62 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
estimaient que les obstacles de la fortification de cam-pagne pourraient être aisément détruits par l’obus explo-sif de 75, jugé supérieur à l’obus de calibre analogue denos adversaires ; tout au plus, dans certains cas excep-tionnels, aurait-on recours au 155 G. T. R. ; par là onéviterait, en se contentant du 75, d’alourdir les colonnes,ce qui paraissait essentiel aux doctrinaires de l’offensiveà outrance, qui ne voulaient voir dans la bataille qu’unemanœuvre et une lutte d’infanterie, seulement appuyéepar l’artillerie.
D’autre part, dans les milieux compétents de l’artil-lerie, notamment au cours de tir de Mailly, on savait fortbien que l’artillerie allemande disposait de pièces tirantinfiniment plus loin que notre canon de campagne ; maison estimait que les artilleurs allemands ne pourraienttirer parti de cet avantage : en effet, on jugeait indispen-sable que le capitaine restât à proximité de ses pièces ;on considérait comme impraticable, en raison de la diffi-culté des transmissions téléphoniques sur le champ debataille, de placer l’observateur loin de la batterie.
Comme, à cette époque, l’emploi de l’avion d’observationétait inconnu, on en concluait qu’il était inutile d’essayerde tirer au delà du rayon normal d’observation du capi-taine maintenu près de ses pièces. Cinq à six kilomètresparaissaient un maximun à ne pas dépasser. La guerres’est chargée, en quelques semaines, de montrer le peude valeur de ces spéculations.
Malgré ce courant d’esprit hostile à l’artillerie lourde,il fallut bien cependant constater que nous avions perdunotre avance. Pour ce qui me concerne, j’avais été sifrappé de notre infériorité que j’avais été amené, dès monentrée au Conseil supérieur de la Guerre, en 1910, commeje l’ai déjà rapporté, à attirer l’attention du ministre,le général Brun, et de mes collègues, sur cette question.Il fallait, à mon avis, un canon long susceptible de pro-longer le tir du 75, un obusier mobile, pour attaquer lesobjectifs défilés et prendre part à la lutte contre les piècesallemandes depuis peu munies de boucliers, et un mortier