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formes plus concrètes que lorsqu’elles sortirent de la têtedu grand Frédéric. D’anneau en anneau, la chaîne decette vocation traditionnelle traverse l’histoire modernede l’Allemagne , et sans prétendre que le fait seul de cesprécédents historiques soit une justification en droit desaspirations ultérieures, il est d’un poids immense pourdémontrer aux contemporains que les choses entreprisesde nos jours ne sont pas nées d’ambitions personnelles,de convoitises arbitraires. Bonne ou mauvaise, il y a làune idée, qui, depuis plus de cent ans, s’est présentée àl’esprit des meilleurs patriotes, chaque fois que les événe-ments sollicitaient l’Allemagne de sortir de son état detorpeur et de son morcellement insensé. Ce qui, en pré-sence des accusations et des méfiances suscitées contrel’égoïsme accapareur de la dynastie des Hohenzollern, estsurtout digne d’être remarqué, c’est que, hors le grandFrédéric, les chefs de cette dynastie furent toujours lesmoins accessibles à cet ordre d’idées. Les rois ne don-nent pas l’impulsion: ils la suivent, et quand ils lasuivent, c’est contraints et forcés, avec des reculades etdes demi-mesures. Le seul qui fit exception fut le seulcapable de s’identifier avec des vues générales. Lui mort,les penseurs de la nation, les patriotes, les lettrés, lessavants recueillirent l’héritage de sa conception. Quantaux rois, leur esprit ne s’éleva pas audessus de cetaveu mémorable: Nous sommes contents de notre sort etdu rang auquel la Providence a élevé notre maison.
En 1813, l’élan suprême du peuple contre la domi-nation étrangère ramena naturellement les idées des pa-triotes vers les projets de 1806 et au delà. La suppres-sion des petites principautés se présentait comme unechose d’autant plus logique qu’elles avaient toutes suiviles armées du conquérant contre l’Allemagne même. MaisFrédéric-Guillaume aimait mieux se réconcilier avec les