le garde des sceaux, après avoir été attaqué, blâmé, mal-mené par le chef du cabinet dans la séance publique duparlement du 10 octobre dernier, a fini par être renvoyé,pour avoir soutenu, avec un acharnement insensé, les pour-suites contre la liberté de la tribune. Depuis, un nouvelincident a mûri le conflit entre M. de Bismarck et le comteEulenbourg. La question du fonds provincial du Hanovre (question trop compliquée pour en essayer l’explicationici) a notoirement ébranlé la position du ministre de l’in-terieur, et, à cette même occasion, la scission entre M. deBismarck et tout le parti ultra-conservateur a éclaté d’unefaçon manifeste A côté de ces faits d’une certaine im-portance, nous pourrions en citer bien d’autres de moindredimension mais également significatifs, pour montrer queles difficultés créées à H. de Bismarck par l'entourageréactionnaire de la cour ne sont pas imaginaires, qu’il ya du vrai dans son affirmation, revenant à tout proposdans les conversations intimes: que son pouvoir à l’in-térieur n’est dans aucun rapport avec son rôle dans lagrande politique.
Est-ce à dire qu’au milieu d’une cour féodale et sousun régime plus ou moins personnel, M. de Bismarck re-présente la justice ou la liberté? Après tout ce qui pré-cède, nous ne saurions être soupçonné d’un tel paradoxe.D’ailleurs, en matière d’histoire comme en matière deroman, il vaut mieux montrer les personnages en actionque les définir. Il ne s’agit que de les voir de tous lescôtés et de près pour qu’ils prennent eux-mêmes la peinede s’analyser. M. de Bismarck se prête d’autant plusfacilement à ce procédé qu’il n’a en lui rien de la vo-cation d’acteur dramatique, qu’on rencontre si souventdans les hommes politiques éminents. Non pas qu’il yait lieu d’accorder une confiance entière à ces alluresfranches par lesquelles il a l’habitude d’étonner son public.