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1 (1932)
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62 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

estimaient que les obstacles de la fortification de cam-pagne pourraient être aisément détruits par lobus explo-sif de 75, jugé supérieur à lobus de calibre analogue denos adversaires ; tout au plus, dans certains cas excep-tionnels, aurait-on recours au 155 G. T. R. ; par onéviterait, en se contentant du 75, dalourdir les colonnes,ce qui paraissait essentiel aux doctrinaires de loffensiveà outrance, qui ne voulaient voir dans la bataille quunemanœuvre et une lutte dinfanterie, seulement appuyéepar lartillerie.

Dautre part, dans les milieux compétents de lartil-lerie, notamment au cours de tir de Mailly, on savait fortbien que lartillerie allemande disposait de pièces tirantinfiniment plus loin que notre canon de campagne ; maison estimait que les artilleurs allemands ne pourraienttirer parti de cet avantage : en effet, on jugeait indispen-sable que le capitaine restât à proximité de ses pièces ;on considérait comme impraticable, en raison de la diffi-culté des transmissions téléphoniques sur le champ debataille, de placer lobservateur loin de la batterie.

Comme, à cette époque, lemploi de lavion dobservationétait inconnu, on en concluait quil était inutile dessayerde tirer au delà du rayon normal dobservation du capi-taine maintenu près de ses pièces. Cinq à six kilomètresparaissaient un maximun à ne pas dépasser. La guerresest chargée, en quelques semaines, de montrer le peude valeur de ces spéculations.

Malgré ce courant desprit hostile à lartillerie lourde,il fallut bien cependant constater que nous avions perdunotre avance. Pour ce qui me concerne, javais été sifrappé de notre infériorité que javais été amené, dès monentrée au Conseil supérieur de la Guerre, en 1910, commeje lai déjà rapporté, à attirer lattention du ministre,le général Brun, et de mes collègues, sur cette question.Il fallait, à mon avis, un canon long susceptible de pro-longer le tir du 75, un obusier mobile, pour attaquer lesobjectifs défilés et prendre part à la lutte contre les piècesallemandes depuis peu munies de boucliers, et un mortier