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ne peuvent se faire illusion sur ce qui est encore debouten Allemagne de pouvoirs surannés, ils ne méconnaissentpas non plus ce qui a progressé depuis quatre-vingts ans.Quatre-vingts ans, y pense-t-on? Et l’on veut exciter lepeuple français en lui persuadant qu’il a devant lui l’Alle-magne du congrès de Pillnitz , et que les deux pays représen-tent toujours comme alors les contrastes excessifs de l’espritnouveau et de l’esprit ancien? La France est-elle donc,comme il y a quatre-vingts ans, à ses yeux et à ceux dumonde entier, la personnification de la liberté, la seule nationqui eût encore roulé dans sa tête les problèmes sociauxet en eût mûri les solutions? La nation allemande n’a-t-elle pas pris sa place au soleil de la civilisation moderne?ne se montre-t-elle pas sérieusement préoccupée de sonavancement politique? Est-elle une masse inerte et in-intelligente, qu’un chevalier errant de la légitimité puisselancer un jour contre un France occupée à se régénérer?
La coalition elle-même a été battue comme elle leméritait, et dans ce temps il n'était encore question ni depeuple allemand ni de peuple prussien . Et cette mo-narchie prussienne n’a vaincu la France que lorsque legénie moderne du grand Frédéric s’est trouvé en présencedu régime honteux de Louis XY, et lorsque le soulè-vement national s’est trouvé en présence du césarismeinsatiable de Napoléon I er . Si jamais un roi de Prusse pouvait retomber dans l’aberration d’une croisade contrele drapeau de la liberté déployé par la France , il seraitabandonné de tout ce qui peut donner la victoire, il seraitbattu comme il le mériterait, comme la première fois, etplus encore que la première fois. Les progrès de la libertéen France ont toujours profité aux partis libéraux en Alle-magne. Croit-on que désormais mie Allemagne aspirantà pleins poumons le grand air de sa vie nouvelle voudraits’engager dans une croisade légitimiste?