l’espoir de le faire peu à peu entrer dans les habitudesgouvernementales. Mais le ton tranchant qu le roi avaitpris à l’occasion de son couronnement, ne pouvait laissersubsister aucune illusion. C’était bel et bien la procla-mation du gouvernement personnel et absolu. Dès lorsvouloir introduire une nouvelle mesure législative, enl’annonçant comme l’œuvre personnelle du souverain,c’était la dénoncer d’avance à toutes les méfiances et àtoutes les résistances du pays; tandis que le roi croyaitnaïvement faire taire toute opposition, en recommandantune innovation due à son initiative et à ses méditations.
Tel fut le sort de ce fameux projet de réorganisationmilitaire, autour duquel s’est concentré le conflit soutenuavec tant d’acharnement entre le peuple prussien et songouvernement, conflit envenimé et prolongé à tel point,que dans l’opinion du monde, la guerre de 1866 mêmene passa longtemps que comme un expédient inventé pourfaire diversion à cette question de principe, afin d’enleverpar la force des complications extérieures l’adhésion dupays à un changement intérieur. Erreur grave, mais quilfaut attribuer exclusivement à l’attitude prise par le roiet les ministres, depuis le couronnement jusqu’aux événe-ments de Tannée passée. Quant à la question de savoirsi ce projet de réorganisation dont le roi Guillaume re-vendiquait la propriété intellectuelle, répondait au butd'améliorer le système défensif du pays, l’opinion publiquene consentait guère à la prendre au sérieux. Elle nevoyait dans l'augmentation des régiments de ligne et desannnées de service, qu’une mesure destinée à supprimerl’institution de la landwehr, institntion née du mouvementpopulaire de 1813; il ne s’agissait, d’après elle, que desacrifier l’élément civil à l’élément militaire, et de multi-plier les charges d’officiers, refuge traditionnel des fils dela noblesse. Personne n’y découvrait une arrière-pensée