A DUNKERQUE AVEC M. POINCARÉ 477
Je partis donc le dimanche 1 er novembre, à 7 heures etquart pour Amiens. J’y arrivai à midi, et trouvai le prési-dent Poincaré qui me retint à déjeuner avec MM. Mille-rand et Ribot, le préfet de la Somme, le général Fraysseet le directeur de la Sûreté. Nous partîmes à 13 heurespour Dunkerque, où nous trouvâmes lord Kitchener,M. de Brocqueville, le général Foch et M. Cambon. Nouseûmes avec ces personnages une courte conférence au coursde laquelle le- président Poincaré affirma la volonté dugouvernement français de mener la lutte jusqu’à la vic-toire, quoi qu’il en puisse eoûter, mais il insista auprès delord Kitchener pour que l’Angleterre ne fasse pas tropattendre les renforts promis.
Pendant le dîner qui suivit, je me souviens que j’eusl’occasion de parler de notre soldat, de son courage, desa bonne humeur et de sa patience. Cette dernière vertune passait pas précisément pour l’apanage de notre peuple.Et cependant nos hommes, après trois mois d’une lutteininterrompue dans laquelle ils n’avaient laissé paraîtreà aucun moment la moindre trace de dépression morale,venaient de prouver qu’on pouvait tout leur demander.M. de Brocqueville renchérit sur ce que je venais de dire.Il déclara que depuis qu’il vivait au milieu de nos soldats,rien de leur part ne lui paraissait plus impossible. Jel’interrompis vivement pour dire : « Oui, à condition qu’onleur donne des chefs capables, qui sachent mériter leurconfiance. » Et je parlai des nombreux changements que
certain nombre de croix de la Légion d’honneur et de médaillesmilitaires.
Le roi m’avait répondu de sa main le 2tS octobre :
« Mon cher général,
« Je vous remercie- vivement des distinctions que vous avezbien voulu mettre à ma disposition pour être remises à ceux qui sesont montrés les plus dignes dans la défense de l’Yser.
« Votre gracieuse pensée, si délicatement exprimée, me réjouitautant qu’elle honore mon armée.
« Croyez, mon cher général, au dévouement sincère de votreaffectionné,
« Albert. »