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né le 1 er avril 1815, au manoir même de Schœnhausendont il tire une partie de son nom de famille. C’est undomaine situé dans la Saxe prussienne. Sa famille estoriginaire de la Marche de Brandebourg, le cœur desEtats royaux de Prusse. On la dit fort ancienne; depuisplusieurs siècles, elle figure dans les annuaires du servicemilitaire. Pour caractériser le type de ce que les Alle-mands nomment le junlcer, on est convenu de se servirdu mot français hobereau. Cependant les deux ex-pressions ne sont pas équivalentes: pour rendre le termede hobereau, les Allemands ont le composé krautjunlcerqui signifie „gentillâtre planteur de choux", tandis quele véritable junlcer est avant tout le rejeton d’une famillemilitaire, mélange de cavalier à la Stuart, de sous-lieutenant prussien, de baron féodal germanique, et deDon Quichotte espagnol. Cette aristocratie eut, jusqu’àla fin du dix-huitième siècle, le privilège de remplir lescadres des officiers. On sait que de fait, elle en formeencore la majorité. Le père même du grand Frédéric, lebourgeois le plus terre-à-terre qui ait jamais occupé untrône, le caporal épicier qui, après avoir dans la journéevendu un titre de noblesse à quelque roturier, inscrivaitle soir dans son livre de ménage: „Encore un lièvre depris, vaut 600 thalers", ne supportait pas l’idée qu'unhomme du peuple fût admis parmi ses officiers. Son filsen toute autre chose le contraste le plus frappant dupère, aussi libre penseur que l’autre fut chrétien ortho-doxe, ce philosophe humanitaire était bourré de préjugésaristocratiques et militaires. Nous possédons une lettredans laquelle il dénonce comme un scandale intolérablele fait d’un lieutenant projetant une mésalliance, il dé-créta qu’un simple sous-lieutenant ayant fait une cam-pagne aurait le pas sur un conseiller du roi; et, parfaveur spéciale, il nomma sous-lieutenant le conseiller