princes, et envoyer en prison les patriotes, qui avaientdû lui imposer la levée de boucliers. Le pauvre homme,transi de frayeur à la nouvelle de la couvention deTauroggen, ne parla de rien moins que de faire traduiredevant un conseil de guerre le général York qui l’avaitconclue pour lui regagner son royaume; et il l’aurait faitsi les patriotes conjurés ne l’avaient pas soustrait à lapression de la diplomatie française. On lui fit accroireque le ministre français s’apprêtait à le faire enlever nui-tamment de Berlin ; on le persuada de se sauver à Bres-lau, où son entourage parvint à lui mettre l’épée aupoing. Ce n’était pas le courage militaire qui lui man-quait: bons soldats, ils le sont tous; ce qui leur faitdéfaut, c’est ce courage qui, en bas, s’appelle civique, eten haut pourrait s’appeler politique
Enfin, le même spectacle se renouvelle pour la qua-trième fois en 1849. En mars 1848, après la victoire dupeuple, Erédéric-Guillaume IY saisit la bannière tricolore,la promène dans Berlin , et se laisse acclamer empereurdes Allemands. Un an plus tard, après le triomphe dela réaction européenne, il rejette dédaigneusement lacouronne impériale votée par le parlement de Francfort ,offerte par une députation allemande.
Il est donc clair comme le jour que l’idée de régé-nérer la nation allemande par l’élévation de la Prusse ,n’est pas issue de la royauté; qu’elle est de plus nobleorigine. Toutes les fois que les événements ont suscitéun élan politique, elle a paru; toutes les fois que lepouvoir du trône a été affermi, elle a été refoulée.Qu’on se méfie tant qu’on voudra des dangers insé-parables d’une suprématie confiée aux instincts des-Hohen-zollern; qu’on flétrisse les procédés violents et anti-libéraux qui leur ont en dernier lieu frayé le chemin; onne saurait, sans mauvaise foi ou sans ignorance, nier que