LES BATAILLES DE LA FRONTIÈRE
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forces engagées contre nous. Cependant, d’une source quinous paraissait sûre, nous apprîmes que deux corps d’arméeactifs opposés tout d’abord à l’armée russe étaient en coursde transport vers le front français, et qu’ils avaient étéremplacés sur le front oriental par des formations delandwehr. Je demandai au gouvernement d’insister ànouveau auprès de l’état-major russe sur la nécessité d’uneoffensive à outrance vers Berlin .
A Paris , la nouvelle de notre échec de Morhange avaitproduit quelque émotion. M. Messimy m’écrivit à cettemême date du 22, dans cette forme lapidaire qu’il ai-mait :
« Mon cher Général et Ami,
« Avant-hier, un succès ; hier, un échec. C’est la guerre.J’ai une entière foi dans la victoire de demain. Mais, quoiqu’il advienne, croyez à toute ma confiante amitié.
« Messimy. »
Jusqu’ici, j’envoyais chaque jour un compte-rendu télé-phoné au ministre sur les événements de la veille. Dans lasoirée du 22, je reçus la visite du capitaine Tardieu, porteurd’une lettre du président du Conseil, M. Viviani, qui seplaignait fort discrètement d’ailleurs d’être renseigné som-mairement. Il faisait valoir la responsabilité du gouver-nement qui l’obligeait à prendre des mesures pour préparerprogressivement l’opinion publique, et il indiquait la né-cessité pour nous de lutter contre la diplomatie allemandequi cherchait à tromper au moyen de la presse l’opiniondu monde. Il me proposait d’instituer une navette de deuxofficiers entre le grand quartier général et le gouvernement.Ces officiers auraient pour mission d’apporter au gouver-nement des renseignements sur le déroulement des opéra-tions et la manière dont se seraient conduites nos troupes,sans descendre dans l’analyse des événements au-dessousdes actions des divisions. En terminant, M. Viviani sai-sissait l’occasion de me « renouveler toute la confiance,l’affectueuse estime du gouvernement et de la population