unissaient en conseil, n’échangeaient leurs opinions; sou-vent, pendant des périodes fort longues, ils ne voyaientpas même le roi, avec lequel ils ne communiquaient quepar écrit et seulement sur des matières d’un ordre toutà fait secondaire.
Ou raconte de Frédéric-Guillaume III , qui est morten 1840, qu’il était resté dix ans sans recevoir son mi-nistre en activité de service, M. von Altenstein; sous sonsuccesseur, l’avant-dernier roi, il n’était pas rare d’en-tendre un ministre se plaindre de ce qu’il ne pouvait pasarriver jusqu’au prince pour lui faire son rapport sur uneaffaire. Sous Frédéric-Guillaume II , le contemporain dela révolution française, les favoris, très-nombreux, desaventuriers de toute espèce, traitaient les ministres duhaut en bas, et même sous le règne actuel, ces anomaliesn’ont commencé à disparaître que depuis peu. Il y adeux ans seulement qu’un certain nombre d’officiers su-périeurs composant ce qu’on appelle le «cabinet militaire*tout ià fait en dehors de la constitution, à coté des mi-nistres, primaient souverainement l’influence de ces der-niers. C’est dans ce cabinet militaire que les grandesquestions furent agitées de la façon la plus intime et laplus décisive; et l’ou comprend comment ce dualismes’accordait avec cette tradition dans la famille des Hohen-zollern, que l’État c’est avant tout les soldats et que lessoldats leur appartiennent. Encore a l’heure qu’il est, ilarrive parfois que le roi interrompt son travail avec lesministres quand on lui annonce un colonel. Avec ceshabitudes, avec cette manière de voir, on peut se figurerce qu’était un régime constitutionnel interprété par unroi de Prusse , et l’on n’aura plus de peine à croire quele souverain regardait ses ministres comme ses serviteurspersonnels, et n’admettait pas qu’il eût à consulter autrechose que son goût pour les choisir ou pour les renvoyer.