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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
sans garder ses flancs, était brusquement exposée à decruelles aventures. L’infanterie était presque toujours lancéeà l’assaut à une trop grande distance des objectifs. Jamaisles points conquis n’étaient organisés avant le départ pourla conquête d’un nouvel objectif, en sorte que si celle-ciéchouait, nos troupes repoussées perdaient même le fruitde leurs premiers efforts. Par-dessus tout, la coopérationdes armes de l’artillerie et de l’infanterie n’était à peu prèsjamais réalisée.
Dès que tous ces points me furent connus, je prescrivisaux armées de régler avec prudence leurs attaques et, sur-tout, de réaliser aver le plus grand soin la liaison des armes.C’était précisément cette mise au point de la doctrineoffensive que je m’étais proposé de faire dans nos campsd’instruction que les circonstances nous imposaient main-tenant avec la rude sanction des champs de bataille. Hélas !il ne suffit pas d’un ordre écrit pour transformer instanta-nément la mentalité d’une armée ; il faut du temps pourcréer un état d’esprit nouveau. Mais à la guerre, l’expé-rience vient vite en aide au commandement pour en réduireles délais.
Comme M. Viviani m’y avait invité, je crus devoir, dansmon compte-rendu au gouvernement, en même tempsque j’annonçais l’échec définitif de notre offensive généraleen Belgique , indiquer les causes de notre échec : « Noscorps d’armée, disais-je, n’ont pas montré en rase campagneles qualités offensives que nous avaient fait espérer lessuccès partiels du début, succès obtenus surtout dans desopérations de montagne ». Ici encore, la réaction fut viveau ministère de la Guerre. Voici, en effet, le télégrammeque je reçus en réponse à mon compte-rendu :
« Je reçois votre télégramme signalant des défaillances.Contre celles-ci, il n’y a pas d’autre peine que la mise àmort immédiate : les premiers frappés doivent être les offi-ciers coupables, s’il en est. La seule loi de la France , àl’heure actuelle, est : vaincre ou mourir. Je vous renouvellemon invitation formelle à porter aux fonctions les plus