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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

Le canon long devait être capable de tirer à 12 ou 13 ki-lomètres sur des objectifs faiblement protégés ; il devaitpouvoir se déplacer au pas attelé de six ou huit chevaux.

Le but à atteindre étant ainsi défini, il convenaitdadresser ce programme aux divers constructeurs, et je re-présentai au ministre quil serait très utile de recourirnon seulement aux établissements de lartillerie, mais aussià lindustrie privée, dont certaines maisons construisaientpour des puissances étrangères des pièces donnant toutesatisfaction. M. Messimy, ennemi de toute routine, fità cette suggestion un accueil favorable. Le concours futdonc ouvert entre nos industriels et la section techniquede lartillerie ; on fixa au mois de février 1912 la date àlaquelle les divers modèles devraient être présentés.

Cet appel à lindustrie privée parut, à lépoque, presquerévolutionnaire ; les établissements de lartillerie y virentcomme une atteinte portée à leur prestige. Le ministretint bon, et ne se laissa pas influencer.

Mais ce nétait pas tout. Il ne suffisait pas dorganiserlavenir. Il fallait tout de suite, en utilisant les ressourcesimmédiatement disponibles, constituer une artillerie lourdede fortune, qui serait au fur et à mesure des livraisons dematériels remplacée par une artillerie moderne.

Au Conseil supérieur de la défense nationale, le 9 jan-vier 1912, M. Messimy résuma notre situation en artillerie :

Notre artillerie de campagne est au complet, et en bon état.Pendant longtemps, lapprovisionnement en munitions est restéinsuffisant. Depuis 1906, sur linitiative de MM. Berteaux etKlotz, il a été progressivement augmenté. Il sélève aujourdhuià 1 280 cartouches par pièce. Un nouvel effort est nécessairepour arriver à 1 500 coups. Dautre part, des mesures doiventêtre prises en vue de préparer la mobilisation des établisse-ments industriels et de les mettre en mesure, en cas de guerre,de fournir une production intensive. Actuellement, la plupartde nos établissements sont hors détat de réaliser cette condi-tion ; il faudra, à ce sujet, de nouveaux crédits. Il en faudradautres encore pour la constitution de lartillerie lourdedarmée. Les Allemands disposent de pièces de gros calibredans chaque corps darmée ; ils ont, en outre, des équipages