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taire prétendit se mêler du choix de ses ministres et desdépenses affectées à l’armée, ne cessant pas pour si peude protester de sa fidélité envers la constitution. Jus-qu’en 1848, il n’avait vu dans l’État que deux choses:la royauté et l’armée, et ses opinions passaient pour siabsolues qu’au moment de la révolution, la cour ellemême l’avait prié de se dérober au ressentiment public.Pendant longtemps on vit inscrit, en grands caractères,sur son palais: ^Propriété nationale." Il n’était alors quel’héritier présomptif du trône. Le souvenir poignant deces jours fit de lui le chef naturel de la contre-révolution.Il commanda la campagne contre le soulèvement badoisde 1849, et signa les nombreux arrêts de mort qui at-tristèrent cet épisode, sans se laisser attendrir ni parl’illustration des patriotes, ni par l’intégrité des citoyens,ni par l’âge des jeunes gens dont les tribunaux militairesdemandaient le sang. Depuis cette époque, quand lesmonarques de Prusse entendaient de temps en tempsmonter jusqu’à leur palais l’écho de quelques murmuresde la population berlinoise, ils avaient l’habitude de direqu’ils n’igoraient pas que les révolutionnaires les me-naçaient du sort de Louis XVI .
Croit-on que ce fût chose facile de bâtir sur ce ter-rain l’alliance avec l’Italie et la Hongrie contre les Habs-bourg et les Hanovriens? Et pendant que le roi éprou-vait les hésitations inspirées par ses sentiments légi-timistes, il n’échappait pas non plus aux influences del’horreur que la guerre inspirait au parti libéral. Lareine, une descendante des Princes Mécènes de Weimar,moins inaccessible aux idées modernes, partageait à cetégard la répugnance qui agitait la nation elle-même. M.de Bismarck se voyait donc dans la nécessité de con-quérir l’esprit du roi, non-seulement sur lui-même, maisencore sur tout son entourage le plus intime. La guerre