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au prince royal, qui, par son éducation et ses tendances, estplutôt l’homme du gouvernement parlementaire: qu’importe sil’on me pend, pourvu que ma corde de pendu attache solide-ment votre trône à cette nouvelle Allemagne ! ....
*— Puis-je aussi vous demander, monsieur le ministre, com-ment vous entendez concilier la libre mission d’un parlementnational avec le traitement rigoureux qu’a subi la chambre deBerlin ? comment surtout vouz avez pu décider le roi, représen-tant du droit divin, à accepter le suffrage universel, qui est leprincipe démocratique par excellence?*
M. de Bismarck me répondit vivement:
*— C’est une victoire remportée après quatre années deluttes! Quand le roi m’a appelé, il y a quatre ans, la situationétait des plus difficiles. Sa Majesté m’a placé sous les yeuxune longue liste de concessions libérales, mais aucune à attendred’elle sur la question militaire. J’ai dit au roi: J’accepte, etplus le gouvernement pourra se montrer libéral, mieux celavaudra. La chambre s’est obstinée d’un côté et la couronne del’autre. Dans ce conflit, j’ai suivi le roi. Ma vénération pourlui, tout mon passé, toutes mes traditions de famille m’en fai-saient un devoir. Mais que je sois, par nature ou par système,l’adversaire de la représentation nationale, l’ennemi-né du ré-gime parlementaire, c’est là une supposition toute gratuite.
*Je n’ai pas voulu me séparer du roi, aux prises avec lachambre de Berlin, alors que la chambre de Berlin se mettaiten travers d’une politique qui s’imposait à la Prusse commeune nécessité de premier ordre. Mais que je songe à mystifierl’Allemagne avec mon projet de parlement, personne n’est endroit de m’adresser cette injure. Le jour où, ma tâche remplie,mes devoirs envers mou souverain se concilieraient mal avecmes devoirs d’homme d’Etat, je pourrais prendre le parti dem’effacer, sans qu’il me fallût pour cela renier mon œuvre.*Telles sont en substance, dit M. Vilbort en finissant, lesvues politiques que M. de Bismarck a exposées devant moi. Sapensée, en recevant une autre forme, a pu tantôt s’accentuer outantôt s’atténuer sous ma plume; je me suis toutefois appliquéà la rendre aussi fidèlement que possible.
Dans cette causerie spirituelle, M. de Bismarck afourni des renseignements sur la nature du caractère alle-
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