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barricade, reprit M. de Bismarck, rentrerait au logis toutpenaud, et sa femme le traiterait d’insensé; mais, à l’armée,c’est un soldat admirable, et il se bat comme un lion pourl’honneur de son pays. Cette nécessite d’une grande forcearmée, imposée par les circonstances, une politique frondeusen’a point voulu la reconnaître, si évidente qu’elle fût. Quant àmoi, je ne pouvais pas hésiter: par ma famille, par mon édu-cation, je suis avant tout l’homme du roi. Or, le roi tenait àcette organisation militaire comme à sa couronne, parce que luiaussi, en son âme et conscience, il la jugeait indispensable. Là-dessus, personne ne pouvait le faire céder ou transiger. A sonâge, — il a soixante=dix ans, — et avec ses traditions, on s’ob-stine dans une idée, alors surtout;qu’on la croit bonne. D’ailleurs,au sujet de l’armée, je partage entièrement sa manière de voir.
„I1 y a seize ans, je vivais en gentilhomme campagnard,lorsque la volonté souveraine me désigna comme envoyé de laPrusse auprès de la diète de Francfort . J’avais été élevé dansl’admiration, je pourrais dire dans le culte de la politiqueautrichienne. Il ne me fallut pas beaucoup de temps pourperdre mes illusions de jeunesse à l’endroit de l’Autriche , et jedevins son adversaire déclaré.
Rabaissement de mon pays, l’Allemagne sacrifiée à desintérêts étrangers, une politique cauteleuse et perfide, tout celan’était pas fait pour me plaire. J’ignorais que l’avenir dûtm’appeler à remplir un rôle; mais dès cette époque je conçusl’idée dont je poursuis la réalisation aujourd’hui, celle desoustraire l’Allemagne à la pression autrichienne, du moins cettepartie de l’Allemagne unie par son esprit, sa religion, ses mœurset ses intérêts aux destinées de la Prusse, l’Allemagne du Nord.Dans les projets que j’ai mis en avant, il n’est pas question derenverser des trônes, de prendre à celui-ci son duché, à tel autreson petit domaine. Le roi, d’ailleurs, n’y prêterait pas la main.Et puis il y a les relations de famille, le cousinage, une fouled’influences hostiles contre lesquelles j’ai eu à soutenir uncombat de toutes les heures.
„Tout cela, pas plus que l’opposion avec laquelle j’ai eu àlutter en Prusse , n’a pu m’empêcher de me dévouer corps etâme à cette idée: l’Allemagne du Nord constituée dans sa formelogique et naturelle sous l’égide de la Prusse . Pour atteindrece but, je braverais tout: l’exil et même l’échafaud. Et j’ai dit