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cette conviction en disant à M. Virchow: „Vuus croyezpeut-être entendre mieux que moi la politique nationale,mais je sais que moi j’entends mieux que vous et quetoute la chambre ce que j'appellerai la politique politique"(die ■polilische Politik). Et plus il marchait, plus il s’affer-missait dans ce sentiment de sécurité. On pourrait com-parer son procédé à celui des ingénieurs qui ont construitun pont de chemin de fer à travers une rivière. Avantde lui confier le sort des voyageurs, ils y accumulent unpoids énorme plus considérable que le maximum de toutecharge que jamais les locomotives pourront y amener, etpiiis ils observent de combien de millimètres le tabliers’abaisse. Ainsi M. de Bismarck avait accumulé sur lepays une charge exorbitante de mesures arbitraires, et lepays n’avait bougé que dans les proportions infimes dontla statique ne se préoccupe plus. La preuve était acquiseque le convoi royal et militaire pouvait passer là-dessusavec armes et bagages. Dès ce moment, le choix étaitfait du procédé par lequel il était permis de s’avancer versle problème de l’unité allemande.
Ce que M. de Bismarck dit au journaliste françaisdans l’intimité du tête-à-tête, son collègue M. de Roonle jeta un jour brutalement à la face de la chambre. Undéputé ayant fait allusion à l’éventualité d’une explosiongénérale: „Je vois ici," s’écria le ministre de la guerre,en se tournant vers les bancs de l’opposition garnis parla grande majorité, „beaucoup de figures honnêtes etsérieuses, mais point du tout de nature à me faire venircette peur;" et M. de Bismarck manquait rarementl’occasion de démontrer comment, en 1848, la démocratieavait succombé faute d’énergie, de savoir-faire et par saconfiance naïve dans la propagande théorique.
On s’exposerait néanmoins à de grandes erreurs enjugeant trop exclusivement le degré de maturité du peuple
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