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dans toutes les péripéties de cette époque si agitée, unenon-valeur absolue au point de vue du caractère et del’intelligence. Les panégyriques obligés ont essayé d’eleverau rang d’une rigidité honnête sa sèche platitude, quià l’occasion ne se fit pas faute de tourner à l’odieux.Après 1815, il donna l’exemple d’un des plus grandsactes d’ingratitude qui jamais aient été commis de roià peuple, ce qui est beaucoup dire. Une victoire à laquelleil avait fallu le traîner, remportée au prix des plusincroyables sacrifices, du sang le plus précieux (la jeunessedes universités, des arts, du commei’ce s’était enrôlée ensimples soldats), ne devint entre ses mains qu’un moyend’arriver au rétablissement d’une servitude stérile, auxpersécutions contre ceux dont le dévouement avait sauvéson trône, à un assujettissement stupide sous la féruledu czar Nicolas, à la rétractation ouverte de la foi jurée;car il n’accorda jamais un iota de la constitution représentative qu’il avait solennellement promise au momentdu danger. Lorsque parfois M. de Bismarck se plaintdes méfiances qu’il rencontre dans ses grandes entreprisesd’aujourd’hui, il devrait se rappeler qu’il fut un tempsoù, comme à plaisir, il avait ouvert la carrière à cessuspicions en se faisant l’apologiste de cette crianteinjustice d’autrefois. En 1847, prenant la parole devantce qu’alors on appelait les États réunis de Prusse , il avaitdéclaré que les sacrifices de 1815 n’avaient pas donné aupeuple prussien le droit de réclamer une constitution-,que les monarques de Prusse ne régnaient pas de par lagrâce du peuple, mais par la grâce de Dieu , et que toutce qu’ils voulaient bien accorder n’était qu’un acte delibéralité spontanée. Certes, l’homme qui a introduit lesuffrage universel, en demandant que l’Allemagne futmise en selle ne tiendrait plus ce langage aujourd’hui;mais la vie serait trop belle si l’on pouvait liquider un