendu nécessaire par la complication de l’outillage. La moyenne par ouvrier, tout compris, est donc de l m ,l — ce qui est un résultat remarquablement avantageux. Les tissus que produit encore l’habileté de nos tisserands allemands sont, dans bien des cas, les mêmes. Les tisseurs anglais gagnent en moyenne 25 sh. par semaine, et, en réalité facilement 8 sh. par jour pour les métiers artistiques, et les produits de ces ouvriers à haute paie ont tué le vieux tissage en chambre de Bolton, où leurs pères et leurs grands-pères prolongent encore une 1G0 LA. GRANDE INDUSTRIE existence non moins misérable que celle des tisserands allemands. Ce que nous avons dit prouve que le progrès technique dans le tissage a déterminé aussi un accroissement de la production par ouvrier, et, comme conséquence, un abaissement du tarif à la pièce. Par conséquent, comme pour la filature, les salaires hebdomadaires des ouvriers se sont élevés. On peut le prouver par des chiffres. L’exemple suivant est emprunté à un grand tissage de Hyde qui, depuis l’introduction des métiers mécaniques, est resté entre les mains de la même famille. ANNÉES. PRODUCTION hebdomadaire par ouvrier PRIX de main-d’œuvre HEURES do travail SALAIRES hebdomadaires par ouviier POUVOIR d’achat en farine 1814 yards d 30,7 par yard 13 d par semaine 80 14 sh. livres 56 1832 22l;2 06 72 12 65 1890 540 0,13 d 54 1/2 3 métiers 17 sh 151 1/-2 (1) G — 22 208 — Les tissus auxquels s’appliquent ces chiffres sont, d’ordinaire des calicots imprimés (31 1/2 de largeur, 72 s. reed, 26’ twist, 30 trames, 20 piqûres par pouce carré) (2). (1) Les prix do la farine sont les mêmes que précédemment. A Ilydc, au sud do Manchester, différant en cela des districts do l’industrie principale du nord, no gouvernent que de trois à quatre métiers. (2) Les chiffres de 1816 et ) bien qu’en Amérique, comme on sait, les salaires soient doubles et plus cpie doubles de ceux de l’Allemagne. Il est vrai, l’enquête sur le fer en fait la mention expresse, qu’en Allemagne aussi, la capacité de l’ouvrier s’est accrue par elle-même aussi bien que par le progrès de l’outillage technique. « Il résulte des détails cités que « le nombre des ouvriers engagés dans l’industrie du fer « proprement dite a été réduit et, même, à un plus haut « degré que l’on ne pouvait s’y attendre, étant donné « (pie la production est restée presque la même qu’en « 1871 sous le rapport de la quantité. » On reconnaît à l’unanimité qu’un abaissement ultérieur des salaires, pour abaisser le coiït de fabrication, est inadmissible à moins de diminuer aussi la puissance de production et de compromettre le bien-être matériel et moral des ouvriers. Ouant à la démonstration du principe avancé, les preuves, dans l’état actuel des méthodes scientifiques, ne peuvent être qu’historiques et psychologiques. Pour le coté historique, nous renvoyons le lecteur au cliap. I et à l’évolution qui a fait émerger certaines classes d’ouvriers d’un état social déprimé, du prolétariat industriel. Pour le côté psychologique on peut admettre ce qui va suivre. Nous devons partir de ce fait que l’énorme accroissement observé de la production dépend en premier lieu 12 178 LA GRANDE INDUSTRIE (les machines. Le travail n’est pas devenu plus pénible dans la mesure où la production s’est accrue ; la fatigue physique est plutôt moindre. Le filateur d’usine ne fournit pas un travail 2000 fois plus fort que le filateur à la main, et le tisseur de métier mécanique ne fait pas un travail 40 fois plus dur que le tisseur à la main ; et cependant la production s’est accrue dans cette proportion. « En 1840, disait Atkinson dans une lecture faite à « des ouvrières à Providence, le travail était dur et « continu, 13 heures par jour ; aujourd’hui vous pouvez « vous coiffer pendant que le métier va presque tout seul; « et la journée n’est que de 10 heures. » L’ouvrier a aujourd’hui à ses côtés un puissant compagnon, le travail du génie humain incorporé dans l’outillage. Autrefois l’ouvrier qui obtenait les meilleurs résultats était celui qui pouvait remuer les mains le plus longtemps sans s’arrêter. Avec l’outillage mécanique perfectionné, l’ouvrier qui produit le plus est celui qui intervient le moins avec ses mains, et qui sait réduire ces interventions à la plus courte durée. Car, d’une manière continue, la machine transforme la matière brute en matière façonnée. L’intervention de l’ouvrier ne s’emploie qu’à écarter les éléments perturbateurs et à signaler la diminution de production. L’objet principal qu’il a à surveiller est la continuité delà perte résultant de cette cause; son but est de rendre le travail de la machine de plus en plus automatique. La machine a donc remplacé le travail à la main. Une condition, pour arriver à ce résultat, a été l’introduction du principe de la division du marché universel, division qui, avec l’objectif de diminuer le coût de production, a MAIN-D ŒUVRE 17!» divisé l’ancienne main-d’œuvre en un très grand nombre d’actions simples. Cette division du travail, telle De quels avantages les ouvriers du nord de l’Angleterre sont-ils pourvus? Ou peut envisager la question sous les points de vue suivants : a) une grande vitalité qui trouve son expression dans une vitesse, dans une adresse, dans une force plus grandes; b) la possession de facultés mentales spécialement appropriées au travail de la machine ; e) l’arrangement particulier des contrats de travail; d) le pouvoir de consommation des classes ouvrières. a). La supériorité physique des ouvriers de fabrique anglais, comparés à ceux du continent, est reconnue par les observateurs allemands, dans la même proportion i[ue les ouvriers anglais de la grande industrie s’en glorifient eux-mêmes. Nulle part, en Angleterre, dit l’organe des ouvriers cotonniers (the Coton Factory Times) il y a autant d’enfants forts et bien portants que dans les centres d’industrie cotonnière. La vivacité des « doffers » (jeunes ouvriers chargés de garnir les bobines vides dans les lliroslle-rooms) est proverbiale dans le Lancashire. L'n manufacturier allemand dit de l’ouvrier adulte : « on « voit au self-actor avec quelle rapidité ils dégarnissent « les bobines pleines, et on admire la dextérité des ou- « vrières. Chaque opération est exécutée avec la vitesse « de l’éclair. » Quand les machines commencèrent à s’introduire dans l’industrie, les médecins et les Blue-Books firent mention de maladies particulières aux usines; à présent les nouvelles filatures de Oldham sont des établissements hygiéniques modèles. Vers 1830, la phtisie était une maladie fréquente parmi les ouvriers fdateurs. Aujourd’hui, ainsi que m’en informe le D' Niven, attaché àOldhain, et plein LES OUVRIERS DU LANCASIJIRE 187 de sympathies pour les ouvriers, la phtisie est plus rare parmi eux que dans n’importe quelle classe de la population. Le bourg- d’Oldham renferme deux catégories d’ouvriers exercés, les ouvriers cotonniers et les ouvriers mécaniciens. La statistique montre que ces deux catégories sont beaucoup moins sujettes à la consomption que les autres habitants (manœuvres, boutiquiers, etc.). La durée des maladies est plus longue pour les mécaniciens que pour les cotonniers (l). Les progrès réalisés par l’ouvrier anglais, sous le rapport de la santé aussi bien que de la capacité professionnelle, dépendent principalement de l’amélioration des conditions de la vie. L’amélioration énorme que l’Angleterre a vu se réaliser, depuis cent ans, dans l’alimentation populaire, est un élément très favorable à l’industrie anglaise dans la lutte qu’elle soutient contre l’industrie continentale. Si la nourriture des ouvriers anglais de la grande industrie est aujourd’hui meilleure qu’elle ne l’était vers 1830, cela tient à deux circonstances : l’élévation nominale des salaires, et l’accroissement du pouvoir d’achat de la monnaie. Nous avons vu plus haut comment le perfectionnement de l’habileté technique avait rendu possible un énorme accroissement de production par ouvrier et, par conséquent, un abaissement constant du travail à la pièce. (1) Cf. Report of Health, Borough of Oldham, 1890. « Dus détails « donnés relativement à l’expérience des dernières années, je conclus « que les influences qui affectent matériellement la santé de la popu- « lation, en tant que maladies du poumon, doivent être recherchées « hors des usines. » Cf. aussi Atkinson « Popular Science Monthly. » 188 LA GRANDE INDUSTRIE Nous avons en même temps prouvé par des chiffres que le revenu hebdomadaire de l’ouvrier s’était accru dans la même proportion que s’abaissait le tarif du travail à la pièce, parce que le développement progressif de l’outillage réclamait des ouvriers plus capables. Le revenu hebdomadaire de l’ouvrier est actuellement, en Angleterre, plus élevé qu’il ne l’était vers 1830, plus élevé qu’il ne l’est encore sur le continent. Comme ce haut revenu dépend du tarif moindre à la pièce, c’est, une cause de force pour l’industrie anglaise. Considérant l’accroissement général du salaire hebdomadaire des ouvriers pendant le dernier demi-siècle, Giffen, le statisticien bien connu, s’exprime ainsi : « Dans « tous les cas où, par suite de la répétition du travail, il « a été possible de faire une comparaison, on a constaté « un accroissement extraordinaire des salaires, de 20 à « 30, 100 0/0 et même plus. Et encore ici l’extension « réelle du change est-elle peut-être estimée un peu « lias. » Dans l’appendice du premier rapport de la Commission Royale sur la crise textile, le secrétaire de la Chambre de Commerce de Manchester fournit une statistique analogue. Suivant ses chiffres, le revenu des ouvriers, de 1830 à 1883, s’est accru de Fileurs et tisseurs île coton n oS moyens . . de 74 à 72 0/0 — tins . . . de 33 à IG blanchiment et impression. 30 0/0 On arrive au même résultat si l’on compare le taux hebdomadaire des salaires donnés par Baines avec celui qui ressort des statistiques officielles. IÆS OUVRIERS OU LANOASIIIRE 18 !) Tous ces faits nous montrent le formidable accroissement de salaire qui a eu lieu dans le Lancasbire depuis ;»0 ans. Ces chiffres officiels, néanmoins, ne sont pas sans donner prise àla critique. On ne dispose pas, en effet, malheureusement, d’une statistique générale des salaires, parce qu’il n’existe pas de recensement des conditions de salaire de tous • les ouvriers employés, qui soit applicable aux cas dont il s’agit. Ce qui m’a paru le plus inattaquable, c’est une comparaison des salaires payés à la môme catégorie d’ouvriers dans la môme usine. J’ai eu la bonne fortune de recevoir en communication les chiffres suivants empruntés aux livres de paie d’une des usines les plus importantes et les plus renommées du Lancashire. Comme cet établissement file surtout des n os fins, les salaires sont en partie plus élevés que le salaire moyen qui figure dans les statistiques officielles correspondantes. Mais tandis que ces dernières ne sont qu’approximatives, les autres chiffres sont authentiques. SALAIRES HEBDOMADAIRES STATISTIQUE 1 OUVRIERS 1834 1830 1S83 OFFICIELLE 1886 IJ Hommes (le peine 15 s. 0 d. 13 s. 0 d. 20 s. 8 d. I Mécaniciens . . . 27 27 33 Il Cardeurs de Ire cl. 30 27 32 37 s. 11 ! 2 e ia 13 G 21 18 10 3 e _ — — 24 10 | Etirage (jeunes filles). !) S 3 4 4 de 12 3 il 13 4 Préparation. . . . !) 8 3 14 14 à 143 Peignage (iemmBs) . — 8 G 13 G — Jack tenters . . . — 8 IG G Filateurs. 3a 40 42 33 fi Aides. L__ 14 13 IG 14 2 LA UHANDK INDUSTRIE 190 Mêmes résultats pour les salaires d’uue usine exactement aussi ancienne et aussi importante, qui réunit la filature et le tissage. O OUVRIERS SALAIRES HEBDOMADAIRES 1882 1891 Filateur l ro classe . 35 s. 39 s. 2 e 28 2 cl. 30 3-’ 28 2 30 Habilleur. 30 0 30 Tisseur. 12 18 Telles sont les conditions de salaire de deux des plus respectables établissements du Lancashire, qui étaient déjà cités par Ure et Baines dans les premières dizaines du siècle comme des exemples de l’industrie du comté. Si l’élévation des salaires dépend des modifications techniques et, par conséquent, de l’habileté croissante qu’elle réclame des ouvriers, c’est le développement de l’industrie centralisée, du système de la fabrique, qui a élevé aussi, dans une autre direction, le revenu des ouvriers. L’avilissement du prix des subsistances, se produisant parallèlement à l’accroissement du salaire, n’est pas un phénomène accidentel, mais bien le résultat de l’évolution économique elle-même. C’est ce qui ressort de la façon la plus apparente pour les produits mêmes de l’industrie centralisée; la tendance à diminuer les frais de production et, par suite, le prix des tissus, est cerlai- LES OUVRIERS D1J LAXCASIIIRE 11) I nement l’élément déterminant du progrès technique. Par exemple, dans l’industrie cotonnière, les prix, depuis 1830, sont descendus d’au moins moitié. N os DK COTON PAR LIVRE ' "il TISSUS DE COTON j PAU YARD i il •1830 .... 1882. . . . N° 40’ s. N»100 s. 1.s, 2cl. 1/2 0 10 1/2 3 s. 4il. 1/2 1 s. 10 1839 . . . 1882. . . 0 s. ii <1. 3/S 1 0 s. -i il. 1/4 !| Une évolution analogue s’est opérée aussi dans les autres produits de l’industrie. Mais l’abaissement du prix des substances était aussi, comme on l’a dit plus haut, le résultat immédiat du développement industriel. Les droits sur les céréales sont tombés aussitôt que l’intérêt de l’exportation est devenu prédominant, parce que, à toute charge sur l’importation correspond une charge sur l’exportation. Si, d’une part, le développement de l’industrie a fait de l’ouvrier anglais le mieux payé de l’Europe, il a, d’autre part, fait en même temps de l’Angleterre une des contrées industrielles les moins chères. Dans les dix années qui ont précédé l’abolition des lois céréales, le prix du blé était de 38 sch. par quarter ; de 1872 à 1882, il n’était plus que de 48 sch. !). Mais, ce qui était aussi important pour l’ouvrier, c’était, la régularisation des prix car, autrefois, les prix de famine alternaient périodiquement avec les prix de grande abondance. En 183G, le prix du blé était de 3(i sh;en 1838, 1839, 1840,1841,de 78 sch.4d.,8! sch. (i, 72 s. 10, 70 sch. En 1812, nous trouvons même un prix de 120 s. Od.; en 1813, de 109 sch. 9d.,en 1817, de 90 sch. 11 2 d. 28 i l-'UAIS DE PRODUCTION 221 Gel exemple montre combien l’habileté technique a déjà dépassé les cas typiques ; la faible dépréciation est due à cette circonstance que cet établissement ne figure pas plus longtemps sur les livres à sa pleine valeur. Des résultats analogues existent pour le tissage, bien qu’on n’ait point dans cette partie des cas typiques. Les chiffres d’un tissage de Burnley, avec 600 métiers, dans l’été de 1891, se résumaient ainsi : Les frais de production de tissus ordinaires de Burnley — c’est-à-dire de calicots imprimés, en largeur de 30 à 34 pouces (28’s à 45’s twist, 30’s à 60’s trame, de 14 à 18 picks par pouce carré, 56’s à 58’s peigné), ainsi répartis. PRODUCTION d'une DEMI-ANNÉE I 3,900,000 YARDS COUT TOTAL par de produit 1,000 YARDS Salaires. 5,487 1. st. 2 s. 0 27 s. 7 ti. 1/4 Dépenses de main-d’œuvre . . . 1,410 7 0 7 2 Comprenant : Appointements des Directeurs , frais de voyage, etc. . 31 iiv. st. Loyer du terrain et do la puissance mécanique, 2 1/2 0/0 terrain, 71/2 0/0 puissance . . 024 3 S 4 Charrois. 301 15 34 Fer et réparations . 127 ?, !> Impôts (payés pour la plupart par le propriétaire du terrain). )) 10 9 Caz et eau. 38 9 5 II. Fil, poignes. . . 8o 7 7 Navettes. 19 (i 5 Courroies. 115 6 5 Dépréciation, 7 1/2 0/0 sur l'en- semble de l’outillage. 216 1. si. 5 s. 0 1 s. 7 d. I/2 Total, 7,114 1. st. 5 s. 0 30 s. 0 d. 228 LA GRANDE INDUSTRIE D’après quoi le coût de production par yard, non compris le fil, était égal à 0 d. 438. Dans ce calcul, comme dans l’exemple donné plus haut pour la filature, et suivant la coutume anglaise, il a été ajouté aux frais de production la dépréciation, mais non l’intérêt. Dans le tissage, néanmoins, la production peut, dans des circonstances favorables, conter moins cher encore. Par exemple, le loyer annuel pour l’emplacement et la puissance par métiers peut souvent ne pas monter plus haut que 32 sh. ou 3G sh., tandis que, plus haut, il figure pour un chiffre plus fort. Malheureusement, les détails donnés dans l’enquête allemande sur les frais de production, ne sont pas comparables avec les précédents, en raison de la grande diversité et de l’incertitude sur la question de savoir s’il faut ou non compter la dépréciation des usines, les appointements de l’employeur. En tout cas, ces frais donnent à l’Angleterre,d’accord avec Jannasch,un léger avantage sur les bas numéros et un avantage considérable sur les fins. Non seulement les plus grosses dépenses de main- d’œuvre, mais les frais d’établissement plus élevés constituent une infériorité pour l’Allemagne. Si, avec le prix de 1 1. st. par broche, 1/4 d. par livre de fil représente seulement 3 0/0 de profit, avec des frais doubles d’établissement, ce chiffre tombera à seulement 2 1/2 0/0. Les filateurs allemands de faibles numéros avaient certainement, avant 1878, chassé de plus en plus les fils anglais du marché national. En 1877, l’importation des fils atteignait seulement 17 0/0 de la consommation totale contre 47 0, 0 en 1838. Comme les droits protec- FRAIS DE PRODUCTION 220 leurs, à cette époque, étaient faibles (1) les Allemands pouvaient, dès ce moment-là, produire les gros numéros à beaucoup meilleur compte que les Anglais. Il en est de même de certaines branches de tissage allemand qui ont aussi, victorieusement, combattu l’importation anglaise. D’autre part, dans la catégorie des fils fins, il se manifeste une division internationale du travail, en ce sens que, même après le changement du droit, le filage des fils fins a beaucoup décru en Allemagne, tandis que celui des gros fils se développait d’une manière florissante. La Chambre de commerce du district de Plauen qui, par suite du tricot à la main ou mécanique, est spécialement et doublement dépendant de l’usage des fils fins, me communique, à cet égard, les renseignements qu’on va lire. Suivant ces chiffres, les plus importantes usines doubles dans ce district, employaient, en 1891, en fils de colon aussi du n° 60’s : 17 0/0 filature allemande 7,5 0/0 — suisse 75 0/0 — anglaise En outre, il a été déclaré que, pour des raisons particulières, il avait été employé dans ces usines comparativement plus de fil allemand qu’ailleurs. Les raisons de la supériorité de l’Angleterre dans cette branche sont au nombre de deux. L’une repose sur ce principe de Tucker, que le pays le plus avancé économi- (1) Pour les fils bruts ordinaires, n" s. 4 à 12, le droit était de 15,8 0/0 du coût de production; pour tous les fils plus fins, suivant le système du poids, les droits étaient relativement moindres. I.A fi K AN DE INDUSTRIE 231) quement, celui où les salaires hebdomadaires des ouvriers sont le plus élevés, produit justement les articles dans la fabrication desquels le capital et le travail jouent un rôle plus important que la matière brute. Ceci se montre bien, par exemple, aussi dans un ordre d’industrie tout à fait différent mais qui, comme les fils fins, exige beaucoup de travail et de capital. L’Angleterre est supérieure au continent pour la fabrication des navires comme pour celle des fils fins. Mais, pour ces derniers, une autre circonstance entre en considération qui, peut-être favorise d’une manière permanente une division internationale du travail à l’avantage de l’Angleterre sur ce terrain, ce sont les particularités du climat sur lesquelles nous avons déjà insisté à plusieurs reprises. CHAPITRÉ II! INFLUENCE DU DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE SUR LA RÉPARTITION I)U REVENU NATIONAL Généralités Dans quelle mesure les classes de la société participent- elles aux fruits de l’énorme accroissement de production qui est la conséquence des méthodes et des procédés de la grande industrie? Il v a, à ce sujet, au moins en Allemagne, une opinion très répandue, une des idées en petit nombre sur lesquelles les ouvriers et les classes riches sont aujourd’hui divisés. — La grande industrie crée dans la société des prolétaires et détruit les classes moyennes. Le pauvre devient plus pauvre et le riche plus riche. La tension des deux 232 LA GRANDE INDUSTRIE côtés va toujours en croissant ; un choc violent des pôles opposés sera inévitable. Pour cette raison, la bourgeoisie voit, dans bien des cas, le progrès économique d’un œil inquiet. Cette anxiété sur les conséquences de cette évolution met les bourgeois en opposition avec leurs propres intérêts. La grande situation économique acquise par l’Allemagne — et sans laquelle aujourd’hui la grande puissance politique et militaire de ce pays ne pourrait être durable — leur apparaît d’un avantage douteux pour les bases de la société, parce qu’elle exige la grande industrie et une tendance constante à l’emploi croissant des machines. Et, en vérité, la haute cheminée apparaît à ces âmes inquiètes comme un doigt menaçant, — un Mané Thécel Phares précurseur du jour prochain de la révolution. Les ouvriers, d’autre part, saluent le progrès économique parce qu’il rapproche d’eux le moment où les expro- priateurs, toujours de moins en moins nombreux, seront à la longue expropriés à leur tour. Chaque cheminée d’usine est pour eux le vrai signe du jour futur où se régleront les comptes. A nos yeux, ces deux idées sont fausses. Pour nous c’est un signe, non seulement du progrès économique, mais aussi du progrès social, par lequel les derniers trophées de cette marche victorieuse de l’humanité — se continuant depuis l’antiquité — signifient l’assujettissement des forces naturelles et l’affranchissement du travail. L’opinion opposée doit ici, comme partout, être réfutée de manière qu’on lui reconnaisse une valeur relative, celle (pii résulte d’une certaine phase de l’évolution. Avant l’avènement de la grande industrie, la répartition du revenu RÉPARTITION' IHJ REVENU NATIONAL 233 national était réglée par la coutume ou la loi. De même que, suivant Tacite, les champs étaient allotis secundum dignilatem, de même clans toute la société du moyen âge, les lots de la vie étaient tirés au hasard de la naissance. Les prix de vente des produits industriels et, par conséquent, les profits étaient fixés par les Guildes. Les salaires, les heures de travail étaient de même réglés par les Guildes ou les autorités, ou au moins déterminés par la coutume. Le loyer à payer au propriétaire du sol, pour exploiter la terre, était également fixé par voie d’autorité. L’intérêt sur le capital existait à peine parce cpie l’emploi du capital, sur une grande échelle, dans l’industrie n’était pas nécessaire ; à l’origine il était interdit par la loi. Par comparaison avec l’époque actuelle, la faible production totale du travail était, pour une portion, répartie entre l’ouvrier et l’employeur, leur donnant à chacun le strict nécessaire pour vivre ; le surplus était attribué au propriétaire foncier et assurait ainsi sa proéminence sociale. Préparée par le commerce ainsi que par l'entrecroisement des industries isolées, la grande industrie prit naissance. Elle dépendait, dès le début, de la concurrence et réclamait l’abolition des anciennes dispositions de la loi et de la coutume. Quelle est, dans cette phase, au moment de l’entrée en scène de la grande industrie, son influence sur la répartition du revenu national ? En ce qui concerne les salaires, nous avons ce qu’on appelle le niveau minimum des conditions de la vie, parce que, physiologiquement, l’ouvrier appartient encore à l’ancienne période. Dans les périodes prospères seulement, les salaires peuvent s’élever un peu au-dessus de ce niveau, parce que l’accroissement LA (iltANDIÎ INDI'STIUi: 2U des mariages et des naissances sert à entretenir cette armée de réserve qui forme comme un courant, et ramène les salaires à l’ancien taux. Quand les affaires vont mal, les salaires peuvent même s’abaisser au-dessous de ce niveau minimum, auquel cas il est suppléé au déficit souvent par l’assistance aux pauvres, par des impôts, des vols, etc. D’autre part, l’industrie pour être florissante exige un capital, mais elle a eu encore une faible quantité à sa disposition ; il s’ensuit que le taux de l’intérêt se tient remarquablement haut par rapport à celui d’autrefois. La différence entre le prix d’un côté et l’intérêt du capital de l’autre est encaissée par l’employeur. En fait, comme l’admet l’enseignement dominant, il a le travail aussi bien que le capital pour une rémunération fixe. Dans cette phase les profits sont élevés, non en raison de la faiblesse des frais de production — ceux-ci ont plutôt augmenté sur le passé — mais en raison de l’élévation des prix. L’industrie se trouve encore dans la position de monopole par rapport à la petite industrie nationale ou étrangère, dans des conditions exactement semblables à celles où l’on établit des tarifs protecteurs pour favoriser la naissance d’une industrie. Pour cette raison, de grandes fortunes se forment rapidement entre les mains d’un petit nombre d’hommes; partout où le génie individuel des inventeurs vient frayer une voie nouvelle à la grande industrie (Arkwrigbl, Peel). À cette première phase du développement industriel, cet accroissement de la richesse d’un petit nombre d’employeurs est justifié par cette raison, qu’en raison des maigres ressources dont disposent les masses, le capital nécessaire aux premiers exemplaires de la grande indus- REPARTITION DO REVENU NATIONAL 2.r, fric ne pourrait être réuni autrement. Il y manque encore les conditions physiologiquement essentielles aux entreprises en forme de sociétés. Mais ces profits élevés ont encore une autre justification. La puissance politique, les honneurs sont encore concentrés entre les mains de la propriété terrienne qui regarde du haut en bas les hommes de l’industrie qu’elle traite « d’hommes nouveaux ». Un emploi public assure encore dans la vie une position plus élevée que la carrière industrielle la plus favorisée. Au commencement du siècle, en Angleterre, on ne savait pas encore si les représentants de la grandi* industrie pouvaient être gratifiés de l’appellation de « gentlemen ». Il fallait donc le stimulant des grands profits pour amener aux emplois industriels les chefs capables, tandis que plus tard ils y sont venus d’eux-mêmes en raison des honneurs et de l’influence qu’ils savaient y trouver. Mais, pour une raison spéciale aussi, cette recherche des situations a, d’abord dans les classes bourgeoises, sa justification. Le progrès social d’une nation suppose une classe qui, par sa richesse, est en position de s’occuper des affaires publiques sans être dépendante de l’Etat. C’est sur l’existence de cette classe, parmi la gentry rurale, qu’a été fondée d’abord la grandeur de la constitution parlementaire anglaise. Après que la vie économique eilt revêtu le caractère industriel, il surgit une classe analogue de citoyens ayant les moyens de se préparer à remplir les devoirs politiques comme les devoirs sociaux, .l’ai montré ailleurs comment la présence de ces éléments indépendants a favorisé l’évolution sociale de l’Angleterre, une fois que 23G I.A GRANDE INDUSTRIE s’est généralisée l’opinion que la propriété — en tant qu’elle n’est pas au service d’objets productifs — ne sc justifie que dans la mesure où le propriétaire s’en sert pour aider la marche de ceux qui n’ont rien. Mais, par opposition à l’ancienne répartition du revenu national par la coutume et la loi, la nouvelle évolution eut incontestablement pour premier résultat d’accentuer les différences dans la possession de la propriété. Ricardo avait sous les yeux ces conditions différentes quand il formulait sa « Loi des Salaires » ; K. Marx s’était familiarisé avec elles dans les Blue-Books anglais quand il étudiait vers 1830 ou 1840. L’ouvrier, sans force, sans espoir, forme à cette époque un parti ouvrier temporaire qui n’a ni situation ni influence dans l’Etat. Il espère s’en emparer pour l’accommoder à ses intérêts, comme si ce but pouvait être atteint par un coup de main, tant que l’influence dans l’Etat repose encore seulement sur la division de la puissance économique entre les classes de la société. Mais ce mouvement même n’est pas sans résultat. Il agit sur les classes dirigeantes et d’abord, en beaucoup de cas, sur les pouvoirs terriens; il les détermine à légiférer pour la protection des ouvriers; il encourage l’évolution technique économique. Résumons les caractères de cette première phase de la grande industrie. Au point de vue économique, ils se formulent ainsi : frais de production élevés sur la base d’un travail plus cher (parce qu’il faut beaucoup de bras); capital cher, hauts prix et grands profits en raison de la position de monopole. Au point de vue social : d’un côté, niveau minimum des conditions d’existence, de l’autre, concentration des richesses — luttes de classes. Cette RÉPARTITION DU REVENU NATIONAL 237 phase de l’évolution est associée aux idées sociales et politiques mentionnées au début du présent chapitre. La concurrence internationale détermine de nouveaux progrès. Un abaissement continu des frais de production est la cause principale de l’évolution, telle qu’elle a été décrite plus haut pour l’industrie cotonnière anglaise. Cette nécessité de limiter les frais de production gouverne tout le développement industriel centralisé : sans une diminution constante de ces frais, il n’y a pas d’industrie qui puisse tenir sur le marché du monde. Cherchons maintenant quelle a été l’influence de cette évolution sur la répartition du revenu national. L’abaissement des frais de production d’un article défini s’applique, nous l’avons vu, aux frais d’établissement comme aux frais de main-d’œuvre. Y sont comprises, en retour, toutes les dépenses particulières, achat de matière brute, travail, dépenses de main-d’œuvre, intérêts, profits, etc. Comme les frais d’établissement et de main-d’œuvre se ramènent eux-mêmes au travail, à l’intérêt du capital, au profit d’employeurs d’autres industries, il reste, en dernière analyse, et non compris la matière première, seulement trois des éléments énumérés qui subissent un avilissement continu. Nous pouvons passer ici sous silence les matières premières après ce que nous en avons dit plus haut. Dans leurs prix il n’est aussi compris que la rémunération du travail, l’intérêt du capital, et le profit de l’employeur, en tant qu’il n’existe pas une redevance privilégiée ou une rente du sol, dont il n’y a pas lieu, pour le moment, d’examiner l’origine. A part ce dernier élément, par conséquent, le résultat total du travail d’une nation, comme de toute LA CKA.NDIi IN'DUSTRIK 238 production individuelle, est partagé entre le travail, le capital, dans ce qu’on appelle le profit de l’employeur qui est de deux catégories, et doit être compté partie dans l’une, partie dans l’autre. Nous prouvons d’abord pour la grande industrie que pour un produit, une unité donnée, — par exemple une livre de fil, un yard d’étoffe, une tonne de fer — la part revenant au travail aussi bien qu’au capital va constamment en décroissant; la part du travail parce que celui-ci est constamment remplacé par le capital; la part du capital parce que celui-ci, devenant par le progrès technique toujours plus productif, devient aussi toujours moins cher par le développement économique national. L’ouvrier, le consommateur pauvre, a l’avantage; pour lui cet avilissement des éléments économiques produit d’abord l’effet d’une élévation de salaires. Mais nous allons plus loin, et nous demandons si la part du travail et celle du capital décroissent dans la même proportion. Ou bien, si l’évolution de la grande industrie altère la proportion de manière que chacune d’elles diminuant en valeur absolue, l’une augmente relativement à l’autre. La réponse à celte question donne lieu d’abord aux considérations suivantes : Un même capital, à raison du progrès technique, produit plus aujourd’hui qu’il y a cinquante ans ; malgré cela, si l’intérêt du capital et le profil restent les mêmes, il faut bien que le surplus soit allé au travail. On se fait une idée du phénomène en se reportant à la substitution du capital au travail dans l’industrie cotonnière, traitée plus haut. Un capital de 20 s. produit un article A ; pour avoir REPARTITION DU REVENU NATIONAL 23 !) A 15 0/0 d’intérêt et de profil, il faut donner au capital 3 s. sur les prix de vente. Trente ans après le meme capital produit G A; pour payer lu 0/0 sur la production de A, il suffit de donner au capital 6 deniers. Mais, en raison de l’accroissement de la puissance de production et de la quantité, le taux de l’intérêt, et, par suite, la prime contre le risque contenus dans le profit ont diminué. Sept et demi pour cent est suffisant pour déterminer le capital à s’employer dans l’industrie. Dans les frais de production de A, il n’y a donc que 3 d. réclamés pour l’intérêt et le profit. Un ouvrier produit par jour un article B moyennant un salaire de 3 s. ; trente ans plus tard, il produit par jour G B. Pour lui allouer exactement la même rétribution hebdomadaire, il ne faut plus que lui donner 6 d. pour la production de B. Si l’ouvrier, il y a trente ans, était un ouvrier habile, dont la machine a rendu la dextérité inutile, il n’est pas nécessaire d’accroître le salaire hebdomadaire ; on peut même, dans certaines circonstances, l’abaisser. D’autre part, si 30 ans auparavant le métier nécessitait déjà l’usage des machines, et si une production plus grande avait été obtenue par le perfectionnement de ces machines, il y aurait eu là une application de plus en plus considérable du capital, le travail manuel aurait été remplacé par les résultats plus compliqués de l’habileté technique et de la science ; la responsabilité de l’ouvrier dirigeant la machine serait devenue plus grande. A cette machine perfectionnée il faut, pour la gouverner, un ouvrier plus habile auquel on donne par semaine 24 s. au lieu de 18. Par suite, le salaire à la pièce pour B ne serait tombé qu’à 8 deniers. 240 LA GRANDE INDUSTRIE Comme, avec la réduction de la part revenant au capital, il est entré en jeu des perfectionnements qui, par le progrès du génie humain, ont asservi d’une façon plus complète la nature à l’homme, et par suite la productivité du capital, ainsi, avec la réduction des frais de production, la nature de l’homme, considéré comme un organisme, ne peut se manifester dans une direction définie avec une capacité supérieure, que si la condition de cet organisme est améliorée dans son ensemble. La relation des deux éléments est donc, dans le cours de l’évolution, renversée en faveur du travail. Ceci veut dire, tout simplement, que les frais de production d’un certain article se sont certainement abaissés mais, relativement plus pour le travail que pour le capital. L'n exemple. Il se rapporte à la même usine faisant à la fois de la filature et du tissage, dont le capital, en 1883, représentait la même valeur qu’en 1840. Le prix d’une aune de calicot exactement de même qualité a baissé de 22 0/0 de 1840 à 1883, le prix de main-d’œuvre de 41 0/0, la part afférente à l’intérêt et au profit de 63 0/0, et, pendant cette période, le salaire hebdomadaire de l’ouvrier s’est élevé de 64 0/0. Ce qui s’applique à un seul article peut s’appliquer aussi à l’ensemble de la production nationale, en tant qu’elle repose sur le principe de la grande industrie. Le travail reçoit une part relativement plus grande. Mais le système de la grande industrie représente un tel accroissement de production que, comme dans le coût des frais pour un seul article, la part du travail et celle du capital décroissent en valeur absolue. C’est ainsi que, par rapport à l’immense accroissement de la production to- iu:pahtitiox nu phoduit 241 talc, les deux parts s’accroissent en valeur absolue. Il faut, toujours en valeur absolue, plus de travail et plus de capital. Il ne se présente qu’une dérogation à cette règle, en tant que l’habileté manuelle exceptionnelle est remplacée par l’usage des machines. Comme la demande de travail devient plus régulière, les salaires tendent à se rapprocher d’un niveau commun. Ainsi les salaires moyens, suivant l’expérience, tendent à s’élever plus que les hauts salaires qui tendent à baisser partiellement. Ainsi, par exemple, les salaires d’un ouvrier filateur à la mécanique, à unecertainc époque, étaient, pour les numéros fins, doubles de ceux correspondant aux numéros ordinaires ; aujourd’hui ces salaires tendent à se rapprocher l’un de l’autre. A ces capacités spéciales qui étaient autrefois plus payées que maintenant, en partie parce qu’elles sont devenues moins nécessaires, en partie parce qu’elles sont devenues plus fréquentes, appartient, avant toute autre rétribution, laportion du profit qui est considérée comme le vrai salaire de l’employeur. Nous en avons déjà clairement exposé les raisons. Sous ce rapport une influence considérable a été exercée par le système « limiled » qui comprend aujourd’hui le dixième de toutes les entreprises du Royaume-Uni. Avec le champ d’opérations largement étendu de chaque affaire, il n’y aurait qu’un petit nombre de gros capitalistes en état d’organiser une industrie. Le principe de la société « limitcd » met en concurrence avec eux tous les talents techniques et commerciaux qui, sans capital considérable, sont encore en situation d’acquérir les connaissances né- 11 » 242 LA URAN'DE INDUSTRIE cessaires aux affaires. Ce cercle s’accroît constamment avec la prospérité croissante des classes moyennes et l’élévation des classes ouvrières. Grâce au développement croissant de la grande industrie, il est rarement possible à l’ouvrier isolé de s’élever à la situation d’employeur pour son propre compte, tandis qu’à une certaine époque les plus grands et les plus célèbres pionniers de la grande industrie sortaient immédiatement des rangs de la classe ouvrière. D’un autre côté, cet ouvrier, s’il a la capacité voulue, peut entrer au service de grandes compagnies qui, indépendamment du talent, demandent du caractère et de l’honnêteté ; tandis que la première génération d’employeurs devaient leurs succès à leur ruse et leur bassesse autant qu’à leur talent. Marshall s’exprime ainsi sur cette question: « Peut-être qu’aujourd’hui il n’y a pas autant « d’ouvriers qu’autrefois qui s’élèvent à la situation « d’employeurs; mais un plus grand nombre d’entre eux « gagnent bien assez pour mettre leurs enfants en situa- « tion d’arriver aux plus hauts emplois. La marche vers « la prospérité se fait en deux générations, mais l’éten- « due de ce mouvement ascendant est aujourd’hui peut- « être plus grande qu’elle n’a jamais été. Et cela vaut « mieux pour la société. Le contremaître qui doit encore « obéir aussi bien que commander et qui voit ses enfants « s’élever, est, sous un certain rapport, dans une situa- « tion plus enviable que le petit employeur. Les enfants « ont une meilleure éducation et feront un jour, proba- « blement, un meilleur usage de leurs richesses. » A cette compétition croissante pour la direction des affaires industrielles vient s’ajouter, dans cette seconde période, la pression d’en bas — qui, comme Brentano KKÎ’AHTITION DU PRODUIT 243 l’a remarqué le premier dans ses Arbeitergilden — est exercée par la classe ouvrière s’élevant elle-même. Ces deux éléments, dans cette phase de l’évolution, réduisent les profits à un minimum, au-dessous duquel ils ne peuvent descendre sans préjudice pour l’industrie. Dans la première phase de l’évolution de la grande industrie l’employeur recevait ce qui restait, l’intérêt du capital et les salaires des ouvriers une fois payés ; aujourd’hui au contraire le travail reçoit ce qui reste, l’intérêt du capital et les frais d’administration une fois payés. En analysant ce phénomène, le directeur des filaleurs anglais me disait : « on doit garantir à l’employeur, autant que possible, « une certaine marge de profit qui ne peut pas, sans perte « pour l’ouvrier, être réduite en faveur des salaires. Une « classe ouvrière éclairée doit penser à attirer à l’indus- « trie et à lui conserver, si c’est possible, une somme « d’intelligences supérieures à celles que possèdent les in- « dustries rivales de l’étranger. L’ouvrier doit payer pour « trouver les employeurs les plus capables (1). » Comme les profils se rapprochent d’une limite minima, les salaires deviennent de plus en plus dépendants des prix et, par conséquent, de la situation du marché du monde. Tandis que, dans les phases antérieures, des mesures législatives pouvaient accélérer l’amélioration de la rémunération du travail, le profit tend maintenant, comme l’intérêt, à devenir un facteur constant tandis que les salaires ne peuvent s’élever que par l’accroissement de la production totale. Les mesures législatives ne peu- (1) Cf. la môme idée dans l'ouvrage bien connu d’Atkinson Distribution of Profits, p. 70 : « les salaires sont ce qui reste quand les profits sont payés », p. 178 et 179. 244 LA GRANDE INDUSTRIE vent rien pour cet accroissement de production. Comme l’état du marché réagit sur les salaires, de même la prime contre le risque que renferme le profit, tend à s’abaisser (1). De ce qui a été dit plus haut nous pouvons déduire les propositions suivantes : a) Pour un produit défini, les parts revenant au capital ainsi qu’au travail décroissent eu valeur absolue avec le développement de la grande industrie — le prix s’abaisse à l’avantage du consommateur. b) La part revenant au capital décroît non seulement en valeur absolue, mais aussi relativement à la part revenant au travail. c) Réciproquement, la part du travail, qui décroît eu valeur absolue, croît par rapport à celle du .capital. cl) L’accroissement de la production nationale totale par lui-même rend possible l'accroissement, en valeur absolue, des parts du travail et du capital. Le travail reçoit une part toujours croissante de la production nationale totale. Il reçoit une portion de plus en plus grande de ce qui reste, après avoir payé les parts afférant à l’intérêt et au profit. La conséquence sociale de cette évolution économique c’est le nivellement des conditions extrêmes. Loin que le riche devienne plus riche et le pauvre plus pauvre, c’est le contraire qui a lieu, comme la statistique l’a prouvé pour l’Angleterre. Pour cette dernière phase l’ouvrier (1) Schmoller « Uebor die Entwickelung des Grossbetriebs und die Sociale Klassenblidung. » La part du capital, du capital possédé par les simples actionnaires, n’attend en réalité rien de plus que le paiement de l’intérét. Ce capital perd de plus en plus sa position dominante. REPARTITION DU PRODUIT 24-') (loil être rangé dans la classe moyenne; c’est ce qu’Atkinson conclut assez simplement du fait que les emplois importants, auxquels parvenait généralement la classe moyenne, donnent aujourd’hui un produit très inférieur au revenu de l’ouvrier de la grande industrie dans la Nouvelle Angleterre. C’est particulièrement vrai pour les classes enseignantes et ecclésiastiques. L’Allemagne, économiquement, est loin d’être dans une phase aussi avancée ; c’est ce que montre le mouvement du revenu des habitants. Suivant Ilerkner, on peut admettre qu’à présent le pauvre ne devient pas plus pauvre ; mais le riche devient plus riche et, dans beaucoup de cas, la classe moyenne tend à décroître. I II Preuves tirées du Lancashire « Fortuné Lancashire! » Sous ce titre le Spectator publiait l’article suivant que l’organe des ouvriers, leCotton Factory Times du 23 oct. 1881, avait imprimé. « D’après le témoignage du consul des Etats-Unis à Manchester, le comté, dont cette ville est le chef-lieu, jouit d’un bien-être plus grand que n’importe quelle région semblable de son propre pays, et par suite, du monde entier. Nulle part sur le continent le niveau des conditions de la vie des classes ouvrières n’est aussi élevé que dans le Lancashire’ nulle part les salaires ne sont aussi hauts, la durée du travail aussi courte et les prix des moyens d’existence aussi modérés. Aucun de ceux qui ont connu le district vers 1840 ou 1850, ne le reverra sans être surpris des signes d’aisance et de pro- PREUVES TIREES DU LANCASHIRE 247 grès qu’il J apercevra. Ce n’cst pas seulement que la population ait doublé et que des cheminées gigantesques se soient élevées en nombre infini. — ce ne sont là que des signes d’une richesse croissante et celle-ci peut augmenter tandis que les hommes périssent— mais le pessimiste le plus sombre est forcé de convenir que la population y est en meilleure situation, que ses habitudes sont plus tranquilles, son travail moins pénible, et sa vie en général plus gaie que pour ses parents et grands-parents. Les maisons sont encore, il est vrai, grises et enfumées et trop serrées les unes contre les autres; mais, peu à peu, elles sont remplacées par de meilleures, et il y a à peine une localité un peu plus grande qui n’ait son parc et ses places de récréation. La pauvreté et le dépérissement, conséquences de l’ivrognerie, de la paresse, des accidents et des maladies se présentent dans la commune la plus riche ; mais aucun homme, pouvant et voulant travailler, n’a à souffrir du besoin dans le Lancashire. Jamais les salaires ne furent aussi élevés et les demandes de travail aussi nombreuses. Un bon tisserand — la plupart sont de jeunes femmes — peut gagner 24 sh. par semaine. Un ouvrier habile, qui travaille avec deux ou trois enfants dans une filature, se trouve dans une situation meilleure que maint pasteur de campagne. Il y a pas mal de familles dont le revenu annuel se monte, en moyenne, à 100 livres. Des journaliers reçoivent 6 d. par heure. Les salaires élevés ne sont pas réservés aux seuls ouvriers de fabrique. Dans le district de Fylde, le jardin du Lancashire, on cherche des ouvriers des champs, pour la plupart des jeunes gens, pour un salaire hebdomadaire de 9 à 1 1 sh., logés, 248 LA GRANDE INDUSTRIE nourris et blanchis. Les fermiers ne font aucune difficulté pour louer la terre à 3 livres l’acre. Le bien-être a aussi développé l’cconomie. Chaque village, presque chaque hameau, a son association de consommateurs, dirigée par des ouvriers qui administrent le capital, ne demandent pas de crédit et n’en accordent pas. L’agent d’une grande compagnie d’assurances sur la vie, dont le district est partie industriel et partie agricole, me racontait qu’il est difficile de trouver, dans le Lancashire, un homme dont la vie ne soit pas assurée. Tout cela dénote une grande activité. Les habitants du Lancashire ne furent jamais d’un esprit paresseux, mais, aujourd’hui, grâce à leur meilleure éducation et à l’accroissement du nombre des journaux, leur intelligence s’est extraordinairement élargie. 11 y a 50 ans, un fabricant ouvrit, ainsi qu’il me le racontait lui-même, une salle de lecture à ses propres frais et la pourvut de lectures assorties ; mais l’art de la lecture était familier à un si petit nombre que l’un des plus instruits devait faire la lecture, et cela ayant donné lieu à des désordres et des querelles, la salle de lecture dut être fermée. Il n’y avait alors aucun journal commun à l’ensemble du comté et les quelques feuilles locales de quatre pages d’étendue étaient vendues pour juste autant de pence. Maintenant, au contraire, on peut recevoir des feuilles meilleures et de plus d’étendue pour 1 d. Il y a quelques jours, je m’arrêtai dans une maison de campagne, située entre deux villages industriels, qui avaient ensemble environ 1200 habitants. Dans ces deux villages, il y a trois marchands de journaux, débitant par jour 150 jour- PREUVES TIRÉES DU LANCASHIRE 241 ) naux du soir, au prix d’ 1/2 d., sans compter les feuilles hebdomadaires et les journaux du matin qui sont, du reste, moins achetés par les ouvriers. —-Aussi recherché que la lecture est le jeu du foot-ball, qui est le sport particulier du Lancashire. Au lieu de frapper réciproquement leurs propres tètes de coups sanglants, comme autrefois, le peuple de la jeunesse trouve maintenant dans la lutte du foot-ball un dérivatif pour l’emploi de sa force musculaire. » Je vais essayer, dans ce qui suit, d’établir, par des chiffres, quelles sont les conditions de la vie pour les ouvriers du Lancashire. Après les principes développés par Bœhmert dans la revue du Bureau de statistique saxon, j’ai entrepris, dans l’été de 1891, des recherches sur la condition des ouvriers instruits du Nord de l’Angleterre. Une tentative analogue a été faite, il y a quelques années, par le « Board of Trade », qui était arrivé cependant à des résultats trop insuffisants, d’abord, en partie, à cause du défaut d’enquèle, et ensuite à cause de la répugnance des ouvriers à dévoiler dans des interrogatoires officiels les détails de leur vie privée. Cependant je pus, à la suite d’un entretien avec R. Giffen, l’éminent statisticien du Board of Trade, mettre à profit les enseignements de cette première enquête, tandis que ma qualité d’homme privé rendait mon inspection plus facile, pour arriver aux faits que je désirais connaître, et faire disparaître certaines confusions par un échange d’idées verbal. Ainsi préparé, je me rendis dans le nord de l’Angleterre ; mais là, il devint aussitôt évident pour moi que c’est seulement par les associations des ouvriers qu’on 230 LA GltANDK INDUSTRIE peut arriver jusqu’aux particuliers, même dans le but que je poursuivais. II n’est pas à regretter pour cette enquête que des sociétés comme les corporations renferment sur ce terrain, et de beaucoup, la plus grande partie des ouvriers instruits. D’anciens rapports personnels aplanissaient ma route. La plupart des budgets d’ouvriers, cités par moi comme exemples, furent examinés par les organes de l’association, qui avaient d’autant plus qualité pour cela, que l’ouvrier, dans le Lancashire, couvre les frais de tous ses moyens d’existence par l’association. Je dois une reconnaissance particulière à Monsieur J.-G. Gray, le secrétaire général de l’Union coopérative, à Manchester. Je prends, à présent, comme exemple le représentant de cette grande industrie du Lancashire : le filateur à la mécanique (Mulespinner). Les deux filateurs que j’ai choisis se trouvent dans la situation moyenne propre à cette classe d’ouvriers — moyenne, dont les exceptions sont d’autant plus faibles que, dans le district principal de filature, toutes les filatures payent exactement les mêmes salaires, à cause du taux des salaires établi d’accord avec les ouvriers. Le mari est âgé de 42 ans, sa femme de 41 ; ils ont 7 enfants, 3 garçons de 0, 16 et 18 ans, et 4 fdles de 3, 0, 12 et 14 ans. La famille habite une maison dans un des faubourgs d’Oldham. Le logement, sur lequel ou a relativement économisé, consiste en deux chambres au rez-de-chaussée (de 5 à 4 1/2 yards sur 4 à 4 1/2 yards), en une cuisine bâtie derrière la maison, une petite cave et deux chambres à coucher au premier étage. Le loyer est de 4 sh. par semaine. A ma question, de- PREUVES TIRÉES IHJ I..VXC AS1HRE 2 : il mandant ce qui formait la nourriture principale de la famille, le mari donna une réponse caractéristique pour l’ouvrier du nord de l'Angleterre : du pain de froment et de la viande ; on mange de la viande, principalement de la viande de bœuf, au moins une fois par jour ; avec cela, les pommes de terre, le café, les légumes, ne jouent que le rôle d’accessoires. Le mari et quatre de ses enfants travaillent à la fabrique, le mari comme Mulespinner, les deux fils aînés comme piéccurs (piecers), les deux filles aînées dans les chambres de préparation. La durée du travail comprend 30 heures 1/2 par semaine pour le père et les enfants. Le gain du mari atteint 40 sh. par semaine ; mais comme il n’y a (pic 49 à 50 semaines à compter pour le travail dans l’année, le gain annuel n’est évalué qu’à 9H livres. Le gain annuel des enfants s’élève à 92 livres 19 sh. 3 d. Comme la femme et les plus jeunes enfants ne gagnent rien, le produit des salaires de la famille s’élève, d’après cela, à 190 livres 19 sh. 3 d. (3819 Marks). Les salaires du père et des enfants sont versés, suivant l’usage général dans le nord de l’Angleterre, tous ensemble dans la caisse de la famille — circonstance qui assure d’autant plus la condition d’existence élevée de cette population d’ouvriers, qu’on 11 e s’y marie pas trop tôt. A côté des revenus indiqués s’en trouve alors un autre provenant des économies et des dividendes de l’association, le tout montant à 15 livres par an. Le revenu total s’élève ainsi à 206 livres (4120 marks). Le mari est membre de l’association d’Oldham et de la corporation des Mulespinners, ([ni s’étend sur toutleLan- cashire. Dans le magasin de l’association, on fait des 252 LA GRANDE INDUSTRIE achats de Loutes sortes, non seulement en aliments, mais aussi en vêtements, etc. Il est payé à la corporation J sh. par semaine ; mais comme cette société ne fournit de secours qu’en cas de manque de travail (13 sh., et en cas de grèves 15 sh. par semaine), le mari et la femme sont encore assurés contre la maladie à une association amicale (Friendly society), à laquelle ils paient 5 d. par semaine et dont ils reçoivent en cas de maladie 8sh. par semaine. Les enfants qui travaillent contractent aussi des assurances semblables. Le mari entreprend tous les ans, avec une partie de ses enfants, au mois d’août, pendant la « Old- kain wukes»,k l’époque où les fabriques chôment pendant une semaine, une excursion, le plus souvent dans un des ports voisins de la côte, ce qui consomme une partie des économies réalisées. Les dépenses totales s’élèvent à 185 livres; d’après cela, il reste 21 livres d’économies. Gomme second type de filateur, j’en ai choisi un d’IIyde, ce centre d’industrie précurseur de Manchester connu par l’histoire du Chartisme. Le mari est occupé dans une des grandes filatures appartenant aux Ashlon. Son âge est de 47 ans, celui de sa femme de 42. Il s’est marié assez tard et n’a que deux enfants, des filles de 15 et 17 ans. La famille habite une maison louée, qui se compose de quatre pièces et d’une cuisine, deux pièces au rez-de-chaussée, et deux chambres à coucher au premier étage. Les dimensions de la pièce de devant sont de 4 yards 1/2 sur 4 1/2, celles de la chambre de derrière de 4yards 1/2 sur4. Dans ce cas spécial, une somme relativement plus grande est affectée au logement, que dans le cas traité plus haut. Le loyer s’élève à 4 sh. 1/2 par semaine. Dans ce cas aussi le pain de froment et la viande sont PREUVES TIRÉES [HJ LAXCASIIIRE 233 désignés comme nourriture principale. On mange de la viande, et même de la viande de bœuf une fois par jour. Le mari gagne 30 sli., les filles, l’une comme tisseuse, l’autre dans une fabrique de chapeaux, 10 sh. par semaine. Là aussi on ne compte que 30 semaines de travail et on signale expressément 15 jours comme vacances et jours de fête. De cette façon le revenu annuel s’élève, avec les 6 livres 8 six. de dividendes de l’association, à 131 livres 8 sli. (2628 marks). Le mari fait partie du syndicat, ce qui lui coûte 1 sli. par semaine; dans le but d’être assuré il paie 1 sh. par semaine à la Friendly Society. Les assurances sont les mêmes que dans le cas précédent. Le mari est en outre membre d’un club et, en dehors du journal spécial, le The Cation Factory Times, feuille qui ne fait pas de politique, il reçoit, comme appartenant à une secte, un journal libéral. Tant que les enfants ne travaillèrent pas encore, la famille fut en partie réduite aux économies que les deux époux avaient faites avant leur mariage. La femme a, en effet, cessé de travailler depuis ses premières couches. Depuis que les filles vont au travail, les économies annuelles sont considérables ; leur but est d’assister les vieux parents, et de faire une dot aux enfants pour leur mariage. Le mari est, comme on l’a remarqué, membre zélé des Unitariens, cette secte qui fut introduite à Ilyde par les Ashton, et à laquelle appartiennent un grand nombre de leurs ouvriers. Comme les dépenses annuelles s’élèvent à 107 livres, on peut noter une économie d’environ 24 livres. Les budgets des deux familles s’établissent en détail comme le montre le tableau p. 238. L’intérêt de ce LA GRANDE INDUSTRIE 234 lablcau consiste à montrer que la grande industrie, là où elle est le plus ancienne et le plus développée, ne crée rien moins que des prolétaires. Ce sont bien plutôt de nouvelles classes moyennes qui prennent naissance, tant au point de vue de la condition d’existence qu’à celui de la puissance d’économie. A côté du filateur, le tisserand est le représentant principal de l’industrie du coton du Lancashire. Sa condition est inférieure à celle du filateur. Hommes et femmes y sont occupés de la même manière, mais rarement cependant les femmes mariées. Les jeunes filles se marient relativement tard et, le plus souvent, seulement lorsqu’elles ont fait des économies qui leur permettent d’abandonner le travail de fabrique après la naissance de leur premier enfant. Par là s’explique la longue réunion des membres élevés de la famille dans un même ménage. Lorsque les enfants grandissent et gagnent à leur tour, le temps des économies commence de nouveau pour la famille. Nous donnons plus loin le budget d’un tisserand de Bacup, p. 2G4. Le mari a 58 ans, la femme 34. Ils ont 7 enfants qui vivent dans le ménage commun : 3 garçons et 2 filles dont les âges sont de 18 à 31 ans. Le père, ainsi que tous ses enfants, est tisseur en coton, la mère ne va pas au travail. Le revenu total de la famille s’élève par an à 221 livres, sur lesquelles le père gagne 43 livres, et les enfants 168; les dividendes de l’association se montent à 14 livres. Le pain de froment constitue la nourriture principale; en outre on mange de la viande une fois par jour. Les frais de logement sont relativement faibles, 3 sh. (> d. par semaine. Aussi, la famille a une maison composée PREUVES TIREES DU LANCASIIJRE 253 de quatre pièces, dont une sert à la fois de cuisine et de chambre. Le père n’est pas membre du syndicat ; par contre les fils payent 1 sli. 2 d. par semaine à l’association des tisserands. Pour l’enseignement il est payé (> d. par semaine; à cela s’ajoutent encore les dépenses pour les écoles du dimanche et les instructions religieuses, soit 23 sh. par an. Les économies sont dans ce cas très considérables ; elles s’élèvent annuellement à environ 50 livres st. (1000 marks) ; elles sont placées partie dans les caisses d’épargne postales de l’Etat, partie dans des sociétés de construction, partie dans l’association de consommation, une part au nom des parents, l’autre part au nom des enfants. Ces économies servent à assurer un jour aux parents une vieillesse aisée, à constituer aux enfants une dot pour leur mariage et, en partie aussi, à rendre possible à la famille, pendant le chômage, une excursion pendant laquelle les dépenses détruisent l’équilibre du budget. Un autre cas concerne une famille de tisserands de Darwen. Le mari et la femme, âgés de 39 et 33 ans, sont tous deux tisseurs en coton ; la femme va aussi au travail pendant 9 mois de l’année, parce qu’elle n’a que quatre enfants, âgés de 11, 9 et 7 ans. Dans l’année considérée, qui s’est écoulée de l’été 1890 à 1891, le mari n’a travaillé que 48 semaines, il a perdu deux semaines pour cause de maladie, et passé 10 jours en congé. Le revenu total s’éleva à 101 livres st. 7 sh. ; desquelles 52 livres 10 sh. viennent des salaires du mari ; 43 livres 1 sh. des salaires delà femme; 4 livres 10 sh. des dividendes de l’association, 1 livre comme argent de malades de la société amicale. Les dépenses s’élevèrent à 94 livres 13 sh. fid. ; ! LA GRANDE INDUSTRIE 23G d'après cela il resta 6 livres 1/2 d’éconoinies. Les conditions de logement de la famille sont extrêmement bonnes ; pour un loyer de 4 sli. G d. la famille a 4 chambres dont deux servent de chambres à coucher. Les dimensions de la pièce de devant sont de 14 pieds sur 13, la pièce de derrière a 13 pieds sur 0 1/2, la hauteur est de 8 pieds. Devant la maison se trouve un petit jardin. Le pain de froment et la AÛande sont considérés comme le fond de la nourriture; comme viande on consomme en égale quantité du bœuf et du mouton. Le mari est membre du syndicat et paie à une branche de l’association des tisserands 4 d. par semaine, moyennant quoi il touche en cas de manque de travail 9 sli. par semaine et, en outre, 6 livres comme frais funéraires. La même somme est versée à l’association amicale (Friendlv society) qui fournit 10 sh. comme frais de maladie et 10 livres comme frais funéraires. Gomme dernier représentant de l’industrie du coton je présente un fustian-cutter (coupeur de futaine) d’Hcb- denbridge. Le mari a 32 ans, la femme 49 ; il existe G enfants, dont les âges varient de 23 à 14 ans, 2 fils et 4 filles. La mère ne travaille pas à la fabrique ; les enfants sont occupés dans l’industrie de la futaine. Le mari gagne 24 sh. par semaine ; l’année passée, il n’a pas travaillé pendant G à 7 semaines, ayant perdu 20 jours en congé, et 19 jours pour d’autres motifs. Les enfants, qui eurent pareillement 13 jours de congé, gagnèrent ensemble 172 livres 4 sh. dans l’année. A cela s’ajoutèrent 12 livres G d. de dividendes de l’association et 5 livres d’intérêts provenant de divers placements; soit un revenu total de 244 livres 4 sh., un ensemble de PREUVES TIRÉES DU LANCASHIRE 257 dépenses d’environ 175 livres, et par suite près de 70 livres d’économie. Une faible partie seulement de ces économies fut d’ailleurs placée; la plus grande partie fut dépensée pour ce qu’on appelle les excursions pendant les vacances, et autres frais extraordinaires semblables. Les dividendes de l’association ne sont pas perçus, mais restent placés. La famille vit dans une maison particulière de 5 pièces, dont une sert exclusivement de salle commune. Les dimensions des chambres sont les suivantes : chambre du devant, 15 pieds 3 pouces sur 12 pieds 2 pouces, chambre de derrière, 15 pieds 3 pouces sur 9 pieds 3 pouces, hauteur: 8 pieds. La cuisine est annexée derrière à la maison. Le fond de la nourriture est le pain de froment ; on mange de la viande 5 fois par semaine. Parmi les dépenses ne figure pas le syndicat, parce que le mari de même que les enfants sont occupés dans une entreprise où ils sont intéressés; par contre il paie 4 d. par semaine d’assurance contre la maladie, moyennant quoi il lui est payé 8 sh. par semaine de frais de maladie et 8 livres de frais funéraires. Les dépenses pour l’habillement sont tout à fait élevées : 40 livres par an. Tout le reste ressort du budget que nous fournissons. Voir pages 258 et suivantes. Gomme preuve de ce fait, que les ouvriers en coton du Lancashire ne se trouvent en aucune façon dans une situation exceptionnelle, et que, bien plutôt, leur situation est tout simplement celle des ouvriers de la grande industrie anglaise, les cas qui suivent sont donnés comme exemples. Le premier cas concerne un représentant des mineurs 17 2o8 LA GRANDE INDUSTRIE Ol cq 01 qo^ n m o T-t ^ CVl îOCI^ffOCO — — Z£> 0000^05 a; co 2 a> c -d 0 03 O.-S 3 3 « ri â hCCHJUOÏÏÛH PREUVES TIREES I)U LANCASIIIRE 259 ^M CO -=? 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La durée du travail comporte 40 heures par semaine, et en moyenne 6 heures supplémentaires. Tous les quinze jours est intercalé un jour de fête, de sorte qu’il n’est travaillé que 11 jours. Le gain annuel du père s’élève, en comptant 50 semaines de travail, à 90 livres, celui des deux fils à 97 livres. A cela s’ajoutent comme dividende annuel de l’association 19 livres 4 sh. et comme intérêts d’autres placements 28 livres 6 sh. Cela donne un revenu annuel de 234 livres (4680 marks.) En face de ces recettes, les dépenses s’élèvent à 229 livres 6 sh. Dans ces dépenses n’est pas compris le loyer, puisque les mineurs du Northumberland n’ont rien à payer pour la location de leurs maisons qui appartiennent aux propriétaires des mines. Ces maisons sont les habitations ordinaires des ouvriers du nord de l’Angleterre, elles comprennent de 2 à 4 pièces ; dans le cas dont il s’agit 4 pièces en 2 étages de 28 pieds 12 sur 18. Le mineur reçoit aussi du charbon qui lui est livré gratuitement, moyennant 6 d. tous les quinze jours pour frais de chargement. Le mari est membre du syndicat et de l’association et aussi d’une société amicale, dont font aussi partie les deux fils. Le syndicat paie un secours dans le cas d’une suspension ou de toute autre interruption du travail (10 sh. par semaine) ; la société amicale donne 10 sh. comme PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 263 secours en cas de maladie et, plus tard, 8 livres pour frais funéraires à la mort d’un de ses membres et 2 livres à la mort d’un enfant. Les dépenses pour journaux, livres, etc. sont étonnamment élevées, car les mineurs du Northumberland se distinguent par leur intérêt très vif pour les choses de l’esprit. Par cela, aussi bien que par le rapport dans lequel les articles particuliers à l’habillement se trouvent relativement aux frais de nourriture, le budget cité plus loin se présente complètement comme un budget des classes moyennes. Le fond de l’alimentation est aussi le froment et la viande. La femme et les deux filles, dont l’aînée a 16 ans, ne vont pas au travail. A côté est exposé le budget d’un constructeur de machines de Londres. Le mari a 43 ans, la femme est du même âge. Ils ont 6 enfants, 2 garçons et 4 filles âgés depuis 17 jusqu’à 6 ans. Le mari gagne 41 sh. par semaine, les enfants, dont le fils aîné est déjà constructeur de machines, et la fille travaille dans une fabrique de tissus de coton, gagnent ensemble 18 sh. Le mari compte son gain annuel pour 105 livres, auxquelles s’ajoutent 45 livres gagnées par les enfants; soit un revenu total de 145 livres (2900 m.) Il faut considérer 50 semaines pour la durée du travail, tandis que 2 semaines doivent être comptées pour les maladies et les jours fériés (9 jours par an). Le mari déclare n’avoir jamais perdu de temps par suite de controverse sur le travail ou de manque d’ouvrage. Il est membre de la société des constructeurs de machines réunis, à laquelle il paie 1 sh. 3 d. par semaine, moyennant quoi il a droit à des frais de maladie, à des secours pour manque d’ouvrage et à l’assurance de sa 264 LA GRANDE INDUSTRIE 05 r- ao 1 O CO oo ao 1 1 C5 CO “ 1 1 1 O 1 1 CO CO , ao 1 1 ao “ 1 1 1 ■à 1 | 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 13 1 i 1 1 00 1 1 - i 1 1 1 1 S CO CM CM [ 00 tr fa 1 t- > w— 1 O 1 = —* CM G'I G'J Cl r- CO ür~" CO ’ ■" 1 CO aO 00 O -d O O 1 — — Cl .d (M 1 1 1 1 - - 1 CM CO 1 1 ■35 1 1 i i 1 1 ( 1 1 1 1 1 1 1 1 1 l 1 1 1 CO 1 1 Cl 1 oo 1 1 1 « cr « O •^4 O 1 O 0*1 G« (CI «M — Cl > Cl 1 O "CI Cl CI O O | 1 O \ C5 CO 1 1 l 1 ■g CO 1 - - - CO CM 1 - GO Cl 1 ao >’ 1 1 1 1 1 1 1 1 ! 1 1 1 1 1 1 00 00 00 1 1 CO 1 1 1 ! 1 1 en CI O sr:i CM CO I oc 1 1 Cl CO t» co 1 1 1 “ CO E- « G — ^ S H £ o a o g J a ^ 5 < o U w -< Q H Z 5 S Ed C/3 ◄ J K O O) ^3 O G G fa 0) ro • 03 O '03 • • C/3 N —' 03 03 G P £2? /J) U C/3 s -03 Ü G G O T. G G G h 03 Oh H tÆ _! CJ O 03 O 03 bO G 5 fa G 8 O G G PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 26 1 1 O o 00 - O w 1 | O O 1 1 1 O T 1 - i 1 1 1 - 1 1 1 1 — 1 1 Cl 1 INI 1 1 1 1 1 1 1 II l 1 ' 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Cl Cl 1 1 1 ■* 1 1 •* Cl 1 1 1 1 1 00 1 r- 00 Cl - 30 O0 1 " Cl O O Tl 1 ^ CO CM - 1 I 1 1 1 1 1 1 1 1 ! 1 1 1 Cl 1 1 1 ! 1 II 1 1 ' 1 M 1 1 1 1 | | 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 ™ 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 ! 1 1 1 1 1 CM l Cl 1 1 1 CM | 1 1 CO 1 1 1 1 1 ç© CO 1 ,4 1/2 O , O O CO Cl ^ 1 O Cl - i 1 Cl 1 1 1 1 1 1 - 1 1 - - 1 1 1 II 1 1 1 1 1 1 II M 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 II 1 1 1 1 II 1 1 CO Cl — 1 1 1 1 1 ~ 30 1 1 1 1 1 CO • • •>© 3 O hC • • • O C îi &H • - CD fcO ci fco ci &H ci '4) 53 0) c P 3 <*-< o> *3 sf 3 ci 3 O « L* O Eh ■ ‘ ai JD o C/5 C S O P- O Ch • n 0) • 3 CL. rs O O Ch J co P* O a co c CO w cc H J22 < 266 LA GRANDE INDUSTRIE B3 2 a ◄ O E- C ? 5 co 1 -«3* 1 ■* 1 1 1 DI GO U DE IDENl 1 1 1 1 - 1 DI r- DI 5 .3 Coupei DE 1 liv. st i 1 1 1 1 ! 1 1 di DI DI D » > £ *< "T3 o **& CO | DI O 1 di CD M E3 C Û SS ■s 1 1 1 1 1 1 1 o DI CS H | C/5 C/5 H ■g I 1 1 1 1 1 1 1 - O t- 'cT , D O 1 a •d O DI O 1 ° DI SM O CD o ZC sa C Û SS A CO 1 1 1 1 1 DI •“S-* O a C/5 75 £ 1 1 1 1 1 1 1 1 DI s H S < J £3 75 H CL. -H Q © fco O CO ‘o se- O 75 g ~a >~î c /—S 75 75 05 .G cd © © 3 GT 1 © 75 75 G © G cd > _© © “ Dh cd *© *© 75 G cd 75 79 © ci" o 3 © © r* cd G O ’3 75 CL, v© G G ^cd t- 2 G _© © 75 (poi Cd © c .2 cd 75 75 cd î- © X O © I© 75 C # o 75 © G © © pour fin © 05 ^3 o o 0) 05 75 G î_. 75 © G Ë cd 2 C/5 © © s G O C/5 o o >—i CO C < CJ *3 H CO H PREUVES TIREES DU LAXCASIIIRE 267 I III I II O I ro iO s n co o ^ o o I I i Cl O ^ I I I ce fM æ iO ◄ ?: M 3 3 Q 3 ed o “3 3 O 3 tfl en 3 JB fcO ^ ed —< |“È3 3 O * ed o O O 3 ■"3 e/5 3 3 ns 3 O e/5 ’ u e/5 3 <—> C_ C- Ü 3 3 e/5 3 3 «■3 £ 3 3 C o X 3 o 3 c/5 3 O *3 3 jri 3 ed > *5 — ’tp 3 U 3 ns t- O *3 nS -J 3 O s» 3 ed s ed •3 C 1 3 Cn -3 e/5 -<Ç £ 3 > *3 7d « P - *— 05 ed • — ed ce ca 3 ^5 fcD 3< ed 3 c n ‘3 3 3 n3 ns O s I ^ ^ ^ *3* ^ co -jh ! — in «fa co _art__ CM ^ TM i 05 | 05 -s^ CO «^- CO ^ CD |^-« j O 1 * O art 1 ^ 1 ^ «•— *<3< I I I I I I I I I II I II SD CD CO 00 ™ 05 DI fa «a» ^ ^ ' o ' a o a -”a o CO a a a >• ^ a a fa a -O 'O a .t- -a a a H cæ J ‘O O a _ a - , a a fa Ü U O O a .5 a b0 a Ë o a a bQ 3 a o a — •-. O fa COMPARAISON AVEC L ALLEMAGNE 271 l Il II II Il M 1 1 1 1 1 II 1 <= ^ - S 1 . 1 1 Il 3 1 1 II 1 1 II 1 CO MI | CO O | ^ j | O O | —-O ncîN i i i r i il - i - i INI II II II I II I Mil I I I I I I I fl • O fl £ O O 2 Ph a x • 3 O «•fl -fl s ü fl (fi «—I fl ü > Cm fl O «- Ph W (fi A s fl fco 3 -fl O 3 cr O -fl O fl fl O c b£) — O C/D O) bo fl fl fl Lm 'O - A* S • fl -fl fl fl- fl O fl. tuD C/5 fl X fl -fl fi _A 3 -fl fl 3 O >v< C3 fl u n (fi fl fl O -fl 'g P- CJ s C/D C2 • . O) • *3 ~ * • • Æ • bo a a 3 b€ fl C- 272 LA GRANDE INDUSTRIE ro T'i CO CO 3 » « CS S r/s *03 rH n ü H CA O » (O Js CD 03 2i ^3 § S c w w t/5 C/3 0) C- O 05 SCIhIGH 03 03 CÆ «< < CJ CÛ CÆ PREUVES TIRÉES DU LANCASHIRE 273 enfants fournissent aux parents 7 marks par semaine pour la nourriture et le logement. DÉPENSES DE LA SEMAINE POUR NOURRITURE , LOGEMENT, ETC. Pain de seigle, 2 ° qualité. 42 livres a marcs 60 pfennigs. Pommes de terre. 30 — i — 80 — Pain blanc (petits pains à 25 gr.) . 2 — 2 — )> - Farine de froment 2 e qualité. . 2 — )) — 40 — Viande (le dimanche seulement) . 3/4) )) 45 — Graisse. Légumes (pois, lentilles, riz, etc.). t/2 j )) - 3 _ 40 — Café en grains.. H - » — 20 — Beurre. 2 1 '2 3 — 40 — Petit lait. 6 litres )) — 60 — Loyer . » 3 — 20 — Caisse de malades et assurance contre la vieillesse. » )) 65 — Frais d’école. )) )) — 45 — )) 21 marcs 85 pfennigs. 11 ressort du budget cité, comparé avec les budgets d'ouvriers anglais, que ce qui constitue le fond de la nourriture de l’ouvrier anglais — laviandeetle froment — ne se présente chez l’Allemand que comme dépense de luxe. Gela s’applique en particulier aux 3/4 de livre de viande par semaine pour une famille de 4 grandes personnes, dont 3 travaillent, et 2 enfants. Une comparaison par chiffres, entre des budgets d’ouvriers allemands et anglais, est complètement impossible à faire en détail, en se fondant sur ce qu’on sait que le froment est plus riche en gluten, c’est-à-dire en albumine que le seigle, et un r apport fixe de valeur entre les deux est cependant impossible à établir à cause de trop grandes oscillations d’après les récoltes, les conditions du sol, etc. Mais il ressort du 18 274 LA GRANDE INDUSTRIE budget cité plus haut une autre conséquence, qui, d’après de nombreux communiqués de toutes les parties de l’Allemagne, peut bien être généralisée : c’est que les recettes ne fournissent, dans les cas favorables, rien de plus que la nourriture. Pour les autres dépenses, il ne reste, règle générale, rien ou peu de chose. Avec cela, l’industrie allemande manque d’acheteurs de grands lots d’articles. Des ouvriers instruits, même dans les cas favorables, et lorsque les enfants ou la femme travaillent aussi, dépensent à peine 300 marks par an pour l’habillement et d’autres produits de l’industrie, tandis que, dans les budgets anglais communiqués plus haut, ces dépenses s’élèvent à 1000 m. et au-dessus. Une famille d’imprimeurs de Leipzig — appartenant par conséquent à la classe d’ouvriers la plus élevée — avec deux enfants seulements n’a que 174,40 marks par an de disponibles pour l’habillement et la chaussure. « Pour épargner la chaussure, les enfants courent nu-pieds dans la saison la plus chaude. Le ménage des familles d’ouvriers allemands n’est jamais acheté neuf, mais, comme aussi dans des cas nombreux les vêtements, acquis chez le revendeur ou reçus par bienfaisance. Des preuves nombreuses de ce fait sont fournies par des budgets d’ouvriers de Francfort, qui ne se rapportent nullement à des classes particulièrement basses d’ouvriers, — désavantage qui n’est pas à négliger pour l’industrie allemande, particulièrement pour l’industrie textile,laquelle,comme le montrent de nombreuses dépositions devant la commission d’enquête, se ressent vivement de l’élévation des prix des denrées, de l’abaissement des salaires ou des réductions du travail dans les autres branches les plus importantes de l’industrie, PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 275 particulièrementdansl’exploitation des mines etl’industrie métallurgique. Lorsqu’on visite l’ouvrier anglais dans sa demeure, on se convainc, d’un coup d’œil, qu’il y a là plus que le simple entretien de l’existence, et que plutôt certaines exigences du confortable sont satisfaites,ce qui a l’influence la plus favorable sur la vie de famille. Entrons par exemple chez le filateur de Hyde, dont nous avons donné le budget plus haut. Devant la maison se trouve un petit jardin. A l’époque où fut fait le relevé du budget (en août 1891), il était planté de fleurs. La porte de la maison conduit dans la salle commune, dont les dimensions ont été données plus haut. Au milieu de la cloison de gauche se trouve une grande cheminée avec un feu de charbon éclatant. Au milieu pend une marmite dans laquelle bout l’eau pour faire le thé indispensable à chaque repas. A côté de la cheminée se trouvent des rôtissoires et des casseroles. Au milieu de la chambre il y a une grande table rectangulaire, la salle à manger de la famille. Contre la deuxième cloison un long divan, contre la troisième une commode en acajou sur laquelle sont quelques oiseaux empaillés et des livres. Contre la quatrième cloison est placé un piano, à l’acquisition duquel l’ouvrier anglais emploie volontiers ses économies, surtout dans le Lancashire, dont les habitants ont un goût particulier et des dispositions pour la musique. Je l’ai vu dans beaucoup d’habitations d’ouvriers, même chez des tisserands de Bacup, qui ne payaient pas plus de 3 sh. 9 d. pour leur logement. La valeur de l’instrument aussi bien que des productions musicales a beau être faible — il m’a été raconté que les deux filles tenaient pour suffisant 10 heures de leçon r 276 LA GRANDE INDUSTRIE pour apprendre cet art, — la vie de l’ouvrier du Lanca- shire ne gagne pas moins en tous cas à la pratique de la musique une gaieté, qui est doublement désirable en raison de la triste monotonie des centres d’industrie du nord de l’Angleterre. Le sol de la pièce est couvert d’un tapis de linoléum. Nulle part ne manque un fauteuil pour le chef de famille. Cinq autres chaises complètent l’ameublement. Derrière la salle commune se trouve la cuisine. Cette pièce ne sert cependant pas à faire la cuisine, qui se fait d’habitude dans la salle commune, mais seulement à la préparation des aliments et est aussi employée surtout comme buanderie. Le regard y est frappé particulièrement par lagrandelessiveuse maçonnée avec son feu de charbon. A la fenêtre se trouve une pierre à laver avec conduite d’eau. Dans l’inventaire de cette pièce ne manque pas non plus ce qu’on appelle une machine tordeuse qui sert à tordre la lessive humide, et dont je n’ai constaté l’absence que dans un petit nombre de maisons des ouvriers cotonniers que j’ai visitées. Derrière la cuisine se trouve une petite cour avec une caisse pour le charbon. Un escalier étroit conduit de la cuisine à l’étage supérieur, dont les deux pièces servent de chambres à coucher et sont meublées de lits, d’armoires, etc. C’est là le type ordinaire des maisons d’ouvriers dont beaucoup présentent une installation plus confortable. Le premier objet dans ce sens est en général une machine à coudre. L’uniformité est aussi surprenante dans les constructions que dans l’installation. Le plus mauvais type des maisons d’ouvriers, qui disparaît aujourd’hui peu à peu, se distingue de celui qu’on vient de décrire par ce fait que la cour de derrière et la cuisine manquent, les PREUVES TIRÉES DU LANCASHIRE 277 maisons sont construites les unes contre les autres, accolées par leurs murs de derrière, et la salle commune du bas occupe la surface entière de la maison. II se trouve alors à l’étage supérieur deux chambres à coucher donnant sur le devant. Le mode d’installation, au-dessus de la moyenne, relègue la cuisine dans une annexe après la cour, de sorte qu’au rez-de-chaussée il existe deux pièces, une sur le devant, l’autre derrière, auxquelles correspondent en général trois chambres en haut. Elles possèdent souvent aussi un vestibule spécial. Ces types de construction se retrouvent aussi bien dans les lieux de fabrication situés près de Manchester, qu’au siège du tissage dans le nord du Lancashire. La disposition et l’installation décrites plus haut peuvent être regardées, d’après les nombreux exemples que j’ai vus, comme un cas ne s’élevant en aucune façon au-dessus de la moyenne. Tout particulièrement caractéristique pour la condition de vie élevée des ouvriers en coton du Lancashire est la quantité des capitaux répandus dans leur sphère, qui proviennent des excédents de nombreux budgets d’ouvriers. 11 se présente là une espèce de décentralisation économique de la société par le progrès d’un partage proportionnel de la possession, —conséquence, comme nous le voyions plus haut, de l’évolution de la grande industrie. Il est . certain, en présence de ce fait, que la théorie de Karl Marx est erronée, lorsqu’il dit que les classes ouvrières, opprimées au point de vue économique par suite du développement delà grande industrie, s’élèveront pourtant à la puissance politique, jusqu’à ce qu’enfin, tenant dans leurs mains le pouvoir, ils provoquent la révo- 278 LA GRANDE INDUSTRIE lution économique qui, de non-propriétaires qu’ils étaient, doit les rendre participants à la propriété du capital existant. On voit plutôt constamment dans l’histoire la décentralisation économique, c’est-à-dire une répartition uniforme de la propriété, précéder une division plus uniforme de la puissance politique. Les pays où la répartition de la propriété est inégale furent toujours oligarchiques, comme les pays de grande propriété foncière, de commerce et de grande industrie naissante. C’est dans la mesure où le développement de l’exploitation mécanique élève la condition économique des classes ouvrières, que ces dernières gagnent une influence effective, qui manque au parti ouvrier intransigeant de ce premier degré du développement, parce qu’il se fonde sur une faiblesse économique. De quelle manière, demandons-nous, est placé le capital largement réparti entre les ouvriers en coton du Lancashire? Il faut faire entrer en ligne de compte les compagnies d’assurances de toute nature, en particulier les grandes et riches associations amicales, puis les caisses d’épargne nationales et privées, les sociétés de construction, les entreprises industrielles, etc. Nous ne mettons en évidence ici que deux sortes de placements : les associations et les sociétés par actions. Pour ce qui concerne les associations, je renvoie à ce qui est dit dans le premier volume de mon livre sur « la paix sociale », aussi bien qu’à l’excellent ouvrage de Miss Potter. Prenons seulement ici comme exemple l’énorme chiffre d’affaires traitées par l’association d’Oldham. Cette dernière comprenait en 1890 onze mille membres, appartenant exclusivement aux classes ouvrières, et avait en 1889 PREUVES TIRÉES DU LANCASHIRE 279 un encaisse de 341.195 livres. Cette association possède un grand nombre de magasins d’épicerie, de vêtements, de boulangerie, de boucherie, de chaussures, de meubles, de modes, etc. En outre, elle a une division spéciale pour la construction de maisons et avait, à l’époque considérée, dépensé environ 100.000 livres à bâtir 623 habitations d’ouvriers, qui étaient déjà devenues en grande partie la propriéié privée d’ouvriers particuliers. En outre une caisse d’épargne est rattachée à l’association avec 18.000 livres de dépôts. L’association a placé une partie de sa fortune dans des filatures montées en actions, partie en actions, partie en obligations. Comme dividendes elle payait à ses membres en 1889 50.000 livres (1 million de marcs, 1.250.000 francs), c’est-à-dire presque 100 marcs par membre, et en outre 5.000 livres d’intérêts aux propriétaires d’obligations. En outre elle dépensait des sommes importantes pour l’éducation et l’amusement. Le comité d’enseignement avait organisé dans l’année considérée une grande série de leçons sur les sujets les plus variés, partie en liaison avec le mouvement d’extension de l’université, partie avec ces sociétés qui se consacrent, comme nous l’avons dit plus haut, à la propagation des connaissances techniques. Des classes d’enseignement furent ouvertes sur l’industrie du coton, la botanique, la physiologie, l’hygiène, la tenue des livres, la sténographie et la confection des vêtements. L’association possédait une bibliothèque de 13,575 volumes, et en outre plusieurs salles de lecture avec de nombreux journaux et revues, elle organisait des soirées, des bals, des représentations théâtrales, etc. Pour ce qui concerne la construction par des associa- 280 LA GRANDE INDUSTRIE tions, je reçois du comité de l’association de Bacup la communication suivante : « Le prix moyen auquel nous cédons des maisons à nos membres s’élève à210 livres. L’association fait bâtir les maisons en traitant avec des architectes d’ici, et lorsqu’elles sont terminées, elle les vend aux enchères à ses membres. Ceux-ci paient le prix total en une fois ou bien doivent payer les intérêts pour la somme due, et en outre 1 livre 10 sh. dans les trois mois, jusqu’à ce que la somme totale soit payée. S’ils désirent payer plus vite, leur proposition est naturellement acceptée. Les chambres ont cinq coudées de large A LA FIN de l’année MONTANT de l’intérêt DES 15 LIVRES 12 sh. payés, reste pour l'amortissement RESTE A PAYER j i. sh- d. 1 . sh. d. 1 . sh. d. | 190 0 0 i r ® 9 10 0 6 2 0 183 18 0 2* 9 3 10 3(4 6 8 1 1/4 177 9 10 3/4 3' 8 17 6 6 14 6 170 15 4 3/4 4" 8 10 9 1/4 7 1 2 3/4 163 14 2 5' 8 3 8 1/2 7 8 3 1/2 156 5 10 1/2 6 e 7 16 3 1/2 i 15 8 1/2 148 10 2 7 e 7 8 6 8 3 6 140 6 8 8° 7 0 ' 4 8 11 8 131 15 0 9- 5 11 9 9 0 3 122 14 9 10» 6 2 8 3/4 9 9 3 1/4 113 5 5 3/4 11° 5 13 3 3/4 9 18 8 3/4 106 0 9 12° 5 3 4 10 8 8 92 18 1 I 3* 4 12 10 3/4 10 19 1 1/4 81 18 11 3/4 14- 4 1 10 3/4 11 10 1 1/4 70 8 10 1/2 15" 3 10 5 1/4 12 1 6 1/4 58 7 3 3/4 16' 2 18 4 1/4 12 13 7 3/4 45 15 8 17' 2 5 8 1/4 13 6 3 1/4 33 7 4 3/4 18° 1 12 4 1/2 13 19 7 1/2 18 7 8 3/4 19 e 0 18 4 1/2 14 13 7 1/2 3 14 1 1/4 et quatre de long, les cuisines de deux à trois coudées ; derrière la maison se trouve une cour de douze coudées PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 281 carrées. Au premier étage se trouvent de deux à trois chambres à coucher. Le long de la maison, court un corridor (du derrière au devant). » Dans une autre association, les maisons sont payées dans l’espace de 19 ans en prenant pour base un taux d’intérêt de 3 0/0. L’intérêt et l’amortissement s’élèvent par an à 15 livres 12 sh. De ce qui précède, il résulte que le mérite d’une heureuse solution de ce qu’on appelle la question du logement de l’ouvrier revient, en première ligne, à une plus grande participation des classes ouvrières à la possession du capital national. Le développement du système des actions est d’un intérêt particulier dans la filature d’Oldham et cela, non seulement au point de vue économique, mais encore au point de vue social. On a dit un mot plus haut de la manière dont l’exploitation par actions activait le développement de la grande industrie et la concentration du capital, et en même temps rendait possible un abaissement considérable des frais de production. C’est un fait digne de remarque que ces grandes filatures d’Oldham montées en actions et installées avec les machines les plus perfectionnées, qui peuvent être regardées aujourd’hui comme à la tête de la filature du coton, sont aussi des figures intéressantes au point de vue social et sont issues effectivement d’un mouvement des classes ouvrières. Leur origine remonte au mouvement d’association qui a depuis longtemps son siège principal dans le Lan- cashire. Cependant les rives du ruisseau le Roch, qui arrose Todmorden et Rochdale sont celles d’un nouveau 282 LA GRANDE INDUSTRIE Tibre, d’où l’idée d’association doit sortir dans la pensée de ses partisans pour conquérir le inonde entier. En réalité pourtant, les tentatives des associations de production ont le plus souvent échoué, et ne se sont montrées possibles qu’à condition de supposer des membres dans une situation morale extraordinairement élevée. Par contre, les sociétés de consommation, auxquelles appartiennent les grandes masses des ouvriers en coton et des mécaniciens, eurent un succès croissant. Elles initièrent l’ouvrier à la conduite pratique des affaires. De plus, les dividendes qui souvent n’étaient pas retirés comme produits d’épargne par les membres, s’amassaient en capitaux considérables qui réclamaient un placement. Ces deux conditions devaient concourir à assurer un succès à l’établissement d’entreprises par actions de la part des classes ouvrières. Une autre circonstance favorisa cette évolution: de nombreux patrons d’Oldliam étaient issus des rangs des ouvriers, exactement comme cette vaste classe de contre-maîtres, de techniciens et de directeurs qui se trouve entre les entrepreneurs et les ouvriers. Dans tous les pays du monde, des ouvriers d’Oldham ont, comme administrateurs et directeurs, fondé et dirigé des filatures, principalement aux Indes et en Russie. Avec leurs économies ils rentrent ordinairement dans leur patrie, devenus des gens qui comptent parmi les plus experts dans le domaine de l’industrie du coton, et qui cependant sont en étroite communion d’idées avec la classe des ouvriers, des rangs desquels ils sont sortis. Dans les conférences politiques et sociales, la situation de l’industrie du coton fournit depuis longtemps un thème intéressant entre tous. Avec cela se répandirent PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 283 les connaissances commerciales en notable proportion dans les cercles les plus éloignés, par le moyen des salles de lecture, salles de conversation, conférences et divertissements du soir, des associations, établissements d’enseignement technique, etc. Même la classe d’ouvriers la plus payée d’Oldham, celle qui est occupée dans les fabriques de machines, dépend de la même manière de l’état de l’industrie du coton et a les mêmes intérêts pour la situation et la technique de l’industrie. Il arriva ainsi qu’avec l’appui des sociétés de consommation, déjà en 1860, fut fondée une filature par actions, qui comptait au nombre de ses fondateurs beaucoup d’ouvriers et de gens, d’un rang social peu élevé au- dessus de celui des ouvriers. Cette filature, la Sun Mill, aujourd’hui un des établissements les plus grands et les meilleurs d’Oldham, a parcouru une brillante carrière. Dans les dix premières années de sa fondation, elle pouvait déjà payer des dividentes de 10 à 30 0/0. Bientôt après elle prirent naissance une quantité d’entreprises analogues. Toutes ces fondations émanaient de gens qui pouvaient prétendre à une compétence spéciale, sans cependant que leur condition sociale fût séparée par un abîme de celle des ouvriers. Installées avec les meilleures machines,ces fabriques furent surveillées par leurs actionnaires de la façon la plus rigoureuse. Aussi dans la période de baisse des affaires,vers 1860, il est généralement reconnu qu’elles ont mieux supporté la tourmente que beaucoup d’établissements privés. Pas une seule de ces sociétés n’est tombée à cette époque. II va de soi que le capital de plus grands capitalistes est aussi placé dans ces filatures en actions ; malgré cela 284 LA GRANDE INDUSTRIE la plupart ont conservé leur caractère d’entreprises des classes ouvrières. Une preuve indubitable en est que dans les assemblées générales on ne vote pas d’après le nombre d’actions qu’on possède, mais par tète;il en est ainsi pour 90 0/0 de toutes les associations d’Oldham. La possession d’un nombre minimum d’actions n’est pas prescrite pour les places de directeur, mais chaque actionnaire est éligible au même titre. « Presque toute la population de manœuvres et de petits marchands dans la ville d’Oldham a des intérêts dans la filature », est-il dit dans l’annuaire de l’association de Manchester. Le même fait m’est confirmé par une lettre deM. Samuel Andrew, le secrétaire de la grande Société des entrepreneurs. Les ouvriers, qui ne veulent pas supporter les risques de la possession d’actions, livrent aux entreprises leurs économies sous forme de prêt ; on accepte les mises du montant le plus faible. Même les actions ne dépassent pas la somme de S livres. Parmi ceux qui plaçaient leur argent dans les filatures, sont aussi apparues les corporations, et je sais delà bouche même du secrétaire en question que l’un des plus éminents chefs de corporation du Lancashire occupa en même temps pendant quelque temps une place de confiance dans la plus grande filature par actions d’Oldham. La concurrence pour les places de directeur, la publicité de la conduite générale des affaires aussi bien que l’amour-propre des actionnaires qui veulent posséder les meilleures machines, font qu’àla longue toutes les .entreprises de ce genre sans exception ont été couronnées de succès au point de vue commercial. M. Samuel Andrew, l’homme PREUVES TIRÉES DU LANCASHIRE 285 le plus compétent dans le domaine de l’industrie du coton, a vanté devant la « Commission on Dépréssion of Trad » l’habileté de ces directeurs sortis des rangs des ouvriers et attribué à ces entreprises le salut de l’industrie du coton. Même à l’époque de l’essor du système, au commencement de 1860, la conduite des affaires des associations n’aurait, d’après lui, soulevé aucune objection. La meilleure preuve en est dans la durée des entreprises et en outre aussi dans ce fait qu’aujourd’hui beaucoup d’entrepreneurs particuliers préfèrent placer leurs capitaux dans ces associations. La largeur d’idées delà loi anglaise sur les actions, qui laisse à la disposition des partis une grande partie des clauses des contrats d’association (par ex. le montant des versements sur les actions, le prix total des actions, les conditions de vote dans l’assemblée générale, etc.), a favorisé cette évolution utile tant au point de vue économique qu’au point de vue social. Les tentatives d’exploitation par actions de ce genre ont été moins prospères dans l’industrie du tissage que dans la filature. Il en existe cependant aussi un certain nombre d’exemples, comme la fabrique de tissage « Self lielp » à Burnley. Edward Rawlinson, que nous avons cité plus haut, mentionnait devant la « Commission on Dépréssion of Trade » l’existence à Burnley de six fabriques de tissage montées en actions, comptant ensemble 661 actionnaires, dont 213 étaient des manœuvres. Quels sont les effets sociaux de l’évolution décrite ? La participation des masses étendue aux profits industriels contribue plus que toute autre chose à l’adoucisse- 286 LA GRANDE INDUSTRIE ment de ces antipathies de classes, de même qu’elle provoque l’avènement de la grande industrie. Ouoi- qu’à l’intérieur de l’exploitation on soit tenu à la discipline la plus rigoureuse, la condition personnelle de tous les participants s’engage cependant sur le terrain de l’égalité des droits. Pourtant les directeurs de ces associations sont presque toujours issus des rangs des ouvriers. Mais il y a encore quelque chose de plus important. Il apparaît d’une façon nette et claire aux yeux de l’ouvrier qu’il dépend en première ligne de l’état de son industrie, et que tout ce qui la concerne le touche lui-même. Cette conviction s’acquiert facilement là où des cercles étendus d’ouvriers à gages dépendent non seulement des salaires, mais en même temps des profits industriels. Ils suivent avec zèle les cours de bourse, qui sont contenus chaque semaine dans le « Cotton Factory Times » ; le système des actions leur rend possible d’être renseignés sur l’état de l’industrie aussi bien que les entrepreneurs particuliers. Cette situation a une double conséquence. Si les variations des salaires en conformité avec les fluctuations des profits résultent déjà, comme il a été dit plus haut, de la dépendance où se trouve la grande industrie des événements extérieurs, cette adaptation devait se faire de la façon la plus rigoureuse dans le Lancashire, où les ouvriers saisissent nettement la situation commerciale de l’industrie, la possibilité d’élévations des salaires ou la nécessité inévitable de leur abaissement. Les ouvriers apprennent aussi d’un autre côté à comprendre la justice de ce qu’on appelle les frais d’administration. Ils apprennent par expérience qu’il importe à une industrie de posséder autant que possible PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 287 les directeurs les plus capables et que l’on rentre largement dans les dépenses qu’on a faites dans ce but. Les côtés faibles du système, qui tenaient autrefois surtout à la forme de l’entreprise par actions, semblent ici en grande partie supprimés. Gomme principal inconvénient on a coutume d’alléguer que les actionnaires ne sont habituellement qu’en apparence des entrepreneurs, que l’assemblée générale n’exerce qu’un pouvoir apparent et que le comité a la plupart du temps dans sa main les membres de l’association qui n’ont aucune expérience commerciale. Ainsi, dit-on, les membres du comité exerçaient effectivement le rôle d’entrepreneurs sans supporter la responsabilité personnelle de l’entrepreneur. Cet inconvénient n’est cependant pas inévitable. Il est même impossible là où les actionnaires, domiciliés sur les lieux, sont eux-mêmes versés dans l’industrie entreprise par l’association, et ont sous leurs ordres des gens qui comptent parmi les plus compétents dans le domaine de l’industrie, comme ces vétérans de l’industrie du coton qui ont conquis leurs grades aux Indes, au Japon, en Russie, etc. Dans ce cas l’assemblée générale est comme un monarque jaloux de ses droits qui tient ses sujets sous une surveillance rigoureuse. Le fait suivant mérite d’être mis en évidence ; c’est que ces exploitations en actions par association d’Oldham, parmi lesquelles plus de 70 ont été relevées, ne sont nullement des associations de production. Elles ne garantissent même en aucune façon aux ouvriers une participation aux profits, dans laquelle réside une des causes du succès. On dit que la participation aux profits n’offre aucun avantage dans la filature du coton, 288 LA GRANDE INDUSTRIE parce que le système du salaire à la pièce est pour chacun un stimulant suffisant au travail, qui n’est pas augmenté par une participation aux profits. En outre, les salaires seraient si élevés, qu’ils ne pourraient pas être augmentés sans restreindre au delà de toute limite économique les frais d’administration et les primes destinées à couvrir les risques des actionnaires. Le seul moyen d’améliorer les salaires serait de réaliser une économie de travail, basée sur des progrès techniques. En effet ces sociétés par actions ont d’un côté, par une diminution extraordinaire des frais de production et un abaissement des prix du fil, ramené les profits à la mesure la plus faible possible, et de l’autre côté, elles sont devenues un modèle donnant le ton pour les progrès techniques. Mais pour juger la situation d’une classe d’ouvriers, une simple description ne suffit pas ; il faut chercher à se faire une idée de leurs sentiments et de leurs idées. J’invite donc le lecteur à passer avec moi dans le Lan- cashire un jour qui restera pour moi toujours parmi mes souvenirs les plus intéressants. Depuis une série d’années, dans la plupart des endroits industriels du Lancashire, il y a une semaine de chômage îpour les fabriques ; celle-ci tombe dans les mois de juillet jusqu’à septembre (c’est ce qu’on appelle wakes). Une grande partie des ouvriers en coton, aussi bien que les constructeurs de machines, emploie une partie des économies réalisées à faire des excursions et des voyages d’agrément. Partout se trouvent des caisses spéciales dans lesquelles sont faits pendant toute l’année des versements pour réaliser le but rêvé (c’est ce qu’on PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 289 appelle les « going off clubs »). A Oldliam seul dans les dernières années il était retiré de ces caisses chaque année au commencement des congés pour les excursions projetées 65.000 livres (1.300.000 marcs), dont environ 45.000 livres reviennent aux ouvriers en coton et 20.000 livres aux constructeurs de machines occupés dans les fabriques ainsi que me l’a affirmé M. Andrew que j’ai maintes fois nommé. Les ouvriers parcourent alors la région voisine des collines du Derbyshire et le bassin des lacs anglais; beaucoup d’entre eux vont à Londres pour y visiter les curiosités, et quelques-uns même prolongent leur voyage jusque sur le continent. Mais ce qui de tout est le plus recherché, c’est la mer ; en particulier l’ile de Man et la station de bains de mer de Blackpool située dans le Lancashire sont ces jours-là inondées de touristes. Avec un ecclésiastique de ma connaissance qui voulait visiter un de ces jours de congé ses paroissiens à Black- pool, je me rendis à cette station balnéaire. Arrivés par un train de plaisir, nous traversâmes le village encombré de monde et composé de maisons de location, et nous nous rendîmes tout d’abord à la plage. Là grouillaient des milliers de gens, bien nourris et bien habillés, les hommes pour la plupart de cette stature puissante, un peu lourde, qui nous frappe souvent chez les Anglais, les jeunes filles et les femmes vraies Anglaises par la taille, la stature et le teint, et parmi tout cela quelques types celtiques isolés. « 90 °/o ces gens-là, m’apprit mon compagnon, sont des « mill-hands » c’est-à-dire des ouvriers de l’industrie du coton, les autres pour la plupart sont des constructeurs de machines. » Son œil exercé reconnais- 19 290 LA GRANDE INDUSTRIE sait les représentants des branches principales d’industrie du Lancashire. « Cet homme élancé, un peu absorbé dans ses pensées, qui est venu à la fête avec sa moitié est le Mulespinner qui peut gagner 2 livres et plus par semaine. Cet autre à côté, d’apparence plus vigoureuse, est vraisemblablement un représentant de l’industrie de la cons- tructiondes machines,partoutinstalléeà côté de l’industrie du coton, et alors certainement membre de la fameuse association mixte. Cette jeune fille dans tout son développement qui tient beaucoup apparemment à elle-même et à son aspect extérieur, doit être une des tisseuses à quatre métiers nombreuses dans notre ville, gagnantpar semaine 24 sli. et plus avec de belles économies ; là cette foule plus jeune vêtue d’habits plus communs et de toutes couleurs, sort des salles de cardage et de préparation ; parmi les plus jeunes peuvent aussi se trouver des Ring spinners que notre ami Mullin est en train d’organiser. » « Si vous y faites attention, poursuivit mon compagnon, l’aspect de ces gens doit déjà vous apprendre que les femmes se marient ici plus tard que dans le prolétariat misérable de notre grande ville. Il en était autrement autrefois ! Aussi longtemps qu’elles ne purent pas rendre leur situation plus mauvaise par le mariage, les ouvrières en coton se mariaient aussi de bonne heure et apportaient fréquemment des enfants en se mariant. Aujourd’hui elles songent le plus souvent, au lieu de cela, à se marier avec une certaine épargne qui leur permette d’abandonner le travail de la fabrique après la naissance du premier enfant. Il arrive ainsi que les familles restent ici réunies plus longtemps que ce n’était le cas autrefois dans les centres ouvriers. 50 °/ B de ces gens-là, et c’est assurément une PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 291 forte proportion, peuvent du reste avoir fait vœu de tempérance, disposition que la nouvelle direction de la corporation soutient particulièrement. » Tandis qu’en bavardant ainsi, nous parcourions le rivage, l’agitation de la fête populaire se développait autour de nous. A côté des diseurs de bonne aventure et des musiciens nègres, des couples dansant sur les ponts, à côté des chevaux de bois, qui étaient mis en mouvement par des machines à vapeur, trait caractéristique de l’époque et de l’endroit (mon compagnon assurait que le sifflement incessant des machines était une distraction pour la foule, qui, même pendant ses congés, ne pouvait se passer d’entendre la voix de la vapeur, ce souverain si détesté autrefois). — A côté de tout cela nous vîmes des prédicateurs entourés de cercles épais d’auditeurs ; à côté des enfants insouciants jouaient dans le sable. Tandis que le flot, roulant ses vagues, effaçait les petits jardins construits par eux, cette vue jeta mon compagnon dans une polémique contre la propriété privée en biens et en terres. Sur ces entrefaites midi avait sonné, et nous nous rendîmes à l’invitation qui nous avait été faite par une connaissance de mon ami, appartenant à sa paroisse. Nous nous dirigeâmes vers une des pensions qu’habitait une société d’environ 50 personnes, tous ouvriers en coton de la paroisse de mon compagnon. Au haut bout de la table était assis un vieillard vigoureux, d’aspect encore vert, semblable à un patriarche au milieu des siens; à côté de lui, sa digne moitié, à la garde de laquelle une grande partie de la jeunesse présente avait 292 LA GRANDE INDUSTRIE été confiée. Le repas placé devant nous se composait de thé, d'œufs avec du porc fumé, de mouton rôti avec des pommes de terre et des pois verts. Avec cela il y avait une boisson de tempérance très appréciée, tandis que le tee totalisme n’est guère répandu en Allemagne. Placé en qualité d’hôte à côté du vieillard, j’essayai de l’amener à parler de l’ancien temps, ce à quoi il se prêta avec empressement. Ses parents, me conta-t-il, étaient des tisserands en chambre du nord du Lancashire ; il avait été élevé au milieu de la misère la plus cruelle. A peine avait-il su parler et marcher, qu’il avait dû déjàfaire tourner le rouet. A 8 ans il était entré dans une filature et été placé d’abord dans l’atelier de cardage, où à cette époque une grande quantité d’enfants avaient été employés. Plus tard il a occupé un poste de rattacheur ; mais comme il n’a pas eu la chance de devenir fdateur, — du grand nombre de rattacheurs alors nécessaires, quatre ou cinq par dateur, quelques-uns seulement y sont arrivés — il est passé à l’industrie du tissage mécanique. Dans la deuxième décade, dans laquelle est tombée sa jeunesse, non seulement sa famille, mais la population entière de son pays natal avaitmené une vie pleine de privations. La nourriture habituelle était du gâteau d’avoine et des pommes de terre; la viande au contraire était inconnue et il n’avait vu le premier morceau de pain de froment que lorsqu’il avait émigré du nord du Lancashire pour se rendre dans un faubourg de Manchester. Les vieillards, lorsqu’ils étaient devenus incapables de travailler, entraient généralement dans des asiles, car ils n’avaient pas pu garder d’économies par devers eux. Les jeunes gens étaient debouillants Cliarlisles, et lui-même PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 293 avait compté parmi les plus ardents. Il se souvenait très bien du grand homme populaire, Fergus O’Connor : il se rappelait bien aussi comment la police avait dispersé leurs assemblées et comment beaucoup de ceux qui y prenaient part étaient entrés en prison. Le sang avait même coulé à plusieurs reprises alors que les conflits en armes n’étaient pas rares. Mais l’ouvrier avait encore surtout vivant dans la mémoire ce carnage de Peterloo, où la Yeomanry de Cheshire chargea les ouvriers en coton de Manchester. A ma question de savoir quelles avaient été les aspirations du Chartisme, le vieillard répondit : un parti ou- vrierdans le Parlement, le pouvoir dans le gouvernement par le suffrage universel, pour transformer la loi contre les pauvres en une loi en faveur des pauvres. Avec le Chartisme,et après qu’il se fut dispersé comme mouvement politique, était venue une époque de grandes et passionnées suspensions de travail. Il se souvenait en particulier du mois sacré de 1842 et de la grande grève de Preston en 1853, qui avait duré quarante semaines, et pour laquelle Blackborn seul avait donné par semaine 700 livres de subsides. Les prêts avaient amené une misère effroyable et une grande exaspération. Il n’y avait pas alors de corporations et ces prêts avaient alors été des élans du cœur plutôt que des résultats de la réflexion. Une immense révolution avait suivi depuis ; les jeunes gens que nous voyons réunis autour de nous dans cette fête joyeuse, ces jeunes filles dont chacune dépensait trois livres et plus pour les jours de congé, ces garçons qui dépensaient dans le foot-ball et autres sports l’excédent de leur vigueur musculaire, tous secouaient la tête d’un 294 LA GRANDE INDUSTRIE air incrédule lorsqu’il leur disait que l’idée de fêtes et de sport n’était jamais venue à leurs grands-parents. Le passage de la durée de tràvail à 9 ou 10 heures, au lieu de 13, des salaires suffisants, les associations, les corporations, la liberté politique à la place de la répression du mouvement ouvrier signalaient le progrès. « Mais voulez-vous voir le signe certain de cette révolution, continua le vieillard, les yeux rayonnants, voilà devant vous sur la table la force du Lancashire » et il éleva d’un geste triomphant un morceau de pain de froment. Pour le vieillard, Cobden était un saint. «Nous avons livré la bataille et nous l’avons gagnée », ces paroles furent la conclusion de son récit. Très intéressante fut la contradiction qu’il éprouva de la part de l’ecclésiastique pour sa glorification de Cobden et sa défense des corporations. Celui-ci, comme beaucoup de ses collègues, se posait en socialiste et attaquait les corporations comme étant des institutions conservatrices. Elles retardaient, d’après lui, le progrès et dissimulaient cet idéal auquel l’homme et en particulier le Christ devait aspirer : hâter le règne de la justice sur cette terre môme, élever sur la terre une image du temple céleste, et faire que la volonté de Dieu soit faite non seulement dans le ciel, mais aussi sur la terre. Mais il ne pouvait nullement être question de cela tant que de grandes masses d’un prolétariat, plongé dans une misère corporelle autant que spirituelle occuperaient les bas-fonds de la société, en particulier les grandes villes ; par le besoin et l’isolement social, il s’est séparé de tous les sentiments élevés de l’esprit humain, par la misère et l’incertitude de l’existence il est conduit forcément au crime et à la prostitution. Il ne serait PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 295 possible de relever ces classes qu’en resserrant les exploitations privées dans des limites étroites, et en favorisant l’extension des établissements publics sous le contrôle des ouvriers. Par ce moyen seul serait comblée la distance qui sépare le riche du pauvre. Il était intéressant d’observer combien l’expression de cette politique de sentiment rencontrait de nombreux partisans parmi les femmes. Une tisseuse jeune et intelli- ligente, en particulier, défendait la manière de voir de l’ecclésiastique. C’était par pur égoïsme, disait-elle, que les classes d’ouvriers de la grande industrie se contentaient du résultat obtenu sans penser aux autres classes d’ouvriers plus opprimés. Le socialisme quelque peu obscur de l’ecclésiastique rencontrait de l’opposition de la part des hommes, particulièrement des jeunes gens, entre autres d’un Mules- pinner qui étaitprésent avec ses deux filles —le même précisément dont le budget d’entretien a été donné plus haut. En tous cas, pensait-il, on était sur le chemin du progrès pratique et durable, qui ne pouvait, il est vrai, s’étendre que peu à peu à des cercles toujours plus étendus d’ouvriers. Mais de même que leurs propres pères s’étaient élevés un jour au milieu de la masse informe d’un prolétariat impuissant, il était à espérer que de nouvelles classes s’en détacheraient encore et s’élèveraient toujours davantage. La route à suivre pour cela est double, d’abord la concorde et ensuite le pouvoir législatif. Il se défendait de combattre ce dernier moyen, disant au contraire que c’étaient précisément les ouvriers en coton du Lancashire qui, de tous les ouvriers du monde, avaient su le mieux le mettre en œuvre à leur profit. Mais cela était 296 LA GRANDE INDUSTRIE du à l’habile politique du do ut des de leurs chefs, qui n’élevaient que des prétentions faciles à satisfaire et savaient souvent se rendre indispensables aux autorités au pouvoir. En même temps la situation sociale des ouvriers se serait, d’après lui, extraordinairement élevée dans le cours de ce siècle. De nombreux chefs de corporations occupent aujourd’hui l’emploi honorable de juge de paix dans leur pays natal ; un représentant des ouvriers en coton du Lancashire a été envoyé par le gouvernement à la conférence ouvrière de Berlin, où lui et un autre compagnon anglais ont été les seuls ouvriers. Le ministre de l’intérieur a récemment visité le bureau de la société des tisserands réunis à Accrington pendant son voyage à travers le Lancashire, et s’est fait présenter là les représentants de l’association. Au ministère du commerce l’éminent Burnett, un ancien constructeur de machines, se fait une situation élevée et entourée de la considération générale. Dans la commission royale pour la recherche de la condition des ouvriers, présentement réunie, des ouvriers siègent à côté des patrons et des aristocrates, avec une autorité égale, et traités par eux d’égal à égal. Tout cela montre combien l’ouvrier, qui s’était tenu jadis en dehors de l’Etat, a su conquérir au sein de ce dernier une situation considérée. Il doutait cependant que les ouvriers dussent mettre à profit leur influence croissante pour activer la transformation d’établissements privés en exploitations publiques. Il ne voulait pas émettre d’opinion sur d’autres branches d’industrie, car il considérait cette question comme devant être résolue dans chaque cas particulier et par des consi- •PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 297 dérations pratiques. Dans de nombreux cas, surtout à Londres, les socialistes qui réclamaient l’exploitation par l’Etat pouvaient avoir raison, par exemple en ce qui concerne la municipalisation des conduites d’eau des routes, des installations de gaz et des docks ; déjà pour ce qui est relatif aux moyens de transports, la question est douteuse. Il ne connaissait cela que par ouï-dire. Mais pour ce qui regarde l’industrie du coton, qu’il connaissait, il s’écriait : A bas les pattes ! L’exploitation par l’Etat est là irréalisable, parce que des employés soutiendront plus mal le marché universel que des entrepreneurs particuliers. Souvent une faible diminution d’un penny dans les frais de production décide de la lutte des nations. Au milieu du progrès des relations économiques et sociales, l’industrie privée présente la forme la moins chère de paiement des administrateurs et fournit en même temps l’administration la plus habile. Si les socialistes en appelaient à la société par actions comme preuve de la possibilité de réaliser leurs idées, ils songeaient donc à cette forme corrompue dans laquelle les sociétaires eux-mêmes, tout à fait éloignés de l’affaire, se laissent conduire par le comité et sont trop souvent trompés. A Oldham les membres de la société étaient des entrepreneurs expérimentés. Si donc la différence entre l’entrepreneur et l’ouvrier ne peut pas être entièrement supprimée, ces oppositions extrêmes entre riches et pauvres se sont pourtant adoucies. Déjà le fait que de grands capitalistes retirent fréquemment leur capital d’une entreprise pour le partager entre plusieurs, montre que la fonction des grandes fortunes est aujourd’hui moindre qu’il y a 50 ans. A 298 LA GRANDE INDUSTRIE Oldham ces sociétés par actions, conduites par des directeurs sortis des rang-s ouvriers, ont supplanté les anciennes entreprises privées. En réponse à ces développements pleins de bon sens, l’ecclésiastique défendait la cause de cet idéal, qui réclame justement le relèvement des plus pauvres parmi les pauvres. Cette scène éclaira d’un jour nouveau pour moi ce trait propre au mouvement ouvrier anglais, qui fait prendre au parti radical les apparences d’un fanatisme religieux. Ainsi que me le disait Ben Tillet, le directeur des dockers, il avait tous les jours un discours à faire, mais le dimanche, il prêchait deux fois, et de même que Sidney Webb attribue la victoire électorale remportée dernièrement au conseil du comté en première ligne aux dissenters et à leurs pasteurs, de même aussi l’ecclésiastique prenait le parti de ces masses abandonnées et plongées dans une profonde misère, au- dessus desquelles les ouvriers instruits et organisés de la grande industrie occupent un rang aussi élevé que celui des familles, qui occupent le sommet de l’édifice, l’est au-dessus d’eux. Quelques semaines après, mes études me conduisirent dans un cercle d’ouvriers d’un des centres textiles les plus importants de l’Allemagne. J’y rencontrai le même accueil amical, le même empressement à m’assister dans mes recherches économiques, et aussi le même idéal social. Mais il se distinguait d’abord des centres dépeints plus haut en ce qu’il ne se conduisait pas en conformité avec les traditions de bonheur idéal de l’humanité ; de plus les ouvriers eux-mêmes étaient, comme le pasteur et les femmes, partisans de cet idéal. Par contre il man- PREUVES TIRÉES DU LANCASIIIRE 299 quait un jugement viril des problèmes économiques de la saine raison. Devait-on s’engager dans la voie pénible, par laquelle l’ouvrier anglais est arrivé à améliorer sa situation, alors que dans peu d’années surviendrait la grande révolution, qui devait d’elle-même combler tous les désirs? Lorsque je racontai cette comparaison que j’avais faite entre les ouvriers allemands et anglais à un puissant entrepreneur, celui-ci me répondit qu’il préférait les ouvriers allemands, parce que leurs désirs et leurs aspirations se rassemblent en un murmure confus, qui lorsqu’ils croyaient en être tout près, s’éloignait de nouveau. Je ne pus que lui représenter que cette faiblesse des ouvriers allemands se retrouvait dans leur travail, et qu’en dernière analyse l’Anglais carnivore était pourtant l’ouvrier le plus raisonnable. 300 LA GRANDE INDUSTRIE CONCLUSION Comme conclusion, écartons deux malentendus. D’abord il ne faut nullement admettre que la situation économique et sociale actuelle de l’industrie du Lancashire soit celle de toute l’industrie anglaise. Il faut bien plutôt comparer entre eux les différents degrés de développement de l’industrie textile anglaise à l’époque actuelle sur le terrain de la grande industrie. Dans cet ordre d’idées, nous nous trouvons en face de conditions sociales qui présentent beaucoup d’analogies avec celles du Lau- cashire vers 1830, et celles de l’Allemagne à présent. Si nous nous rendons par exemple de Manchester à Bradford, le centre de l’industrie de la laine cardée, nous entrons dans un tout autre monde économique et social. Déjà le marché de la matière première y est moins développé que pour le coton. Tandis que lefilateur dans le Lancashire fait ses achats chaque semaine, les ventes aux enchères pour la laine n’ont lieu à Liverpool que tous les six mois. De plus il faut à Bradford une classe spéciale de marchands de laine, qui font mélanger et carder les laines moyennant une commission. Ces deux opérations ont d’ailleurs le caractère d’un travail de saison : elles sont entreprises pendant une partie de l’année dans des séances de jour et de nuit, ce qui rend les salaires moins élevés et les conditions du travail contraires à la santé. Par exemple lescardeurs de laine (d’une ou de deux machines à carder), qui travaillent dans des CONCLUSION 301 séances de nuit 60 heures par semaine par 120 degrés Fahrenheit, ne gagnent pas plus de 1 livre par semaine et perdent 20 semaines par an à cause du manque de travail. Comme développement économique, la filature des laines cardées et le tissage de Bradford restent en arrière du Lancashire ; on m’a cité comme moyenne 10,000 broches pour les filatures de laine cardée du Yorkshire et 60 à 100 métiers pour le tissage de Bradford. Là où s’élèvent exceptionnellement de grandes exploitations, elles ne reposent pas sur le système des actions, qui est peu développé, mais sur le monopole de quelque spécialité. A cette catégorie appartiennent par exemple les fabriques de tissage de Saltaire. De môme les conditions du travail dans les filatures de laine cardée du Yorkshire et dans les fabriques de tissage de Bradford sont bien inférieures à celles du Lancashire. Les ouvrières occupées dans les filatures ne gagnent pas plus de 10 sh. par semaine et les tisserands de Bradford entre 7 et 16 sh. Les habitations d’ouvriers que j’ai visitées à Bradford aussi bien qu’autrefois dans le Yorkshire, sont bien au-dessous de celles du Lancashire. Souvent en particulier, ce sont des « back-to-back bouses », c’est-à-dire des maisons, qui manquent de cour derrière et n’ont assez souvent que deux chambres l’une au-dessus de l’autre ; c’est l’ancien type de la maison d’ouvrier anglaise, qui disparaît de plus en plus dans le Lancashire. Ces maisons sont non seulement relativement, mais souvent d’une façon absolue, assez notablement plus chères que dans le Lancashire, parce que l’ouvrier ne sait pas abaisser les loyers en général en construisant les maisons par association. 302 LA GRANDE INDUSTRIE Les ouvriers sont peu organisés et c’est un fait caractéristique que Bradford est le seul endroit où, pour les prochaines élections au Parlement, des candidats ouvriers particuliers sont présentés, tandis que partout ailleurs en Angleterre il est reconnu que les ouvriers ne perdent pas de vue leurs intérêts tout en appartenant à tous les partis politiques. Les rapports entre ouvriers et patrons sont extrêmement tendus, et rappellent l’état de ceux qui existent dans les centres de fabrique allemands, dans lesquels le mouvement ouvrier a brisé les relations de l’ancien temps. Mais ces rapports sont particulièrement odieux dans ces entreprises gigantesques, que nous avons citées plus haut, qui ont maintenu en vigueur l’antique autorité patriarcale. Ces rapports sont éclairés d’un jour particulier, si l’on songe qu’il ne s’agit nullement ici d’une exportation reposant sur l’industrie, qui comme celle du Lanca- shire domine sur son terrain propre le marché du monde. Il est reconnu qu’il existe dans l’industrie une division étendue du travail qui, à beaucoup de points de vue, n’en fait pas des rivales directes ; cependant, tout bien considéré, on ne se trompera pas si l’on regarde sur ce terrain les industries allemande et anglaise comme parvenues à peu près au même degré de développement économique. Relations sociales analogues dans les deux cas, et avec cela différence entre Bradford et le Lancashire, bien que ces deux points ne soient séparés que par une heure de chemin de fer. Mais l’industrie du Yorkshire fournit encore de nouvelles preuves de la dépendance des conditions sociales et économiques. Dans différentes contrées de ce comté le CONCLUSION 303 tissasre de la laine existe encore à l’état d’industrie en chambre, commeàGolcar, Skelmanthorpe, ClaytonWest, Scisset et Durby Dale. La situation des tisseurs en chambre, qui y exercent encore, me rappelle beaucoup ce qui a été dit plus haut au sujet du tissage en chambre du Lancashire dans la troisième décade. Tandis qu’on a peine aujourd’hui à découvrir dans le Lancashire les derniers représentants de cette classe autrefois si nombreuse, ils forment encore dans le Yorkshire la masse principale de la population des petits villages de tisserands qu’on vient de nommer, bien que leurs enfants soient à peine plus instruits, l’extinction totale du tissage en chambre peut se faire attendre encore pendant une génération. Le nombre des tisseurs eu chambre dans l’industrie de la laine ne doit du reste aujourd’hui déjà pas dépasser quelques centaines. La filature et le tissage de la laine, industries également peu avancées au point de vue économique, dont le siège est autour de Leeds et de Battley, sont aussi morcelées en petites exploitations. L’importance moyenne de ces filatures comporte seulement de 2000 à 3000 broches, celle des fabriques de tissage de 40 à 50 métiers ; dans la plupart des cas les fabriques font tout ou partie du fil nécessaire à leur propre usage. La plus grande filature de Battley par exemple, celle de West Riding, n’a pas plus de 7G80 broches. Le fil est filé sur une machine semblable à celle du Selfactor dans l’industrie du coton. J’ai été frappé dans la visite de plusieurs de ces filatures du grand nombre d’ouvriers qui y sont employés à l’opposé du Lancashire. Une paire de Mules n’a pas plus de 600 à 800 broches et 3 ou 4 ouvriers sont occupés 304 LA GRANDE INDUSTRIE à les servir ; à cela s’ajoute encore le filateur qui surveille 2 paires de Mules, c’est-à-dire 1200 à 1600 broches. Il en résulte que les salaires sont beaucoup plus bas que dans le Lancashire et les rapports des ouvriers, sans être aussi aigus qu’à Bradford, sont cependant également peu réjouissants. A cela correspond ce fait, que l’industrie du tissage de la laine ne s’est nullement engagée dans le marché universel, et satisfait uniquement à des demandes réduites et exclusivement limitées au pays. A côté de cela, il n’y a dans toute l’industrie anglaise de la laine et de lin peigné qu’une seule branche qui comme l’industrie de la laine du Lancashire occupe un rang prépondérant sur le marché universel ; c’est l’industrie du tissage de ces lins peignés fins pour vêtements d’hommes à Huddersfield et dans les environs — et, confirmation caractéristique de notre thèse —non seulement Huddersfield paie les meilleurs salaires de toute l’industrieanglaise de la laine et du lin peigné ; mais ses conditions sociales sont les plus avancées et montrent avec le Lancashire une grande analogie, qui disparaît de plus en plus, à mesure qu’on s’avance dans le Yorkshire. Le tisserand d’Huddersfield gagne deux fois autant que celui de Bradford (de 20 à 24 sh). Bien qu’il ne fasse pas marcher plus de métiers que le tisserand de Bradford, le plus souvent un, exceptionnellement deux, le mécanisme qu’il a à surveiller est beaucoup plus compliqué et plus coûteux. Un métier à Huddersfield représente un capital trois fois plus grand qu’à Bradford ; la situation plus avantageuse de l’ouvrier y est donc due à un remplacement plus considérable du travail par le capital. D’un autre côté Huddersfield est non seulement CONCLUSION 305 lin centre renommé du mouvement d’association qui s’y est introduit de bonne heure, venant du Lancashire, mais aussi le siège et le point de départ d'une organisation purement commerciale pour toute l’industrie de la laine et du lin peigné, tandis que les sociétés d’ouvriers à Bradford et à Leeds présentent encore ce caractère à moitié politique et radical, qui distingue toujours les organisations d’ouvriers, encore au premier degré de l’évolution de la grande industrie. Mais pour voir la confirmation la plus frappante de la thèse établie plus haut, rendons-nous à Macclesfield, cet antique village du Chester, qui est le siège de l’industrie anglaise de la soie. La technique de l’industrie anglaise de la soie est comme jadis. Le mode d’exploitation y est dans la plus vaste proportion l'industrie en chambre. La situation des tisseurs en chambre est extrêmement misérable et me rappelait les mauvaises conditions de l’industrie en chambre de l’Allemagne. Le tisserand gagne habituellement environ lOsh. par semaine, dont une partie est employée à la location du métier, à l’achat de fuseaux, etc. En tous cas j’ai constaté une série de cas n’ayant rien d’exceptionnel, dans lesquels il n’est pas gagné plus de 5 sh. net par semaine. Encore plus fâcheuse est l’extraordinaire irrégularité du travail. Quelques-uns de ces tisseurs de soie m’affirmaient qu’ils cherchaient vainement du travail pendant plusieurs mois, et même pendant la moitié de l’année. Les budgets d’entretien de ces gens-là—j’en ai établi plusieurs — rappelaient ceux donnés par Rechenberg des tisserands de Zittau. Un tisseur en chambre de Macclesfield, ancien prési- 20 306 LA GRANDE INDUSTRIE dent de la corporation des tisseurs à la main, depuis disparue, a fait dans ce sens des observations intéressantes pendantun voyage sur le continent en compagnie du président de la Chambre de Commerce de Macclesfield. Son rapport fait ressortir que la situation des tisseurs à la main de Macclesfield est plus mauvaise que celle de leurs collègues deCrefeld. « Il est incontestable, dit le rapport, que les tisseurs en chambre de Crefeld sont beaucoup mieux vêtus et font une impression beaucoup plus agréable que les tisserands de Macclesfield (p.24). » «Nous arrivâmes à cette condition, continue le rapport, que les salaires des tisserands de Crefeld sont en moyenne plus grands et les conditions de leur existence (llie standard of their social comfort) plus satisfaisantes qu’à Macclesfield ; cette extrême misère, dans laquelle se trouve une grande partie de nos tisseurs en chambre, n’existe pas à Crefeld » (p. 26). A côté de cela, le rapport dit relativement à Macclesfield : « Si la faiblesse des salaires était un moyen de lutter contre la ruine des affaires, Macclesfield devrait être un des endroits les plus prospères du monde » (p. 38). « Aucun tisseur en soie sur le continent tout entier n’a une durée de travail aussi longue que nos tisserands » (p. 47). Malgré tout cela,il est incontestable,d’après lui,que l'industrie de Macclesfield a été en déclinant constamment, et qu’elle a été battue en particulier par Crefeld. Ce fait aurait diverses causes : d’abord la meilleure accommodation de Crefeld au goût du marché, en particulier au marché de Londres, grâce au meilleur enseignement technique, à la supériorité des patrons et des couleurs, etc. La conséquence en serait que les tisserands de Crefeld ont CONCLUSION 307 une occupation beaucoup plus régulière et qu’ils peuvent aussi avoir des chaînes beaucoup plus longues qu’à Mac- clesfield (150 aunes au lieude20à 40). Autant donc qu’il est possible sur le terrain d’une industrie en chambre et de luxe, l’industrie allemande possède ici d’une façon particulière cet avantage qui en général (par ex. dans l’impression sur calicot) a fait la fortune de l’Angleterre : le caractère de grande industrie. Une chose encore est à considérer, continue le rapport : les tisserands de Crefeld sont beaucoup plus habiles et plus capables de travail que ces compagnons misérables, qui cherchent en vain du travail dans les rues de Maccles- field souvent pendant des semaines et des mois. « Un fait surtout nous a frappé : les tisserands de Crefeld ne portent pas sur leur visage cette expression anxieuse et abattue de gens qui aujourd’hui sont dans la misère et redoutent le lendemain. Au contraire, ils manifestent un ressort intellectuel qui malheureusement n’est pas commun chez les tisserands de Macclesfied » (p. 24). Pour ce qui est de l’habitude de boire, c’est sur les bords du Rhin une des formes de la sociabilité ; à Macclesfield, c’est un crime. Le tisserand de Crefeld à l’opposé de son collègue de Macclesfied s’applique à épargner son temps de travail, ce qui faisait précisément autrefois l’avantage des ouvriers anglais sur les allemands. La capacité de travail plus grande du tisseur en soie allemand a d’autant plus d’importance qu’il travaille sur des métiers meilleurs et d’une valeur plus grande. Jusqu’à un certain point, l’avantage d’un travail soutenu revient donc aux instruments plus perfectionnés même dans le domaine de l’industrie en chambre. Pourtant le 308 LA GRANDE INDUSTRIE mouvement vers la grande industrie s’établit à présent dans le tissage de la soie et change par le passage au métier mécanique les conditions décrites de l’industrie en chambre. Même sur ce nouveau terrain, le genre de vie des ouvriers ne semble nullement inférieur en Allemagne à ce qu’il est en Angleterre, comme c’est généralement le cas ailleurs. Comme à l’occasion de la grande grève dans les fabriques de tissage de peluche de soie de Lister à Maumingham, en 1891, la prétention de la part de l’administration d’abaisser les salaires était fondée sur ce motif que les salaires seraient toujours encore beaucoup plus élevés qu’en Allemagne, un des représentants principaux de l’industrie de Crefeld dans cette branche adressa à VObserver de Bradford une lettre dans laquelle il établissait que les profits hebdomadaires correspondants des ouvriers à Crefeld n’étaient pas plus bas, mais plutôt plus élevés qu'en Angleterre. Quoi qu’il en soit, le passage au métier mécanique, qui a commencé même à Macclesfield, renferme en soi un progrès pour la population des tisserands. Les profits hebdomadaires dans le tissage mécanique de Macclesfield s’élèvent à plus du double, et même au triple des profits des tisseurs à la main. Une aune de tissu uni d’une largeur de 22 pouces y coûte 1 sli. 4d. avec un métier à la main, et 8 d. sur un métier mécanique. A côté de cela, un métier à la main représente une valeur de 8 à 10 livres, un métier mécanique, c’est-à-dire rien que la machineopéra- trice sans tenir compte du bâtiment et delà force motrice, représente 30 à 33 livres. On voit donc ici même se manifester la substitution du capital au travail, et avec elle l’élévation de la condition de vie de l’ouvrier. CONCLUSION 309 Ce caractère de la grande industrie apparaît aussi dans ce fait que l’aristocratie du travail à Macclesfield a son foyer, indépendamment des fabriques de tissage mécanique encore à l’état naissant, dans les filatures de soie, entreprises de grande industrie qui dominent de bien haut les cabanes de tisserands qui les entourent. — Si nous jetons un coup d’œil en arrière sur ce qui a été dit, nous pouvons en déduire la confirmation suivante de nos idées développées plus haut. 1) Le gain hebdomadaire et les conditions d’existence des ouvriers sont, dans l’industrie anglaise du coton, environ deuxfoisaussi élevés que dans l’industrie delà laine et du fil, et dans cette dernière à peu près deuxfois aussi élevée que dans l’industrie de la soie à Macclesfied. D’ailleurs l’industrie du coton est la plus vieille et une des grandes industries les plus développées du monde, l’industrie anglaise de la laine et du fil n’est pas aussi avancée au point de vue économique; elle se trouve à ce premier degré, souvent indiqué plus haut du développement de la grande industrie. A cela correspond le degré de développement social ; on y voit dominer aujourd’hui les luttes de classes et les haines de classes en opposition avec les rapports du travail largement développés dans le Lancashire, où l’époque des luttes de classes remonte à la troisième et à la quatrième décades de ce siècle. Enfin l’industrie de la soie présente, avec la plus mauvaise situation des ouvriers, des conditions techniques extraordinairement arriérées.. 2) La situation des ouvriers de l’industrie allemande du coton est beaucoup moins élevée que celle de leurs collègues du Lancashire ; dans l’industrie de la laine les 310 LA GRANDE INDUSTRIE Anglais ns l’emportent que peu sur les Allemands, et ne leur sont nettement supérieurs que dans le district d’IInd- dersfield. Dans l’industrie de la soie les ouvriers allemands jouissent plutôt de conditions d’existence meilleures que celles des Anglais. A côté de cela l’industrie anglaise du coton est largement supérieure à l’industrie anglaise sur les marchés neutres ; pour la laine les deux se tiennent à peu près au même rang, seule l’industrie d’IIudders- field l’emporte sur la concurrence étrangère ; au contraire, l’industrie allemande de la soie refoule l’industrie anglaise dans son propre pays. 3) L’Angleterre, comme pays plus avancé au point de vue économique, montre sa force sur ce terrain de l’industrie textile, sur lequel le travail et le capital font presque tout, et où la matière première a une valeur bien inférieure à celle des produits. Le pays d’industrie plus jeune, mais plein d’ardeur, s’est lancé avec le plus grand succès dans la fabrication de produits textiles, pour lesquels la matière première entre d’une façon importante en ligne de compte vis-à-vis du travail et du capital, deux éléments de la production qui sont meilleur marché en Angleterre qu’en Allemagne. Aussi, l’Angleterre fabrique plutôt des marchandises populaires et l’Allemagne plutôt des marchandises à l’usage des classes aisées ; celles-là exigent une exploitation style plus en grand, les dernières à cause de l’entrée en jeu de la mode, du goût, etc., sont bien plutôt compatibles avec des installations plus restreintes. Les grandes industries d’exportation, largement développées,présentent donc pour les classes ouvrières les conditions d’existence les meilleures et la raison en est, comme CONCLUSION 311 on l’a exposé plus haut, dans la substitution progressive du capital au travail. Il s’ensuit la réfutation d’une objection qui est peut-être venue à l’esprit du lecteur : par suite de la substitution croissante du capital au travail, s’est-il peut-être demandé, une partie des ouvriers ne se trouve-t-elle pas sans pain? Si un seul ouvrier fait marcher autant de machines que trois autrefois, celui-là doit recevoir un salaire bien plus élevé, mais que deviennent les autres? Nous avons vu en réponse à cela comment ce développement n’est justement possible que sur le terrain de l’essor économique de l’industrie en question. L’industrie anglaise de la soie ne peut à cause de cela pas passer en métier mécanique, parce que son débit n’est pas régulier; l’essor de l’industrie anglaise du coton au contraire a, malgré tous les progrès techniques, permis un accroissement du nombre des ouvriers. Dans cette industrie il y avait,en 1833, 220.134 ouvriers, et en 1883, 304.069. Je dois encore dissiper une autre objection, qui consiste adiré que je négligel’importancedes circonstances sociales relativement au développement économique. Lorsque j’ai dépeint ces agitations sociales, au moyen desquelles l’ouvrier anglais est arrivé à la situation élevée qu’il occupe aujourd’hui, et en particulier le revirement de l’opinion publique qui soutenait cette évolution, j’éprouvai déjà alors le besoin d’établir le caractère économique de cette évolution. Ne pouvait-on pasjusque-là alléguer que cette condition de vie élevée de l’ouvrier anglais était établie sur une base incertaine, qu’elle ne pouvait se maintenir avec l’avénement d’industries rivales dans des pays connus sous le nom de pays de travail à bon marché, qu’elle devait forcément être renversée sous 312 LA GRANDE INDUSTRIE la pression du marché universel ? Pour répondre à cela, j’ai cherché dans ce qui précède à démontrer, sur le terrain de la grande industrie la plus ancienne du monde, comment ce fut justement à la pression du marché universel que la grande industrie et le système des machines doivent leur origine, et comment leur développement ultérieur rend nécessaire un progrès des classes qui les servent. Si je soutiens l’influence économique du progrès social, il ne faut cependant pas entendre par là que le progrès social est issu constamment ou seulement fréquemment de la conception nette de ses avantages économiques ; vers ce but concourent fortement pour le moins ces agitations sociales décrites plus haut. Qu’il me soit permis,pour rendre plus claires ces relations,d’employer une figure. La situation élevée, à laquelle certaines classes d’ouvriers anglais instruits sont parvenus, est analogue au tympan qui s’élève sur le fronton d’un temple et dont les figures énergiques regardent au loin vers la mer agitée, montrant au navire hésitant à travers la tempête et les vagues le chemin du port. Ce tympan repose sur des colonnes à la construction desquelles le sentiment religieux des citoyens n’a nullement songé. Mais elles ne supporteraient pas le tympan et l’esprit religieux des citoyens n’aurait pu se manifester si l’édifice, au lieu de s’élever sur une base rocheuse solide, avait été bâti sur du sable mouvant. De même, toutes les aspirations sociales sont stériles sans le solide fondement économique de grandes industries puissantes et marchant dans la voie du progrès technique. TABLE DES MATIÈRES Mesures employées .. v Préface. vii à xiv Introduction. 1 à 27 CHAPITRE PREMIER. Lf. développement de la grande industrie du coton en Angleterre. I. — Origine du système de la fabrique . 27 à 50 II. — L’industrie du coton sous l’influence de la concurrence internationale. ... 50 à 91 CHAPITRE DEUXIÈME. ÉTAT ACTUEL DE L’INDUSTRIE ANGLAISE DU COTON COMPARÉ AVEC SON ÉTAT DANS LA TROISIÈME DÉCADE ET AVEC L’ÉTAT PRÉSENT DE L’INDUSTRIE ALLEMANDE DU COTON. I. — Centralisation et division du travail dans l’industrie. 95 à 124 H. — Prédominance croissante du capital sur la matière première et la main-d’œuvre. A. -Filature.124 à 149 B. — Tissage.149 à 166 III. — Main-d'œuvre A. — Nouveaux arguments à l’appui de la proposition avancée.166 à 185 314 TABLE DES MATIERES B. — Le travail de fabrique dans l’industrie cotonnière du Lancashire. . . . 185 à 210 IV. — Comparaison des frais de production en Angleterre et en Allemagne .... 210 à 231 CHAPITRE TROISIÈME INFLUENCE DU DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE SUR LA RÉPARTITION DU REVENU NATIONAL. I. — Généralités.231 à 246 IL — Preuves tirées du Lancashire. . . . 246 à 312 Conclusion. 300 Table des matières. 313 Table alphabétique des auteurs . . . 315 TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS CITÉS DANS L’OUVRAGE Noms l’ages Noms Paires J. Anderson . . 8 Nathan iel Foster . 6 Samuel Andrew 09,189,224 Benjamin Franklin. 11 Arkwright . . 37, 41,221 Glaser .... 17 W. Armstrong . 290 Grad. 170 Ashton . . . 233 Gray. 250 Edward Atkinson 21,136,101 Guest. . . . 29, 45 168 Haie. 222 Baines . . 32, 30,190 Hargreaves . . . 37 Beckmann . 33 Ilerkner .... 20,209,245 Iîein .... 37, 33 John Iloughlon. 4 Bell Lowthiam . 21,176 Ilouldsworth . . 42, 63 BenTilley . . 156 Howard .... 156 Birtwistlo 249 Jacquart. 78 Bœhmert. 33 Jaunasch 228 Bourcart. Jœrg. 17 Brassey . . . 21,170,212 Karmarsch . 129 Brentano. . . 19, 32 Kay. 34 Briglit John . . 83 Kennedy. 60 Cartwright . 192 Kesscler .... 17 Child Josiah. . 6, 39 Fr. Lange . . . 19 Cobden (Richard) 81, 86 Lassalle .... 15 Crompton . . 61 Lavorgne-Pegui- Disraeli . 15 llien. 16 Dollfus . . . 53 Thomas Lombe. 33 Drage. . . . 116 Macaulay 19 Dupré. . 157 Macculloch . 18, 41 Ellison . 81,106,224 Marschall 95,182,242 Emminghaus . 19 Marsden .... 199 Engels 14 Marx. 14, 32, 33 Daniel de Foii . 29 236 TABLE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS 316 Noms Pages Mather .... 202 Messance 12 Mirabeau. 7 Naegeli .... 53 Niven. 186 Peel. 37, 40 Sir William Petty . 2 Platt ..... 175 Posllethwait 6 Potter (miss) 278 Rau. 17 Rawlinson . 100,156 Rechenberg 46 Rioardo .... 13,236 Rieger .... 115 Roberts .... 61,216 Lewis Roberts . 29 Roscher .... 17 Kdwin Rose. 71 Rousseau 7 Noms Pages Sartorius . . . 185 Scblieben 46 Schlumberger . 53 Schmoller . . 200,244 Schœnhof . 21 Senior . ■17 Shaw. . 157,185 Adam Smith. 10, 11 Sydney Webb . . 298 Sir William Temple 3 Thornley. . 168 Josiah Tucker . 8,229 Ure .... 42, 50, 54 60,86,190,202 Wagener. 16 Wellman. . . 140 Withworth . . 213 Witt (de) . . 4 Wœrishoffer . 272 A. Young . H LIBRAIRIE GUILLAUMIN & C" Rue Richelieu, 14, à Paris. 3- SUPPLEMENT AU CATALOGUE GENERAL Septembre 1890 à Août 1893. COLLECTION D’AUTEURS ÉTRANGERS CONTEMPORAINS HISTOIRE — MORALE — ÉCONOMIE POLITIQUE THOROLD ROGERS Professeur d'Économie politique à l’Universitâ d’Oxford. INTERPRÉTATION ÉCONOMIQUE DE L’HISTOIRE Traduction et introduction par M. E. CASTELOT, ancien consul de Belgique. 1 vol. in-8*, cartonné. 10 fr. HOWELL Membre de la Chambre des Communes. QUESTIONS SOCIALES D AUJOURD’HUI LE PASSÉ ET L’AVENIR DES TRADE UNIONS Traduction et préface par M. LE COUR GRANDMA1S0N, député. 1 vol. in-8*, cartonné. 7 fr. GOSCHEN THÉORIE DES CHANGES ÉTRANGERS Traduction et préface de LI. LÉON SAY, de l'Académie française. Troisième édition française» suivie du Rapport de 1875 sur le payement de l'indemnité de guerre. Par 1© Même. 1 vol. in-8°, cartonné. 8 fr. HERBERT SPENCER JUSTICE Traduction de M. E. CASTELOT, ancien consul de Belgique. 1 vol. in-8% cartonné et orné d’un portrait. 9 fr. LOUIS GUMPLOWICZ Professeur de sciences politiques à l’Université de Gratz. LA LUTTE X> E S RACES RECHERCHES SOCIOLOGIQUES. — Traduction de M. Charles BAYE. I vol. in-8“, cartonné. 9 fr. HERBERT SPENCER LA MORALE DES DIFFÉRENTS PEUPLES ET LA MORALE PERSONNELLE Traduction de M. E. CASTELOT et de M. ETIENNE MARTIN SAINT-LÉON 1 vol. in-8*, cartonné. 9 fr. * 2 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL PETITE BIBLIOTHÈQUE ÉCONOMIQUE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE M. J. CHAILLEY VOLUMES PARUS I er volume VAUBAN DIME ROYALE Par M. G. Michel II» volume BENTHAM PRINCIPES DE LÉGISLATION Par M 110 Raffalovlch III* volume HUME OEUVRE ÉCONOMIQUE Par M. Léon Say IV # volume J.-B. SAY ÉCONOMIE POLITIQUE Par M. II. Baudrillakt V* volume ADAM SMITH RICHESSE DES NATIONS ParM. Couiu'.elle Seneuil VI' volume S U LL Y ÉCONOMIES ROYALES Par M. J. Chailley VII e volume RICARDO RENTE, SALAIRES ET PROFITS VIII e volume TURGOT AD1IIS1STR \TI0N ET ŒUVRES ÉCONOMIQUES Par M. L. Robineau IX' volume JOHN-STUART MILL PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE Par M. Léon Roquet X e volume MALTHUS PRINCIPE DE POPULATION Par M. G. de Molinari XI e volume BASTIAT OEUVRES CHOISIES Par M. de Fovii.le XII* volume FOURIER OEUVRES CHOISIES Par M. Cn. Gide XIII e volume F. LE PLAY ÉCONOMIE SOCIALE Par M. F. Auburtin XIV e volume COBDEN LIGUE CONTRE LES LOIS - CÉRÉALES ET DISCOURS POLITIQUES Par M. P. Beaurehard XVe volume KARL MARX LE CAPITAL Par M. Vilfredo Pareto EN PRÉPARATION Lavoisier, par M. Schelle. Qoesiiuy, par M. Yves Giiyot. Chaque volume se vend, séparément. Prix du volume in-32, cartonné et orné d’un portrait. » fr. 50 DE LA LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C>\ B RECUEILS — ANNUAIRES NOUVEAU DICTIONNAIRE D’ÉCONOMIE POLITIQUE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE M. Léon SAY Membre do l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, ET DE M. Joseph CHAILLEY 2 vol. grand in-S°, prix, brochés. 55 fr. Demi-reliure veau ou chagrin. 64 fr. ANNUAIRE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE ET DE LA STATISTIQUE, fondé |,ar Jl. Guillaumin et Joseph Garnier, commué depuis 1866 par M. Maurice Blocs, membre de l’inslilut, 50® année i893. t vol. in-18, prix. 9 fr. ANNALES DE LA SOCIÉTÉ D’ÉCONOMIE POLITIQUE publiées sous la direction de M. Alph. Courtois, secrétaire perpétuel, tome quatrième, janvier 1860 à juin I8ii2. 1 vol. in-8, prix. 9 fr. Tome cinquième, juillet 1862 à juin 1864. 1 vol. in-8, prix. 9 fr. Tome sixième, 1865-1866. 1 vol. in-8, prix. 3 fr. ÉCONOMIE POLITIQUE, SOCIALE ET INDUSTRIELLE INTERPRÉTATION ÉCONOMIQUE DE L’HISTOIRE, par James E. ThOROlp IW.frs, professeur (l'Economie publique à l'Université d Oxford. Traduction et introduction par E. Castelot, ancien consul de Belgique. 1 vol. in-8, prix cartonné. lu fr. (I er volume de la Collection des Ameurs Etrangers Contemporains.) NOTIONS FONDAMENTALES D'ÉCONOMIE POLITIQUE ET PROGRAMME ÉCONO- MIQl E, par M. G. ue Moi.inaeu, correspondant de l lnslilul, rédacteur en chef du Jnm-ml des Économistes. 1 vol. in-8, prix. 7 fr. 5U PRÉCIS D’ÉCONOMIE POLITIQUE ET DE MORALE, par Le même. 1 volume in 18, prix. 3 Ir. uO TRAITE D’ÉCONOMIE POLITIQUE, par M. Courcelle Seneuil, membre de l’insiiiul. 3° Édition, revue et corrigée. 2 vol. in-18, prix. 7 Ir. Tome I er , partie théorique et ploulologie. Tome 2 e , partie pratique ou ergonomique. ECONOMIE SOCIALE, par M. Léon Say, de l’Académie française. Exposition univers Ile de 1889. Groupe de l’Economie sociale. Rapport général, deuxième édition. I vol. m-S. Prix. 3 l'r. ECONOMIE SOCIALE. Section IV, Apprentissage. Rapport de SI. Charles Lucas, architecte. Br. iu-8, prix. 2 fr. uO 4 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL LE PLAY. ÉCONOMIE SOCIALE (XIII* volume de la Petite Bibliothèque Française et Étrangère), avec introduction par il. F. Auburtin. t vol. in-32, prix. 2 fr. 50 LA QUESTION SOCIALE A TRAVERS LES AGES et les Prévoyants de l’avenir, par Auguste Koyer. 1 vol. in-18, prix... 3 fr. LA QUESTION SOCIALE, l’unique solution, par Ch. Legay. 1 vol. in-18, prix. 3 fr. 50 TRAITÉ DES MAGASINS GÉNÉRAUX. Des opérations auxquelles ils donnent lieu, par L. Scansa, docteur en droit. 1 vol. in-8, prix.. 7 fr. L’EXAGÉRATION DES CHARGES MILITAIRES ET LES PRIX DE REVIENT, par Emile Deuvet, ouvrage couronné par la Société d'économie politique de l'aria. 1 vol. in-18, prix. é fr. L’ÉCONOMIE POLITIQUE A LYON, 1780-1890. Élude par J.-Paul Rougier, avocat, professeur à la Faculté de droit, précédée d’une lettre à M. Auguste lsaac. 1 vol. in-8, prix. 5 fr. CONGRÈS INTERNATIONAL DE L’INTERVENTION DES POUVOIRS PUBLICS DANS LE PRIX DES DENRÉES. Compte rendu slénograpliique. 1 volume in-8, prix. 3 fr. 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Extrait du Journal des Économistes, n° de décembre 1892. Br. in-8, prix. 1 fr. UNE CHAMBRE DE PAYSANS, par L.-A. Rémondièiie, avocat. Br. in-8, prix 1 fr. 50 LES ATTRIBUTIONS DE L’ÉTAT, LES LANGUES MORIES ET L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE, par L. Castanier, avocat. Br. in-8, prix. 1 fr. LES PRÉJUGÉS ÉCONOMIQUES, conférence faite par M. Yves GuyoT, député. Br. in-8, prix. 0 fr. 60 LA QUESTION DES PATENTES ET DES GRANDS MAGASINS, discours prononcé par M. Yves Guyot A la Chambre des députés, le 18 février 1893. Br. in-32, prix. 0 fr. 25 LA SOCIÉTÉ MODERNE ET LA QUESTION SOCIALE, par Borin-Fouknet, avocat. 1 vol. in-18, prix.... 3 fr. 60 DE LA LIBRAIRIE -GUILLAUMIN ET C". 5 FINANCES — IMPOTS — CRÉDIT PUBLIC — OCTROIS SYSTÈME FINANCIER DE L’ANCIENNE MONARCHIE, par Louis BOUCHARD, président à la Cour des comptes. 1 vol. in-8, prix... 12 fr. COI’RS DE FINANCES : LE BUDGET, SON HISTOIRE ET SON MÉCANISME, par René Stourm, professeur à l’école libre des Sciences politiques. 2“ édition. Revue et mise au courant. 1 vol. in-8, prix. 9 fr. SYSTÈMES GÉNÉRAUX D’IMPÔTS, par LE MÊME. 1 fort vol. in-8, prix...., . T fr. LES CAUSES FINANCIÈRES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. — LES MINISTERES DE TUllGOT ET DE NECKER, par Chaules Gomel. 1 vol. in-8, prix. 8 fr. LES CAUSES FINANCIÈRES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, LES DERNIERS CONTROLEURS GENERAUX, par CnAhLES Gomel. 1 vol. in-8, prix. 8 fr. THÉORIES DES CHANGES ÉTRANGERS, par Goschf.n, chancelier de l'Échiquier. Traduction et introduction, par Léon Say, ancien minisire des finances; 3* édition française suivie du rapport de 1815 sur le paiement de l’indemnité de guerre. 1 vol. m-8, cart. prix. 8 fr. (111* volume de la Collection des Auteurs Étrangers contemporains). QUESTIONS FINANCIÈRES. — LE BUDGET, ce qu’il est, — ce qu’il peut être, par M. Édouard Cohen, l vol. in-18, prix. 3 fr. 50 BULLETIN ANNUEL DES FINANCES DES GRANDES VILLES. 10 e année 1886. Broch. in-4, prix. 3 fr. LE MARCHÉ FINANCIER EN 1891, précédé d’une étude sur les Rapports de l’État et de la Bourse, par Arihur Raffalovich, correspondant de l’Institut. 1 vol. gr. in-8, prix. 5 fr. LE MARCHÉ FINANCIER EN 1892, procédé d’une prérare sur le rôle de la spéculation t France, Angleterre, Allemagne, Autriche, Étais Unis, Russie, Italie, Portugal, métaux précieux, conférence monétaire de Bruxelles, par AaTHUK Uaffaluvico, correspondant de l’Institut. 1 vol. in-8, prix. 5 fr. LE BILAN DE LA BANQUE D’ANGLETERRE, par Arthur Raffalovich, correspondant de rinstilut. Br. in-8, prix. t fCa LES MINISTRES DES FINANCES DE LA RUSSIE 1802-1890, par M. C. SKALKOVSKY, traduit du russe par P. de Newskv. 1 vol. in-8, prix. 1 fr. 50 LA FINANCE D’AUTREFOIS,par Émile Paz et Louis Gratien. 1 vol. in-18, prix. 3 fr. 50 DE LA RÉFORME DE L’IMPOT SUR LES BOISSONS, par Edmond Tramuset, préposé en chef de l’octroi d’Épernaj. 1 vol. in-18, prix. 3 fr. 25 TABLEAU RÉSUMÉ DU BUDGET DE 1893, par PIERRE BlOOIRE. Broch. in-8, prix. 1 fr. 50 LE PROJET DE BUDGET DE L’EXERCICE 1892 ET LES CONVENTIONS DF. 1883, par Paul Delombre. Broch. in-8, prix. 1 fr. 50 LA QUESTION DES OCTROIS, rapport présenté le 17 juin 1870, parM. Jules Martin au nom de la commisoon municipale de Périgueux, 3° édition. Broch. in-8, prix. 2 fr. NOTICE SUR LA LOI DU 28 JANVIER 1889 RELATIVE A L’EXERCICE FINANCIER, par Victor Marcé (Extrait de l’Annuaire de législation française). Broch. in-8, prix..- i 1 fr 50 fi SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL LE ItliDGET DE LA MARINE. — Les vices de l'organisation de la marine en Franco. Broeh. in-8, prix.,.... 1 fr. LES FINANCES RUSSES. — LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET L’AVENIR, par Raphael- (If.oiiGes Lévy. Brocli. in-8, prix. 1 fr. ÉTUDE SUR LES PLACEMENTS FAITS A L’ÉTRANGER PAR LES DIFFÉRENTS PEUPLES, par M. Georges Martin, membre de la Société d'Éeonomie politique. tirorh. in-8, prix. . 1 fr. 50 UN CHAPITRE DE NOTRE HISTOIRE FINANCIÈRE, L’ENREGISTREMENT ET LA FERME GÉNÉRALE, par Emmanuel Besson, lauréat de la Faculté de droit de Paris. Br. in-8, prix. 2 fr. LA SITUATION FINANCIÈRE DELA GRÈCE, l’écliéance de juillet 1893, par Dem. Georgiadès. Br. in-8, prix.. 0 fr. 00 TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE DE L’ÉCHELLE DES PRIMES, par Paul Chartier, 6' édition. Br. iu-8, prix. 2 fr. 50 MONNAIES — CRÉDIT — BANQUE — CRÉDIT FONCIER CRÉDIT POPULAIRE — CAISSES D’ÉPARGNE I.E PROBLÈME MONÉTAIRE ET SA SOLUTION, par M. G.-M. Boissevain, mémoire qui a obtenu le 1 er prix au concours bimétallique de sir Meysey-Tlioinpson Bart. 1 vol. in -8, prix.... 4 fr- L’OR ET L’ARGENT, dans leurs fonctions monétaires, par J. WoLTERS. Broeh. in-8, prix. ^ fr. L’AVILISSEMENT DE LA PROPRIÉTÉ ET LA QUESTION M ONÉTAIRE, par G. DE Contenson. Brocli. in-18, prix. 1 fr. LA RÉFORME DES CAISSES D’ÉPARGNE FRANÇAISES, par Eugène Rostand, lauréat de l’Inslilut. 2 vol. in-8, prix. 10 fr. NOUVELLE LOI ORGANIQUE ANGLAISE SUR LES CAISSES D’ÉPARGNE, par A. de Malarce. Brocli. in-8, prix. 1 fr. DU RENOUVELLEMENT OU PRIVILÈGE DELA BANQUE DE FRANCE, rapport présenté à la Chambre Syndicale des industries diverses, par M. Alfred Neymarck. Broeh. in-8, prix. 1 fr. 50 LA RÉPARTITION ET LA DIFFUSION DE L’ÉPARGNE FRANÇAISE SUR LES VALEURS MOBILIÈRES FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. Le droit public financier international, par le même. Broeh. gr. in 8, prix . 1 fr. 50 UNE NOUVELLE ÉVALUATION DU CAPITAL F.T DU REVENU DES VALEURS MOBILIÈRES EN FRANCE, par M. Alfred Neymarck, lauréat de l’Institut. Br. grand in-8, prix. 3 fr. LE BIMETALLISME TRAIT D’UNION INTERNATIONAL, par STANISLAS SkarzinsKI. Broeh. in-8, prix. 2 fr. 50 ESSAI SUR LE SERVICE DES BILLETS DE BANQUE A propos du projet d« prorogation du privilège de la Banque de France, par Adolphe Houdard. Broeh. in-4, prix. 2 fr. LE BIMÉTALLISME MOYEN, par G. Boissonade. Brocli. in-8, prix. 1 fr. 50 DES INCONVÉNIENTS DE LA LIMITATION LÉGALE DU TAUX DF, L’INTERET, par Edmond Dotal, directeur du Mont-de-l’iété de Paris. Broeh. in-8, prix.. 2 fr. 50 DE LA LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C“*. T L’INTÉRÊT, par Barthélémy Rey. Broch. in-8, prix. 1 fr. ÉTUDE SUR L’ORGANISATION COMPARÉE DE LA BANQUE DE FRANCE ET DES BANQUES DE CIRCULATION, par M. E. Fournier de Flaix. Br. in-4, prix- 2 fr. POURQUOI TRENTE ANS DE MONOPOLE. Observations sur le projet relatif à la Banque de France, par Adolphe Coste. Broch. in-8, prix. 1 fr. QUELQUES CRITIQUES A PROPOS DU RENOUVELLEMENT DU PRIVILÈGE DE LA BANQUE DE FRANCE, par Ernest Grillon. Broch. in-8, prix. 0 fr. 50 NOTE SUR LES STOCKS D’OR DU TRÉSOR ET DE LA BANQUE DE RUSSIE, par Arthur Raffalovich. Broch. in-8, prix. 1 fr. LA CONFÉRENCE MONÉTAIRE DE BRUXELLES, par Arthur Raffalovich, correspondant de l’inslilut. Br. in-8, prix. 1 fr. 50 GRAPHIQUES DE LA CRISE MONÉTAIRE ET DE LA BAISSE DES PRIX I8S0-I892, par Alpii. Allard, directeur honoraire de la Monnaie. Broch. in-4, prix. 6 fr. LA CHUTE DE LA SOCIÉTÉ DES DÉPÔTS ET COMPTES COURANTS, par ARTHUR Raffalovich, correspondant de l’instilut. Broch. in-8, prix. 1 fr. ÉTUDES MONÉTAIRES. LA QUESTION DE L’ARGENT à la Conférence de Bruxelles, par le baron Julien Leys. Broch. in-8, prix..... 1 fr. CONFÉRENCE MONÉTAIRE INTERNATIONALE DE BRUXELLES, 1892. Lettre adressée à ses très honorables collègues de la Confèrence au sujet de la proposition transactionnelle, présentée par Alphonse Allard, délégué du Gouvernement belge. Br. in-8, prix. 3 fr. LES ORIGINES DU BIMÉTALLISME. ÉTUDE SUR LA VALEUR PROPORTIONNELLE DE L’OR ET DE L’ARGENT DANS L’ANTIQUITÉ GRECQUE, par Théodore Reinach. Br. in-8, prix. 3 fr. LA QUESTION MONÉTAIRE EN BELGIQUE, par MAURICE ANSIAUX, avocat. 1 vol- in-8, prix.. 3 fr. LE PROBLÈME MONÉTAIRE ET LA CONFÉRENCE MONÉTAIRE INTERNATIONALE DE BRUXELLES, par Joaquin D. Casasus, professeur d’économie politique. 1 vol. in-8, prix. 3 fr. 50 LA QUESTION DE L’ARGENT AU MEXIQUE. Matériaux présentés à la conférence internationale monétaire de Bruxelles, par le même. 1 vol. in-8, prix. 3 fr. NATIONALISATION DE LA PRODUCTION DE L’ARGENT ET AUTRES PROPOSITIONS CONCERNANT LA QUESTION MONÉTAIRE, présentées à la Conférence monétaire de 1892 à Bruxelles, par le D r Julius Wolff. Broch. in-8, prix... 2 fr. POPULATION — ÉMIGRATION — COLONISATION LA POPULATION, LES CAUSES DE SES PROGRES ET LES OBSTACLES QUI EN ARRETENT L’ESSOR, par Édouard Van Der Smissen, chargé de cours à l’Université de Liège. 1 vol. in-8, couronné par l’Académie des sciences morales et politiques, prix. 8 fr ESSAI DE BIBLIOGRAPHIE CHARITABLE, par CAMILLE Granier. 1 vol. in-8, prix. 17 fr. 50 L’AFFAIBLISSEMENT DE LA NATALITÉ FRANÇAISE, SES CAUSES, SES REMÈDES, par M. E. Cheysson, inspecteur général des ponts et chaussées. Broch. in-8, prix. 1 fr. L’ÉMIGRATION ET L’IMMIGRATION PENDANT LES DERNIÈRES ANNÉES, par F.-J. de Santa-Anna Néry. Broch. gr. in-8, prix... 1 fr. s SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL QUESTIONS OUVRIÈRES QUESTIONS SOCIALES D’AUJOURD’HUI, LE PASSÉ ET L’AVENIR DES TRADE UMONS, par Howfll, membre de la Chambre des Communes, traduction et préface, par M. Ch. Le Coür Grandmaison, député. 1 vol. in-8 cartonné, prix. 7 fr. (II 0 volume de la Collection des Auteurs Étrangers contemporains). LES BOURSES DU TRAVAIL, par G. de Molinari, correspondant de l’Institut, rédacteur e» chef du Journal des Économistes. 1vol. in-18, prix. 3 fr. 60 HISTOIRE D’UN CENTRE OUVRIER, LES CONCESSIONS D’ANZIN, par Georges Michel, rédacteur au Journal des Débats, avec la collaboration de M. Alfred Renouard, ingénieur civil. 1 vol. in-18, prix. 3 fr. 50 L'ACTION SOCIALE PAR L’INITIATIVE PRIVÉE, avec des documents pour servir à l’organisation d’institutions populaires et des plans d’hahitations ouvrières, par Eugène Rostand, lauréat de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, 1 vol. grand in-8, prix. 15 fr. LA PARTICIPATION DES OUVRIERS AUX BÉNÉFICES ET LES DIFFICULTÉS PRÉSENTES, par M. A. Gibon, ancien directeur des Forges de Commentry, président de la Société d’économie sociale, 1 vol. in-8, prix. 3 fr. LA PAIX DES ATELIERS, institutions de nature à faciliter la conciliation des arbitrages entre les patrons et ouvriers, par le même. Broch. in-8, prix. 2 fr. DES DIVERS MODES DE RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL, par le même. Broch. ia-8, prix. 2 fr. LA PARTICIPATION ET LE MALENTENDU SOCIAL, par M. Ernest Brelat. Broch. in-8, prix. 3 fr. LES CHEVALIERS DU TRAVAIL (Knights of Labor), par Ernest Brelat, broch. in-8, prix.•. 1 fr. 50 LES HABITATIONS OUVRIERES EN BELGIQUE, par le baron Hifpolyte DE Royer de Dour, lauréat de l’Académie royale de Belgique; accompagné de 17 planches et un diagramme. 1 vol. in-8, prix. 7 fr. 60 UNE VISITE A QUELQUES INSTITUTIONS DE PRÉVOYANCE EN ITALIE, parM. E. Rostand, lauréat de l’Institut. 1 vol. in-8, prix. 5 fr. TROISIÈME CONGRÈS DES BANQUES POPULAIRES FRANÇAISES (associations coopératives de crédit), tenu à Bourges da 6 au 9 août 1891, actes du Congrès. 1 vol. in-8, prix. 4 fr. ENQUÊTE SUR LES ASSOCIATIONS PROFESSIONNELLES D’ARTISANS ET OUVRIERS EN BELGIQUE, par Éhile Vandervelde. 2 vol. gr. in-8, prix. 8 fr. PRÉVOYANCE ET MUTUALITÉ, par Charles Cerf, avec une lettre de M. Georges Carton. 1 vol. in-8, prix.. 2fr. 50 LES CONSEILS DE CONCILIATION ET D’ARBITRAGE DES PATRONS ET DES OUVRIERS DANS L’INDUSTRIE. Discours prononcé & Lille le 29 janvier 1892 à l’assemblée de l’Union de la paix sociale, par Denis Galet, banquier à Amiens. Broch. in-8, prix. 1 fr. LE NOUVEAU PRO JET DF. LOI SUR L’ARBITRAGE INDUSTRIEL FACULTATIF, par Eugène d’EicHiHAL. Broch. in-8. prix. 1 fr. LA PARTICIPATION AUX BÉNÉFICES, FACULTATIVE ET OBLIGATOIRE, par Eugène d’Eichthal. Broch. in-8,prix. 1 fr. ALCOOLISME OU ÉPARGNE, par Adolphe Coste. 1 vol. in-32, prix. 0 fr. 60 DE DA LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C*\ LES (BAISSES RÉGIONALES DE PRÉVOYANCE, observations présentées devant le Congres des Sociétés savantes le 30 mai 18UU, par E. Chkysson. Brocli. in-8, prix.. 1 fr L’AVENIR DE L’OUVRIER, TRAVAIL ET PRÉVOYANCE, EXPOSÉ DES MOYENS DE SE GARANTIR l»E LA MIsÈRE, par M. Paul Mathat. 6* édition, revue et mise à jour. 1 vol. gr. in-8, prix. G fr. BULLETIN DE LA LIGUE POPULAIRE POUR LE REPOS DU DIMANCHE EN FRANCE, 1” année 18i)l), I vol. iu-8, cartonné, prix. I l'r.50 SALAIRES ET SYNDICATS MIXTES, par A. IIÉCHABX, professeur à la Faculté de droit de Lille, Broch. in-8, prix. I fr. 50 LA QUESTION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL, par LE HÊME. Broch. in-8, prix. 1 fr. 80 DE LA MUTUALITÉ APPLIQUEE A LA VIE MATÉRIELLE ET SOCIALE, par COTTIN- Amgak. Broch. in-8, prix. 2 fr. LE PROJET DE LOI DU GOUVERNEMENT SUR LA CRÉATION D’UNF CAISSE NATIONALE DES RETRAITES Ol VRIERES, par M. 11. VersiONT, avocat à la cour d’appel de Rouen. Broch. in-R, prix. 1 fr. CONGRÈS INTERNATIONAL DU REPOS HEBDOMADAIRE au point de rue hygiénique et social tenu à Paris au Cercle populaire de l’Exposition, du 24 au 27 septembre 1889 ; compte rendu in extenso. 1 vol. in-8, prix. 4 fr. LE REPOS HEBDOMADAIRE ET L’INDUSTRIE EN GÉNÉRAL. Rapport par M. Jules Pagny, industriel. Broch. gr. in-8, prix. 0 fr. 50 LE REPOS HEBDOMADAIRE ET LE PERSONNEL DES POSTES ET TÉLÉGRAPHES. Rapport sommaire par G.-F. Chamblrs, avocat. Broch. gr. in-8, prix. 0 fr. 60 LE REPOS DU DIMANCHE DANS LES LAMINOIRS A FER, par Ernest Morel, ingénieur civil. Broch. gr. in-8, prix. 0 fr. 20 DU REPOS HEBDOMADAIRE DANS L’INDUSTRIE DU BATIMENT. Rapport par MM. Ouvert et Kiviêhe, architectes. Broch. gr. in-8, prix. 0 fr. 50 LE REPOS HEBDOMADAIRE ET LE PERSONNEL DES CHEMINS DE FER. Rapport sommaire par M. VV. de Nohdung. Broch. gr. in-8, prix.. 1 fr. L’ESPRIT DES INSTITUTIONS OUVRIÈRES DE MARIERONT, par M.JlJLlEN Weiler, ingénieur du matériel. Broch in-8, prix. 0 l'r.50 L’ARBITRAGE INDUSTRIEL DEAAXT LA SCIENCE ÉCONOMIQUE, par le mime. Broch. in-8, prix... 0 fr. 50 LA GRÈVE DE MARIERONT ET LES CONSEILS DE CONCILATION ET D’ARBITRAGE, par le même. Broch. in-8, prix... 0 fr. 50 NÉCESSITÉ DE LA CONCILIATION INDUSTRIELLE, par le même. Broch. in-8, prix. ù fr. 50 LE CINQUIÈME ÉTAT DEVANT LE RÈGLEMENT DU TRAVAIL. — DEUX ÉTUDES SUR LES QUESTIONS OUVRIÈRES, par le même. Broch. in-8, prix.. 0 fr.50 ARBITRAGE ET CONCILIATION ENTRE PATRONS ET OUVRIERS, par le même. Broch. in-18, prix. 0 Tr. 10 LA CONCILIATION INDUSTRIELLE ET LE ROLE DES MENEURS, par le même. Broch. in-8, prix... 0 fr. 50 L’ORGANISATION DES CONSEILS D’ARBITRAGE ÉTABLIS EN ANGLETERRE, par le même. Broch. in-8, prix,... 0 fr. 50 10 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL L’ARBITRAGE ENTRE PATRONS et OUVRIERS, lettre à M. Frédéric Passy, par le même , ingénieur. Broch. in-8, prix. 0 fr. 25 ÉCONOMIE SOCIALE, SECTION IX. — SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION. Rapport de M. Arthur Raffalovich, correspondant de l’Institut, brocli. gr. in-8, LA SECONDE RÉVOLUTION FRANÇAISE, SOLUTION ET DÉNOUEMENT PACIFIQUE DE LA QUESTION SOCIALE OUVRIÈRE, par M. François HusSON, préface de II. Frédéric Passy. 1 vol. in- 18 , prix. 2 fr. GUIDE PRATIQUE POUR L’APPLICATION DE LA PARTICIPATION AUX BÉNÉFICES, par Albf.rt Tsombert. Introduction de M. Charles Robert, ancien conseiller d’Ëtat. 1 vol. in-8, prix... . 6 fr. NOTE SUR LES CHAMBRES D’EXPLICATIONS INSTITUÉES AUX CHARBONNAGES DE MARIERONT ET DE BASCOUP pour les ouvriers de la division du matériel, par A. Demeure, ingénieur. Broch. in-8, prix. 0 fr. 50 LA GRÈVE DE CARMAUX. DE L’ARBITRAGE LÉGAL ET DES CONDITIONS DE L’HARMONIE DANS L’INDUSTRIE, par M. A. Gibon, ancien directeur des usines de Cominenlry. 1 vol. in-8, prix. 3 fr. LES PRINCIPES RATIONNELS DE L’ASSURANCE OUVRIÈRE, conséquences prochaines et éloignées du système des assurances en Allemagne, par le docteur H. Schœn- feld, président du Comité des Habitations ouvrières. 1 vol. in-8, prix. 2 fr. LE CONSEIL D’USINE, rapports sur les travaux des exercices 1888, 1889, 1890 et 1891, traduction par G. Foccroulle, ingénieur, de The Shop Council by Janes C. Bayles. Br. in-8, prix.. 0 fr. 50 LA LOI SUR LES BUREAUX DK PLACEMENT, discours de M. Yves Guyot, prononcé à la Chambre des députés le 8 mai 1893. Br. in-32, priï. 0 fr. 25 QUESTIONS PÉNITENTIAIRES LES CASIERS JUDICIAIRES ET UN PROJET DE CASIERS CIVILS, par LOUIS ÎHEU- reau. 1 vol. in-8, prix. 5 fr. NOTE SUR LES CHAMBRES D’EXPLICATIONS INSTITUÉES AUX CHARBONNAGES DE MARIERONT ET DE BAsCOUP pour les ouvriers de la division du matériel, par A. Demeure, ingénieur. Br. in-8, prix. 0 fr. 50 SOCIALISME LE COLLECTIVISME, EXAMEN CRITIQUE DU NOUVEAU SOCIALISME, par M. Paul Leroy-Beaulieu, membre de l’Institut, profe?seur d'économie politique au Collège de France. 3° édition, revue et augmentée d’une préface. 1 vol. in-8, prix. 8 fr. LA SOCIÉTÉ MODERNE ET LA QUESTION SOCIALE, par BoriN-Fouunet, avocat. 1 vol. in-18, prix. 3 fr. 50 SOCIALISME, COMMUNISME ET COLLECTIVISME, coup d’œil sur l’histoire et les doctrines, par Eugène b’Eicutiial. 1 vol. in-18, prix. 2 fr. 50 DE LA. LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C". 11 LE SOCIALISME CONTEMPORAIN, par Édmond Villey, professeur d’économie politique et doyen de la Faculté de droit de Caen. Broch. in-8, prix. I fr. LES SOCIALISTES ALLEMANDS. — Le programme d’Erfurl et la Satire de M. Rich- ter, par M. A. Raffalovich. Broch. in-8, prix. 1 fr, LES PROGRÈS DU COMMUNISME D’ÉTAT, par M. CHARLES Limousin. Broch. in-8, prix. 0 fr. 50 SEUL DE SON SIÈCLE. — EN L’AN 2000. traduction et discussion du roman communiste « Looking Backward <> de M. Ed. Bellamy, par le V'” Combes de Lestrade, 2 e édilion. 1 vol. In-1 8, prix. 2 fr. 50 RAPPORTS DU JURY INTERNATIONAL, putdiés sous la direction de M. Alfred Picard. — Groupe de l’Economie sociale, section Vil. Rapport de M. Léon Caubert. Broch. in-4°, prix... 2 fr. LETTRE AU PAPE LÉON XIII A PROPOS DE SON ENCYCLIQUE SUR LA QUESTION SOCIALE, par Victor Modeste. 1 vol. in-18, prix. 2 fr. CECI EST MON TESTAMENT, par le même. Broch. in-18, prix. 2 fr. QUESTIONS COLONIALES DE LA COLONISATION CHEZ LES PEUPLES MODERNES, par Paul Leroy-Beaulieu, membre de 1*Institut, 4 e édition revue corrigée et augmentée. I vol. in-8,prix. 12 fr. EXPANSION DE LA FRANCE, par M. Louis Vignon, professeur à l’École coloniale, et à l’École des Hautes Eludes commerciales. 1 vol. in-18, prix. Sfr. 50 Le même. Édition in-8, prix. 1 fr. LA COLONISATION DE L’INDO-CIIINE, l’expérience anglaise, par M. Cbailley-Bf.RT. 1 vol. in-18, prix. 4 fr. ÉCONOMIE RURALE LES POPULATIONS AGRICOLES DE LA FRANCE, NORMANDIE ET BRETAGNE, PASSE ET PRÉSENT, mœurs, coutumes, instruction, population, famille, valeur et division des terres, fermage el métayage, ouvriers ruraux, salaires, nourriture, habitation, par IIe.niii Baudrillart, membre de l’Institut, 1 vol. in-8. prix. 7 fr. 50 LES POPULATIONS AGRICOLES DE LA FRANCE, par Henri Baudrillart, membre de l’Institut, Les populations du Midi (Méditerranée, Alpes. Pyrénées, Massif central), Provence, Comlé de N ce, Comtat-Venaissin, Koussillon, Comté de Foix, Languedoc, passé et présent ; 3° série, publiée par Alfred Baudrillart, docteur ès lettres, agrégé de l’Université. 1 vol. in-8, prix. 10 fr. HISTOIRE DU DESSÈCHEMENT DES LACS ET MARAIS EN FRANCE AVANT 1789, par M. le comle de Dienne (ouvrage couronné par la Société Nationale d’auriciiliura de France qui lui a attribué le prix Léonce de Laiergne, au concours de 1889). 1 vol. gr. in-8, prix. 10 fr. LE CRÉDIT AGRICOLE PAR L’ASSURANCE, par Henri Guénin, inspecteur principal au Crédit foncier de Franco. 1 vol. in-18, prix. 3 fr. 12 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL L’A VENIR PE LA RICHESSE AGRICOLE EN FRANCE, LES CONDITIONS PE SON DÉVELOPPEMENT, par Adolphe Coste, vice-président de la Société de slatistique de Paris. Broeli, in-8, prix. . 1 fr. LA RÉFORME CADASTRALE ET LE RÉGIME HYPOTHÉCAIRE, par A. W. van 'Woeiiden. Bioeil, in-8, prix... 1 fr. COMMENT RÉSOUDRE LES DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES ACTUELLES. — Deuxième série d observations pratiques. — Études sur lu situation agricole, industrielle et coni- mereiale en France, et les moyens proposés en 189 l pour l’améliorer et conjurer la crise, ' par Paul Pierrakd. Bruch. in-8, prix. 1 fr. 50 LIBERTÉ COMMERCIALE LA THÉORIE DE L’INVENTION élal'Orée pour servir d’étude et de critérium en matière de brevetabilité et de contrefaçon, par Th. WTesemann. 1 vol. in-8, prix. 5 fr. LE RETOUR AU PROTECTIONNISME, ce qu’il roulera aux consommateurs français, ce qu’il rapportera aux producteurs étrangers, par G. de Molinahi, correspondant de l'Institut. Broch. in-8, prix. 1 fr. DISCUSSION GÉNÉRALE DU TARIF DES DOUANES, discours prononcé par M. I.KON Say, à la Chambre des députés, séances des 9 et I 1 mai 1891. Bioch. in-32, prix. 1 fr. PROTECTIONNISME ET ÉGALITÉ, par D. Zolla. Broeli. in-8, prix. 1 fr. LA POLITIQUE DE DÉGRÈVEMENT. — LE DÉGRÈVEMENT DE LA NAVIGATION, par le baron Julien I.eys, conseiller communal d Anvers. Broeli. in-4°, prix. 1 fr. TARIF PRATIQUE DES DROITS DE DOUANE A L'USAGE SPÉCIAL DU COMMERCE, par H. Le Camus de Moffet, receveur di s douanes, I vol. in-18, prix.. 3 fr. ÉTUDE SI R LA RÉFORME CONSULAIRE AU POINT DE VUE COMMERCIAL, par A édée Pkince. Projet adopté par la Chambre syndicale des négociants-commissionnaires el par le Congrès des Chambres syndicales. Broeli. gr. in-s, prix. 2 fr. ÉTUDES SUR LA PROPRIÉTÉ ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE, par ÉDOUARD Rombkrg. 1 vol. in-8, prix.‘. 6 fr. STATISTIQUE annuaire de l’économie politique et de la statistique fondé en 1844, par MV1. Guillaumin el Joseph Gahsif.k, continué depuis 18(iti par M. Maurice Block, membre de l’inslilul, 1893 (5b e année). I vol. in-18, prix. 9 fr. LA STATISTIQUE des RELIGIONS, par M. É. Fournier de Flaix. Broch. in-8, prix. 3 fr. RECENSEMENT ET STATISTIQUE FINANCIÈRE DES USINES EN FRANCE, par V. TurquaN. Broch. in-8, prix. tir 50 LES LACUNES DE LA STATISTIQUE ET LES LOIS SOCIALES, communication faite au congrès des Sociéiei savanies le 30 mai 1890, par M. E. CheyssON. Broch. in-8,prix. 1 fr. ÉTUDE STATISTIQUE M R LA RICHESSE COMPARATIVE DES DÉPARTEMENTS DE LA FRANCE, par M. ÀDOLIdlE Coste. Broeli. in-8* Airix . 1 fr. DE LA LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C”. 13 POLITIQUE VINGT ANS DE VIE PUBLIQUE. Queslions municipales, — travaux divers. — Rapports sur délégations en France et à ('Etranger. — Études économiques et discours parlementaires, par J. Charles-Roux, député de Marseille. 1 vol. iu-8, prix . 12 fr. THÉORIE GÉNÉRALE DE L’ÉTAT, par Bluntschli, traduit de l’allemand et précédé d’une préface par M. Armand de Hiedmattën, docteur en droit. 3 e édition. I vol. in-8, prix. 9 fr. LES CHAMBRES ET LA FRANCE, par Gustave DU Puynode. Broch. in-8, prix. 2 fr. 50 UNE INSTITUTION DEMOCRATIQUE, — LE Kl EERI NDl'M, par A. BéCHAUX, professeur à la Faculté de droit de Lille. Brocli. in-8, prix. 1 fr. DROIT — LÉGISLATION LA REVISION DU CODE CIVIL EN BELGIQUE, par A. BÉCHAUX, Broch. in-8, prix. 1 fr. 50 ASSURANCES LE LIVRE D'OR DES ASSURANCES, par E. Lechartier. —Compagn'es d’assurances contre l’incendie. Tome 1 er . 1 vol. gr. in-8, prix. 25 fr. CHARGES PROBABLES RÉSULTANT DES PROJETS DE LOIS D'ASSURANCE CONTRE LES ACCIDENTS, par E. Ghuner, ingénieur civil des mines, secrélaire du Comité central des houillères de France, hror.h. in-t, prix. 2 Ir. 50 L'ASSURANCE OUVRIÈRE DANS LES MINES ET LA RÉORGANISATION DES CAISSES DE PRÉVOYANCE EN FAVEUR DES OUVRIERS MINEURS, par l’ingénieur Eomond Peivï, broch. in-8, prix. 2 fr. DES ASSURANCES SUR LA VIE SPÉCIALEMENT EN CAS DE DÉCÈS, par L. FüR- QUiu d’Alheida, avocat. 1 vol. in-8, prix. 4 fr. MORALE ET PHILOSOPHIE RELIGION, par G. de Molinari, correspondant de l’Inslilut, rédacteur en chef du Journal des Economis'rs. Deuxième édition, augmentée d’un « Aperçu sur l’Avemr des religions». I vol. in-18, prix... 3 fr. 50 JUSTICE, par Herbert Spencer, 2* édition, traduction de M. E. Casteiot, ancien consul de Belgique, t vol. in-8 cartonné, prix. 9 fr. (1V° volume de la Collection des Auteurs Étrangers contemporains). LA MORALE DES DIFFERENTS PEUPLES ET LA MORAI.E PERSONNELLE, par le même, traduction de MM. E. Castelot, et E. Martin Saint-Léon. 1 volume in-8, cartonné, prix. 9 fr. (VI 0 volume de la Collection des Auteurs Étrangers contemporains.) LA LUTTE DES RACES. - RECIII RCIIES SOCIOLOGIQUES, par Louis Gumpi.OWICZ, piofcsseur de sciences politiques à ('Université de Giatz, traduction de M. Charles Bave. 1 vol. in-s, cartonné,prix... 9 fr. (V° volume de la Collection des Auteurs Étrangers contemporains.) LA SOCIÉTÉ MODERNE. ÉTUDES MORALES ET POLITIQUES, par J.-G. CoUR- celle SeneUil, membre de l’Institut, i vol. in - 18, prix . 5 fr. LA RICHESSE ET LE BONHEUR, par Adolphe Coste. 1 vol. in-32, prix... 0 fr. 60 14 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL COMMERCE — INDUSTRIE — QUESTIONS COMMERCIALES ET INDUSTRIELLES GÉOGRAPTIIE COMMERCIALE, par Ch. Duffart, membre de la Société de géographie commerciale de Bordeaux, — ouvrage accompagné de 28 planches hors Icxlc contenant 38 caries en couleurs gravées sous la direclion del auteur. I vol. in-8, prix. 10 fr. TRAITÉ DES MAGASINS GÉNÉRAUX, DES OPÉRATIONS AUXQUELLES ILS DONNENT LIEU (principalement îles prêts snr warrants) et de ventes publiques en gros de marchandises neuves en France et à l'étranger, Allemagne, Amérique. Autriche, Belgique, Espagne, Grande-Bretagne, Hollande, Hongrie, Italie, Ru sie, Suis-e (Genève et Bile). Suivi d’un appendice contenant les lois françaises et étrangères sur les Magasins Généraux, par L. Scansa, docteur en droit. 1 vol. in-8, prix. 7 fr. LES INDUSTRIES Al CESSOIRFS DU VÊTEMENT ET LES TRAITÉS DE COMMERCE, rapports et études à propos des réponses à l’enquête ministérielle sur l'établissement des tarifs des douanes, publiés par MM. Falgimaigne, Fa«cy, Havem, Ki.otz, Mohtier, Parent, sous la direction et avec prélace et notes de M. Julien Hayem. I vol. in-8, prix. 10 fr. INDUSTRIES ACCESSOIRES DU VÊTEMENT. Chemiserie et linqerie, Pélilions, observations et protestations adressées à MM. les Députés et Sénateurs à propos (les tarifs douaniers présentés par le Gouvernement et votés par le Commission des douanes. Broch. in-8, prix. 2 fr. ESSAI SUR LE COMMERCE ET SON ORGANISATION EN FRANCE ET EN ANGLETERRE, par G. François. 1 vol. gr. in-8, prix. 8 fr. LA MARINE COMMERCIALE ET LES CAPITAUX COMMERCIAUX EN FRANCE, par M. J. Basse. Broch. in-8, prix. 1 fr. CALCUL — CHANGES — BANQUE — COMPTABILITÉ THÉORIE DES CHANGES ÉTRANGERS, par Goschen, chancelier de l’Échiquier. Traduclion et introduction par Léon Sav, ancien ministre des finances. 3° édiIion Iran- çaise suivie du rapport de 1875 sur le payement de l’indemnité de guerre. I vol. in-8, cart., prix. 8 fr. (III e volume de la Collection des Auteurs Étrangers contemporains.) ÉTUDES Sl’R LA COUR DES COMPTES ET LA COMPTABILITÉ PUBLIQUE EN Btâ.GIQUE. — Contrôle préventif des finances exercé par la Cour des comptes, par Victor Marcé, auditeur à la Cour des comptes. 1 vol. in-8, prix. 4 fr. LE 2 1/2 POUR CENT FRANÇAIS, par M. Neymarck. Broch. in-8, prix.. 1 fr. 50 L’ARTICLE 8 ET LES AFFAIRES DANS LEURS EXIGENCES EN MATIERE DE COMPTABILITÉ. — Projet de réforme des articles 8, 10 et 12 (lu Code de commerce, par J. Clauoel, chef de comptabilité commerciale, professeur à l’Association polytechnique. Broch. in 8, prix. 1 fr. LA CRISE DE LONDRES EN NOVEMBRE 1890, par ARTHUR Raffalovicii. Broch. in-8, prix... . 1 ff- EXTRAIT DU CARNET DU VENDEUR, par Eugène Baudran. Broch. in- 18 ,prix. 1 fr. ÉTUDE SUR L’ÉTABLISSEMENT DF.S PRIX DE REVIENT, suivie d'un album synthétique résumant les opérations comptables au moyen de cartes industrielles, par Uenri Edom, chef de comptabilité. Broch. in-8, prix. I fr- DE LA LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C”. 15 VOIES DE COMMUNICATION GÉOGRAPHIE COMMERCIALE, par Charles Duffvrt, membre delà Société de géographie coin .>erciale de Bordeaux; ouvrage accompagné de 78 planches hors texle conte- nanl SS cartes en couleurs gravées sous la direclion de l'auteur. 1 volume in-8 raisin, prix... 10 fr. PROJET DU CHEMIN l>E FER INTERCONTINENTAL AMÉRICAIN, carte dressée par M. Amêdke, Prince vire-pr-sident de la Chamhie syndicale des négocianls-cnmmission- naires, d'après les rapports olliciels du Congrès des trois Amériques tenu à Washington, 1889-1890, prix. 4 fr. LES DROITS DE L'ÉTAT SI R LES TARIFS DES CHEMINS DE FER, en Angleterre et aux Étals-Unis, par Ch. Gomel. Broch. in-8, prix . 1 fr. TARIFS DE CHEMINS DE FER. — Un projet de loi, une solution pratique, par Véron Duverger, ancien conseiller d’Etat. Broch. in-8, prix. 1 fr. LE CRÉDIT DES COMPAGNIES DE CHEMINS DE FER FRANÇAIS, leur placement et amollissement, communication faite à la Société de Statistique de Paris, par Alfred Neymahck, lauiéal de l’Institut. Broch. gr. in-8, prix. 1 fr. 50 LES CHEMINS DE FER ET L’IMPOT, la légende des gros dividendes, communication faite à la Suciété de Statistique de Paris, par le même. Broch. in-8, prix_ 1 Ir. 60 CONTRADICTION A M. CAMILLE PELLETAN. Examen du Rapport de M. Camille Pklletan, député, sur les tarifs de chemins de fer d’intérêt général. Broch. in-18, prix. 0 fr. 50 OUVRAGES RELATIFS A DIVERS PAYS LE CONGRÈS DES TROIS AMÉRIQUES, 1889-1890. — Avant le Congrès, d’après la presse des États-Unis. — Le Congrès, d’api ès la presse européenne. — Le Congrès d’après la presse des Etats-Unis. — Rapports olüciels, traduction, d’après les documents olflciels, avec une carte de l’Amérique, par Amédée Prince. I fort vol. gr. in-8, prix. 20 fr. LA QUESTION SOCIALE EN BELGIQUE ET LE CONGO. — Les lois ouvrières dans le présent et dans l'avenir, — les accidents du travail, — le Congo envisagé au point de vue de la situa ion économique de lu question sociale en Belgique, par M. de Ramaix, docteur en droit. 1 vol. in-8, prix. 4 fr. LES ÉTATS-UNIS EN 1880, NOTES ET SOUVENIRS, par B. DdreaO. 1 vol. in-18, prix ... fi fr. 60 TARIF GÉNÉRAL DES DOUANES DE L’EMPIRE RUSSE, sanctionné par S M. l'empereur, le II juin 1891, tarif pour les marchandises importées de la Finlande; éd lion augmentée d’un extrait des règlements douaniers concernant toutes les foi matités que les importateurs et les expéditeurs ont à remplir dans les douanes russes, par éd. I’ingxud et N. Moeiider, édition autorisée par le département impérial des douanes. I vol. in-18, prix. 7 Ir. 60 LES MINISTRES DES FINANCES DE LA RUSSIE, 1802-1890, par M. C. SkalkOVSKï. traduit du russe par R. de NewsKï. 1 vol. in-8, prix . 7 fr. 50 16 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL UNE VISITE A QUELQUES INSTITUTIONS DE PRÉVOYANCE EN ITALIE, par Eugène Rostand, lauréat de l'Institut. 1 vol. in-8, prix.„. 5 fr. LES HABITATIONS OUVRIÈRES EN BELGIQUE, par le baron Hippolyte DF, Royer de Doua, lauréat de l'Académie royale de Belgique ; accompagné de il planches et un diagramme. 1 vol. in-8, prix. 7 fr. 50 LES QUATRE GRANDES VILLES DE BELGIQUE, BRUXELLES, ANVERS, GAND, LIÈGE. S tualion financière et administrative en 1890. Élude statistique par Maurice Heins, docteur en droit. 1 vol. in-8, prix.. 3 fr. COUP D’CEIL SUR LES OEUVRES DE L’INITIATIVE PRIVÉE A GENÈVE, par le capitaine Paul Marin, membre de la Société d’Économie sociale. 1 vol. in-18, prix. 3 fr. 50 SUL MIGLIORAMENTO DF.LLO STATO DEI LAVORATORI AGRICOLI, discorso tenuio al congresso agrario di Berlino il 17 maggio 1815, par Augusto Gieszkowski, tradolto dal tedesco da M. A. C. Broch. in-8, prix. 1 fr. IL MINISTERO DEL LAVORO, proposta di Francesco Vigano. Broch. in-8, prix. 1 fr. CHAULES I" DE ROUMANIE, Vingt-cinq ans de régne. 1 vol. in-18, prix.. 1 fr. 50 LA REVISION DU CODE CIVIL EN BELGIQUE, par A. Becraux. Broch. in-8, prix 1 fr. 50 L’ALCOOL EN Sl’ISSE, le monopole, son organisation et son fonctionnement, par Étienne Martin. I vol. in-8, prix. 2 fr. 60 LA CRISE DE LONDRES EN NOVEMBRE 1890, par ÂRTHUR RafFALOVICII. Broch. in-8, prix. 1 fr. LE BILAN DE LA BANQUE D’ANGLETERRE, par ÂRTHUR Raffalovich, correspondant de l’institut. Broch. in-8, prix. 1 fr. (Extrait du Journal des Économistes, n° du 15 juin 1893). LA GRÈCE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE EN 1893. Réponse à A. M. E.-F.-G. Law, délégué du gouvernement anglais, par M. Dem. GeorgiadèS. I vol. in-8, prix. 3 fr. LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA GRÈCE, L’ÉCHÉANCE DE JUILLET 1893, par Dem. Geohgiauès. Br. in-8, prix... 0 fr. 60 LA QUESTION MONÉTAIRE EN BELGIQUE, par Maurice Ansiaux, avocat. 1 vol. in-8, prix. 3 fr. LE PROBLÈME MONÉTAIRE ET LA CONFÉRENCE MONÉTAIRE INTERNATIONALE DE BRUXELLES, par Jjaquin D. Casasus, professeur d’économie politique. 1 vol. in-8 prix. 3 fr. 50 LA QUESTION DE L'ARGENT AU MEXIQUE. Matériaux présentés par Joaquin D. Casasus, délégué du Gouvernement mexicain à la Conférence internationale monétaire de Bruxelles. 1 vol. iu-8, prix. - — . 3 fr. TABLE PAS ORDRE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D’AUTEURS DU 3 e SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL PRIX Pag. PRIX A f. C. B (suite). f. c. ALLARD (Alphonse). Graphiques delà. BIDOIRE (Pierre). Tableau résumé du crise et de la baisse des prix 1850- budget de 1S93. 1 vol. iu-18. i 50 1892. Br. in-4. 6 » 7 BLOCIi (Maurice). Aphorismes écono- — Conférence monétaire internationale iniques et moraux. Br. in-8. 1 » de Bruxelles, 1892. Propositions trans- BLUNTSCHLI. Théorie générale de actionnelles. Br. in-8. 3 » 7 l'État. 3® édit, i vol. in-8. 9 » Annales de la Société d'Éco- BOISSEVAIIV (G.-Jl.). Le problème nomie politique. Tûmes 4, Set 6. monétaire et sa solution. 1 vol. in-8... 4 » In-8,chacun. 9 »■ 3 BOISSON A DE (G.). Le bimétallisme Annuaire de l'Économie poli- moyeu. Br. in-8. 1 50 tique et de la Statistique, 1891 BOItlN-FOURNET (J.L La Sociélé à 1893. Chacun. 9 » 3 moderne et la question sociale. 1 vol. ANSIAUX (Maurice). La question mo- in-l 8... 3 50 nélaire en Belgique, i vol. in-8. 3 » 7 BOUCHARD (Louis). Système finan- AUBURTIN (F.). Voy. LE PLAY. cicr de l'ancienne monarchie. 1 vol. iu-8. 12 » BRELAY (Ernest). Les chevaliers du LS travail. Br. in-8. 1 50 — La Participation et le malentendu BASTIAT. Œuvres choisies. 1 vol. social. Br. in-8. 3 » in-32, cartonné... 2 50 2 Budget de la marine (le). Les vices BASSE (J.). La marine commerciale et de l'organisation de la mariue en les capitaux commerciaux en France. France. Br. in-8..... 1 » Br. in-8. 1 » 14 Bulletin de la Ligue populaire B AU DR.IN (Eugène). Extrait du car- pour le repos du dimanche en net du veudeur. B. in-18. i » 14 France. l r e auuée 1890.1 vol. in*8,cart. 1 50 Il AUD RI LL A KIT (Henri). — 3* Série. Populatious du Midi. 1 vol. in-8. 10 » 11 C — Normandie et Bretagne. 1 v. in-8.... 7 50 11 BAUDRILLART (Alfred). Voy. BAL 1 - CARTON (Georges). Voy. CERF. DIULLART (Henri). CASASLS (D. J.). La question de lar- BAYE (Charles). Voy. GEMPLO- gent au Mexique. 1 vol iu-8. 3 » WICZ. — Le problème monétaire. 1 vol. in-8.. 3 50 BEAL REGARD (Paul). Voy. RI- CASTAN1ER (P.-L.). Les attribution* C Alt 1)0. de l’Etat. Br. iu-8... 1 » BEC H AUX (A.). Salaires et syndicats CASTELOT (E.). Voyez THOROLD mixtes. Br. in-8. 1 50 9 IlOGEHS. — La question des accidents du travail. — Voy. HERBERT SPENCER. Br. in-8. i 50 9 CAUBERT (Léon). Rapport du groupe — Une institution démocratique. Le re- rit rEcouoniie sociale. Section Vil... 2 u ferendum. Br. in-8. 1 » 13 CERF (Charles). Prévoyauce et mutua- — La révision du Code civil en Bel- lité. 1 vol. iu-8. 2 50 giquo. Br. in-8. 1 50 13 CIIAILl.UY (J.). Voy. SULLY. BELLAMY (Ed.). Seal de son siècle en Dito. Nouveau Dictionnaire d’écono- l'an 2000. 2» édit. 1 vol. in-18. 2 50 11 mie politique. BENTHAM. Principes de législation. CIIAILLEY-BERT. La colonisation de 2 50 9 BESSON (Emmanuel). L'enregistrement — L’enseignement de l’économie poli- et la ferme générale. Br. in-8. 2 » 6 tique en Frauce. Br. in-8... 1 » Pag. 5 4 13 6 6 4 5 8 8 6 9 7 7 4 il 8 il . 4 18 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL PRIX Pag. PRIX Pag. C (suite). r. e. C (suite). f. c. CUAMDERS (G.-F.). Le repos hebdo- Congrès des banques populaires madaire et le personnel des postes et françaises (Troisième). Bourges, . » a a a a * a 60 9 1891. 1 vol. in-8. 4 » 8 CHAULES I«> DE ROUMANIE. Congrès international de Tinter- 1 50 16 vention des pouvoirs publics CHARLES-ROUX. Vingt ans de nie dans le prix des denrées. 1 vol. 12 13 in-8. 3 4 CHARTIER (Paul). Traité de l'échelle Congrès international du repos des primes. Br. in-8. 2 50 6 hebdomadaire, tenn à Paris, 1889. CI1EYSSON (E.). Affaiblissement de la 1 vol. iu-8. 4 » t natalité française. Br. in-8. 1 » 7 CONTENSON (G. de). L’avilissement — Les lacunes de la statistique et les de la propriété et la question moné- lois sociales. 1 » 12 taire. Br. in-8 . 1 n 6 — L’interuationalisme dans les ques- Contradiction à M. Camille Pel- lions sociales. Br. in-8. 1 50 4 letan. Br. in-18. » 50 15 — Les caisses régionales de pré- COSTE (Adolphe). Pourquoi trente ans voyance. Br. in-8. 1 R 9 de monopole. Br. in-8. t » 7 CIESZKOVVSKI (Angusto). Sul mi- — Alcoolisme on épargne. 1 vol. in-32. n 60 8 gliuraniento dello stato dei lavoratori — Richesse comparative des départe- { » 16 meuts de la France. Br in-8. 1 )> 12 CLAUDEL (J.). L’article8 et Jesaffaires — L’avenir de la richesse agricole de la 1 )) 14 France. Br. in-8. 1 » 12 COBDEN. Ligue contre les lois-cé- — La richesse et le bonheur. 1 vol. in-32. » 60 13 réales et discours politiques, i vol. COTTIN-ANGAR. De la mutualité in-32, cartonné. 2 50 2 appliquée à la vie matérielle et sociale. COHEN (Édouard). Question financière. Br. in-8. 2 » 9 Le budget, ce qu’il est, ce qu’il peut COURCELLE SENEUIL (J.-G. ). être. 1 vol. in-18. 3 50 5 Traité d’économie politique. 3* édi- — Appel à la bourgeoisie libérale. 1 vol. tion. 2 vol. in-18. 7 » 3 2 » 4 — La Société moderne, études morales et politiques, i vol in-18. 5 » 13 — Voy. SMITH (Adam). Collections d’auteurs étran- COURTOIS (Alph ). Voy. Annales geri contemporains. Histoire, de la Société d'économie poil- morale, économie politique. tique. I. Thorold Rogers. Interprétation u économique de l'histoire. Tra- ductionet introduction par M. E. DELIVET (Émile). L’exagération des Castelot. 1 vol in-8, cartonné... 10 )) 1 charges militaires et les prit de revient. II. Howell. Questions sociales d’au- ' vol. in-18. 4 » 4 jourd’hui. Le passé et l’avenir des DELOMDRE (Paul). Le projet de bud- Trade Unions. Traduction et pré- get de l’exercice 1892 et les conventions face par E.LeCourGiaudmaison, de 1883. Br. in-8. 1 50 5 député. 1 vol. in-8, cartonné.... 7 » 1 DEMEURE (A.).Note sur les chambres III. Goschbn.T héoriedeschangesétran- d’explications instituées aux charbon- gers. Traduction et préface de M. nages de Mariemout et de Bascoup. Léon Sav, de l’Académie fran- Br. in-8. M 50 10 çaise. Troisième édition française, DIENNE (comte de). Histoire du dessé- suivie du Rapport de 1875 sur le chement des lacs et marais en France. payement de l’indemnité de guer- avant 1789. 1 vol. in-8. 10 » 11 . re, par le même. 1 vol. in-8,cart. 8 » 1 DUFFART (Ch.). Géographie com- 1Y. Herbert-Sprncer. Justice, traduc- mcrciale. 1 vol. in-8. 10 » 14 tion de M. E. Castelot. 1vol. in-8, DUREAU (B.). Les Etats-Unis en 1830. cartonné et orné d’un portrait. 9 » 1 1 vol. in-18. 6 50 15 V. Gomplowicz (Louis). La lutte des DUVAL (Edmond). Des inconvénients races. Recherches sociologiques. de la limitation légale du taux de Traduction de M. Charles Baye. l’intérêt. 2 50 6 1vol. in-8, cartonné.... 9 » 1 OUVERT et RIVIÈRE. Dureposheb- VI. Herbert-Spencer. La morale des doniadaire dans l’industrie du bâti- différents peuples et la morale ment. Br. in-8 . » 50 9 personnelle, traduction de M. E. Castelot et de M. Etienne-Martin E Saint-Léon. vol. in-8, cart. 9 » 1 COMBES DE LESTRADE (vicomte). EDOM (Henri). Étude sur l’établisse- Voy. BELLAMY. ment des prix de revient. Br. in-8.... 1 » 14 DE LA LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C i# . 19 E (suite). EICIITIIAL (Eugène D*). Socialisme, communisme et collectivisme, i vol. in-18.. — Le nouveau projet de loi sur l’arbitrage industriel. Br. in-8 . — La participation aux bénéfices facultative et obligatoire. Br. in-8. F FOCCROULLE (G.). Le conseil d’usine. Br. .. FOURIER. Œuvres choisies. 1 vol. in-32, cartonné.- p • ••• FOURNIER 1)E FLAIX (E.). Études sur rurgaiiisation comparée de la Banque de France et des banques de circulation. Br.iu-4. — Statistique des religions. Br in-8.... FOVII.LE(de). Voy. BASTIAT. FRANÇOIS (G.)* E^ai sur le commerce et son organisation en France et en Angleterre, i vol. in-8. FUR QUI.U D’ALMEIDA (L.). l'es assurances sur la vie. 1 vol. in-8. G GALET (Denis). Les Conseils de conciliation et d’arbitrage des patrons et des ouvriers dans l’industrie. Br. in-8. GEORGIADÈS (Dem.). La situation financière de la Grèce. Br. in-8. — La Grèce écmomique et financière. 1 vol. in-8. GIRON (A.). La participation des ouvriers aux bénéfices et les difficultés présentes, i vol. in-8. — La paix des ateliers. Br. in-8. — Des divers modes de rémuuéiation du travail. Br. iu-8. — La grève de Carmanx. Br. in-8;. .. GIDE (Ch.). Voy. FOURIER. GOMEL (Charles). Les causes financières de la dévolution française. Les ministères de Turgot et de Necker. 1 vol, in-8. — Les derniers contrôleurs généraux. 1 vol. in-8. — Les droits de l’État sur les tarifs de chemins de fer. Hr. in-8. GOSC1IEN. Théorie des changes étrangers. 3* édition. 1 vol. in-8, cartonné.. GRANIER (Camille). Essai de bibliographie charitable. 1 vol. in-8. GRATIEN (Louis). Voy. PAZ. GRILLON (Ernest). Critiques à propo- du renouvellement du privilège delà Banque de France. Br. in-8. GRt NER (F.). Charges résultant des projets de lois d’assurauce contre les accidents. Br. in-4. GUÉNIN (Henri). Lecrédit agricole par l’assuiauce. 1 vol. in-18. PRIX Pnpr. G (suite). PRIX f. c. f. c. GUMPL01VICZ (Louis). La lutte des races, recherches sociologiques. 1 vol. 2 50 10 9 GlYOT (Yves). La question des pa- I » 8 tentes et des grands magasins. Br. in-32 . » 25 ! » S — Les préjugés économiques. Confé- y, 50 — La loi sur les bureaux de placement. I) 25 » 50 10 H 2 50 2 IIAYEM (Julien). Les industries accès- soi res du vèiement et les tiaites de commerce. 1 vol. iu-8. 10 » I1EINS (Maurice). Les quatre grandes 2 » 7 villes de Belgique, Bruxelles, Anvers, 12 •f y HEIIUERT SPENCER. Justice. 2.édi- 9 )) — La morale des différents peuples et la 8 » 14 morale personnelle. 1 vol in-8, cart . IIOUDARD (Adolphe). Essai sur le 4 » 13 service des billets de banque. Br.iu-4. HOYVELL. Questions sociales d’aujour- 2 0 d’hui, le passé et l’avenir des Trade 7 H HUME. Œuvre économique. 1 vol. in-32, cartonné. U1 SSON (François). La seconde révo- 2 50 1 » 8 iution française, solution et dénouement pacifique de la question sociale » 3 60 » 2 » 16 i 3 » 8 Industries accessoires du vête- 2 » 8 ment, chemiserie, lingerie. Br. c» » 2 »» 8 3 » 10 j JUGLAR (Clément). Le ralentissement 8 » actuel des affaires n’est-il qu’un simple arrêt dans la période prospère? Br. in-8. 1 D 8 » 5 K 1 » 15 KOROSI (Joseph). Bulletin annuel des 8 » 5 finances des grandes villes. 10 e année, 1886. Br. in-4. 3 » 17 50 7 L » 50 7 LE CAMUS DE MOFFET (II.). Tarif pratique des droits de douane à l’usage spécial du commerce. 1 vol in-i8. 3 » 2 50 13 LEC1IAKTIEU (E.). Le livre d’or des assurances. (Tome l*r. Incendie, i vol. 3 » i M gr. iu-8. 25 U 20 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL L (suite), PRIX jptig. f. c. LE COUR GRANDMAISON (Ch.)- Voy. IIOVVELL LEGAY (i.ti.). La question sociale l’unique solation. 1 vol. in-18. 3 LE PLAY (F.). Économie sociale. 1 vol. in-32, cartonné. -2 LEROY-BEAULIEU (Paul). Le collectivisme, eiamen critique dn nouveau socialisme, 3 e édit. 1 vol. in-8. 8 — De ta colonisation chez les peuples modernes. 4" édit. 1 vol. in-8. 12 LEVY (Raphaël-Georges). Les finnn- niers russes. Le passé, le présent «t l’avenir. Kr. in-8... 1 LEYS (Julien). Le dégrèvement de la navigation. Br. in-4. 1 — Études monétaires, la question de l’argent. Br. in-8. 1 LIMOl SIIV (Charles). Les progrès du communisme d’État. Br. in-8. » Ll'C.AS (Charles). Économie sociale. Rapport. Br. iu-8. 2 50 50 » » » » » 50 50 4 4 10 11 6 12 7 10 3 M MALARCE (A. de). Nouvelle loi organique anglaise sur les cais*es d'épargne. Br. in-8. MALTI1US. Principe de population. 1 vol in-32, cartonné. MARCÉ (Victor). Etude sur la Cour des comptes et la comptabilité publique en Belgique. 1 vol. iu-8. — Notice sur la loi du 25 janvier 1889 relative à l’exercice financier. Br. iu-8. MARIN (Paul). Coup d'œil dur les œuvres de l'initiative privée à Genève. 1 vol in-18. MARTIN (f tienne). L'alcool en Suisse. 1 vol. in-8. MARTIN (Georges). Étude sur les placements faits à l'étranger. Br iu-8. MARTIN (Jules). La question des octroi*. Rapport. 3* édit Br. iu-8.... MATRAT (Paul). L’avenir de l’ouvrier. Travail et prévoyance. 6* éuit. 1 vol. in-8. MI Cil EL (Georges). Histoire d'un centre ouvrier, les concessiousd'Anziu. 1vol. in-18. — Voy. VAUB AN. MILL (J.-Siuart) Principes d’Economie ■ politique. 1 vol. in-32 cartonné. MODESTE (Victor). Lettre au pape Léon Mil. 1 vol. in 18. — Ceci est mon testament Br. i >-18.... MOERDER (N.). Voy. PINGACD. MüLli\AltI (G. de). Notions fondamentales d’économie politique et programme économique. 1 vol. in-8. Précis d’econoinie politique et de morale. 1 vol. in-18.'. — Religion. 2* édit. I vol. in-18. — Le retourauprotectionnisme. Br.in-8. 1 » 2 50 4 » 1 50 3 M 2 50 1 50 2 » 6 » 3 50 2 50 2 » 2 » 7 50 3 50 3 50 1 » 6 2 U 5 16 16 5 9 2 11 11 3 3 13 12 M (suite). MOLINARI (G. de) Les bourses du travail. 1 vol. iii-l 8... — Voy. MALTIIUS. MOREL(Ernest). Le repos du dimanche daus ies laminoirs à fer. Br.in-8... PRIX jpag. f. c. 3 50 8 » 20 9 N NEYMARCK (Alfred). Le 2 1/2 pour cent français. Hr. in-8. — Le crédit des Compagnies de chemins de fer français. Br. gr. in-8. — Le* chemins de fer et l’impôt. Br. in-8. —• Une nouvelle évaluation du capital et du revenu des valeurs mobilières en France. Br. gr. in-8. — Do renouvellement du privilège de la Banque de France. Rapport à la Chambre syndicale des industries diverses. Br. iu-8. — La répartition et la diffusion de l’épargue française sur les valeurs 1 50 1 50 1 50 3 » 1 50 mobilières. Br. in-8. 1 NICOLLE (F.). La terre et l’argent. Br iu-8. 1 NORDLING (AV. de). Le repos hebdomadaire et le personnel des chemins de fer Br. in-8. 1 Nouveau dictionnaire d’Écono- mie politique, publié sous la direction de M. Léon Say, membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, et de M. Joseph < hailley. 2 vol. grand iu-8, prix, brochés. 55 Demi-reliure veau ou chagrin.64 50 » » » » 14 15 15 $ 6 6 4 3 3 p PAGNV (Jules). Le repos hebdomadaire et l’industrie en général. Br. in-8.... PARETO (Vilfredo). Voy. KARL MARX. PAZ (Émile) et G R ATI EN (Louis). La finance d'autrefois. 1 vol. in-18. PENY (Edmond). L'assurance ouvrière daus les mines et la réorganisation des caisses de prévoyance. Br. in-8. » 50 3 50 2 » 9 5 13 pet*te bibliothèque économique française et étrangère, publiée sous la direction de M. J. Chaillky. Volumes parus? I. Vatban. Dîme royale, par M. Georges Michel. II. Beutuam. l’rincipes de législation, par Mlle haffalnvich. III. Hume. Œuvre économique, par M. Léon S«y. IV. J.-B. Say. Economie politique, par M. II. Baudrillart. Y. Adam Smith. Richesse dea nations, par Courceile Seneuil... 2 50 2 50 2 50 2 50 2 50 9 2 _ 2 2 2 DK LA LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C j 21 PRIX Pag. PRIX Paj. P (suite). f. “ R (suite). f. VI. Sully. Économies royales, par RENOUARD (Alfred). Voy. MICHEL M. J. Chailley. ... 2 50 2 (Georges). VII. Bicardo. Renies, salaires et pro- REV ( Barthélemy). L’intérêt. Br. in-8.. I » 7 fils, par M. P. Beauregard .. 2 50 2 RICARDO. Rentes, salaires et profits. VIII. Tukgot. Administration etœuvres t vol. in-32, cartonné. 2 50 j économiques, par M. L. Robi- RIEDMATTEX (Arraaud de). Voy. neau. 2 50 2 BLUNTSCHLI. IX. John Stuart Mili. Principes RIVIÈRE. Voy. OUVERT. d'économie politique, par BOBINEAU (U). Voy. TUKGOT. M. Léon Hoquet. 2 50 2 ROQUET (Léon). Les corporations X. Màlthus. Principe de population, artistiques et la question des théâtres par M • G. de Molinaii........ 2 50 2 nationaux subventionnés. Br. in-8.... » 50 4 XI. Bastiat. Œuvres choisies, par — Vov. MILL (J.--'tuait). M. de Foville. 2 50 2 ROM BERG t Édouard). Étude snr la pro- XII. Foujueh. Œuvres choisies, par p-iete littéraire et artistique. 1 vol.in-8. 6 » 12 XI cil. Gide. 2 50 2 ROSTAND (Eugène). L’action sociale XIII. F. Le Play. Économie sociale, par l’initiative privée. 1 vol. gr. in-8 . 15 » 8 parM. F. Auburtin. 50 2 — Une visite à quelques institutions de XIY. Cobpen. Ligue contre les lois* prévoyance en Italie. 1 vol. in-8. 5 n S céréales et discours politiques. 2 50 2 — La réforme des caisses d’épargue XV. Kjuil Marx. Le Capital, par AI.V. françaises. 2 vol. in-8. 10 n 6 Pareto. 2 50 9 ROlüt ER (J.-Paul). L’Économie poli- FIERRARD (Paul). Comment résoudre tique à Lyon,1100-1890. 1 vol. iu-8.... 5 » 4 les difficultés économiques actuelles. ROLX (J. Charles). Voy. CHARLES- 2e série. Br. in-8. 1 50 12 roi x. riNGAUD (Ed). Tarif général des ROIER (Auguste). La question sociale douanes de l'Empire russe. 1 vol. à travers le* âges. 1 vol. in-18. 3 » 4 in-18 . 7 50 15 ROVER I»E HOI R (Hippolytc 2 50 9 » 7 >» Pag. 7 2 5 5 SULLY. Économies royales, i vol. in-32, 2 50 2 TI1EUREAU (Louis). Les casiers judiciaires et un projet de casiers civils. 1 vol. in-8. 5 » 10 TIIOROLU ROGERS. Interprétation économique de l'histoire. 1 vol. iu-8, 10 » 3 TRAMLSET (Edmond). De la réforme de l’impôt sur les boissons. 1 vol. iu-18. 3 25 5 TROMIîERT (Albert). Guide pratique pour l'application de la participation aux oénélices. 1 vol. in-8. 6 » 9 TUHGOT. Administration et œuvres économiques. 1 vol. in-8,cartonné ... 2 50 2 TL'RQUAN (V.). Recensement et statistique financière des usines eu France. Br. iu-8... i 50 12 V VANDERVELDE (Émile). Enqnêie sur les associations professionnelles d’artisans et ouvriers en Belgique. 2 vol. iu-8. 8 » « 8 VAUR.AN. Dîme royale. 1 vol. in-32. 2 50 2 VERMONT(IL). Le projet de lot du gouvernement sur la création d’une caisse nationale de retraites ouvrières. 1 » 9 VÉROtVl)LVERGER. Tarifs de chemins de fer. Br. iu-8. 1 » 15 V (suite). l'HIX f. C. VIGANO (Francisco). Il rainislero del lavoro. Br. in-8. . VIGNON (Louis). Expansion de la France 1 vol. iu-18. — Édition in-8. VILLEY (Edmond). Socialisme contemporain. Br. in-8. w WEILER (Julien). Esprit des institutions ouvrières de Marieinont. B. in-8. — L'arbitrage industriel devant la science économique. — La grève de Mariemont et les conseils de conciliation et d’arbitrage. Br. iu-8. — Nécessité de la conciliation industrielle. Br. in-8. — Le cinquième état devaut le règlement du travail. Br. in-8. — Arbitrage et conciliation entre patrons et ouvriers. Hr. iu-18. _ La conciliation industrielle et le rôle des meneurs. Br. in-8. _ L’organisation des conseils d'arbitrage établis en Angleterre. Br. in-8.. — L’arbitrage eutre patrons et ouvriers. Br. in-8. WIESEMANN (Th.) La théorie de l’invention. 1 vol. in-8. WOERHEN (A. AV. van). La réforme cadastrale et le régime hypothécaire. Br, in-8. WOLF F (JuIps). Nationalisation de la l>' odncrion de l’argent. Br. in-8. VVOLTERS (J.). L'or et l’argcut. Br. iu-8. » 50 » 50 » 50 » 50 » 50 » 10 » 50 » 50 » 25 5 » 1 » 2 » 4 » z ZOLLA(n.). Protectionnisme et égalité, lîr. in-8.*. TABLE DES DIVISIONS Dü CATALOGUE RECUEILS: REVUES, ANNUAIRES, COLLECTIONS, DICTIONNAIRES. Journal des Économistes. Revue mensuelle de la science économique et de la statistique. 1 Bulletin du Ministère des finances. — Bulletin du Ministère des travaux publics. 84 Annuaire de l’Économie politique et de la Statistique. 4 Collection des principaux Economistes, grand in-8". 5 Nouvelle Collection des principaux Économistes, in-8°. 9 Économistes et publicistes contemporains: Collection, in-8", des meilleurs ouvrages modernes sur l’Économie politique, les Finances, la Politique, le Droit des gens, etc. 10 Bibliothèque des sciences morales et politiques: Collection, in-18. 19 Dictionnaire de l'Économie politique. 25 Dictionnaire universel théorique et pratique du Commerce et de la Navigation. 27 ÉCONOMIE POLITIQUE, SOCIALE OU INDUSTRIELLE. Ouvrages élémentaires ; Traités généraux. 29 Questions générales et spéciales. — Mélanges. 35 Histoire économique. 38 Entretiens. 41 FINANCES PUBLIQUES — IMPOTS- — CRÉDIT PUBLIC- - OCTROIS Ouvrages généraux. 42 Impôts divers: impôts sur le revenu et sur le capital; — Impôt foncier; — Contributions indirectes. 46 Octrois. 48 MONNAIES. - CRÉDIT. - BANQUES. - CRÉDIT FONCIER. - CRÉDIT POPULAIRE. — CAISSES D’ÉPARGNE. Question de l’or et de l'argent. — Monnaies. 48 Institutions de crédit. — Banques d’émission. — Billets de banque. —? Banque de France. 48 Change. — Intérêt. — Escompte. Bourse. — Agiotage. 54 Crédit Foncier. — Crédit agricole.. 56 Crédit populaire. — Caisse d’épargne. 56 POPULATION. - ÉMIGRATION — COLONISATION- — Misère. — Paupérisme. — Bienfaisance. — Établissements charitables. — Enfants-Trouvés. 58 QUESTIONS OUVRIÈRES- — Associations ouvrières. — Sociétés coopératives. — Sociétés de secours mutuels. — Unionisme. —Participation. — Grèves et coalitions, fil SOCIALISME. — Théories sociales.— Utopies et réfutations. — Organisation du travail. — Droit au travail, etc. 65 QUESTIONS COLONIALES. — Émigration. — Colonisation. — Algérie. — Esclavage. — Traite. 68 QUESTIONS PÉNITENTIAIRES. — Systèmes et réformes pénitentiaires. — Prisons.—Colonies pénales. 70 SUPPLÉMENT AU CATALOGUE GÉNÉRAL ÉCONOMIE RURALE--QUESTIONS AGRIGOLES- - Histoire. - Systèmes de culture. — Cadastre et morcellement. —Économie forestière. — Viticulture. — Conservation des grains. — Enquête agricole. — Comptabilité agricole. — Question des paysans. — Servage. 71 Commerce des grains. — Prix du pain. 75 LIBERTÉ COMMERCIALE. — Douanes. — Système protecteur. —Histoire des tarifs. — Libre-échange. — Traités de commerce.•. 76 STATISTIQUE* — Traités. — Recueils. — Études statistiques et économiques sur différents pays. — Documents officiels. 81 ADMINISTRATION* — Droit administratif. — Histoire administrative. — Institutions administratives. 84 POLITIQUE- — Droit constitutionnel. — Diplomatie. — Centralisation. — Guerre. 86 DROIT- —LÉGISLATION-— Philosophie du droit.— Droitpénal. — Droit de tester. 90 DROIT DES GENS- — Droit international. — Droit de la guerre. — Droit maritime. 91 DROIT COMMERCIAL. — DROIT INDUSTRIEL- — Brevets d’invention. — Propriété intellectuelle. — Sociétés. — Courtage. 93 ASSURANCES. 95 HISTOIRE. 96 MORALE ET PHILOSOPHIE. 97 ÉDUCATION — ENSEIGNEMENT. 98 COMMERCE-INDUSTRIE-QUESTIONS COMMERCIALES—QUESTIONS INDUSTRIELLES. Dictionnaire du commerce. — Encyclopédie. — Manuels. — Commerce maritime. — Magasins généraux. — Warants. — Expositions. — Tarifs des douanes. 100 CALCUL- - CHANGES. - BANQUE- - COMPTABILITÉ- Arithmétique commerciale. — Intérêts et Comptes-courants. 102 Changes et arbitrages. — Opérations de banque. 104 Comptabilité. — Tenue des livres. — Comptabilité spéciale. — Comptabilité publique. — Comptes en participation. 104 Cours des Rentes et des Valeurs. — Tableaux, Barêmes, Manuels. — Poids, Mesures, Monnaies. — Intérêts. — Prix. — Cubage. — Jaugeage. 106 VOIES DE COMMUNICATION.— Canaux.—Chemins de fer. — Marine marchande. — Ports. — Docks. — Postes.— Télégraphes. 108 OUVRAGES RELATIFS A DIVERS PAYS. MÉLANGES. — DIVERS- — Sciences. — Arts. — Question des femmes. — Littérature. — Questions diverses. U5 APPENDICE. 111 Catalogue général par ordre alphabétique des noms d’Auteurs. 121 P*ri». — lmp. E. Capjomont et O, rue de» Poitevin», 6. Il I foiïiivj ^Wi \ £ •, 4 s^/k •ëSî; eJ-4 agüâiï ■$gm m&m m$m t^&îës wm '«SgSgj SSES æsSSSâg ÏG&gSfr •&£%+ * 6*4 ?£i33ÿyi 'k&sm -eëÊm wmm tm fëmmæm &mm î S®8& \<£ë\ \?mM& ’i'vvyl :.V>^î;Cf rÿ&gf£; ïï>^r SV.-'-v *^Y sç% 3 gg £§?&*! ■ ■ -Ma-' ■ *■>- Librairie GUILLAUMIN et C ie , 14, rue Richelieu, PARIS COLLECTION D’ADTEÜRS ÉTRANGERS CONTEMPORAINS HISTOIRE — MORALE — ÉCONOMIE POLITIQUE Pour les volumes cartonnés 1 fr. 50 en sus I. — THÔROLD ROGERS. I Interprétation économique de l’histoire. Traduction et Introduction, par M. E. Castelot. 1 vol- in-8.Prix, broché . . 8 fr. 50 II. — HOWELL, Questions sociales d'aujourd'hui. Le Passé et l’Avenir des Trade-Unions. Traduction et Préface de M. Le Cour Grandmaison. 1 vol.in-8. Prix, broché.5 fr. 50 III. — GOSCHEN. Théorie des changes étrangers. Traduction et Préface de M. Léon Say, de l’Académie française (3 e édition française), suivie du rapport de 1875 sur le paiement de l'indemnité de guerre, par le même. 1 vol. in-8. Prix, broché . 6 fr. 50 IV. — HERBERT SPENCER. Justice (2- édition). Traduit par M. E. Castelot. I vol. in-8- Prix, broché . 7 fr. 50 V. — LOUIS GUMPLOWICZ. La Lutte des Races, recherches sociologiques. Traduit par M. Charles Baye, l vol. in-8. Prix, broché.7 fr. 50 VI. — HERBERT SPENCER. La Morale des différents Peuples et la Morale personnelle. Traduction de MM. E. Castelot et Etienne-Martin Saint- Léon. 1 vol. in-8. Prix, broché.7 fr. 50 VII. — LOUIS BAMBERGER. Le Métal-Argent à la fin du XIX' siècle. Traduit par M. Georres-Raphael Lévy. I vol. in-8. Prix, broché. . . 6 fr. 50 VIII. —NITTI. Le Socialisme catholique. Traduit de l’Italien avec l’autorisation de l’auteur. 1 vol. in-8. Prix, broché.7 fr. 50 IX. — HERBERT SPENCER. Problèmes de Morale et de Sociologie. Traduit par M. II. de Varigny. 1 vol. in-8. Prix, broché.. . 7 fr. 50 X. — HERBERT SPENCER. Le rôle moral de la Bienfaisance [Dernière partie des principes de l’éthique). 1 vol. in-8. Prix, broché.7 fr- 50 XI. — WESTERMARCK. Oi’igine du mariage dans l’espèce humaine. Traduit par M. IL de Varigny. lvol. in-8. Prix, broché.11 fr. » XII. — W.-A. SHAW. Histoire de la Monnaie, 1252-1894. Traduit par M. Ar.Haefalovich, correspondant de l’Institut. 1 vol. iri-8. Prix, broché 7 fr. 50 XIII. — SCHULZE-GAVERNITZ. La Grande Industrie. Traduit rie l’Allemand. Préface dé M. G. Gueroult, 1 vol. in-8. Prix, broché • ... 7 fr. 50 XIV. — RUMELIN. Problèmes d’Économie politique et de statistique. TraduitparM. Ar. de Riedmatten. 1 vol. in-8. Prix,broché ..7 fr. 50 DIJON. — IMPRIMERIE DARANTIERE. rue CHABOT-CHAllNY, 65