294 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
entière qui se repose sur l’armée, sur ses chefs et sur vous. »Je ne pouvais qu’accepter ces propositions très légitimes.Ce fut l’origine de l’institution des officiers de liaison entrele gouvernement et le grand quartier général, dont j’auraisouvent à parler. Les deux officiers qui occupèrent ce postedélicat pendant toute la durée de mon commandementfurent le colonel Pénelon et le lieutenant-colonel Her-billon ; ils y firent preuve l’un et l’autre de tact et dedévouement.
Dimanche 23 août. — Les espoirs que j’avais nourrisau sujet de l’offensive heureusement commencée la veillepar la 4 e armée, et qui devait se poursuivre le 23, ne devaientpas être de longue durée. En effet, dans les premières heuresde la matinée du 23, je recevais du général de Langlel’avis que la retraite « désordonnée » du 17 e corps sur larive gauche de la Semoy et la « désorganisation » de troisbrigades du corps colonial avaient eu pour conséquencele repli du 11 e et du 12 e corps d’armée. Ainsi se trouvaitcréée une situation qui imposait au commandant de la4 e armée la nécessité de reformer ses unités dissociées surune position de repli. Il comptait pouvoir résister toute lajournée sur cette nouvelle position.
Ce compte rendu me surprit. En effet, d’après les rensei-gnements que nous possédions, il n’y avait que trois ouquatre corps d’armée devant le front de l’armée de Langle.D’autre part, les termes mêmes employés par le comman-dant de l’armée pour caractériser l’attitude de certainesde ses unités me faisaient penser qu’il avait dû y avoir desdéfaillances de commandement. Il était indispensable d’agiravec promptitude, et je demandai au général de Langle deme signaler immédiatement les chefs contre lesquels je de-vrais prendre les sanctions nécessaires.
Dans la soirée, j’appris que la 4° armée avait éprouvé ànouveau des échecs graves sur plusieurs points de son front,et particulièrement à sa droite : son repli s’était effectuénon sans difficulté, surtout au 12 e corps et au corps co-lonial.