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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Le canon long devait être capable de tirer à 12 ou 13 ki-lomètres sur des objectifs faiblement protégés ; il devaitpouvoir se déplacer au pas attelé de six ou huit chevaux.
Le but à atteindre étant ainsi défini, il convenaitd’adresser ce programme aux divers constructeurs, et je re-présentai au ministre qu’il serait très utile de recourirnon seulement aux établissements de l’artillerie, mais aussià l’industrie privée, dont certaines maisons construisaientpour des puissances étrangères des pièces donnant toutesatisfaction. M. Messimy, ennemi né de toute routine, fità cette suggestion un accueil favorable. Le concours futdonc ouvert entre nos industriels et la section techniquede l’artillerie ; on fixa au mois de février 1912 la date àlaquelle les divers modèles devraient être présentés.
Cet appel à l’industrie privée parut, à l’époque, presquerévolutionnaire ; les établissements de l’artillerie y virentcomme une atteinte portée à leur prestige. Le ministretint bon, et ne se laissa pas influencer.
Mais ce n’était pas tout. Il ne suffisait pas d’organiserl’avenir. Il fallait tout de suite, en utilisant les ressourcesimmédiatement disponibles, constituer une artillerie lourdede fortune, qui serait au fur et à mesure des livraisons dematériels remplacée par une artillerie moderne.
Au Conseil supérieur de la défense nationale, le 9 jan-vier 1912, M. Messimy résuma notre situation en artillerie :
Notre artillerie de campagne est au complet, et en bon état.Pendant longtemps, l’approvisionnement en munitions est restéinsuffisant. Depuis 1906, sur l’initiative de MM. Berteaux etKlotz, il a été progressivement augmenté. Il s’élève aujourd’huià 1 280 cartouches par pièce. Un nouvel effort est nécessairepour arriver à 1 500 coups. D’autre part, des mesures doiventêtre prises en vue de préparer la mobilisation des établisse-ments industriels et de les mettre en mesure, en cas de guerre,de fournir une production intensive. Actuellement, la plupartde nos établissements sont hors d’état de réaliser cette condi-tion ; il faudra, à ce sujet, de nouveaux crédits. Il en faudrad’autres encore pour la constitution de l’artillerie lourded’armée. Les Allemands disposent de pièces de gros calibredans chaque corps d’armée ; ils ont, en outre, des équipages