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l’opinion publique, et rendu impossible tout retour de laconfiance au gouvernement. M. de Bismarck ne contestapas la valeur de ces griefs, mais il s’abrita derrière lesdifficultés inextricables de sa position auprès d’un maîtreréfractaire aux idées modernes, entouré d’influences ultra-aristocratiques et peu enclin, grâce à son âge avancé, àmodifier ses opinions. Il demanda que pour le momenton ne pensât qu’à l’Etat et à la grande patrie, et ex-pliqua comment, sans se livrer à de vaines illusions, onpouvait mieux espérer de l’avenir. Il ne fit aucune diffi-culté pour reconnaître que quelques-uns de ses collèguesdans le ministère méritaient d’être écartés, et qu’on avaiteu tort de ne pas mieux se prêter à une entente avecla chambre au sujet des lois militaires. Que quant àlui, il aurait désiré aboutir à ces deux résultats, maisqu’on surfaisait son influence; qu’il avait à lutter avecdes obstacles insurmontables. Le roi, dit-il, ne voulaitpas entendre parler de mesures conciliantes, qui auraienteu pour effet une réduction quelconque de l’armée, etc’était peine perdue que de lui demander un changementdans la composition du cabinet.
Dans cette situation il avait dû, disait le ministre,tout sacrifier à son grand but, poursuivi depuis huit ans.Ce but c’était l’expulsion de l’Autriche , condition indis-pensable pour la formation d’un État allemand. Assisterl’Autriche dans la guerre d’Italie aurait été un suicide,et c’est dans ces termes mêmes qu’il dit avoir dissuadédans le temps le roi de cette résolution, qui, pendantun moment, avait eu de grandes chances d’être adoptée.Mon plus grand triomphe, s’écria-t-il plus d’une fois dansces entretiens, c’est d’avoir obtenu du roi de Prusse cettedéclaration de guerre contre l’Autriche , et la convocationd’un parlement allemand. Laissez l’avenir faire le reste,et ne me demandez pas pourquoi je n’ai pu arriver à ce
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