312 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
son quartier général de Saint-Quentin pour le lendemainmatin. J’en profitai pour convoquer le général Lanrezac avec qui il importait de m’entendre en présence du com-mandant en chef anglais .
Pour former le groupement d’Amiens à notre extrêmegauche, j’avais besoin de faire des prélèvements de grandesunités sur l’ensemble du front. Déjà ma résolution d’ar-rêter les opérations de l’armée d’Alsace , devenues secon-daires, m’avait permis de prélever une partie du 7 e corpssur cette armée ; la dissolution du premier groupe dedivisions de réserve du général Archinard allait libérer la63 e division et rendre possible son embarquement à desti-nation de la Picardie. Quant aux l re et 2° armées, ellesétaient engagées dans une action commune qui, aux der-nières nouvelles de cette soirée du 25, semblait réussir ;il ne pouvait donc être question de diminuer, pour l’ins-tant, leurs effectifs.
Restait la 8° armée, l’armée de Lorraine , commandéepar Maunoury. La veille, j’avais fait connaître à ce der-nier que la situation imposait de s’en tenir à la défense desHauts-de-Meuse, au nord et au sud de Verdun jusqu’àToul . Maunoury m’avait répondu (1) que les circonstanceslui paraissaient pouvoir conduire à un succès, s’il étaitautorisé à employer une partie de ses divisions de réserve,à appuyer l’attaque que la 3° armée dirigeait, sur la foid’un ordre d’opérations allemand pris le matin même,contre les forces allemandes marchant sur Verdun parConflans et Jeandelize. Dans la soirée, j’appris seulementqu’en fin de journée l’attaque de la 3° armée progressait etqu’à 14 heures l’armée de Lorraine avait contre-attaquéen liaison avec le 6° corps (2). Cette opération, pour avan-tageuse qu’elle fût, ne pouvait m’apparaître que secon-daire, et sans qu’on pût en attendre des résultats impor-tants. En effet, d’après l’ordre allemand saisi, c’est contre
(1) Conversation téléphonique entre le général Maunoury et legénéral Belin (24 août, 10 h. 30).
(2) Compte-rendu de la 3 e armée du 24 août, 20 h. 30.