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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRÉ

le haut commandement vieilli dans des idées périmées,rendu méfiant par une période de politique agitée, semontrait sceptique et impuissant ; cest dans ce cadrequune jeune opinion ardente, croyant sêtre bâti un corpsde doctrine conforme aux traditions de la guerre, se laissaitentraîner par son enthousiasme et sa foi jusquà des exa-gérations dangereuses. Telle était la situation morale delarmée à mon entrée en fonctions.

Il y avait une évidente vérité dans laffirmation queseule loffensive permet de saffranchir de la volonté deladversaire. Lhistoire militaire le prouve surabondam-ment. Elle montre aussi que les guerres dattente nontjamais conduit quà la défaite. Cétait également monsentiment que nos forteresses ne présentaient plus unesolidité suffisante pour servir de base à un système de guerre.

Mais si jétais persuadé de la supériorité de loffen-sive, jestimai que nous ne devions pas la mener inconsi-dérément, sans précautions, sans préparation intellectuelleet morale de larmée, sans mettre notre matériel à hauteurde cette forme supérieure de la guerre.

Cette volonté de donner aux opérations une forme offen-sive et de préparer notre armée à les exécuter, correspon-dait dailleurs si profondément à lopinion éclairée dupays las de porter éternellement le poids des menaces alle-mandes, que le pacifique M. Fallières lui-même à lÉlysée ,le 9 janvier 1912, au cours dun Conseil supérieur dedéfense nationale, constatait avec plaisir quon renonçaitaux projets défensifs qui constituaient un aveu dinfério-rité. « Nous sommes, ajoutait-il, résolus à marcher droità lennemi sans arrière-pensée ; loffensive convient autempérament de nos soldats et doit nous assurer la vic-toire, à la condition de consacrer à la lutte toutes nosforces actives sans exception. »

Créer un corps de doctrine ferme, limposer au com-mandement et à la troupe, former un instrument capabledappliquer ce qui me paraissait être la saine doctrine,telle mapparaissait la tâche urgente à laquelle je devaisme consacrer.