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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
blesses, il est nécessaire de dire complètement ce qui nousapparut alors. Un trop grand nombre de nos généraux serévélaient, à l’épreuve, au-dessous de leur tâche. Parmieux, certains avaient acquis en temps de paix la plus bril-lante réputation comme professeurs ou comme manœuvrierssur la carte, qui devant l’ennemi se montraient dominéspar la crainte des responsabilités. On me signalait danscertaines grandes unités une carence totale du comman-dement. Au 3 e corps, pendant toute une partie de la bataillede Charleroi, les ordres n’avaient pu être donnés que parle général Rouquerol, commandant de l’artillerie du corpsd’armée, qui avait dû suppléer le commandant de corpsd’armée resté introuvable au moment le plus critique dela journée. Au 14 e corps, au 5° corps, même incapacité no-toire. A ce dernier corps d’armée, un fait particulièrementregrettable s’était produit : un général de division, perdantle contrôle de lui-même et le sentiment de ses devoirs enverssa troupe, s’était suicidé. A la 4 e armée, le général de Langlerendait en grande partie responsable de l’échec qu’il venaitde subir la manière dont le 17 e corps s’était comporté pen-dant la bataille. Nul doute, l’épuration du commandementqu’il était dans mes intentions de faire dans le courantde 1914, si la guerre n’avait pas éclaté, il convenait de lefaire sans attendre une heure, si nous ne voulions pas quel’échec de notre première manœuvre se transformât en uneirrémédiable défaite. D’urgence, je demandai qu’on mefît connaître tous les généraux qui s’étaient révélés insuf-fisants ; à mesure que des comptes-rendus m’arrivaient, jeles contrôlais, puis, pour les chefs qui paraissaient méritercette décision, je les remettais à la disposition du ministre etje nommais à leur place ceux qui paraissaient les plus dignes.
En recevant l’avis de mes premières décisions, M. Mes-simy me répondit :
« 24 / 8 / 14 .
« Mon cher général,
« Vous remettrez à ma disposition les généraux B... etG.... Remettre à ma disposition n’est pas assez quand