M. DE HISMARCK.
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France et l’Italie forment chacune aujourd’hui ungrand corps social qu’animent un même esprit etun même sentiment, en Allemagne , au contraire,c’est l’individualisme qui domine. Chacun ici vit àpart dans son petit coin, avec son opinion à soi,entre sa femme et ses enfants, toujours en défianceenvers le gouvernement comme envers son voisin,jugeant tout à son point de vue personnel, mais ja-mais au point de vue de la masse. Le sentiment de l’in-dividualisme et le besoin de la contradiction sontdéveloppés chez l'Allemand à un degré inconcevable.Montrez-lui une porte ouverte, plutôt que d’v passer,il s’entêtera à vouloir s’ouvrir un trou à côté dansla muraille. Aussi, quoi qu’il fasse, aucun gouverne-ment ne sera jamais populaire en Prusse . Le plusgrand nombre se montrera toujours d’un avis op-posé. Par cela seul qu’il est le gouvernement et qu’ilse place comme une autorité en face de l’individu,il est condamné à être perpétuellement contreditpar les modérés, décrié, conspué par les exaltés.C’a été le sort commun de tous les régimes qui sesont succédé depuis le commencement de la dynas-tie. Les ministres libéraux, pas plus que les minis-tres réactionnaires, n’ont pu trouver grâce devantnos politiques... »