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son esprit hardi et impatient ne saurait se plier auxexigences de la légalité, au respect des intérêts individuels,qui dans nos sociétés de civilisation ancienne, même lesplus arbitrairement gouvernées, ne permettent pas delongtemps marcher à la poursuite d’un but, sans regarderni à droite ni à gauche. Il est de ceux dont on a dit:„Pour faire de grandes choses il faut avoir le diable aucorps." Mais si cette condition est indispensable, ellen’est pas suffisante. Les grandes choses ne sont que leschoses durables, elles ne durent qu’à la condition de ré-pondre au besoin général: voilà ce qui fait la différenceentre l’homme d’Etat et l’aventurier. L’un obéit au grandordre des idées et des faits ; l’autre exploite une situationpassagère; l’un prend conseil de la loi du développementéternel, l’autre des faveurs du hasard. En ce sens, quelsqu’aient été ses travers et ses torts, M. de Bismarck aincontestablement le droit d’être appelé un homme d’Etat.Un an à peine s’est écoulé depuis que, grâce à soninitiative, l’Allemagne est entrée dans une phase nou-velle; et déjà personne n’est plus à se demander si leprogrès dans cette voie dépend de la vie ou de la mortdu novateur.