BRUITS FANTAISISTES
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l’offensive le lendemain matin dès l’aube. Ainsi, devançanttoutes nos espérances, la Russie engageait la lutte en mêmetemps que nous. Pour cet acte de loyale confraternité d’armesd’autant plus méritoire que la concentration russe étaitloin d’être achevée, l’armée du tsar et le grand-duc Nicolasont droit à la reconnaissance de la France .
Il faut encore signaler que les bruits les plus fantaisistescontinuaient de courir sur l’arrivée d’Autrichiens sur notrefront. Ces renseignements de source suisse et italiennedonnaient des précisions : ce n’était plus un corps d’armée,mais quatre qui nous étaient signalés. On annonçait quel’Autriche avait demandé passage pour plusieurs corpsd’armée à travers la Suisse et même l’Italie . Mais ce n’étaitlà que des bruits. Nous ne connaissions encore personnequi avait vu un Autrichien ; des correspondants sûrs deBâle croyaient seulement à la présence de quelques élé-ments tyroliens sans pouvoir en apprécier l’importance.Enfin, les renseignements sur l’Italie étaient, eux aussi,contradictoires ; on annonçait le retrait des troupes deBardonnèche , mais en même temps, on parlait d’envoi detroupes alpines et d’obusiers vers Aoste et le Petit Saint-Bernard .
Vendredi 14 août. — Cependant l’incertitude sur les forcesallemandes et les intentions de nos adversaires vers lenord restait complète ; sans doute, les Belges semblaientavoir des succès, mais, pour la première fois, on nous, si-gnalait des colonnes d’infanterie passant la Meuse en avalde Liège. Nous ne pouvions encore déterminer si ces forcesse portaient contre l’armée belge ou si elles procédaient àl’investissement total de Liège. Quant à l’aviation, elle nedonnait pour l’instant à peu près aucune précision. D’ail-leurs, le général Sordet me déclarait dans un rapport datédu 13, que je recevais le 14 vers neuf heures du matin,qu’il ne savait pas grand’chose et que les observationsdes aviateurs lui paraissaient sujettes à caution. « Assuré-ment, m’écrivait-il, je ne puis rien assurer d’une manièrecertaine, mais mon impression est qu’il n’y avait pas, le 12,