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contre elle et lai courir sus, quand elle n’avait plus niamis, ni alliés, ni système, ni direction, ni consistance;ce serait là évidemment avoir fait preuve de la plus hauteperfection dans cet art de duper, qui jadis passait pourle dernier mot de la diplomatie.
Mais il faut savoir résister à la tentation qui nouspousse à dramatiser trop volontiers les événements. Certesla réalité produit bien souvent des combinaisons plus in-génieuses qu’il n’en est jamais sorti du cerveau d’unpoëte, et cette fécondité de la vie même devrait nousrendre méfiants envers la tendance de notre imaginationqui aime à chercher, derrière toute coïncidence des événe-ments, la main humaine qui les a artificiellement pré-parés. Au seizième siècle, tout le monde eût été d’ac-cord pour soutenir que M. de Bismarck avait fait em-poisonner le roi de Danemark, parce qu’il sut tirer decette mort subite un si grand profit pour la réalisationfinale de ses projets. En examinant de près toutes lespéripéties de cet épisode, on arrive plutôt à la convictionque le ministre prussien n’y a montré ni cette unité devues ni cette diabolique préméditation, que les amateursdu roman dans l’histoire ont voulu reconnaître dans l’en-chevêtrement des incidents. Le courant de l’action diplo-matique l’entraîna parfois dans des contradictions si fortesavec lui-même, qu’on pourrait l’accuser d’avoir un peulégèrement compté sur les ressources de son talent d’im-provisateur. Sa manière de profiter des incidents rappelleen certain moment le mot de ce romancier qui, pourcaractériser son procédé inventif, disait: „Quand je laissefrapper un coup à la porte du cabinet de mon héros, jene sais pas encore moi-même qui va entrer."
En voyant s’ouvrir cette succession des duchés, M.de Bismarck dut naturellement saisir avec empressementl’occasion de faire d’une pierre deux coups : provoquer un