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l’idée dont M. de Bismarck a entrepris la réalisation nesoit une idée large et populaire, et non une idée étroiteet dynastique.
Si nous insistons sur cette considération, c’est qu’ellene peut pas rester sans influence sur le jugement quenous aurons à porter au sujet de l’homme qui est de-venu la personnification triomphante de cette idée. Celuiqui se voua à la tâche de continuer et de mener à bonnefin l’œuvre du grand Frédéric, du libre penseur, de l’en-nemi acharné de l’Autriche , de continuer la traditionpatriotique de 1806, 1813 et 1848, ne pouvait plus êtrel’homme qui de 1847 à 1851 avait été le champion d’unabsurde féodalisme, le détracteur des grands mouvementsnationaux. Bien des changements devaient s’être accom-plis dans ses convictions; et ce sont ces changements,quoique cachés sous les dehors déplaisants particuliers aunaturel prussien et surtout au type junker, qui contri-buent singulièrement à expliquer l’adhésion que le créa-teur du nouvel ordre de choses réussit à arracher à l’opi-nion publique. Quoi qu’en disent les purs, les incorrup-tibles, cette opinion publique n’est pas aussi folle qu’illeur plaît de le déclarer. Elle ne s’est pas du toutéprise pour M. de Bismarck d’un amour aveugle, passionnéet confiant. Elle ne voit en lui que ce qu’il est, unhomme possédant à un degré éminent la qualité si rare,dans l’histoire de l’Allemagne surtout, de vouloir, depouvoir donner une grande impulsion à la chose publique.Ses défauts, elle les connaît; si elle était tentée de céderau désir de les ignorer, elle ne réussirait pas; lui-mêmea eu trop soin de les trahir, de les souligner, de lesrappeler à tout propos. 11 s’est caractérisé un jour enfaisant cet aveu, peut-être trop absolu, mais fort inté-ressant en tout cas: Qu’il ne se sentait pas d’aptitudepour les affaires intérieures ; faisant entendre par là que