la campagne de l’armée prussienne , demanda une audienceau' ministre avant de rentrer en France , et il a renducompte de son entretien dans le Siècle du 10 juin 1866.Entièrement convaincu de l’indépendance d’esprit danslaquelle l’honorable journaliste se trouvait en sortant dece tête-à-tête, nous devons présumer, d’un autre côté,qu’il n’a pu se permettre la publication de ce morceauqu’après en avoir prévenu le ministre. Nous n’allonsdonc pas trop loin en disant que c’est M. de Bismarcklui-même qui paraît dans les lignes suivantes pour parlerau lecteur français. Voici comment s’exprime M. Vilbort:
A mon arrivée à Berlin, on me dépeignait M. de Bismarckcomme un homme inabordable. On me disait: „Ne cherchezpoint à le voir, vous y perdriez votre temps. Il ne reçoit per-sonne; il vit au fond de son cabinet sous triple serrure. Il n’ensort que pour aller chez le roi, et c’est à peine si ses plus in-times conseillers parviennent jusqu’à lui. „ Je demandai pourtantune audience au premier ministre du roi de Prusse. M. de Bis-marck me fit savoir sur-le-champ qu’il me recevrait le soir.
En entrant dans ce cabinet, où la paix de l’Europe estcomme supendue à un fil, mais dont la porte n’était ferméequ’au pêne, je vis un homme de haute stature, au visage tour-menté; sur son front élevé, large et plein, je découvris, nonsans quelque surprise, beaucoup de bienveillance unie à l’opi-nâtreté. M. de Bismarck est blond; ses cheveux sont rares surle sommet de la tête: il porte la moustache militaire, et danssa parole il y a plutôt la rondeur du soldat que la circonspectiondu diplomate. C’est aussi le grand seigneur et l’homme decour, armé de toutes les séductions dune politesse raffinée. Ilvint à moi, me prit la main, me mena vers un fauteuil etm’offrit un cigare.
Monsieur le ministre, lui dis-je après quelques prélimi-naires, comme beaucoup de mes compatriotes, j’ai à cœur deme renseigner le mieux possible sur les véritables intérêts de lanation germanique. Permettez-moi donc de vous parler avecune entière franchise. Je reconnais volontiers que, dans sa poli-tique extérieure, la Prusse paraît tendre aujourd’hui vers desbuts éminemment sympatiques à la nation française, savoir: