d’horreur mêlé d’incrédulité. Les fils de cette Alle-magne paisible et sentimentale allaient donc s’entr’égor-ger! Et pourquoi, bon Dieu ? Pour assurer le triomphedu plus grand ennemi des libertés publiques, du championdu moyen âge, du blasphémateur au front d’airain quiavait proclamé tout haut qu’il n’y a dans le mondequ’une seule loi, la force! C’était une clameur universelle,aussi bien en Prusse que dans les autres pays germa-niques et au dehors. Toutes les villes et les plus loyalescorporations envoyèrent des députations à Berlin pourconjurer le roi et avec l’accent le plus ému, de renoncerà cette entreprise néfaste. Plus d’une fois les conscritsappelés sous les drapeaux refusèrent de marcher; lesmères suivaient les colonnes de ceux qui partaient, etlançaient au ciel leurs malédictions contre l’auteur de cetteguerre désastreuse.
Blind, le jeune axalté qui avait froidement exposésa vie pour arrêter la marche des événements, commeKarl Sand, le meurtrier de Kotzebüe, comme OscarBecker, l’auteur de l’attentat contre le roi de Prusse ,était un de ces étudiants allemands qui conçoivent etmûrissent l’idée de l’assassinat politique dans la retraited’une vie calme et studieuse. Chose significative: enFrance , où la passion politique a depuis longtempspénétré les masses, l’exaltation qui mène à l’attentattrouve de préférence des énergumènes dans la classeouvrière. En Allemagne , où le sentiment politique n’estpas encore assez enraciné pour être autre chose qu’uneaffaire de tête et non de tempérament, il arme le brasde la jeunesse des universités.
M. de Bismarck, imperturbable en face d’nne attaquesoudaine, avait arrêté lui-même et livré à la police sonagresseur. Celui-ci, après le premier interrogatoire,s’ouvrit l'artère carotide et mourut avec le stoïcisme