264 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
part de responsabilité à l’insuffisance du commandementet il concluait en me demandant le remplacement du généralBonneau. Je l’acceptai sur-le-champ et nommai au 7 e corpsle général Vautier.
Au sujet de ces mutations, je dois dire ici que je merendais parfaitement compte de l’illégalité que je com-mettais en les prononçant : les officiers généraux auxquelsje retirais leur emploi tenaient leur lettre de commande-ment du ministre et, régulièrement, seul le ministre pou-vait les en déposséder. Je comprenais parfaitement que sinos affaires marchaient bien, je serais vraisemblablementcouvert, mais que si les événements tournaient à notredésavantage, on ne manquerait pas de me reprocher cesinitiatives. Néanmoins, conscient des responsabilités quej’assumais devant le pays, je n’ai pas hésité à prendre cesmesures qui me semblaient absolument nécessaires eturgentes. Depuis, il m’est arrivé bien souvent d’être obligéde recourir à ces mesures de disgrâce, mais je puis ledire, en toute conscience, que je n’en ai pris aucune sansavoir la conviction que je travaillais au salut du pays.Beaucoup de ces exécutions m’ont coûté, et qu’on veuillebien me croire si je dis aujourd’hui, avec toute la sérénitéque donnent plusieurs années de recul, que je ne crois pasavoir eu à accomplir, au cours de ma carrière, d’actes decommandement plus difficiles et plus ingrats que celuiqui consistait à relever de leurs emplois des généraux par-faitement honorables, dont certains comptaient parmi mesamis, mais dont l’expérience de la guerre prouvait que lecaractère n’était pas à hauteur des circonstances. Je doisdire que si je puisais dans ma conscience la force d’accom-plir ce difficile devoir, je sentais chez le ministre de laGuerre un appui auquel je rends hommage et qui me don-nait une grande tranquillité d’esprit. Mais les ministres nesont pas immortels.
Cependant, tard dans la soirée du 13, une grande etheureuse nouvelle nous parvenait : le grand-duc NicolasNicolaïevitch nous informait par l’intermédiaire de M. Pa-léologue que les armées de Vilna et de Varsovie prendraient