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détail, une de ces questions d’intérieur dont il ne se pré-occupait point, par un manque de vocation naturelle, surle fond desquelles il était donc exposé à sé tromperdangereusement.
Il ne réfléchissait pas non plus à ceci, qu’il arrivaitau pouvoir dans des circonstances et avec une répu-tation faites pour épouvanter l’opinion publique, et qu’aulieu de compter sur ses dispositions favorables, il auraitdû faire l’impossible pour la rassurer. Les rapports d’in-timité, qui en dernier lieu avaient existé entre lui et dehauts personnages, avaient mis le comble à son im-popularité déjà si grande. On l’accusait ouvertementd’avoir cimenté à Paris l’accord du Royalisme féodal avecle Césarisme moderne. Certaines allusions tombées desa bouche, et aussitôt répandues, le faisaient apparaîtrenon-seulement comme l’instigateur d’un complot ténébreux,tramé contre toutes les idées de progrès, mais encorecomme un élève docile dans la science de sophistiquerle principe démocratique. 11 n’y avait pas jusqu’au suf-frage universel dont on ne le soupçonnât de vouloir sefaire une arme contre la liberté. Au lieu de comprendretout ce qu’il y avait de légitime dans ces suspicions,M. de Bismarck perdit patience aux premières résistancesqu’il rencontra. Il comprenait toutes les lenteurs et tousles ménagements dont il fallait user envers la royauté,mais il ne tenait aucun compte des précautions à em-ployer en abordant l’opinion publique. Dès ce moment,il se jeta tête baissée entre les bras du parti féodal, dontil avait, dans des moments lucides, parfaitement reconnule néant. Ce parti naturellement ne demandait pas mieuxque de ressaisir son ancien favori.
C’était presque toujours la loi militaire qui faisaitles frais du conflit parlementaire. Deux fois la chambrefut dissoute, une autre fois elle fut simplement renvoyée