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3 (1895) Politische Schriften von 1848 bis 1868
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la campagne de larmée prussienne , demanda une audienceau' ministre avant de rentrer en France , et il a renducompte de son entretien dans le Siècle du 10 juin 1866.Entièrement convaincu de lindépendance desprit danslaquelle lhonorable journaliste se trouvait en sortant dece tête-à-tête, nous devons présumer, dun autre côté,quil na pu se permettre la publication de ce morceauquaprès en avoir prévenu le ministre. Nous nallonsdonc pas trop loin en disant que cest M. de Bismarcklui-même qui paraît dans les lignes suivantes pour parlerau lecteur français. Voici comment sexprime M. Vilbort:

A mon arrivée à Berlin, on me dépeignait M. de Bismarckcomme un homme inabordable. On me disait:Ne cherchezpoint à le voir, vous y perdriez votre temps. Il ne reçoit per-sonne; il vit au fond de son cabinet sous triple serrure. Il nensort que pour aller chez le roi, et cest à peine si ses plus in-times conseillers parviennent jusquà lui. Je demandai pourtantune audience au premier ministre du roi de Prusse. M. de Bis-marck me fit savoir sur-le-champ quil me recevrait le soir.

En entrant dans ce cabinet, la paix de lEurope estcomme supendue à un fil, mais dont la porte nétait ferméequau pêne, je vis un homme de haute stature, au visage tour-menté; sur son front élevé, large et plein, je découvris, nonsans quelque surprise, beaucoup de bienveillance unie à lopi-nâtreté. M. de Bismarck est blond; ses cheveux sont rares surle sommet de la tête: il porte la moustache militaire, et danssa parole il y a plutôt la rondeur du soldat que la circonspectiondu diplomate. Cest aussi le grand seigneur et lhomme decour, armé de toutes les séductions dune politesse raffinée. Ilvint à moi, me prit la main, me mena vers un fauteuil etmoffrit un cigare.

Monsieur le ministre, lui dis-je après quelques prélimi-naires, comme beaucoup de mes compatriotes, jai à cœur deme renseigner le mieux possible sur les véritables intérêts de lanation germanique. Permettez-moi donc de vous parler avecune entière franchise. Je reconnais volontiers que, dans sa poli-tique extérieure, la Prusse paraît tendre aujourdhui vers desbuts éminemment sympatiques à la nation française, savoir: