l’armée d’orient
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suite de la précipitation avec laquelle l’attaque avait étémontée. Une scène violente entre Sarrail et Cordonniers’était déroulée en présence d’officiers étrangers, rendantimpossible la situation de ce dernier à la tête de l’arméefrançaise d’Orient. Le général Sarrail avait ordonné dereprendre l’attaque le 15, puis le 16, si celle du 15 échouait,sans se préoccuper de l'état de la préparation. L’impressionde Requin était que si le général Sarrail « savait ordonner,il ne savait ni prévoir , ni instruire », c’est-à-dire commander.Cordonnier, qui était un très brave soldat, ardent et vi-goureux, obéissait sans conviction à ce chef impérieuxqui avait été son ami, et il avait fini par se buter. Requinterminait son télégramme en disant qu’une enquête immé-diate s'imposait , qui amènerait sans doute de profondsremaniements dans le haut commandement à Salonique .
Je décidai que le général Pellé donnerait le lendemaincommunication de ce télégramme au président du Conseil,et je chargeai Pellé de lui annoncer que /’ allais demanderle rappel de Sarrail.
Le 16 octobre, au matin, le général Pellé me téléphonade Paris le résultat de son entrevue avec M. Briand.Le président du Conseil avait été frappé des argumentsqui lui avaient été présentés en mon nom, mais, avant dese décider, il demandait une note écrite qui devrait luiêtre remise le lendemain avant le Conseil des ministres.
Ce jour-là, je me rendis dans la Somme où je rejoignisle président de la République.
A mon retour à Chantilly, je signai la lettre en questiondans laquelle je demandai la relève du général Cordonnieret une enquête sur le général Sarrail, enquête à faire parle général de Castelnau, dont je demandais le départpour Salonique avec pleins pouvoirs. Cette lettre fut em-portée le soir même à Paris par le commandant Herbillon,à deux exemplaires (l’un pour le ministre de la Guerre,l’autre pour le président du Conseil.)
Le 17 octobre, j’eus dans la soirée les premiers rensei-gnements sur le Conseil des ministres où s’était débattuela question soulevée par ma lettre. J’appris qu’il avait