Quand on lui démontrait que tel des ministres exaspéraitle pays sans bénéfice pour la couronne; qu’il était non-seulement tracassier, mais incapable et paresseux; le roirépondait que les manières de l’homme ne lui déplaisaientpas et qu’il était accoutumé à travailler avec lui. Quandon insistait, le roi se lamentait à l’idée qu’on voulût leséparer, lui septuagénaire, d’un serviteur fidèle; et quandon ne cédait pas à cette considération il se fâchait ettournait les talons.
En 18G6, le ministère était composé de trois élémentsdifférents: MM. de Bismarck et de Roon représentantl’aristocratie éclairée, active, relativement accessible auxidées du temps, aux conditions du progrès; à côté d’euxM. Von der Heydt, le ministre des finances, spécialité degrand talent, survivant à tous les régimes, faisant dulibéralisme ou de la réaction à volonté; enfin, la féodalitépure était représentée par le ministre de l’intérieur, comteEulenbourg, et celui de la justice, comte Lippe, tous lesdeux excessivement bien en cour. Les titulaires du culte,du commerce et de l’agriculture ne venaient qu’en sous-ordre.
Ceux qui, après comme avant 1866, s’obstinent à nevoir en M. de Bismarck que le chef de la contrerévolutioneuropéenne, se sont toujours ingéniés à nier le conflitlatent quil soutenait depuis longtemps contre les plusarriérés de ses collègues. Ils ont notamment toujoursprétendu que l’hostilité que le premier ministre montraitcontre le comte Lippe, ministre de le justice, n’était quepure comédie; ils en ont fait l’objet de leurs risées 1 ).Mais les événements les ont complètement désavoués. Car