I.
Lorsque, dans la matinée du 8 mai 1866, le télé-graphe annonça que la veille cinq coups de revolveravaient été tirés à bout portant sur M. de Bismarck,sans même le toucher, on eût pu surprendre sur leslèvres de plus d’un honnête homme des exclamations,fort discutables au point de vue de la stricte moralecar elles étaient l’indice de ce délit mental que, dans lacasuistique des gens du monde, on entend par „tuer lemandarin."
L’Allemagne se voyait menacée d’une effroyablecalamité, sans pouvoir l’attribuer à une autre cause quela perversité, la frivolité même, semblait-il, d’un seulhomme. Le ministre prussien était, à n’en pas douter,l’unique promoteur de cette guerre fratricide dontl’Europe ne voyait l’approche qu’avec un sentiment
*) Die Franzosen nennen es: luer le Mandarin, in lako-nischer Anspielung auf J. J. Rousseau’s casuistisclie Frage: Waswürdest Du tiiun, wenn Dein Gluck von dem Tod eines Manda-rinen in China, also eines ganz Unbekannten und Entfernten,abhinge und der blosse Gedanke hinreichte, um ihn aus derWelt zu schaffen?