Même assombrie de regrets et de méfiances, cette
journée de triomphe n’en fut pas moins pour M. de Bis-
marck le point de départ d’nn revirement mémorable del’opinion publique. A partir de ce moment, la vitalitéde son œuvre et la force de son esprit n’ont pas cessé
de grandir aux yeux de l’Allemagne et de l’Europe ; et
des milliers d’hommes pour lesquels il fut jadis un objetd’exécration, se résignent à voir en lui, à tort ou à raison,peu nous importe pour le moment, le créateur d’unnouvel ordre de choses, bienfaisant, durable, susceptiblede faire arriver, peut-être à travers bien des épreuvesencore, la nation allemande à des destinées meilleures.La conscience publique cependant ne pouvait assister àce changement sans être profondément frappée de cetteévolution qu’elle exécutait en quelque sorte sur elle-mêmeet malgré elle.
Certes, les succès les plus discutables devant lamorale n’ont jamais manqué d'un nombreux cortège. Lemot de Cromwell restera toujours vrai. Traversant Lon-dres en grande pompe, et complimenté par un de sescompagnons sur l’affluence de la foule, le Protecteurrépliqua: „Si l’on me menait pendre ce serait mieuxencore." Mais la différence entre l’entraînement de larue et l’assujettissement des consciences, pour être peuapparente, n’en est pas moins profonde. Notre époque aassisté à des entreprises heureuses qui ont recueilli tousles fruits de la victoire, sans néanmoins pouvoir se vanterd’avoir perverti autour d’elles les notions du bien et dumal. Or, c’est précisément cette faiblesse, la plus graveet la plus funeste de toutes, qu’avec beaucoup delégèreté certains de nos hommes politiques reprochent àI Allemagne, et plus particulièrement à la partie éclairéede la population, telle que la représentent, par exemple,l’immense majorité des libéraux en Prusse et le pays de