LES BATAILLES DE LA FRONTIÈRE
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il y a eu lâcheté comme dans le cas du général G....
« Vous voudrez bien, à l’avenir, faire venir les officiersrelevés de leur commandement au grand quartier généralpar automobile, les faire passer en Conseil de guerre. J’es-time qu’il n’est pas, comme en 1793, d’autres peines quela destitution et la mort.
« Vous voulez la victoire : prenez-en les moyens rapides,brutaux, énergiques et décisifs.
« En tout cas, ne renvoyez pas à l’intérieur des gens quiclabauderont contre vous et contre nous ; mettez-les sousclef en attendant leur jugement.
« S’il le faut, je chargerai le général Galliéni de présiderce Conseil de guerre permanent qui ne doit pas siéger àParis mais aux armées.
« A vous.
« Messimy. »
On voit par les termes de cette lettre que le ministreétait encore plus catégorique que moi. Le Conseil de guerredont il parlait ne me semblait pas nécessaire. Je jugeais queles moyens normaux des Conseils de guerre dont je disposaisétaient suffisants pour juger les cas qui relèveraient ducode de justice militaire. Pour les autres, je maintins madécision de renvoyer à l’intérieur les chefs qui se révélaientincapables.
Mais l’insuffisance du commandement dans un certainnombre d’unités n’était évidemment pas seule responsablede nos revers. Il était manifeste que les principes d’offen-sive que nous avions essayé d’inculquer à l’armée avantla guerre avaient été trop souvent mal compris et mal misen œuvre ; de tous les points du front, on me signalait desfautes de manœuvres qui avaient entraîné de lourdes perteset parfois réduit à néant la valeur offensive et défensivede la troupe. On me rendait compte que les avant-gardess’engageaient presque toujours, par une fausse compréhen-sion du sens offensif, sans l’appui de l’artillerie, et tombaienten formation massive sous les coups de l’artillerie ennemie.Dans d’autres cas, c’était une grande unité qui, s’avançant