XII
PRÉFACE
L’erreur des Ricardo, des Mill, des Marx estd’avoir pris une situation provisoire désastreusepour une situation définitive. Aujourd’hui que cettesituation s’est profondément modifiée, il est inadmis-sible de s’en tenir à leurs théories surannées.
Il y a seulement trente ans, la démonstration sirigoureuse, si substantielle, si gründlich, deM. de Schulze-Gävernitz aurait paru péremptoire etsans réplique.
D’instinct alors nous trouvions tout naturel detravailler et de souffrir pour nos enfants, mêmesans espoir de rémunération personnelle, commenos pères avaient souffert et travaillé pour nous.
Aujourd’hui il se rencontrera des philosophespessimistes pour dire qu’en matière d’organisationsociale, évolution n’a nullement le sens de justifica-tion. Qu’importe aux générations écrasées desépoques antérieures que les générations suivantesse soient organisé, sur leurs cadavres, une existenceplus heureuse ? Comment admettre, d’autre part,que l’individu nouveau-né, nouveau venu, souffredes fautes et des erreurs de ses pères, fautes dont ilest complètement innocent?
Il faut répondre à cette double question, qui esttoute la question sociale.
Si, comme l’admettent la plupart des pessimistes,consciemment ou non, l’individu est tout à faitindépendant, arrivant de je ne sais d’où, franc etquitte de toute obligation envers qui que ce soit, rienn’est plus injuste, en effet, que de le faire souffrir defautes et de crimes qu’il n’a point commis, mais