VI.
Si l’on devait juger l’habileté de M. de Bismarckd’après l’attitude dans laquelle il trouva en face de lui lepeuple allemand au moment où éclatait la guerre de 1866,on serait tenté non-seulement de lui contester touteespèce de supériorité, mais il faudrait même avouerqu’après quatre ans passés à préparer le terrain de lalutte, il avait abouti à un effet absolument contraire àson intention. Il avait détruit ses dernières chances detrouver un appui dans le concours du pays. On n’arriveraitjamais à comprendre les vrais mobiles de ces labeursardus, de ces marches et contremarches sans fin, si l’onse contentait d’en demander l’explication aux effortsdirigés par M. de Bismarck à l’adresse de l’opinionpublique. Sa préoccupation à lui était d’autre nature. Safaçon réaliste d’envisager les questions le déterminait àchercher son appui ailleurs que dans l’assentiment théo-rique des masses; et toutes les fois qu’on croit le sur-prendre en flagrant délit de contradiction apparente, ilfaut s’attendre à le voir recourir aux mystères de cer-taines difficultés, dont le dernier mot pourrait se résumeren ceci: qu’entre deux maux, le moins grand lui avaittoujours semblé celui qui l’obligeait à sacrifier le concoursmoral du pays au concours effectif du pouvoir établi.