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S'assurer le concours de l'Angleterre , et non pas se prêter àune médiation quelconque, tel était en ces jours critiques le but pour-suivi avec acharnement par la diplomatie française. Aussi long-temps que la réalisation se fit attendre, la Russie ne reçut pasde déclaration décisive de la part de la France . Le Livre jaune françaisa beau éveiller cent fois l'impression que l'appui de la France étaitnaturellement acquis à la Russie , naturellement même au point derendre inutile toute assurance nouvelle que d'ailleurs l'onchercherait vainement dans le Livre jaune. Le Livre orangede l'allié russe en sait davantage. On y trouve une note télégra-phique de M. Sasonoff à M. Iswolsky , en date du 29 juillet (Livreorange No. 58), qui forme le dernier des dix documents datés du29 juillet, d'où l'on peut supposer ce télégramme comme ayantété expédié fort tard dans la soirée de ce même jour. M. Sasonoffcharge M. Iswolsky «d'exprimer au Gouvernement françaisnotre sincère reconnaissance pour la déclaration quel'Ambassadeur de France m'a faite en son nom en disantque nous pouvons compter entièrement sur l'appui denotre alliée, la France ". Et M. Sasonoff ajoute: „Dans lescirconstances actuelles cette déclaration nous estparticulièrement précieuse".
C'est donc bien le 29 juillet au soir, ni plus tôt niplus tard, que la France a assuré, expressément et sansautre condition, la Russie de son concours armé.
Pourquoi pas plus tôt? Pourquoi la France a-t-elle trouvéseulement le 29 juillet l'énergie nécessaire pour cette déclarationdécisive? Nous allons découvrir de ce pas la clé du mystère.
Depuis 1905, les relations entre la France et l'Angleterre portent le nom officiel „d'entente cordiale". Au Parlement anglais,les Ministres responsables de la politique extérieure ont constammentdéclaré que cette entente n'avait pas le caractère d'une alliance,qu'il n'y avait entre l'Angleterre et la France , aucun traité ni en-gagement formel liant la liberté d'action du GouvernementBritannique; enfin que l'entente ne portait aucun préjudice auxdécisions du Parlement.