442
mémorable entreprise dans sa tâche si difficile si problé-matique, disons-le, de faire entrer l’esprit moderne dansle cœur d’une ancienne dynastie militaire. Comprend-onmaintenant que celui qui devait l’essayer avec quelquechance de succès, ne pouvait tenir exclusivement ni del’un ni de l’autre des deux éléments qu’il s’agissait decombiner? Ce devait être précisément ce personnage auxprécédents, aux sentiments, aux instincts même aristo-cratiques, autant que cet esprit puissant, élastique, fécond,obligé par la loi même de sa perfectibilité de servir leprogrès moderne.
Certes, c’est chose bizarre que cette alliance entre laféodalité et une idée nationale, entre l’aristocratie et lesuffrage uuiversel, entre ce grand seigneur et des chefsd’insurrection; mais il n’y a là en somme que l’incarnationdes deux contradictions qu'il s’agissait de réunir en forçantla royauté prussienne à entrer dans une vie nouvelle.
Jusqu’à quel point sera-t-il donné au même hommede développer les germes modernes, tant en lui que dansle noyau gouvernemental qu’il domine par sa personnalité?Rien ne nous oblige à penser qu’il ait dit son derniermot. Maintes fois, depuis deux ans, il a prouvé qu’il sentle besoin de s’appuyer sur le progrès, pour tenir tête àune réaction incorrigible, qui guette le moment de l’écarter.De l’autre côté, il a exigé du parti libéral des sacrificesconsidérables, afin de désarmer les influences contraires quiassiègent le trône. Pour maintenir cet équilibre, il appuieun peu trop sur le moyen d’effrayer les libéraux par lamenace de sa retraite. A la moindre contrariété, —c’est toujours son ancién défaut — il perd patienceet leur met le marché à la main en posant la questionde cabinet. Et alors l’opposition, connaissant les diffi-cultés secrètes d’une situation fort délicate, recule devantla responsabilité d’ébranler la position de l’homme qui