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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
A la suite d’un nouvel entretien qu’il eut avec Pau , leministre me fit connaître que le gouvernement était décidéà me confier le commandement des armées en cas de mobi-lisation. En même temps il m’avisa de la réorganisationdu haut commandement qu’il projetait : le titre de vice-président du Conseil supérieur de la guerre était suppriméet remplacé par celui de chef d’état-major général, qui meserait donné pour mieux marquer mon autorité vis-à-visde l’état-major de l’armée. D’ailleurs si le titre de vice-président du Conseil était supprimé, les fonctions vis-à-visde ce Conseil resteraient les mêmes : en l’absence du mi-nistre, il se réunirait sous ma présidence. A la tête de l’état-major de l’armée, le général Dubail demeurait en prenantle titre de chef d’état-major de l’armée. Il continueraitd’aller chaque jour à la signature du ministre ; mais pourtoutes les questions, il relèverait de moi et ne conserveraitd’autonomie qu’en ce qui concernait les nominations depersonnel. Le chef d’état-major de l’armée serait assistéde sous-chefs. En cas de mobilisation, le chef d’état-majorde l’armée demeurerait auprès du ministre avec toutesles attributions que celui-ci croirait alors devoir lui déléguer.
Quant au chef d’état-major général, il recevrait le com-mandement du principal groupe d’armées, ayant auprèsde lui comme major général le premier sous-chef d’état-major ; en raison des fonctions éventuelles que ce dernieraurait à remplir auprès de moi, j’étais invité à le choisir.
Cette solution me paraissait de nature à supprimer ladualité fréquente de pensée qui avait si longtemps existéentre le vice-président du Conseil supérieur de la guerre gé-néralissime désigné et l’état-major de l’armée chargé dela préparation de la mobilisation, de la concentration etdu plan d’opérations.
J’acquiesçai donc, et je songeai aussitôt à fixer mon choixen ce qui concernait le premier sous-chef d’état-major, quiserait mon major général du temps de guerre.
A la réflexion, trois noms retinrent mon attention : Foch,Lanrezac et Castelnau. Tous trois me paraissaient trèsaptes à ces délicates fonctions en raison de leur haute