SITUATION EXTÉRIEURE DE LA FRANCE 103
J’étais donc décidé à étudier le problème avec méthodeet dans toute son ampleur.
Il y avait, en premier lieu, à faire déterminer par legouvernement la situation de la France en face des puis-sances de l’Europe , en tenant compte de nos alliances etdu groupement probable des forces européennes.
Le groupement des puissances en Europe était tel qu’onne pouvait plus envisager une guerre entre deux d’entreelles, sans examiner quelle pourrait être en face de ceconflit l’attitude politique que dicterait aux autres la plusou moins stricte observation des accords et des traitésd’alliance ou de neutralité. Cette attitude politique dechacune des puissances non intéressées directement dansle conflit se manifesterait probablement soit au début, soitau cours des hostilités par une action militaire telle que lalutte s’étendrait sur un plus ou moins grand nombrede théâtres d’opérations simultanées. Si nous envisagions,par exemple, l’éventualité d’une guerre entre la France etl’Allemagne , il fallait prévoir quels seraient nos alliéspossibles, ceux de notre ennemie, et quels états resteraientneutres. Il fallait essayer de déterminer la forme et lavaleur de l’intervention militaire de chacun d’eux. C’estalors seulement que la politique, donnant aux opérationsleur objet, répartirait nos forces entre les théâtres parti-culiers avant de laisser le champ libre à la stratégie surle t héâtre d’opérations principal où la décision seraitrecherchée.
Il nous fallait donc avant toute chose être éclairés aussiprécisément que possible sur l’attitude la plus probablede la Russie, de l’Angleterre, de l’Autriche, de l’Italie ,de la Belgique, de la Suisse , et des puissances balkaniques.
Déjà le ministre de la Guerre, dès le début de juil-let 1911, c’est-à-dire au commencement de la crise d’Agadir ,avait demandé au président du Conseil de soumettre auConseil supérieur de défense nationale une série de ques-tions destinées à l’éclairer sur certains points précis depolitique extérieure, en vue de modifications à apporterà la concentration de nos armées. Le ministre avait de-