M. DK BISMARCK.
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c’est à moi seul qu’ils en veulent. Avec un peu plusd’impartialité,peut-être reconnaîtraient-ils que je n’ai( pas agi autrement parce que je ne l’ai pas pu. Dans
la situation actuelle de la Prusse en Allemagne, eten face de l’Autriche, il nous fallait avant tout unearmée. En Prusse, c’est la seule force disciplinaire...Je ne sais pas si le mot est français. ..
« — A coup sûr, monsieur le ministre, on peutl’employer en France.
« — Le Prussien qui se ferait casser un bras surune barricade, reprit M. de Bismarck, rentrerait aulogis tout penaud, et sa femme le traiterait d’in—^ sensé ; mais, à l’armée, c’est un soldat admirable,
et il se bat comme un lion pour l’honneur de sonpays. Celte nécessité d’une grande force armée, im-posée par les circonstances, une politique frondeusen’a point voulu la reconnaître, si évidente qu’ellefût. Quant à moi, je ne pouvais pas hésiter : par mafamille,par mon éducation,je suis avant tout l'hommedu roi. Or, le roi tenait à cette organisation mili-taire comme à sa couronne, parce que lui aussi, enson âme et conscience, il la jugeait indispensable.1 Là-dessus, personne ne pouvait le faire céder ou
transiger. A son âge, — il a soixante-dix ans, — etavec ses traditions,on s’obstine dans une idée, alors
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