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mande enregistrait nn nouvel exemple, le plus lamentablede tous, de l’inanité des espérances qu’elle avait fondéessur la royauté prussienne.
M. de Bismarck se signalait naturellement aux pré-férences du régime qui avait si textuellement suivi sonprogramme; d’autant plus qu’il s’était fait remarquer non-seulement par l’excentricité de ses opinions, mais encorepar la vivacité et la promptitude de son esprit. M. deBismarck n’est pas du tout ce qu’on appelle un orateur,mais, à travers l’imperfection de son débit, il domine sonauditoire par l’énergie et la rapidité du travail intérieurde sa pensée. Quoiqu’on affirme que l'habitude de parleren public, et la confiance dans les bonnes dispositions deses auditeurs lui aient dans les derniers temps passable-ment délié la langue, un de ses admirateurs, après avoirassisté à une séance du Reichstag , fait son portrait dansles termes suivants: „Aucune grâce éloquente, aucuneampleur de parole, rieu qui entraîne l’auditoire. Son or-gane, bien que distinct et intelligible, est sec et peusympathique, le timbre de sa voix est monotone; il s’in-terrompt et s’arrête fréquemment, quelquefois il lui arrivemême de bredouiller, comme si la langue récalcitranterefussait l’obéissance, comme s’il était obligé de chercherpéniblement les expressions conformes à ses idées. Sesmouvement inquiets, un peu balancés, nonchalants, nesecondent en rien l’effet de sa diction. Cependant, aufur et à mesure qu’il parle, il surmonte ces difficultés,parvient à préciser ses expressions et finit souvent pardes sorties vigoureuses et soutenues, trop vigoureusesquelquefois, comme personne ne l’ignore." Il faut ajouterque son langage, pour mauquer d’art, ne laisse pas d’êtresouvent imagé. Son esprit net et lucide ne dédaigne pasle coloris, de même que sa constitution robuste n’est pasexempte d’irritabilité nerveuse.
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