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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
laissé que le strict nécessaire pour assurer l’inviolabilitéde leur front.
Ces renforts qui représentaient, au total, deux brigadesd’infanterie, dix bataillons de chasseurs, et une divisiond’infanterie complète (1) n’étaient plus destinés à nourrirla bataille. Ils représentaient les dernières réserves que jepouvais prélever sur les armées. Leur envoi dans le Nord avait pour but :
1° De permettre au commandement la remise en ordredes unités dont la nature même de la bataille avait dis-socié tous les liens ;
2° De relever des troupes qui avaient un urgent besoinde repos, et, par la même occasion, de décongestionnercette partie du front et de reconstituer des réserves pourles autres armées.
Comme je l’avais prévu, les attaques allemandes à partirdu 12 novembre se firent de plus en plus rares et dimi-nuèrent de violence. Puis, elles s’arrêtèrent, et le calmes’établit pour un temps sur ce front. Les Allemands renon-çaient à aller à Calais.
Tandis que se déroulait cette phase ultime de la batailledes Flandres, j’avais été amené à me rendre encore unefois dans le Nord.
Le 30 octobre, le président de la République avaitmanifesté le désir d’aller faire une tournée dans cetterégion. Si j’en avais eu la liberté, j’aurais volontiers faitremettre ce voyage ; en effet, ce déplacement présidentiel,auquel je devais prendre part, allait m’absorber pendantplusieurs jours, en un moment où les heures étaient pré-cieuses. Cependant, dans la circonstance, je ne pouvaisy mettre obstacle (2).
(1) Six bataillons de chasseurs et une brigade d’infanterie bientôtsuivie par le reste de la 26 e division (venant de la 2 e armée) :quatre bataillons de chasseurs provenant des l re et 3 e armées ;une brigade marocaine venant de la 5 e armée ; une brigade activede la 44 e division, prélevée sur la l re armée.
(2) Quelques jours auparavant, j’avais envoyé au roi Albert un