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peu il serait l’homme le plus populaire, le Cavour del’Allemagne ? Les analogies sont si nombreuses et sifrappantes entre les deux pays, que chaque épisode deleur histoire amène naturellement la tentation desparallèles. Celui qu’on pourrait essayer entre le créateurdu Statuto italien et le destructeur de la constitutionprussienne ne serait pas une des études les moinsintéressantes du genre. Mais avant de comparer, il fautconnaître; et c’est précisément à l’absence de cette con-dition première de tout jugement sérieux que nousdésirons remédier en rassemblant le plus possible d’élé-ments. Nous compléterons donc les données jusqu’icifort superficielles, sur lesquelles la masse du public s’estcontentée de baser son appréciation d’un des hommes lesplus intéressants de ce temps. Cependant, toute questionde détail réservée, il est permis d’affirmer dès à présentque le ministre de Guillaume I er s’est vanté, en disantqu’il pourrait arriver d’un bond à la popularité du ministrede Victor-Emmanuel. Sans aucun doute il se rendaittrop bien compte de la différence, pour ne pas, suivantson habitude, avoir mêlé un peu de sarcasme à l’expres-sion de sa pensée, sérieuse au fond. Ni le jour de sonentrée solennelle à Berlin, ni depuis, M. de Bismarckn’a été un de ces hommes selon le cœur du peuple.Différences de soleil et de sang à part, ce seigneuraristocratique, au verbe dédaigneux et incisif, ne serajamais le bien-aimé d’une nation. L’essence de son êtreet le passé de sa vie mettent un abîme entre lui et legénie de la faveur populaire. D’ailleurs, à l’incomparablegloire d’avoir tiré son pays du néant, M. de Cavour eutle bonheur de joindre le mérite plus grand encore d’avoirfondé le culte de la liberté, laissant en cela bien loinderrière lui le rénovateur de l’empire d’Allemagne.