418
propres actions. Qui voudrait le soupçonner d’avoirignoré que délivrer Venise, c’était attaquer Rome; quebattre l’Autriche , c’était briser le concordat et relever laHongrie; qu’unir l’Allemagne , c’était rompre avec la lé-gitimité?
Mais s’il était décidé, lui, à ne pas reculer devantles conséquences de son entreprise, il avait affaire enpremière ligne à des personnages dominés par un espritbien différent.
Les allusions à cet ordre de choses ne se rencontrentpas dans les confessions de M. de Bismarck qui précè-dent son entrée au ministère; mais elles reviennent ets’accentuent de plus en plus, au fur et à mesure quesa politique s’avance vers le dénoûment suprême. Ilfallait bien compter alors avec toutes les forces vraiesdu pays ; il fallait penser au concours des patriotes éclairéset à l’élan des masses libérales. Car il fallait bien envi-sager l’éventualité d’une défaite.
M. de Bismarck n’avait pas eu de relations person-nelles avec l’opposition parlementaire pendant la périodedu conflit soulevé par la réorganisation militaire et l’inter-prétation de la constitution. Mais au commencement dejuin 1866, lorsque la guerre était devenue inévitable, ilchercha à entrer en pourparlers avec quelques-uns deses adversaires les plus influents et les plus intelligents.
Il les fit prier de la manière la plus significative
d’accepter des entrevues confidentielles avec lui, dans les-quelles il leur posa surtout la question de savoir s’ilsvoteraient les fonds nécessaires à la guerre, et s’ils le
soutiendraient dans le cas d’un revers? Il les conjura
d’abdiquer pour un moment leur antagonisme et de nepenser qu’à la patrie. On lui répliqua que c’était luiqui avait creusé un abîme entre le pays et la royauté,par la manière insensée dont il avait constamment froissé