148 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
région entre Mézières et Hirson , répondrait à tous lesbesoins, sans qu’il soit nécessaire de dépasser cette der-nière localité, en admettant, bien entendu, que la missionde former l’échelon extrême de notre gauche incomberaità l’armée anglaise. En effet, dans le cas d’opérations offen-sives en Belgique , se développant vers le nord jusqu’àDinant, cet échelon de gauche pourrait atteindre la Meuse aux environs de cette ville en trois étapes aussi vite ques’il partait d’Avesnes ou de Maubeuge . Il serait égalementbien placé pour suivre le gros des armées si, l’ennemi re-fusant sa droite, notre offensive devait se maintenir ausud de la région difficile limitée par la ligne Paliseul,Saint-Hubert, Houffalize . Dans le cas où nous serions ré-duits provisoirement à la défensive stratégique, cette ré-gion me semblait encore convenable car, de là, notregauche pourrait s’opposer efficacement à l’ennemi obligé,pour éviter l’obstacle de la forêt des Ardennes, de se re-jeter soit sur Sedan, soit sur Dinant . Enfin, dans le cas oùla neutralité belge serait respectée par les Allemands,cet échelon aurait à s’employer vers le Luxembourg. Ilest vrai que dans ce cas les derniers éléments combattantsse trouveraient à Hirson à quatre étapes environ des têtesde colonnes. Mais cet inconvénient n’avait pas une trèsgrosse importance si l’on tient compte du chiffre élevédes effectifs mis en œuvre et de la nécessité de restertoujours en mesure de parer à une manœuvre débordantede l’ennemi par le Luxembourg belge.
En ce qui concernait l’armée anglaise, vu l’impossibilitéde prolonger les deux courants de transport qui lui étaientaffectés, deux divisions seulement pourraient se concentrerentre Hirson et Mézières , les autres divisions débarquantentre Hirson , Avesnes et le Nouvion, la cavalerie et l’artil-lerie entre Landrecies et Maubeuge. Par suite, Hirson mar-querait le centre de gravité de la zone de concentrationanglaise. Cette situation de fait avait pour conséquenced’augmenter de deux étapes environ l’échelonnement enprofondeur du dispositif général ; elle aggravait encore lesinconvénients résultant du débarquement tardif des divi-