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3 (1895) Politische Schriften von 1848 bis 1868
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lItalie définitivement affranchie de lAutriche, lAllemagne con-stituée sur la base du suffrage universel. Mais, entre votrepolitique prussienne et votre politique allemande , la contra-diction nest-elle pas flagrante? Vous proclamez un parlementnational comme lunique source d lAllemagne puisse sortirrégénérée, comme le seul pouvoir suprême qui soit capabledaccomplir ses nouvelles destinées; et en même temps voustraitez la seconde chambre de Berlin à la façon de Louis XIV ,lorsquil entrait au parlement de Paris son fouet à la main.Nous nadmettons pas en France que, entre labsolutisme et ladémocratie, le mariage soit possible. Et pour aller jusquaubout de la vérité, à Paris , laissez-moi vous le dire, lopinionpublique na pas pris au sérieux votre projet de parlementnational: on na vu quune machine de guerre fort bienimaginée, et lon croit généralement que vous êtes lhomme àbriser cet instrument après vous en être servi, et le jour ildeviendrait incommode ou inutile.

A la bonne heure, me répondit M. de Bismarck, vousallez au fond des choses. En France , je le sais, je jouis de lamême impopularité quen Allemagne . Partout on me rend seulresponsable dune situation que je nai pas faite, mais qui sestimposée à moi comme à tous. Je suis le bouc émissaire delopinion publique, mais je men tourmente peu. Je poursuisavec la conscience parfaitement tranquille, un but que je croisutile à mon pays et à lAllemagne .

Quant aux moyens, je me suis servi de ceux qui se sontofferts à moi, à défaut dautres. Sur la situation intérieure dela Prusse , il y aurait bien des choses à dire. Pour la juger avec im-partialité, il faudrait étudier et connaître à fond le caractère parti-culier des hommes de ce pays. Tandis que la France et lItalie forment chacune aujourdhui un grand corps social quanimentun même esprit et un même sentiment, en Allemagne , au con-traire, cest lindividualisme qui domine. Chacun ici vit à partdans son petit coin, avec son opinion à soi, entre sa femme etses enfants, toujours en défiance envers le gouvernement commeenvers son voisin, jugeant tout à son point de vue personnel,mais jamais au point de vue de la masse. Le sentiment delindividualisme et le besoin de la contradiction sont développéschez lAllemand à un degré inconcevable. Montrez-lui uneporte ouverte, plutôt que dy passer, il sentêtera à vouloir